Discours – Notes d’allocation prononcée par l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme « Le civisme : l’obligation de s’intégrer » dans le cadre de la série de conférences « Canadian Leaders » au Collège universitaire Huron

Université Western Ontario
London (Ontario)
Le 18 mars 2009

Priorité à l’allocution prononcée

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Je vous remercie. Je suis désolé pour ceux qui n’ont pas de place pour s’asseoir, mais je vous remercie d’être venus en si grand nombre. Permettez–moi de débuter en saluant mon collègue, le député Ed Holder. Je vous remercie de votre présence. Je remercie également M. Lumpkin, M. Akins, tout le corps professoral ainsi que la communauté du Collège universitaire Huron de leur chaleureux accueil.

C’est un réel plaisir pour moi de prendre part à la série de conférences « Canadian Leaders », qui reflète l’importance de ce collège comme composante essentielle de l’Université Western Ontario. J’espère que vous ne m’en voudrez pas, mais ce matin même je prononçais une allocution à l’Université de Toronto. Ils vous transmettent leur bon souvenir.

Je vais vous parler aujourd’hui de la tension qui existe entre les responsabilités que j’assume dans les domaines de l’immigration, de la citoyenneté et du multiculturalisme. Ce sont tous des mandats d’une importance capitale pour le genre de pays dans lequel nous vivons et pour son avenir. Certains diront qu’il existe une sorte de tension entre ces trois grands programmes qui sont sous ma responsabilité, dont le plus imposant programme d’immigration au monde, en termes relatifs.

Chaque année, le Canada accueille environ un quart de million de résidents permanents, soit un peu moins d’un pour cent de sa population, ce qui constitue, sur une base annuelle, le plus grand nombre de résidents permanents par habitant de n’importe quel pays développé du monde.

Statistiques encore plus impressionnantes relativement à l’arrivée d’immigrants, l’année dernière le Canada a accueilli le plus grand nombre de nouveaux arrivants de toute son histoire, soit plus de 500 000 personnes, si nous incluons les étudiants étrangers, dont vous faites peut–être partie, les travailleurs étrangers temporaires et d’autres, qui ont tous dorénavant accès, grâce à la catégorie de l’expérience canadienne, à la résidence permanente.

Je suis donc en partie responsable de cela, du plus grand programme d’immigration au monde, ainsi que de la Loi sur la citoyenneté et du programme qui, bien entendu, constitue la voie que doivent emprunter les immigrants pour faire partie de la communauté politique canadienne. Et il y a la Loi sur le multiculturalisme et le programme qui est l’expression institutionnelle contemporaine de la longue tradition historique du Canada en matière de pluralisme.

Comme je l’ai dit, chacune de ces responsabilités a une réelle influence sur le genre de pays qui est le nôtre et sur ce qu’il deviendra. Aujourd’hui, je veux vous parler précisément de cette question. Comment un pays qui conserve un niveau aussi élevé d’immigration tout en acceptant la diversité qu’elle apporte maintient‑il un sens de cohésion sociale, de but commun et d’identité nationale? Que pouvons‑nous faire de plus pour renforcer les liens qui nous unissent en tant que Canadiens?

Je viens de mentionner les niveaux extrêmement élevés d’immigrants que nous accueillons au pays, mais l’une des caractéristiques particulières du Canada, je crois dans le monde démocratique développé, c’est qu’il dispose probablement, dans le cadre de son système politique, du plus fort consensus favorable à l’immigration de tout autre pays comparable.

Contrairement à la plupart des pays de l’Europe de l’Ouest et sans aucun doute contrairement aux États‑Unis, il n’existe au Canada aucune voix politique organisée qui est hostile en principe à l’immigration. Je dirais que, en gros, les points de vue divergents sur l’immigration entre les formations politiques fédérales sont des différences de degré et non pas de nature.

Et en même temps, nous avons cette tradition d’accepter la diversité, laquelle est ancrée dans notre tradition historique du pluralisme, qui à mon sens est teintée de l’impérialisme libéral britannique, et c’est effectivement la toile de fond de cette diversité de plus en plus imposante à laquelle nous sommes confrontés, et qui signifie que près de la moitié de la population de la plus grande ville, la région du Grand Toronto, est constituée de gens qui sont nés à l’étranger.

Cette situation représente un certain défi pour nous. Bien que l’immigration alimente de toute évidence notre prospérité et soit nécessaire à notre avenir, nous estimons en fait que, dans quelques années, la totalité de la croissance du marché du travail sera attribuable à l’immigration.

Malgré cela, malgré le fait que nous profitons tous de la diversité qu’apporte l’immigration, je prétends que nous ne pouvons pas et ne devons pas traiter d’une manière désinvolte les défis que comporte cette diversité de plus en plus grande pour s’occuper uniquement des possibilités à exploiter.

Des sociologues ont affirmé que les enclaves ethniques au Canada, comme certains les appellent, sont en train de s’épaissir, que de grandes communautés en pleine croissance, qui sont sans doute quelque peu insulaires, ne s’intègrent pas avec la même rapidité que par le passé.

Certains qualifient ces enclaves de façon péjorative de processus de « ghettoïsation ». En Grande‑Bretagne, on les qualifie de communautés parallèles. Je dirais que les communautés parallèles, les enclaves ethniques, peu importe le nom que vous leur donnez, sont, dans une certaine mesure, une conséquence naturelle, inévitable et sans doute même souhaitable de l’immigration, car les immigrants viennent dans un pays d’accueil et s’installent en se liant d’abord à des communautés qu’ils connaissent, qui leur offrent un soutien et un capital sociaux.

Ma préoccupation, que, à mon avis, nous devrions tous partager, est de faire en sorte que ces prétendues enclaves ethniques ne deviennent pas des pièges qui empêchent les gens de s’intégrer à la société canadienne plus vaste et qui limitent leurs possibilités, tant économiques que sociales, de participer à d’autres cultures que celles qu’ils connaissent déjà.

Récemment, un professeur de l’Université Carleton et journaliste canadien bien connu, Andrew Cohen, a écrit un livre à ce sujet et sur d’autres questions semblables, comme le sentiment d’identité canadienne à travers la diversité de plus en plus grande du Canada.

Il a intitulé son livre « The Unfinished Canadian » et il y déplore la façon dont le Canada devient, dans les mots de Yann Martel, « le plus gros hôtel du monde ». M. Cohen croit que le Canada est en train de devenir une résidence de convenance, qui n’attend pratiquement rien en retour contre l’un des passeports les plus faciles à obtenir au monde.

J’ai lu aujourd’hui un article voisin de la page éditoriale dans le même veine, publié par le Waterloo Record et rédigé par un étudiant en journalisme de Ryerson, qui souligne : « C’est une bonne chose si le Canada n’a pas d’identité particulière. Le Canada est tellement multiculturel que cela nous empêche d’avoir une identité fixe et c’est une bonne chose. » Rudyard Griffiths, l’ancien chef de l’Institut du Dominion, vient de publier un nouveau livre, « Who We Are », et je vous encourage tous à le lire. Il examine lui aussi la question de l’identité.

Il écrit dans ce livre que notre absence d’identité, notre absence de fierté, de symboles et d’institutions est considérée comme une vertu dans une société mondiale. Il semblerait qu’une identité postnationale est effectivement ce dont nous avons besoin dans un monde postnational. Un critique de son livre a écrit que beaucoup voient le Canada comme la parfaite maison de chambres, un État postnation paisible et conciliant ou une gare ferroviaire sans âme, un lieu qui est exige peu de ses citoyens.

Mais nous devons prendre très au sérieux cette métaphore de l’Hôtel Canada, prévient Rudyard Griffiths, parce qu’elle sape les forces mêmes et les bases qui ont fait du Canada un grand pays. L’absence de connaissance des faits ayant construit le pays que nous connaissons, prévient‑il, est potentiellement désastreuse. On dit maintenant que l’éducation civique est le principe vital de la démocratie. Cela est vrai pour nous tous qui vivons ici, y compris pour les nouveaux arrivants qui, d’après M. Griffiths, « ne devraient pas être laissés à eux‑mêmes pour tenter de maîtriser le savoir civique nécessaire pour participer à la démocratie. »

C’est pourquoi je veux faire valoir que, pendant que nous continuons de soutenir les meilleures traditions de diversité et de pluralisme du Canada, nous devons également nous concentrer sur les facteurs qui nous unissent, et pas simplement sur ceux qui nous différencient. Nous devrions nous concentrer, en particulier, sur les valeurs politiques qui sont ancrées dans notre histoire, les valeurs de la démocratie libérale enracinées dans la démocratie parlementaire britannique qui nous a précisément donné l’espace pour accueillir une telle diversité.

Qu’est‑ce que cela veut dire? Pour moi, cela signifie que notre programme d’immigration, notre programme de citoyenneté et notre programme de multiculturalisme doivent de plus en plus mettre l’accent sur l’intégration, sur l’intégration réussie et rapide des nouveaux arrivants dans la société canadienne et sur une compréhension approfondie des valeurs, des symboles et des institutions qui sont enracinés dans notre histoire, pas seulement de la part des nouveaux arrivants, mais de tous les Canadiens.

Peut‑être certains d’entre vous ont‑ils vu les sondages menés par l’Institut du Dominion et par d’autres qui révèlent un niveau inquiétant d’ignorance au sujet des institutions politiques, des symboles et de l’histoire du Canada. Par exemple, la grande majorité des jeunes Canadiens ne peuvent même pas nommer John Macdonald comme le premier ministre fondateur du Canada. Dans un sondage récent, la majorité des Canadiens ne pouvaient préciser que le système politique du Canada est qualifié de monarchie constitutionnelle.

La grande majorité des jeunes Canadiens ne connaissent pas les principales batailles de l’histoire militaire du Canada, qui sont d’importants repères pour comprendre notre histoire. Cette ignorance nous amène à nous poser une question raisonnable. Sommes‑nous en train de développer un genre d’amnésie historique au Canada, non seulement chez les nouveaux arrivants, mais chez les enfants et les petits‑enfants des Canadiens de souche?

Je vous dirais que, si c’est le cas, nous sommes en train de perdre quelque chose d’irrécupérable.

Je vais maintenant vous dire ce que nous avons fait. Le Programme du multiculturalisme des années 1970 mettait l’accent sur ce qui a été qualifié alors de multiculturalisme « du chant, du sari et du samosa », c’est‑à‑dire qui portait sur les aspects culturels superficiels de la diversité, ce qui est formidable.

Je pense, quant à moi, que nous avons besoin d’un multiculturalisme qui soit pertinent pour les défis d’aujourd’hui, pas ceux d’il y a 30 ou 40 ans. En fait, le multiculturalisme, comme concept du discours public canadien, a été créé dans les années 1950 et 1960 par des gens comme Paul Yuzyk, universitaire manitobain, nommé plus tard sénateur par John Diefenbaker. D’origine ukrainienne, il était à cette époque le principal historien du rôle des Canadiens d’origine ukrainienne dans la société canadienne.

Dans ses observations sur la théorie des deux nations fondatrices, Paul Yuzyk a dit que cette théorie semblait faire fi d’environ un tiers des Canadiens comme lui qui n’avaient aucun ancêtre britannique ou français. Il a fait l’éloge des institutions et du patrimoine des peuples fondateurs britanniques et français, de même que des réalisations des peuples autochtones qui sont venus avant les Européens.

Mais il a dit que nous avions besoin d’un discours qui explique le rôle de ceux qui ne sont ni d’origine britannique ni d’origine française, et qui n’appartiennent pas non plus aux Premières nations; il a donc proposé comme aspect central de ce discours le concept du multiculturalisme.

Il est connu comme le « père du multiculturalisme ».

C’est réellement à ce moment que l’idée est née. Dans les années 1970, comme beaucoup l’ont fait remarquer, le multiculturalisme est devenu une célébration des aspects plus superficiels de la diversité culturelle.

Je dirais qu’au Canada aujourd’hui nous n’avons pas besoin de l’intervention de l’État pour promouvoir ce genre de diversité culturelle. Elle existe. C’est un fait concret. Elle est profondément inscrite dans notre société. J’ajouterais même que nos communautés ethnoculturelles sont suffisamment grandes et solides en termes de ressources qu’elles n’ont pas besoin des contributions ou subventions du gouvernement pour sauvegarder la diversité. Elle est là et nous en profitons tous.

Ce sur quoi doit se concentrer le Programme du multiculturalisme, ce sont les défis concrets de l’intégration. Qu’est‑ce que cela veut dire? Cela veut dire s’assurer que les personnes qui arrivent au Canada peuvent aussi rapidement que possible acquérir des compétences dans l’une de nos langues officielles afin de s’intégrer sur le plan socioéconomique. Cela veut dire que les professionnels formés à l’étranger, qui arrivent ici, n’ont pas à lutter sans fin dans des emplois de survie en attendant de venir à bout de la bureaucratie pour que leurs titres de compétences étrangers soient reconnus.

Cela veut dire qu’il doit y avoir une réelle égalité des chances sur le marché économique pour des emplois et pour des gens quelle que soit leur origine. Cela veut dire que les jeunes qui grandissent apprendront, espérons‑nous, à connaître leurs pairs venant de partout dans le monde et qu’ils ne finiront pas bloqués dans un genre d’enclave culturelle.

Je pense que ce sont là le genre de défis que nous devons relever, y compris, pour être franc, le défi de la radicalisation.

Nous avons de la chance au Canada de ne pas avoir vu trop de manifestations de radicalisation, ni trop de manifestations violentes, mais nous ne pouvons ignorer ce que nous avons vu en Europe. Nous ne pouvons ignorer quel genre de conséquences il y a à laisser de petites minorités d’extrémistes de quelque origine que ce soit s’éloigner du consensus général des valeurs démocratiques libérales pour adopter l’extrémisme, que ce soit dans des incarnations violentes ou non violentes, comme façon d’opérer un changement politique.

C’est pourquoi je pense que nous devons nous concentrer sur les jeunes qui peuvent présenter des risques de criminalité ou d’extrémisme. C’est exactement ce que nous avons fait avec le Programme du multiculturalisme. Nous avons changé les priorités du programme pour mettre l’accent sur des voies rapides d’intégration, sur le construction de ponts entre les communautés pour éviter l’isolement de communautés ethnoculturelles particulières, en portant une attention particulière sur les jeunes à risque et la lutte contre la radicalisation.

Je vais vous donner un exemple concret de la façon dont nous agissons. Nous avons un programme dont je suis vraiment fier, que je viens d’approuver et qui ouvrira la porte à de jeunes Canadiens d’origine somalienne. Beaucoup d’entre eux sont arrivés au Canada encore enfants dans des familles de réfugiés ou sont nés ici dans des familles typiquement défavorisées; ils sont venus au Canada pour fuir la violence et les conflits en Somalie et ont typiquement grandi dans des voisinages difficiles.

Ce programme permet à bon nombre de ces jeunes d’obtenir des stages dans des entreprises ou des bureaux professionnels dirigés généralement par des membres de la communauté juive. Toutefois, il ne se limite pas à cela. Il n’est pas réservé aux jeunes Somaliens du Canada ou aux entreprises ou bureaux professionnels juifs canadiens, mais ce sont ces deux communautés qui ont créé le modèle de ce type d’intégration au marché du travail.

Selon moi, c’est une excellente idée. Prenez un jeune qui n’a peut–être pas eu de possibilités sur le plan professionnel et ne dispose pas déjà d’un réseau. Par exemple, son père n’est pas un avocat qui peut obtenir un stage d’été simplement en donnant un coup de fil à un ami. Il faut espérer que ce type de programme serve de tremplin et permette à des jeunes qui, autrement, pourraient faire des choix moins judicieux, d’acquérir une expérience professionnelle.

C’est donc de cela dont je parle : établir des ponts entre les communautés, aider les gens, établir une véritable égalité de possibilités sur le plan économique et, en même temps, lutter, indirectement en quelque sorte, contre les forces marginales de la radicalisation. C’est ce que nous avons fait avec le Programme du multiculturalisme. Nous voulons encourager les gens à trouver d’autres moyens d’établir des passerelles de compréhension entre les communautés.

En ce qui concerne le programme d’immigration, nous visons de plus en plus à ce qu’il corresponde aux besoins économiques et en main–d’œuvre du Canada. Certains ont fait valoir que, selon des données récentes, les nouveaux immigrants au Canada réussissent moins bien que ceux qui sont venus il y a 20 ou 30 ans. Si c’est le cas, c’est sans doute parce que, dans une certaine mesure, le programme d’immigration n’était pas bien aligné sur les besoins en main–d’œuvre du Canada. Ainsi, comme je l’ai dit, plus de personnes sont arrivées ici et se sont retrouvées coincées dans des emplois de survie; c’est le phénomène bien connu des titulaires d’un doctorat qui sont chauffeurs de taxi au Canada.

Nous avons donc pris des mesures pour modifier le programme d’immigration et nous maintenons le nombre de nouveaux arrivants à des niveaux très élevés. Toutefois, nous avons également fait en sorte que les personnes qui présentent une demande au titre de la catégorie des travailleurs qualifiés du volet fédéral dans l’une des 38 professions prioritaires obtiennent un traitement accéléré de leur demande de résidence permanente au Canada. Elles peuvent obtenir une décision quant à leur demande de résidence permanente dans un délai de six à douze mois, au lieu des cinq à six ans qui étaient nécessaires antérieurement.

Nous avons également créé la catégorie de l’expérience canadienne qui offre, comme je l’ai dit, une voie vers la résidence permanente pour les étudiants étrangers qualifiés et pour les travailleurs étrangers temporaires qualifiés. D’une certaine façon, ces étudiants et travailleurs temporaires ont eu l’occasion de s’intégrer au préalable, d’améliorer, au besoin, leurs compétences en langues officielles et de comprendre la culture et le marché du travail canadiens, et le processus de reconnaissance des titres de compétences au Canada.

Un étudiant étranger qui obtient son diplôme canadien de l’Université Western Ontario pourra accéder beaucoup plus facilement à la profession de son choix qu’un professionnel âgé de 45 ans formé à l’étranger qui arrive ici sans diplôme obtenu au Canada. Donc, il s’agit là d’un autre moyen de donner aux personnes une longueur d’avance dans le processus de l’intégration économique et sociale.

Nous voulons continuer de modifier le programme d’immigration afin qu’il réponde mieux aux besoins des nouveaux arrivants et de notre économie.

Enfin, en ce qui concerne le programme de citoyenneté, je me réjouis vraiment d’améliorer ce domaine, que nous avons manifestement négligé. Nous, au gouvernement du Canada, avons tendance à mesurer le succès du programme de citoyenneté uniquement en fonction du nombre de nouveaux citoyens que nous assermentons au cours d’une année donnée, soit en moyenne 200 000 par an.

Nous n’avons pas tendance à mesurer le succès du programme de citoyenneté selon le degré ou la rapidité d’intégration des personnes, ni en fonction de leur connaissance des valeurs, des institutions ou de l’histoire politiques du pays.

Par conséquent, j’ai demandé au Ministère d’effectuer un examen approfondi du programme de citoyenneté, d’examiner le matériel didactique, d’examiner et d’améliorer de manière importante l’examen qui est administré aux nouveaux citoyens, et de chercher à améliorer les exigences linguistiques.

Je vais vous donner un exemple des raisons pour lesquelles cet aspect me préoccupe. Il y a six semaines, j’étais en visite officielle en Inde. J’ai assisté, à notre haut–commissariat de New Delhi, à une ou deux entrevues de personnes qui avaient présenté une demande de résidence permanente. J’y ai rencontré une femme, citoyenne canadienne, qui réside au Canada depuis 15 ans et qui, je crois, avait la citoyenneté canadienne depuis 12 ans déjà. Dans la mi–trentaine, elle habitait à Surrey, en Colombie–Britannique, et se trouvait là pour présenter une demande de parrainage de son époux afin qu’il puisse immigrer au Canada.

Cette Canadienne originaire de la région indienne du Panjab était incapable de répondre aux questions en français ou en anglais pendant l’entrevue d’immigration et a dû avoir recours à un interprète panjabi.

Il faut se demander s’il s’agit d’un cas isolé. Malheureusement, ce cas n’est que trop fréquent, trop représentatif de notre incapacité de donner aux gens la possibilité de s’intégrer. Comment cette femme peut–elle réellement accéder aux débouchés économiques, à l’intégration sociale, si elle en est empêchée par une compétence linguistique limitée?

Dans quelle mesure ce cas est–il répandu? C’est difficile à dire, mais je puis affirmer ceci. À peine 20 % des nouveaux arrivants au Canada s’inscrivent effectivement aux programmes gratuits de formation linguistique que nous offrons aux résidents permanents avant l’obtention de la citoyenneté canadienne.

Nous devons en faire davantage. Notre gouvernement a triplé les fonds pour l’établissement à l’intention des nouveaux arrivants, qui s’élèvent à environ 1,5 milliard de dollars par an pendant trois ans. Nous offrons plus de cours de langue qu’avant, plus de programmes de mentorat, plus de programmes de toutes sortes; pourtant, une minorité assez faible de nouveaux résidents permanents se prévalent de ces cours.

Nous espérons annoncer ce printemps, à titre de projet pilote, un moyen de faire des nouveaux arrivants des consommateurs, en leur remettant une sorte de certificat dont le montant serait destiné à la formation linguistique, et qui leur permettrait de rechercher l’offre la plus avantageuse.

Ils pourront ainsi choisir, plutôt que d’être des consommateurs passifs de services offerts par des organisations d’aide à l’établissement. Voilà l’un des moyens par lesquels nous essayons de rendre les personnes autonomes.

Nous devons cependant trouver d’autres moyens. C’est pour cette raison que j’examine des manières d’améliorer le degré de connaissance des langues officielles nécessaire à l’obtention de la citoyenneté canadienne. Toutefois, je veux également m’assurer qu’au moment de prêter le serment de citoyenneté, les personnes comprennent réellement ce que cela veut dire sur le plan de la communauté politique, et des attentes et des responsabilités qui en découlent.

Pour paraphraser l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, quiconque vient au Canada a le droit d’être différent, mais a le devoir de s’intégrer. Oui, nous avons la responsabilité publique de faciliter l’intégration des personnes dans notre société, mais celles–ci doivent également faire un effort.

À mon avis, la grande majorité des nouveaux arrivants au Canada font cet effort, et c’est pourquoi ils réussissent, mais nous devons leur fournir les outils nécessaires. C’est pour cette raison que nous examinons les améliorations à apporter au programme de citoyenneté, et j’ai demandé à mon ministère, en particulier, d’examiner l’exemple de l’Australie, qui a apporté récemment certaines améliorations importantes à son programme de citoyenneté.

Une mesure prise par l’Australie et qui, je crois, a aussi été prise récemment par la Grande–Bretagne, vaut peut–être la peine d’être étudiée. Cette mesure consiste à fournir aux personnes, avant qu’elles décident d’immigrer au Canada, des explications claires sur ce à quoi elles peuvent s’attendre en termes de diversité et de valeurs politiques, afin qu’elles comprennent qu’au Canada, les hommes et les femmes sont pleinement égaux, et que nous respectons tous les Canadiens, quelles que soient leur race, leur appartenance ethnique, leur religion ou leur orientation sexuelle. Il s’agit là de droits et d’obligations que nous partageons tous, quel que soit notre milieu d’origine.

À cet égard, je crois qu’il est important que nous parlions sans détours des efforts déployés par certains pour, à mon avis, déformer les plus nobles traditions canadiennes de diversité et de pluralisme en important, sous le couvert du multiculturalisme, des idées extrémistes. Par ce terme, j’entends des idées intolérantes, qui tendent à légitimer la violence à des fins politiques.

En voici un exemple. J’ai prononcé récemment un discours à Londres, en Angleterre, au cours d’une conférence internationale de grande envergure contre l’antisémitisme. J’ai affirmé dans ce discours que le gouvernement du Canada adopte une politique de tolérance zéro envers l’expression de l’antisémitisme au Canada et j’ai donné deux exemples précis.

J’ai affirmé que j’avais été préoccupé, par exemple, par les déclarations de l’ancien président du Congrès islamique canadien, Mohamed El–Masri, qui, il y a quelques années, a déclaré en direct à la télévision nationale que tous les citoyens israéliens de plus de 18 ans étaient des cibles légitimes d’élimination, de violence et de meurtre.

Je ne vais pas aborder les éléments sous–jacents à ce point de vue, mais le fait de prôner et de tenter de légitimer le massacre d’une population — tous les Israéliens de plus de 18 ans, soit environ 4,5 millions de personnes — dépasse les bornes, selon moi. Je suis un ardent défenseur de la liberté d’expression, et nous avons hérité des Britanniques leur merveilleuse tradition de liberté d’expression et de pensée.

Toutefois, je ne crois pas que les organes de l’État canadien doivent être utilisés pour appuyer les organisations qui soutiennent ou excusent l’extrémisme ou le terrorisme.

Dans le même ordre d’idées, j’ai parlé d’une autre organisation dont le président a réclamé la légalisation au Canada d’organisations interdites, illégales et irrémédiablement antisémites, comme le Hamas et le Hezbollah, afin qu’elles puissent mener des activités au pays, recueillir des fonds et promouvoir leurs idées haineuses.

Ce que je veux dire, c’est que les gens sont libres d’exprimer leur opinion sur la politique étrangère, sur le Moyen–Orient, et dans ce dernier cas, d’être en désaccord avec les politiques du gouvernement israélien. Ils sont libres de dire ce qu’ils veulent dans les limites de nos lois canadiennes. Toutefois, ils ne doivent pas s’attendre, simplement parce qu’ils prétendent représenter une communauté ethnoculturelle particulière, à ce que n’importe quelle idée, si extrême soit–elle, soit traitée, dans le cadre du relativisme moral, comme un apport légitime au discours public et que les organisations de ce genre obtiennent l’appui du public.

Voilà pourquoi j’ai dit que nous ne financerons pas des groupes qui excusent la violence ou le terrorisme, ou font la promotion de la haine. C’est très important, selon moi, car après avoir fait cette déclaration au sujet de l’organisation en question, j’ai reçu des centaines de lettres.

Je parle de la Fédération canado–arabe de monsieur Muammar. J’ai reçu des centaines de lettres et de courriels de remerciements de la part de Canadiens d’origine arabe. Ils me remerciaient d’avoir souligné que cette organisation ne représentait pas la grande majorité des membres de cette communauté.

Je tiens à préciser que lors de mes rencontres avec les communautés multiculturelles de tout le pays les gens viennent souvent me voir pour me demander de ne pas permettre à telle personne ou à telle organisation marginale de les représenter, eux–mêmes ou leur communauté, parce qu’elle ne les représente pas. Je pense qu’ils ont raison.

Selon moi, il est important que les gens qui représentent l’autorité et la responsabilité publiques appuient les porte–parole de la modération et des valeurs largement libérales dans nos communautés ethnoculturelles, et ne permettent pas aux têtes brûlées et aux défenseurs de l’extrémisme, même non violent, de dominer le discours au nom de certaines communautés.

J’ai essuyé d’innombrables critiques pour avoir adopté cette position, mais lorsque j’examine ce qui s’est passé en Europe, je suis d’avis que le Canada doit adopter cette position. Nous sommes fiers de notre longue tradition de pluralisme, de respect envers les autres, de diversité et de multiculturalisme, mais cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de limites. Il existe certaines limites qui doivent être définies par nos valeurs politiques les plus profondes et les plus nobles de respect de la dignité humaine, d’égalité entre les hommes et les femmes, et de liberté ordonnée au sein de notre démocratie parlementaire.

Pour terminer, j’aimerais dire que j’ai présenté ici certains points délicats. Nous avons bien des raisons d’être reconnaissants d’être Canadiens, les héritiers d’une incroyable largeur d’esprit, d’une ouverture culturelle, d’une tradition et d’une politique dynamiques d’immigration, et du concept novateur de multiculturalisme tel qu’il a été appliqué au Canada.

Nous avons bien des raisons d’être reconnaissants du sentiment canadien de citoyenneté partagée, de l’histoire et des institutions communes du Canada, et des valeurs et des symboles sur lesquels ils se fondent, mais nous ne pouvons tenir notre réussite pour acquise.

Partout où je me rends, aux quatre coins du monde, mes homologues, les ministres, les dirigeants politiques et d’autres me demandent comment le Canada a pu réussir à concilier les différences et à gérer la diversité. Il n’y a pas de réponse simple à cette question, si ce n’est que, si nous avons réussi, nous ne pouvons tenir notre réussite pour acquise. D’une part, les Canadiens sont des gens modestes. D’autre part, je crois que, parfois, nous nous faisons mal aux mains à force de nous applaudir.

Nous ne pouvons être exagérément optimistes quant au fait de continuer à profiter des avantages de l’immigration et de la diversité culturelle. Nous devons reconnaître franchement certaines des difficultés qui accompagnent la diversité croissante de la communauté canadienne.

Merci de votre attention. Je suis prêt à répondre à vos questions.

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