Discours – Notes d’allocution de l’honorable Jason Kenney, C.P., député, Ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme au Forum mondial de lutte contre l’antisémitisme

Jérusalem
Le 16 décembre 2009

Tel que prononcé

Shalom! Merci beaucoup. C’est un honneur d’être ici pour participer au Forum mondial de lutte contre l’antisémitisme. Permettez-moi de débuter en félicitant le gouvernement d’Israël d’être l’hôte de ce Forum et de nous réunir pour l’un des enjeux les plus cruciaux dans le monde d’aujourd’hui.

Permettez-moi également de saluer la vaste délégation canadienne et de la remercier de sa présence et de sa participation ici, notamment mes collègues du Parlement, l’honorable Irwin Cotler, ancien ministre de la Justice et l’un des membres fondateurs du Comité interorganismes du programme Action pour le climat (CIPAC), Scott Reid, président du Sous-comité des droits internationaux de la personne de la Chambre des communes et coprésident de la Coalition parlementaire internationale de lutte contre l’antisémitisme, et son collègue, le second coprésident, Mario Silva, membre du parlement de Toronto, qui a réalisé un énorme travail sur ces questions. En outre, sont réunis ici les dirigeants de la plupart des organisations juives canadiennes; je tiens à les remercier de leur participation.

Peu de temps après son arrivée au poste de premier ministre du Canada, Stephen Harper a déclaré que, malheureusement, dans certains pays, la haine des Juifs est toujours prêchée dans les lieux de culte et toujours proclamée dans les tribunes politiques.

« Il y a encore des gens qui perpétreraient un autre Holocauste s'ils le pouvaient. Voilà pourquoi nous devons résister à l’erreur de considérer l’Holocauste comme un simple événement historique. Lorsque les politiciens déclarent publiquement qu’ils se souviennent de ce qui s’est passé il y a de cela plus de six décennies et qu’ils le déplorent, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant. Ils doivent aussi se dresser contre ceux qui prônent aujourd’hui la destruction d’Israël et de son peuple. Et ils doivent condamner catégoriquement les despotes, les terroristes et les fanatiques antisémites, car ceux qui ont lancé des attaques contre Israël, et ceux qui appuient pareilles attaques, ne cherchent pas qu’à s’assurer du pouvoir, à modifier certaines frontières ou à réparer des injustices. »

Il a ajouté : « Ils cherchent ce que eux, et d’autres comme eux, ont toujours cherché : la destruction d’Israël et celle du peuple juif. Pourquoi? Il existe des milliers de rationalisations compliquées, mais une seule raison bien simple. C’est que les Juifs sont différents. Ils ne sont pas comme eux. Et parce qu’Israël est différent et seul dans une partie très complexe du monde. Il est trop facile d’adhérer aux rationalisations et de ne pas tenir compte de la vérité. Mais notre gouvernement estime que ceux qui menacent Israël, menacent par là même le Canada, car, comme nous l’avons vu pendant la dernière guerre mondiale, le sectarisme alimenté par la haine et dirigé vers quelques-uns est finalement une menace pour nous tous. On doit donc s’y opposer. »

Quel est donc ce fanatisme auquel fait référence le premier ministre Harper?

Eh bien! Il l’a vu de ses propres yeux il y a deux semaines lors de sa visite à Mumbai au cours d’une mission commerciale en Inde lorsqu’il s’est rendu à la maison Nariman, la maison Chabad-Lubavitch à Mumbai, qui a été la scène d’un terrible massacre commis contre le rabbin Gavriel Holtzberg et son épouse, Rivka en novembre l’an dernier.

À peu près au même moment où le premier ministre Harper visitait la maison Chabad de Mumbai, des fanatiques antisémites de sa ville natale de Calgary (Alberta), qui est aussi ma ville natale, étaient en train de pulvériser des graffitis antisémites sur les murs du Centre communautaire juif, de plusieurs maisons juives, du matériel de transport en commun et ils traçaient effectivement des croix gammées sur le mémorial érigé dans notre ville à la mémoire de l’Holocauste. Certains graffitis réclamaient la fin du génocide israélien à Gaza : « Cessez le génocide israélien à Gaza. »

Ce que le premier ministre Harper a constaté à Mumbai et ce qui est arrivé en même temps à Calgary, étaient de nouvelles expressions du nouvel antisémitisme. Même si le Canada est considéré, dans le monde entier, comme un modèle de coexistence et de tolérance mutuelle, nous avons constaté nous aussi une augmentation inquiétante des incidents d’antisémitisme. B’Nai Brith Canada publie le registre qui fait autorité sur les incidents antisémites survenus au Canada. En 2008, l’organisation a reçu 1 135 rapports d’incidents antisémites, le chiffre le plus élevé d’incidents documentés au cours des 28 ans de l’étude, soit une augmentation de 8,9 % par rapport à 2007.

Statistique Canada rapporte que 15 % des crimes motivés par la haine visent les Juifs qui ne constituent que 1 % de la population de notre pays et que les deux tiers des crimes de haine qui visent les communautés religieuses ciblaient les membres de la communauté juive du Canada.

Alors, quelles mesures avons-nous prises face à l’augmentation d’incidents antisémites? Tout d’abord, à l’échelle nationale, notre gouvernement a collaboré avec la communauté juive pour lancer un programme reconnaissant l’histoire de l’antisémitisme officiel dans notre propre pays. Avant et pendant la Deuxième Guerre mondiale, le Canada a imposé des mesures de restriction en matière d’immigration permettant de rejeter les réfugiés européens qui voulaient s’installer dans notre pays. La décision la plus notoire a été celle de rejeter, en 1938, un bateau rempli de réfugiés, le M.S. St. Louis. Nous avons lancé un fonds commémoratif de 2,5 millions de dollars pour travailler en collaboration avec des organisations afin d’approfondir les recherches et de sensibiliser les générations futures à la haine sous-jacente à ces politiques.

Nous avons lancé un fonds qui aidera à financer la modernisation des mécanismes de sécurité des établissements vulnérables de la communauté juive et d’autres communautés ayant fait l’objet de vandalisme ou de menaces. Et maintenant, nous avons été en mesure de travailler en collaboration avec la communauté dans le cadre de la modernisation des mécanismes de sécurité de douzaines d’écoles hébraïques, de synagogues et de centres communautaires.

Nous avons présenté avec clarté et mis en œuvre une approche de tolérance zéro à l’antisémitisme. Qu’est-ce que cela signifie? Cela signifie que nous avons éliminé l’association financière du gouvernement avec les organisations, par exemple, la Fédération canado-arabe, dont la direction a présenté ses excuses pour le terrorisme ou l’extrémisme ou celles qui incitent à la haine, en particulier l’antisémitisme.

Nous avons mis fin à la communication du gouvernement avec des organisations comme le Congrès islamique canadien, dont le président a déclaré notoirement que tous les Israéliens de plus de 18 ans sont des cibles légitimes d’assassinat. Récemment, nous avons cessé de financer certaines organisations, comme KAIROS, qui joue un rôle de leadership dans le boycottage. Toutefois, nous recevons beaucoup de critiques relativement à ces décisions. Je ne peux me souvenir du nombre de fois où j’ai été poursuivi pour certaines décisions que nous avions prises, mais nous estimons que nous avons fait ces choses pour les bonnes raisons, et nous maintenons ces décisions.

Nous avons modifié notre programme en matière de multiculturalisme, qui est notre approche à l’échelle du programme à l’intégration et au pluralisme, pour nous concentrer précisément sur l’intégration des valeurs démocratiques libérales afin d’enlever toute confusion ayant pu exister suggérant que notre approche au multiculturalisme justifie d’odieuses pratiques culturelles et l’expression de la haine.

Par ailleurs, je dois féliciter nos collègues parlementaires pour leur formidable travail consacré à la formation de la Coalition parlementaire canadienne contre l’antisémitisme, et pour avoir lancé une enquête qui est devant le Parlement ce mois-ci et les mois prochains. Une excellente occasion pour nous de jeter la lumière sur la menace du nouvel antisémitisme au Canada.

À l’échelle internationale, nous avons tenté de donner une expression concrète à notre profonde préoccupation envers la nouvelle législation antisémite de bien des façons. Nous l'avons fait en étant le premier gouvernement au monde à annoncer que nous retirions le financement de l'autorité palestinienne après l'élection du Hamas en raison de la nature essentiellement antisémite de cette organisation. Nous avons soutenu vigoureusement le droit de l'État d'Israël à employer les moyens nécessaires pour protéger ses civils innocents des attaques, attaques terroristes motivées par la haine, commises par des organisations comme le Hezbollah et le Hamas.

À l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, nous avons exigé la poursuite d'une priorité unique et précise axée sur l'antisémitisme au sein du Bureau sur la lutte contre l'antisémitisme, en reconnaissant uniquement la haine durable et pernicieuse que représente l'antisémitisme. Et aux organisations multilatérales comme la Francophonie et à l’Assemblée générale des Nations Unies, nous nous sommes toujours opposés aux résolutions anti-israéliennes qui cherchent à faire de la chose un bouc-émissaire, un état démocratique parmi tous les autres. Nous avons adopté cette position au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Il est souvent arrivé, au cours des deux dernières années, que nous ne puissions pas nous souvenir de chaque Conseil des droits de l’homme, je suis même persuadé que de nombreux membres sont heureux de nous voir partir, mais pendant son premier mandat de trois ans, le Canada a été le seul pays à s’opposer systématiquement aux résolutions déséquilibrées anti-israéliennes, et ce, question après question, enjeu après enjeu.

Nous avons fourni un leadership politique, diplomatique et moral en déployant des efforts pour isoler le régime haineux de Mahmoud Ahmadinejad. Nous avons dirigé les efforts réussis des Nations Unies afin de maintenir une résolution condamnant les régimes où règnent les violations des droits humains, notamment les violations des droits des minorités religieuses. Et notre premier ministre a montré l’exemple au monde à l’Assemblée générale des Nations Unies en quittant l’Assemblée lors du discours odieux prononcé par le président Mahmoud Ahmadinejad à l’ONU plus tôt cette année. Et bien sûr, le nôtre était le premier gouvernement au monde à se retirer du processus entaché de Durban II. Nous l’avons fait parce que notre analyse montrait que c’était l’impossible à répéter, pour éviter une répétition de certaines des expressions notoires de l’antisémitisme que nous avons tous constaté à Durban I et nous estimons que notre décision était justifiée.

Aujourd’hui, certaines personnes ont déclaré que notre gouvernement, en prenant ces positions, a en quelque sorte abandonné la position traditionnelle du Canada de neutralité ou d’équilibre dans les affaires étrangères. Que nous avons quelque peu compromis la crédibilité du Canada à l’étranger et sa réputation sur la scène mondiale par la prise de ces positions. Je présume que ces gens croient qu’il y a une certaine neutralité entre la tolérance et la haine, entre le terrorisme et le contre-terrorisme. Notre gouvernement estime qu’en fait, nous réclamons et donnons une expression nouvelle et réelle à nos valeurs ancrées dans l’histoire. Le Canada s’est engagé dans la création du processus des droits de l’homme des Nations Unies et nous ne pensons pas que ces institutions, que les principes de la Déclaration des Nations Unies sur les droits de l’homme, aient eu pour but d’être pervertis et utilisés contre les démocraties ni de servir à des régimes qui s’en prennent à une haine ancestrale pour arriver à leurs propres fins politiques.

Nous estimons que ces tendances témoignent d’un détournement de leur véritable vocation, de la véritable signification de ces établissements étrangers, et nous sommes d’avis que le Canada est en train de rétablir une véritable confiance en notre capacité de distinguer moralement la haine de la tolérance, ainsi que le terrorisme du contre‑terrorisme. Et nous continuerons de maintenir cette position.

Enfin, permettez-moi d’ajouter que nous travaillons de concert avec la Coalition parlementaire canadienne de lutte contre l’antisémitisme dans l’espoir d’accueillir, en 2010, la prochaine Conférence parlementaire internationale de lutte contre l’antisémitisme. Nous estimons que, compte tenu du modèle canadien d’adaptation aux différences, des défis que nous devons surmonter dans de nombreux enjeux ainsi que de l’expérience accumulée par le Canada dans le passé et au cours du passé récent, nous sommes en mesure d’offrir et de mettre en commun des points de repère et des pratiques exemplaires avec le reste du monde et avec les parlementaires qui partagent nos inquiétudes au sujet du nouvel antisémitisme.

Voilà pourquoi, nous vous remercions tous, encore une fois, de l’excellence de votre travail et nous, en qualité de parlementaires et de membres du gouvernement canadien, sommes impatients de poursuivre avec solidarité la lutte contre ce type de haine qui est le plus pernicieux de l’Histoire.

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