Discours – Notes d’allocation prononcée par l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme à l’occasion de l’Inaugural Conference of the Inter–Parliamentary Commission for Combating Anti-Semitism

Londres (Royaume-Uni)
Le 17 février 2009

Priorité à l’allocution prononcée

* * * * *

Mesdames et Messieurs, merci bien pour votre collaboration. J’aimerais commencer en félicitant John et ses collègues d’avoir organisé cet important colloque historique.

Je félicite également mon collègue canadien, Irwin Cotler, pour son rôle important dans l’organisation du présent colloque, et je salue mes nombreux collègues députés canadiens ici présents, soit Carolyn Bennett, Raymonde Folco, Hedy Fry, Randy Hoback, James Lunney, Joyce Murray, Anita Neville, Bob Rae et Scott Reid. Il y a presque suffisamment de députés canadiens réunis en ce lieu pour atteindre le quorum à la Chambre des communes. Et nous sommes venus de loin. Je salue aussi, bien entendu, mon bon ami le sénateur Jerry Grafstein.

J’espère que le présent colloque marquera le début d’un processus permanent de sensibilisation et de mobilisation des parlementaires du monde entier et, par leur intermédiaire, des organisations politiques de toute tendance ainsi que des gouvernements nationaux, pour la lutte contre ce fléau qu’est l’antisémitisme. J’espère également qu’il s’agira du début, et non de la fin, de ce travail important. Je peux d’ailleurs affirmer que mes collègues canadiens et moi-même serions ravis d’organiser le prochain colloque de la commission interparlementaire au Canada. [Applaudissements]

Nous devrons retourner au Canada, John, pour officialiser le tout et déterminer comment nous procéderons exactement. Mais il y a ici un nombre considérable de Canadiens qui ne demandent qu’à ce que ce travail important traverse l’Atlantique.

Mesdames et Messieurs, en novembre, durant un séjour à Kyiv, je me suis rendu au site de Babyn Yar pour rendre hommage aux plus de 33 000 Juifs d’origine ukrainienne que les nazis ont massacrés en deux jours, en 1941.

Cela m’a éveillé à un aspect de la cruauté inimaginable déployée lors de l’Holocauste que je ne connaissais pas. Il n’était plus question de meurtres mécanisés et perpétrés sournoisement à l’abri des regards dans des chambres à gaz. À Babyn Yar, des hommes en uniforme ont aligné et fusillé 33 000 êtres humains un par un, sans arrêt, pendant deux jours. Même les militaires qui ne faisaient « qu’obéir aux ordres » devaient cacher profondément en leur cœur une parcelle de rancœur, de haine, qui leur a permis de déshumaniser les êtres humains innocents qu’ils exécutaient un par un.

Voilà quelques semaines, de passage à Mumbai, en Inde, j’ai visité la maison Nariman, qui hébergeait le centre Chabad. Alors que je me tenais à l’endroit où le rabbin Gavriel Holzberg et son épouse Rivkah ont été torturés et massacrés, au milieu des débris et des murs couverts de sang, j’ai été littéralement malade. Plus tard, contemplant Mumbai du haut de la maison Chabad, je me suis demandé longuement pourquoi, dans cette ville immense de 20 millions d’êtres humains, les terroristes avaient soigneusement et sciemment ciblé ce lieu paisible plutôt anodin, cet homme et sa famille.

Pourquoi l’ont-ils fait? Parce qu’ils étaient Juifs, et qu’ils représentaient ainsi tous les Juifs. C’était la seule et unique raison. Soixante-huit années et des milliers de kilomètres séparent le ravin de Babyn Yar des débris de la maison Nariman, mais ces deux lieux sont liés par ce fléau unique, durable et pernicieux qu’est l’antisémitisme.

Même au Canada, pays pacifique et pluraliste, on constate une résurgence de ce fléau. Dans son recensement des cas d’antisémitisme en 2007, la ligue canadienne de défense des droits de la personne B’nai Brith a relevé plus de 1 000 incidents signalés, une augmentation de 11 % par rapport à l’année précédente et le double du résultat obtenu cinq années plus tôt.

Vendredi, alors que j’embarquais pour Londres, j’ai vu un exemple simple et concret de ce nouvel environnement. Il y avait sur la page de l’un de nos quotidiens nationaux, deux articles : l’un au sujet d’une attaque visant des étudiants juifs, fréquentant l’une de nos plus grandes universités, par une foule qui leur scandait des slogans antisémites; l’autre sur un homme condamné pour avoir posé des bombes incendiaires dans des établissements juifs.

Ici, au Canada, il y a toujours eu un vieux fond d’antisémitisme qui reste présent : les manifestations de l’extrême droite et sa présence sur Internet. À mon avis, cela reste une forme d’antisémitisme marginale, négligeable et en régression, mais néanmoins une forme que nous ne devons jamais négliger. Nous avons une législation sévère contre les crimes motivés par la haine nous permettant d’intervenir contre toute manifestation d’antisémitisme de ce genre, mais nous assistons aujourd’hui au regain d’un nouvel antisémitisme, qui s’affirme sur la notion que les Juifs seuls n’ont pas le droit à un pays. Il s’agit de la version antisioniste de l’antisémitisme.

Maintenant, permettez-moi… je suis totalement d’accord avec mon collègue de la Jordanie et avec le Rabin en chef du Royaume-Uni : on ne doit pas être d’accord avec les politiques particulières d’Israël sur n’importe quelle question, on peut critiquer les politiques des gouvernements d’Israël sans être antisémite. Mais il ne s’agit pas des critiques que l’on porte aux politiques du gouvernement d’Israël. Dieu sait combien la Knesset s’en charge! Il s’agit de ceux dont l’idée de base est que l’État d’Israël est une abomination en soi et que les Juifs seuls n’ont pas droit à une terre. Dans ce sens, l’antisionisme est antisémite.

Notre gouvernement en est parfaitement conscient. L’an dernier, à l’occasion de notre cérémonie nationale à la mémoire de l’Holocauste, le premier ministre Harper déclarait, en évoquant l’Holocauste, que « ce génocide était si prémédité et grotesque dans sa conception, si monstrueux et barbare dans son ampleur, et si systématique et efficace dans son exécution, qu’il est sans pareil dans les annales du mal. Malheureusement, dans certains pays, la haine des Juifs est toujours prêchée dans les lieux de culte et toujours proclamée dans les tribunes politiques. Il y a encore des gens qui perpétreraient un autre Holocauste s’ils le pouvaient. Voilà pourquoi nous devons résister à l’erreur de considérer l’Holocauste comme un simple événement historique. Lorsque les politiciens déclarent publiquement qu’ils se souviennent de ce qui s’est passé il y a de cela plus de six décennies et qu’ils le déplorent, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant. Ils doivent aussi se dresser contre ceux qui prônent aujourd’hui la destruction d’Israël et de son peuple. Et ils doivent condamner catégoriquement les despotes, les terroristes et les fanatiques antisémites. C’est la seule façon d’honorer réellement la mémoire de ceux et celles qui ont péri dans l’Holocauste. »

Laissez-moi vous présenter brièvement quelques-unes des mesures prises par le gouvernement du Canada pour lutter contre cette tendance nouvelle et de plus en plus importante à l’antisémitisme. Nous avons récemment présenté notre candidature pour être membre de plein droit du Groupe d’action international pour la coopération sur l’éducation, la mémoire et la recherche sur l’Holocauste. À cet égard, nous avons réalisé une étude préliminaire nationale sur les programmes scolaires de sensibilisation à l’Holocauste. Notre parlement a adopté avec le soutien de tous les partis un projet de loi, dont deux des parrains sont ici aujourd’hui, pour instituer un jour commémoratif de l’Holocauste Yom ha Choah, auquel participent tous les chefs de partis.

Nous examinons d’ailleurs pour la première fois les actions antisémites sanctionnées officiellement que nous avons commises par le passé, dont l’exemple le plus éloquent reste le refus par le Canada d’accepter les centaines de réfugiés juifs européens qui se trouvaient à bord du navire Saint-Louis à son arrivée dans le port d’Halifax en 1938. En fait, un de mes prédécesseurs a même fait la déclaration tristement célèbre, au moment où ce navire entrait dans les eaux canadiennes, que si le Canada accueillait un réfugié juif européen, ce serait un de trop. C’est pourquoi notre gouvernement a créé un fonds commémoratif de 2,5 millions de dollars pour contribuer à l’éducation des générations futures à l’égard de l’incident du Saint-Louis et de la haine qui l’a marqué.

Nous avons établi un fonds de sécurité pour les collectivités à risque qui accorde des subventions à des dizaines de synagogues et d’écoles juives, et à d’autres communautés qui ont été victimes de crimes haineux ou de violence pour améliorer leur sécurité. En tant que ministre responsable de notre programme du multiculturalisme, mon objectif est que ce programme ne vise plus à célébrer nos différences, mais qu’il se concentre sur la cohésion sociale et permette de construire des ponts entre les communautés, afin que nous puissions lutter ensemble contre la radicalisation des jeunes à risque.

Par exemple, je reste optimiste que nous serons en mesure d’apporter notre appui à un nouveau projet passionnant lancé par le Congrès juif canadien et le Canadian Somali Congress : ce projet offrira à de jeunes Canadiens d’origine somalienne, principalement des réfugiés ou leurs enfants, des occasions de stage auprès de professionnels juifs, et ce, afin que les membres des deux communautés puissent se rencontrer et se débarrasser de leurs préjugés envers les membres d’autres communautés tout en envisageant de nouvelles perspectives d’intégration économique.

Je suis avec grand intérêt le programme de votre gouvernement qui vise à parrainer des élèves d’écoles secondaires britanniques pour les aider à se rendre dans les camps de la mort nazis en Europe afin qu’ils puissent apprendre par eux-mêmes les réalités de l’Holocauste et les expliquer à leurs pairs. Je reste optimiste que nous pourrons trouver un moyen de contribuer à des programmes semblables. En outre, il est très important de mentionner que notre gouvernement applique une politique de tolérance zéro en ce qui concerne les marques d’antisémitisme sur la place publique. On trouve au Canada, tout comme en Grande-Bretagne, des organisations qui font souvent la une des médias et dont on entend très couramment parler, et qui, tout en tenant des propos haineux, s’attendent à être traitées comme des interlocuteurs respectables dans le discours public. Je pense par exemple au président d’une organisation appelée le Congrès islamique canadien, Mohamed Elmasry, qui a déclaré il y a maintenant trois ans en direct à la télévision qu’il est légitime de tuer tous les Israéliens de plus de 18 ans. Puisque ce sont des combattants, ils peuvent être éliminés.

Je pense également au dirigeant de la Fédération canado-arabe, qui a notoirement fait circuler un courriel lorsque mon collègue, le contre-ministre des Affaires étrangères, Bob Rae, participait à la course à la chefferie de son parti. Ce courriel demandait aux libéraux de voter contre M. Rae en raison de l’implication d’Arlene Perly Rae au sein de la communauté juive du Canada. La même personne, la même organisation, la Fédération canado-arabe, a envoyé à tous la semaine dernière, y compris aux parlementaires, des vidéos de propagande, incitant les enfants à la haine, réalisées par des organisations comme le Hamas et le Jihad islamique.

Ces organisations et d’autres sont libres de s’exprimer, de dire le fond de leur pensée, et ce, dans le cadre de notre législation et de notre tradition de liberté d’expression. Toutefois, elles ne doivent pas s’attendre à recevoir des ressources de l’État, un soutien des contribuables ou toute autre forme de reconnaissance officielle de la part du gouvernement ou des autorités administratives. J’encourage tous les gouvernements à adopter une approche semblable à l’égard des organisations qui excusent la violence contre les Juifs ou expriment des sentiments essentiellement antisémites.

J’incite également les organisations internationales à faire preuve de diligence à cet égard. J’ai été perturbé de constater qu’à la conférence de haut niveau de l’OSCE à Bucarest, un représentant de l’une de ces organisations avait été invité à titre d’expert.

Laissez-moi terminer par vous expliquer les mesures prises par le Canada à l’échelle internationale pour lutter contre l’antisémitisme. Parlant de Bucarest, j’y étais pour présenter, au nom du gouvernement, un changement stratégique demandant la nomination d’un représentant et l’adoption d’un processus précis qui auraient pour objectif la lutte contre l’antisémitisme, afin de reconnaître cette forme unique de haine, durable et pernicieuse, sans toutefois exclure les autres formes de haine, racisme et xénophobie.

Comme vous le savez, le gouvernement du Canada a constamment voté contre les résolutions prenant à partie Israël et visant à en faire un bouc émissaire lors de forums internationaux comme le Sommet de la Francophonie et les réunions du Comité des droits de l’homme des Nations Unies. Il n’y a que deux, trois semaines, nous n’étions malheureusement que le seul pays sur les quelque 40 États membres du Comité des droits de l’homme des Nations Unies à s’opposer, dans ce cas-là, à une résolution désignant Israël comme responsable, de façon disproportionnée, de la violence dans la bande de Gaza.

Finalement, le moment où j’ai été le plus fier d’être ministre s’est passé il y a un an ce mois-ci, lorsque j’ai annoncé au nom du gouvernement que le Canada se retirerait, ce qu’il a fait depuis, de Durban 2. Cette décision était délibérée et a été prise après avoir participé aux réunions préparatoires initiales. Nous étions également totalement conscients de la réputation du Canada en tant que champion international de la tolérance, du pluralisme et du respect mutuel, et c’est pourquoi nous nous sommes retirés de la conférence de Durban.

Nous nous sommes retirés d’un processus qui permet à l’Iran de siéger au comité organisateur, alors que le président de l’Iran a incité, à de nombreuses reprises, au génocide de la nation juive; d’un processus où la Libye joue un rôle central au sein du comité organisateur; d’un processus dont beaucoup des réunions préparatoires clés ont probablement eu lieu en même temps que de grandes fêtes juives afin de diminuer la participation des délégués israéliens et juifs; d’un processus où toutes les ONG qui ont participé à la première conférence de Durban et l’ont transformé en tribune tristement célèbre où des propos haineux ont été lancés ont été réinvitées, y compris celles responsables de la circulation de copies des Protocoles des sages de Sion, de même que les organisations qui ont brandi des portraits d’Adolf Hitler, tout en rendant difficile ou impossible pour les ONG juives d’y assister à titre d’observateurs, y compris le Conseil canadien sur les affaires israéliennes et juives.

Or, je comprends et j’apprécie la position de certains gouvernements qui attendent de voir l’évolution du processus. Je pense que nombre d’entre nous avons pris la mauvaise décision il y a plusieurs années de légitimer involontairement le processus. Je comprends que certains gouvernements européens préfèrent attendre et aligner leur position sur celle de Washington, mais je suis un peu surpris. J’ai toujours pensé que l’Europe était fière de posséder sa propre politique internationale qui reflète ses valeurs et ses intérêts. C’est certainement la position du Canada. Nous encourageons nos amis des autres pays à se souvenir que le Canada fait partie de la relation transatlantique, et que nous avons adopté, à notre avis, une position de principe à l’égard de la conférence de Durban.

Pour terminer, je voudrais citer une déclaration du premier ministre Stephen Harper, à la suite de sa visite l’été dernier du camp de la mort nazi d’Auschwitz. Il a dit : « j’ai été ému aux larmes par ce que j’ai vu. J’ai ressenti du dégoût, de la colère et, plus que tout, une profonde et douloureuse tristesse pour les millions d’innocents qui ont péri là-bas. Mais j’ai aussi ressenti de l’espoir. De l’espoir en raison de l’esprit et de la force incommensurables du peuple juif. De l’espoir qui a laissé derrière nous les horreurs de l’Holocauste pour bâtir l’État d’Israël, démocratique, moderne et prospère. Et de l’espoir car aujourd'hui, la plupart des gens dans la plupart des pays civilisés reconnaissent l’antisémitisme pour ce qu’il est : un mal pernicieux qui doit être dénoncé, confronté et réprimé là et où il se manifeste; un mal si profond qu’il est en définitive une menace pour nous tous. »

Merci beaucoup.

En vedette

Date de modification :