Le système d’éducation du Canada : « un cadeau incomparable »

Indira Samarasekera, National Post

Dans la foulée de la Semaine de la citoyenneté 2011, le ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme du Canada, Jason Kenney, a demandé à quatre citoyens canadiens nés à l’étranger de partager avec nous leurs réflexions sur ce que notre pays représente pour eux. Le premier récit est celui de la présidente de l’Université de l’Alberta, Indira Samarasekera, qui nous raconte son immigration.

Je suis devenue citoyenne canadienne en 1980. Lorsque je pense à ma vie jusqu’à présent, je comprends comment le Canada est devenu mon chez-moi. Mais pendant mon enfance, au Sri Lanka, jamais je n’aurais pensé – ni même osé penser – qu’un jour je serais une citoyenne canadienne.

J’ai eu une enfance idéale à de nombreux égards. Je vivais dans un paradis tropical, entourée de gens affectueux et attentionnés. Je pouvais compter sur l’appui d’une extraordinaire famille élargie qui a tissé autour de moi une toile façonnée de mythes et de mystères et qui m’a transmis un solide sentiment de responsabilité à l’égard de la collectivité.

Malheureusement, ce paradis a été assombri par les conflits ethniques et la guerre civile. Alors que j’avais six ans, ma famille et moi avons fui les émeutes raciales de 1958, y laissant presque nos vies. Cette expérience m’a laissée profondément marquée par la nécessité d’éradiquer l’intolérance et le sectarisme de nos vies.

Au début des années 1970, alors que j’étais au début de la vingtaine, je savais que mon engagement à l’égard de la diversité et de la tolérance pouvait facilement être la cible d’attaques. Aussi ai-je commencé à chercher des possibilités pour partir. En 1975, j’ai présenté ma candidature en vue de l’obtention de la bourse Fulbright de l’Université de la Californie, à Davis. Bourse que j’ai d’ailleurs obtenue. Mon époux de l’époque et moi‑même avons donc quitté le Sri Lanka. Environ 18 mois plus tard, nous nous sommes retrouvés à Vancouver, où j’ai commencé mon doctorat et où a commencé ce qui est devenu ma vie en tant que Canadienne.

Le Sri Lanka et ma famille m’ont transmis les valeurs fondamentales sur lesquelles repose ma vie, mais le Canada m’a donné l’espace et la chance de m’épanouir bien plus que je ne l’aurais imaginé. C’est ici que j’ai su quelle serait l’œuvre de ma vie.

Même si je suis maintenant la présidente de l’Université de l’Alberta, je suis ingénieure de formation, une ingénieure clairement pragmatique. Dans le cadre de mon doctorat, je voulais m’attaquer à un problème de recherche pratique et je savais que le Canada était un important producteur de métaux. Je me suis dit que ce domaine devait comporter certains enjeux intéressants qui me permettraient de combiner problèmes pratiques et rigueur académique.

Mes hypothèses furent confirmées lorsque j’ai rencontré Keith Brimacombe, un jeune professeur de l’Université de la Colombie-Britannique qui a sorti de son tiroir une serviette de papier sur laquelle il avait décrit un problème chronique minant l’industrie sidérurgique du Canada. La résolution de ce problème a donc été le sujet de ma thèse de doctorat et a marqué le début d’une carrière universitaire et de consultations des plus enrichissantes ayant ouvert la porte de l’industrie sidérurgique dans plus de 20 pays, ce qui m’a également permis de mettre mes talents pleinement à profit.

Je considère ce cadeau comme incomparable. L’une des plus grandes forces du Canada est son investissement visant à faire éclore le potentiel de chacun grâce à l’éducation.

Les universités et le système d’enseignement public du Canada offrent aux gens une éducation de réputation mondiale, peu importent leurs antécédents. Cette déclaration n’est pas motivée par le fait que je suis la présidente de l’une de ces universités, mais bien par le fait que j’ai eu la chance de bénéficier du système d’enseignement public du Canada. Cette expérience a transformé ma vie et celle de mes deux enfants. Comme bon nombre de Canadiens, je suis d’avis que nous ne devons pas sous-estimer le pouvoir de l’éducation pour améliorer la vie des gens et pour tirer le meilleur de notre société.

Je me sens tellement privilégiée d’avoir la chance de redonner au Canada de la même façon dont j’ai pu atteindre un tel niveau de satisfaction personnelle et professionnelle et réaliser mon plein potentiel.

Mon père avait une grand-tante canadienne, Mary Rutman. En sa qualité de médecin compétente, elle est arrivée au Sri Lanka en 1895 (qui s’appelait Ceylan à l’époque) et y a trouvé l’œuvre de sa vie. Elle a notamment ouvert un hôpital pour les femmes et encadré la première génération de femmes médecins. Elle a dirigé les efforts pour donner aux femmes le droit de vote et a mis sur pied différentes organisations à caractère éducatif à l’intention des jeunes filles et des femmes. Le Sri Lanka a permis à Mary Rutman de mettre ses talents et passions à profit pour ainsi changer le Sri Lanka dans le but de le rendre meilleur.

Aujourd’hui, plus d’un siècle plus tard, le Canada nourrit mes talents et passions tout comme le Sri Lanka a nourri les talents et passions de Mary Rutman. La ressemblance avec cette parcelle d’histoire familiale m’inspire. J’espère maintenant être en mesure de boucler la boucle en rendant service à ma terre d’accueil, et la terre qui a vu naître Mary Rutman, le Canada, avec la même énergie et la même passion qui ont animé Mary Rutman alors qu’elle se trouvait sur sa terre d’accueil, et la terre qui m’a vu naître, le Sri Lanka.

Cet article (en anglais) a paru (a été publié) dans le National Post et sur leur site web le 19 octobre 2011.


Indira Samarasekera est présidente et rectrice de l’Université de l’Alberta. Elle est titulaire d’un doctorat en génie des métaux de l’Université de la Colombie‑Britannique.

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