Discours – Notes d’allocation prononcée par l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme à l’occasion du Onzième Congrès national Metropolis

Calgary (Alberta)
Le 20 mars 2009

Version prononcée

* * * * *

Merci à Howard et Robert et toutes mes félicitations à Tracy et Linda, au comité organisateur, ainsi qu’à tous les bénévoles ayant participé à la réalisation de ce congrès. Je souhaite chaleureusement à tous la bienvenue à Calgary; nous sommes ravis de vous accueillir dans ce centre vital et dynamique de l’Ouest canadien, des Prairies.

Le projet Metropolis est unique et essentiel, comme j’ai été à même de le constater lorsque j’ai participé à la conférence internationale Metropolis à Melbourne, en 2007. En passant, le Canada comptait la plus imposante délégation internationale lors de cet événement, et ce, même s’il était le plus éloigné de tous les pays participants. Des événements de ce genre réunissent des sociologues, des spécialistes en matière de politiques ainsi que des fournisseurs de services, et même quelques politiciens, comme nous l’avons vu, ainsi que d’autres intervenants qui se penchent sur des questions telles que la migration, la diversité et l’intégration. Merci à chacun d’entre vous pour vos travaux précieux dont les résultats nous sont présentés aujourd’hui et pour ce que vous avez accompli tout au long de l’année.

Mesdames et messieurs, non seulement l’immigration est essentielle au développement du Canada, mais elle constitue également une part indispensable de notre avenir et le gouvernement y attache une grande importance. Malgré la récession actuelle, le fait d’attirer de nouveaux arrivants qualifiés et spécialisés au Canada contribuera à assurer notre succès et notre prospérité.

Nous prévoyons que le ralentissement économique ne durera pas longtemps et nous devons en faire abstraction de notre qualification en matière de l’immigration.

C’est pourquoi le Canada a accueilli en 2008 le plus haut nombre de nouveaux arrivants de toute son histoire, soit près de 520 000, résidents permanents – près d’un quart de million à eux seuls –, étudiants étrangers et travailleurs étrangers temporaires confondus, ces deux derniers groupes étant inclus dans ce calcul étant donné que désormais, la nouvelle catégorie de l’expérience canadienne ouvre à bon nombre de ces immigrants la porte vers la résidence permanente et, en fin de compte, vers la citoyenneté canadienne.

En tant que ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme, je me suis efforcé d’établir un lien entre nos politiques de multiculturalisme et les deux autres volets de mon portefeuille : la citoyenneté et l’immigration. De fait, nous avons fusionné la Direction générale de la citoyenneté avec le Programme du multiculturalisme, un très bon agencement, selon moi. À mon avis, nous avons besoin aujourd’hui d’un multiculturalisme pertinent par rapport aux défis contemporains, et non par rapport à ceux d’il y a 30 ou 40 ans.

À certains égards, cela correspond, ironiquement, à un retour vers le concept qui avait été formulé pour la première fois au Canada dans le discours public durant les années 1960 par le sénateur Paul Yuzyk, un universitaire d’origine ukrainienne ayant grandi en Saskatchewan et accédé au Sénat à titre de représentant du Manitoba. Il exprimait le multiculturalisme dans le contexte de notre héritage des traditions française et britannique et de nos antécédents autochtones, les piliers principaux de toute identité canadienne véritable.

Il s’exprimait en termes particulièrement favorables à l’égard du parlementarisme britannique à l’origine de nos institutions démocratiques. Fils d’immigrants ukrainiens, il connaissait la valeur de ces institutions dans un monde où des millions de personnes vivaient dans l’ombre de la tyrannie. Nous ne devons jamais oublier que notre tradition de pluralisme tire ses origines de notre histoire et qu’elle fait partie de l’identité nationale que notre histoire nous a façonnée. Nous avons depuis toujours pour tradition de promouvoir l’unité dans la diversité; cela ne date pas d’hier.

Je pense toutefois que nous devons nous concentrer davantage sur la recherche de moyens susceptibles de permettre à toutes les collectivités de mieux s’intégrer au Canada et nouer des liens les unes avec les autres. Nous devons aussi encourager les citoyens qui sont déjà au pays à accueillir plus activement les nouveaux arrivants dans la famille canadienne. Autrement dit, nous devons axer notre programme en matière de multiculturalisme sur les défis concrets que pose l’intégration.

Que signifie vraiment cette déclaration un peu abstraite? À mon sens, elle signifie dans les faits que nous devons faire en sorte que les gens qui arrivent au Canada puissent le plus tôt possible maîtriser au moins l’une de nos deux langues officielles en tant qu’outil d’intégration socioéconomique. Elle signifie, entre autres choses, que les professionnels formés à l’étranger qui arrivent ici ne devraient pas avoir à se démener interminablement dans des emplois de subsistance en attendant que l’on reconnaisse leurs titres de compétences étrangers.

Nous devons aussi penser davantage aux jeunes qui sont exposés à la criminalité ou à l’extrémisme. Or, c’est exactement ce que nous tentons de faire aujourd’hui dans le cadre du Programme du multiculturalisme. Nous avons modifié les priorités de ce programme de manière à l’axer sur des voies rapides vers l’intégration, sur l’établissement de ponts entre les collectivités afin d’éviter l’isolement, tout en mettant l’accent sur les jeunes à risque.

Permettez-moi de vous donner un exemple concret de ces nouvelles mesures que je trouve très stimulant. Nous soutenons un programme mis sur pied par des membres des communautés somalienne et juive du Canada, qui vise à offrir des possibilités de stage, le plus souvent, mais pas exclusivement, dans des milieux professionnels juifs. Donc, nous donnons l’occasion à des jeunes issus de milieux musulmans, faisant habituellement partie de familles de réfugiés défavorisées, de travailler dans un milieu professionnel où ils rencontrent des personnes venant d’un milieu totalement différent. Cela permet aux jeunes d’améliorer leurs perspectives économiques, et enrichit les professionnels qui les côtoient. Ainsi, des habitants de la même ville, qui autrement ne se seraient jamais croisés, apprennent aujourd’hui à se connaître.

Nous souhaitons encourager les gens à trouver des moyens de jeter des ponts de compréhension entre les collectivités. Je suis fier des contributions que les nouveaux arrivants font chaque jour à notre tissu social, culturel et économique. Comme l’a souligné le premier ministre en 2007, les immigrants viennent dans notre pays parce qu’ils souhaitent y appartenir. Pour que cela se réalise, nous avons adopté une approche bidirectionnelle, encourageant les nouveaux arrivants à s’intégrer et les citoyens à les y aider. Bref, nous souhaitons que tous se sentent responsables vis-à-vis du Canada et que le Canada se sente responsable de tous.

C’est ainsi que nous parviendrons à vaincre les difficultés que présentent le racisme et l’inclusion sociale, tout en construisant un sentiment de citoyenneté partagée et de cohésion sociale. De fait, lorsque je prends la parole lors de cérémonies de citoyenneté – sans contredit l’aspect de mon travail que j’apprécie le plus –, je dis aux nouveaux Canadiens que notre histoire est désormais la leur, et que notre passé collectif leur appartient. Si je leur parle ainsi, c’est tout simplement parce que nous ne souhaitons pas que le Canada devienne une sorte d’hôtel, où les gens ne font qu’entrer et sortir, sans avoir développé d’attachement permanent ou durable envers notre passé ou la signification de notre citoyenneté.

À mon avis, la clé de ce modèle d’unité et de diversité est l’intégration réussie des nouveaux arrivants. L’intégration devrait être, comme je viens de le mentionner, le foyer de notre multiculturalisme. C’est la raison pour laquelle nous faisons prêter serment, comme vous le savez sans doute, dans le cadre de notre programme de citoyenneté, à près de 200 000 nouveaux citoyens canadiens chaque année. Nous maintenons, et ce, même en cette période de difficultés économiques, le programme d’immigration le plus robuste au monde – toutes proportions gardées.

Bien entendu, je crois que vous, que Metropolis a examiné ces sujets et, pour ma part, je sais que les fonctionnaires responsables de l’élaboration des politiques au sein de mon ministère suivent avec intérêt vos travaux. Je vous encourage à poursuivre vos recherches et à nous faire part de vos suggestions visant l’amélioration de nos stratégies. L’un des secteurs dans lesquels nous pourrions demander tant aux immigrants qu’à notre pays de consentir un effort plus important est sans doute celui de la langue.

En janvier dernier, pendant une visite à notre haut-commissariat à New Delhi, j’ai assisté à quelques entrevues d’immigration. J’ai alors rencontré une femme qui vivait au Canada depuis près de 15 ans, qui était citoyenne canadienne depuis près de 12 ans, et qui réside et travaille à Surrey. Cette dame souhaitait parrainer son conjoint pour qu’il puisse venir la rejoindre au Canada, mais elle était incapable de répondre au fonctionnaire canadien qui menait l’entrevue d’immigration dans l’une ou l’autre de nos deux langues officielles. Elle a dû faire appel à un interprète panjabi, ce qui m’a laissé perplexe.

S’agit-il d’un exemple isolé? J’ai bien peur que cette situation ne soit pas suffisamment rare. Malheureusement, elle traduit notre incapacité d’offrir aux immigrants l’occasion de s’intégrer. Comment une femme dans cette situation peut-elle vraiment envisager la réussite économique, l’intégration sociale au sens large, si elle est freinée par son incapacité à s’exprimer dans l’une ou l’autre des langues du pays?

Je crois que la compétence linguistique constitue l’un des domaines dans lesquels nous pouvons demander aux immigrants et aux citoyens de redoubler d’efforts. La maîtrise d’une langue permet aux gens d’obtenir les outils nécessaires pour accroître leur compétence et se tailler une place dans le monde. L’habilité à bien s’exprimer en français ou en anglais est primordiale pour réussir au Canada.

Cette nécessité de maîtriser la langue explique en partie pourquoi, même si les immigrants et les immigrantes sont plus susceptibles de posséder un diplôme universitaire que les Canadiens d’origine, ils gagnent néanmoins des salaires très inférieurs à ceux des Canadiens. Comme beaucoup d’entre vous le savent, Statistique Canada a confirmé, dans un nouveau rapport publié ce mois-ci, l’importance pour les immigrants de maîtriser l’anglais ou le français pour réussir sur le marché du travail. Les politiques gouvernementales reconnaissent l’importance des compétences linguistiques. Des programmes tels que les Cours de langue pour les immigrants au Canada (CLIC) et les Cours de langue de niveau avancé ainsi que nos programmes d’insertion professionnelle permettent aux nouveaux arrivants au Canada de perfectionner leurs compétences linguistiques.

Est-ce que le cas de cette femme d’origine panjabie est représentatif? C’est difficile à dire, mais je peux vous dire ceci : seulement 25 pour cent des nouveaux arrivants au Canada s’inscrivent au programme des CLIC que nous offrons gratuitement aux résidents permanents avant qu’ils obtiennent la citoyenneté. Les Cours de langue pour les immigrants au Canada ont bien des utilités pour les nouveaux arrivants, mais leur titre révèle leur objectif principal : aider ceux-ci à apprendre l’anglais ou le français.

Pourquoi le taux de participation est-il si bas et que pourrions-nous faire pour l’améliorer? Est-ce que les cours de formation linguistique que nous offrons conviennent aux besoins des nouveaux arrivants?  Nous nous penchons sur ces questions et nous sommes très désireux de connaître vos suggestions éventuelles.

Dans le premier discours du Trône ayant suivi les dernières élections, notre gouvernement a promis de collaborer avec les provinces en vue d’accroître le recours aux services d’aide à l’établissement.

Depuis 2006, nous avons considérablement accru, on peut même dire que nous avons plus que triplé le financement des programmes d’établissement, accordant aux provinces et aux territoires, à l’exception du Québec, 1,4 milliard de dollars additionnels sur cinq ans afin d’égaler approximativement le financement par habitant au Québec. Donc, le financement existe, mais je m’interroge toujours au sujet de la réponse des nouveaux arrivants. Serait-il possible de trouver de nouveaux moyens pour les inciter à utiliser davantage les programmes d’aide à l’établissement tels que les cours de formation linguistique?

C’est ce qui m’amène à vouloir examiner la possibilité d’instaurer un certificat qui pourrait être remis aux nouveaux arrivants, leur donnant droit à un nombre approprié de cours de langue, leur permettant de retenir le fournisseur de formation linguistique qui leur convient, et entièrement transférable. Sans doute avez-vous entendu parler des commentaires formulés par la Fédération des municipalités, hier, concernant les coûts entraînés par la migration secondaire dans les grandes municipalités. Un tel certificat contribuerait peut-être à réduire les coûts d’établissement dans les centres de migration secondaire.

Je suis conscient que cette idée sort des sentiers battus, mais je pense qu’elle mérite que l’on s’y attarde en raison des possibilités qu’elle présente. Elle inciterait peut-être les organismes d’aide à l’établissement à s’adapter davantage aux besoins des nouveaux arrivants, qui jouiraient d’un nouveau pouvoir de décision. Je vous le répète, je suis très ouvert à vos commentaires à ce sujet.

Permettez-moi de vous dire quelques mots au sujet de ce qui constitue, à mon sens, la priorité des nouveaux Canadiens que je rencontre un peu partout au pays : la reconnaissance des titres de compétence étrangers.

Il y a tout juste deux semaines, j’ai rencontré à Edmonton une gynécologue obstétricienne d’origine syrienne qui vit au Canada depuis cinq ans. Elle a suivi tous ses cours en médecine, fait plusieurs années de résidence et mis au monde des centaines de bébés dans son pays d’origine, et elle est arrivée au Canada pleine d’espoir et avec de grandes aspirations pour finir comme femme de chambre dans des hôtels. Au bout de cinq ans, elle n’est pas encore parvenue à obtenir une réponse claire ou un cheminement direct concernant la reconnaissance de ses titres de compétences étrangers, et ce, à un moment où nous avons cruellement besoin de médecins obstétriciens.

Nous avons là une médecin qui fait le ménage dans des chambres d’hôtel. C’est une véritable tragédie, et un gaspillage inacceptable. Cette situation est la cause d’un stress émotionnel indescriptible pour les femmes et les hommes qui vivent la même expérience, et elle doit cesser. Nous avons pris des mesures à cet égard à l’échelon du gouvernement fédéral. En effet, en 2007, nous avons créé le BORTCE ou Bureau d’orientation relatif aux titres de compétences étrangers pour aider les immigrants éventuels à comprendre les rouages de nos marchés du travail avant leur arrivée au pays et pour étudier des moyens d’améliorer la reconnaissance des titres de compétences étrangers.

Je suis également ravi que le premier ministre ait établi le 16 janvier dernier un consensus parmi les dirigeants des gouvernements provinciaux en vue de créer un cadre national de reconnaissance des titres de compétences d’ici la fin de l’année, et que notre gouvernement ait injecté 50 millions de dollars pour donner de la substance à ce cadre national durant les mois à venir.

Je suis aussi très heureux d’annoncer que le BORTCE poursuit son important travail et qu’il met en ligne aujourd’hui un guide à l’intention des nouveaux arrivants. Ce document intitulé « Vous voulez travailler au Canada? Un guide essentiel pour les nouveaux arrivants » peut être consulté en ligne à competences.gc.ca. Il vise à aider les immigrants éventuels à élaborer avant leur arrivée au pays un plan d’action personnalisé pour trouver un emploi conforme à leurs titres de compétences.

Le guide comprend notamment la marche à suivre pour amorcer le processus d’évaluation des titres de compétences de même que des renseignements permettant d’examiner les solutions de rechange lorsque l’accès immédiat à la profession antérieure est impossible. Ce document sera utile aux personnes nouvellement arrivées au Canada, mais nous encourageons également les immigrants éventuels à amorcer ce processus avant leur venue au pays de façon à être mieux préparés à entrer sur le marché du travail lorsqu’ils arriveront.

À cet égard, je suis vraiment impressionné par le travail extraordinaire accompli dans le cadre du Projet canadien d’intégration des immigrants, le PCII, un projet pilote que nous réalisons en collaboration avec l’Association des collèges communautaires du Canada. J’ai visité à New Delhi l’un des bureaux où nous donnons aux futurs immigrants – après qu’ils ont reçu leur invitation à venir s’établir ici en tant que résidents permanents, mais avant qu’ils soient admis au pays – une longueur d’avance en matière d’intégration, notamment en ce qui a trait à la reconnaissance des titres de compétences étrangers.

Ce ne sont là que quelques-uns des nombreux défis concrets que nous devons relever alors que nous nous efforçons d’améliorer les outils offerts aux nouveaux arrivants. S’il est vrai que les nouveaux arrivants ont le devoir de s’intégrer, en revanche, nous avons la responsabilité de leur fournir les outils qui rendent cette intégration réalisable. Nous sommes plus actifs que jamais auparavant, et je tiens à reconnaître l’excellent travail accompli par les nombreux organismes d’aide à l’établissement ainsi que par les gouvernements provinciaux.

Nous devons tous redoubler d’efforts pour que le modèle d’immigration canadien, un modèle fondé sur l’intégration et le pluralisme, continue d’être couronné de succès.

Dans un pays aussi diversifié que le nôtre, nous devons tous au gouvernement nous assurer que les institutions publiques et le secteur privé répondent aux besoins des nouveaux arrivants et les aident à s’intégrer dans le pays. J’espère que nous pourrons tous nous efforcer de trouver de nouvelles façons de promouvoir l’intégration et d’enrichir notre pays et nos relations avec le monde.

Comme vous le voyez, ce ne sont pas les sujets qui manquent pour ceux parmi vous qui sont chercheurs, et notre gouvernement fera de son mieux pour axer ses politiques sur les éléments probants que des spécialistes tels que vous produisez. Dans un pays aussi diversifié que le nôtre, nous devons tous au gouvernement nous assurer que les institutions publiques et le secteur privé se serrent les coudes pour répondre aux besoins des nouveaux arrivants et les aider à bien s’intégrer dans ce grand pays où règnent l’égalité des chances, l’espoir et la possibilité d’une vie meilleure.

J’espère que tous les Canadiens s’ouvriront à de nouvelles façons de promouvoir l’intégration et de poursuivre le renforcement de notre pays ainsi que de ses liens avec le monde entier.

Merci beaucoup. Bonne continuation, bon congrès.

En vedette

Date de modification :