Discours – Notes pour une allocution prononcée par l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme lors d’une conférence des ministres de l’Éducation tenue au Centre de dialogue et de prière dans le cadre des événements entourant le 65e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz‑Birkenau

À Oświęcim, en Pologne, le 27 janvier 2010

Je vous remercie pour cette aimable présentation. Mesdames et Messieurs, je suis honoré d’être ici aujourd’hui, au nom du premier ministre Stephen Harper et du gouvernement du Canada, pour prendre part aux discussions dans le cadre de votre conférence, ainsi que pour souligner un anniversaire solennel.

Comme de nombreux Canadiens, j’ai été consterné par le vol de l’enseigne à l’entrée du camp d’Auschwitz au cours de l’automne. J’estime en effet que ce vol constitue une profanation de la mémoire de tous ceux qui sont morts dans le camp d’extermination nazi et une attaque contre le souvenir de l’Holocauste. Je suis très heureux que l’enseigne ait été récupérée et réinstallée.

Le camp d’Auschwitz est hanté par l’indomptable esprit du mal. Le neurologue autrichien Viktor Frankl y a été brièvement emprisonné en 1944.   Il a par la suite publié un livre marquant, Découvrir un sens à sa vie, dans lequel il décrit l’expérience de l’existence réduite à sa plus simple signification. 

« Ce dernier manifeste d’abord une curiosité froide et détachée. Puis il a recours à des stratagèmes et à des expédients afin de préserver la pauvre existence qui lui reste : il sait que ses chances de survie ne sont pas très élevées. Il arrive à tolérer la faim, l’humiliation, la peur et sa profonde colère devant l’injustice qui lui est faite grâce aux souvenirs des personnes qu’il aime, qu’il conserve jalousement en lui, grâce aussi à la religion, à son sens de l’humour, même si celui-ci est un peu noir, grâce aux regards qu’il jette sur les beautés curatives de la nature – un arbre ou un coucher de soleil. »

Des rassemblements comme celui-ci nous permettent de nous rappeler, en plus des millions d’autres vies qui se sont éteintes, que l’Holocauste et les autres crimes contre l’humanité perpétrés par les nazis ont causé des torts socioculturels considérables en Europe et partout dans le monde.

Nous sommes réunis ici aujourd’hui dans le but de revoir les pratiques courantes en matière de recherche ainsi que pour favoriser la tenue d’autres travaux dans les domaines de l’éducation, des programmes sociaux et des initiatives culturelles en lien avec l’Holocauste.

Personnellement, les récits des citoyens ordinaires qui font preuve de courage pour combattre la haine et les préjudices me font vibrer depuis longtemps. 

Miep Gies [prononcer Meep Gees], dont le décès a récemment fait la manchette partout dans le monde, en est un exemple notoire. Elle a protégé Anne Frank et sa famille des nazis, et conservé le célèbre journal que nous considérons tous aujourd’hui comme un symbole de la foi face à un mal incompréhensible. Sa vie a été à l’image de la persévérance d’Anne à croire en l’humanité.

Au Canada, la Canadian Society for Yad Vashem a reconnu entre 40 et 50 « gentils vertueux » pour leurs actes héroïques.

Des personnes comme Martin Vitiuk de Lvov, en Ukraine, qui a protégé trois hommes juifs des occupants nazis entre juin 1943 et mars 1944, et qui a par la suite été assassiné en 1946. Son petit-fils, Vladimir Muryne, a immigré au Canada en 1998 et a reçu l’hommage posthume au nom de son grand-père.

Des personnes comme Anje Van Tongeren, originaire de la Hollande et résidant maintenant au Canada, qui a décidé de parler de son expérience après avoir constaté qu’après un certain temps, le silence peut nous trahir. Dès son jeune âge, elle a risqué sa vie pour aider des Juifs à fuir les nazis en se joignant, avec sa mère, à la résistance néerlandaise et en falsifiant des documents pour ces personnes. Sa mère et elle ont été dénoncées par son père pour ensuite être emmenées dans des camps nazis.  

Des personnes comme Hendrik et Theresa Veenstra, qui, alors que la Hollande était occupée par les nazis, ont pris sous leur aile Philip Plas, un garçon juif de quatre ans, et l’ont élevé comme s’il était un de leurs propres enfants. Lorsque les nazis sont arrivés, Theresa a couché le garçon dans le lit d’un de ses enfants et leur a dit que les enfants étaient malades. 

Des personnes comme Lucas Koops, dont les voisins appuyaient les nazis. En tant que membre actif de la résistance, il a trouvé des lieux sûrs pour les Juifs en plus de leur procurer de faux documents ainsi que des cartes de rationnement. Ses parents et son frère ont également protégé des Juifs.

Sa fille, Ann De Jonge‑Koops, qui habite à Hamilton, en Ontario, a affirmé qu’il prenait toujours des risques et que sa femme, Aleida, ramassait les morceaux.

Leurs actes sont imités par d’autres « gentils vertueux » qui veillent à la protection et à la promotion des droits de la personne au Canada et partout dans le monde. Je crois fermement que nous devons continuer à souligner de tels actes d’héroïsme et nous sensibiliser davantage aux répercussions des crimes commis contre l’humanité.

Au Canada, nous ne tolérons aucune forme d’antisémitisme. Notre gouvernement veut enseigner aux générations futures les leçons tirées de l’Holocauste et prévenir tout acte de génocide.

Cette volonté s’appuie sur la tradition de longue date du Canada à faire la promotion des droits de la personne ainsi qu’à combattre la haine et la discrimination. Elle s’appuie également sur l’inquiétude que suscite la présence continue de l’antisémitisme dans notre pays.

À titre d’exemple, un sondage mené en 2002 par Statistique Canada, l’organisme officiel du Canada en matière de statistiques, a révélé que 23 p. cent des Canadiens d’origine juive avaient été victimes de discrimination au cours des cinq années précédentes.

Par ailleurs, il a été fait mention, dans un rapport publié au Canada en 2007, que 15 p. cent des crimes haineux signalés à la police visaient des personnes d’origine juive. Cette proportion représente les deux tiers des crimes haineux visant des groupes confessionnels dans mon pays.

Le Canada ne se contente pas d’un rôle d’observateur de la lutte contre l’antisémitisme à l’échelle mondiale. Il préfère plutôt diriger les efforts à cet égard. Et, selon moi, il y est parvenu en 2008, lorsque j’ai annoncé que le Canada serait le premier pays à refuser de participer à la Conférence d’examen de Durban, à Genève.

Nous avions pris cette décision parce que nous craignions que la conférence ne nourrisse une forme croissante d’antisémitisme – qui met en péril l’existence même d’Israël.

Cette forme d’antisémitisme, bien qu’elle soit moins perceptible que ses prédécesseures, menace bien plus qu’Israël. Elle menace tous les gens pacifiques, y compris ceux qui vivent au Canada.

Au-delà de notre refus de participer à la Conférence d’examen de Durban, nous avons pris d’autres mesures sur différents plans. Nous avons d’abord fait un exercice rétrospectif pour réaliser que nous avons nos propres torts, notamment en ce qui concerne la tragédie historique du M.S. St. Louis.

Ce navire est arrivé d’Europe en 1939 et n’a pas été autorisé à accoster à Cuba, sa destination originale. Il a dû retourner en Europe, où bon nombre de ses passagers ont ensuite péri dans l’Holocauste.

Même si le navire n’a jamais navigué dans les eaux canadiennes, le fait que le Canada n’ait jamais offert un refuge à ces passagers – principalement des réfugiés juifs – est perçu comme un exemple de notre réticence de l’époque à protéger les personnes qui tentaient de fuir la persécution et, par la suite, le génocide auquel s’est livré le régime nazi.

En juin, lors d’une conférence portant sur la tragédie du M.S. St. Louis, j’ai annoncé une aide de près d’un million de dollars, sur une période de trois ans, devant servir à la création et au fonctionnement du Groupe de travail national sur la recherche, la mémoire et l’éducation liées à l’Holocauste.

Grâce à l’aide de B’nai Brith Canada, le Groupe de travail rassemblera des universitaires, des juristes, des éducateurs, des survivants de l’Holocauste et des représentants communautaires en vue d’approfondir la sensibilisation et la recherche au sujet de l’Holocauste au Canada.

Le Canada a démontré qu’il se fait un devoir de se pencher sur ces problèmes et sur d’autres en devenant un membre à part entière du Groupe de travail pour la coopération internationale en matière de sensibilisation, de commémoration et de recherche au sujet de l’Holocauste. Cet honneur nous a été conféré en juin dernier.

Peu de temps après son adhésion au Groupe de travail, le Canada a participé à la Conférence sur les avoirs de l’époque de l’Holocauste à Prague, et, avec d’autres nations, a signé la Déclaration de Terezin en plus d’appuyer le nouvel Institut Terezin, voué à la préservation de l’héritage de la Choah.

Le Canada se fait un devoir de régler les questions entourant la période de l’Holocauste ainsi que de favoriser la sensibilisation et la recherche à cet égard. Je tiens à souligner les efforts déployés par toutes les nations dans le but de récupérer les œuvres d’art et les objets ayant une valeur culturelle, historique et religieuse qui ont été confisqués par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

Je tiens également à applaudir les efforts connexes déployés par de nombreuses personnes en vue de la restitution des biens et de l’obtention d’une compensation pour les personnes qui ont été victimes de pillage pendant la Seconde Guerre mondiale.

Je suis particulièrement heureux que la prochaine conférence de la Coalition interparlementaire de lutte contre l’antisémitisme (ICCA) se tienne au Canada cette année.

Comme la plupart d’entre vous le savent peut-être, la conférence inaugurale de l’CCA a eu lieu à Londres en février dernier et a mené à l’établissement d’un plan d’action : la Déclaration de Londres sur la lutte contre l’antisémitisme.

J’ai participé à cette conférence et j’ai été impressionné par cette déclaration, qui présente des mesures concrètes de lutte contre l’antisémitisme. Onze parlementaires canadiens, dont moi-même, ont signé la Déclaration. Et j’attends avec impatience la tenue de la prochaine conférence au Canada.

Le Canada souligne l’Holocauste à différentes occasions au courant de l’année. Nous avons appuyé la résolution de l’ONU désignant le 27 janvier « Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste ».

Au Canada, les gouvernements fédéral et provinciaux ont tous souligné Yom ha-Chaoh, soit la journée officielle de commémoration au Canada. Des organismes de partout au pays ont organisé des activités dans le cadre de la semaine sur l’éducation sur l’Holocauste, qui correspond à la Kristallnacht.

En outre, il y a dix ans, le gouvernement a proclamé le 17 janvier « Journée Raoul Wallenberg », que nous avons récemment soulignée afin d’honorer le diplomate et travailleur humanitaire suédois qui a travaillé à Budapest, en Hongrie, pendant la Seconde Guerre mondiale, notamment pour permettre à des Juifs de fuir l’Holocauste.

Entre juillet et décembre 1944, il a délivré des « passeports de protection » dont les titulaires étaient qualifiés de sujets suédois afin d’empêcher leur déportation. Il a également hébergé des milliers de Juifs en plus de sauver la vie de plus de 100 000 Hongrois d’origine juive.

Il a été capturé en janvier 1945 par les forces soviétiques en Hongrie, et n’a plus jamais été revu. En lui rendant hommage, nous réitérons notre engagement à lutter contre les maux du racisme, de la discrimination et de l’antisémitisme.

Aujourd’hui, nous suivons la trace de John Mann, dont le comité parlementaire d’enquête au Royaume-Uni rassemble des personnes de tous les partis afin de conjurer la menace de l’antisémitisme qui plane en Grande‑Bretagne.

Je suis heureux de vous annoncer que, grâce au leadership de M. Mann, nous avons récemment mis sur pied notre propre Coalition parlementaire canadienne de lutte contre l’antisémitisme.

Cette coalition a pour mandat de mener une enquête sur l’antisémitisme au Canada et d’accueillir la Conférence interparlementaire de lutte contre l’antisémitisme de 2010.

Notre gouvernement lutte également contre l’antisémitisme par la création de programmes multiculturels nationaux faisant la promotion de la compréhension interculturelle.

À titre d’exemple, nous finançons un programme de mentorat novateur à Toronto dont le but est de jumeler 130 Canadiens d’origine somalienne âgés de 18 à 25 ans et des mentors et professionnels judéo-canadiens qui les aideront dans leur cheminement de carrière.

Une autre initiative parrainée par notre gouvernement pour appuyer la communauté juive est le fonds pour la sécurité dans les collectivités à risque, dans le cadre duquel des subventions sont attribuées à des douzaines de synagogues, d’écoles juives et d’autres groupes communautaires pouvant être victimes de crimes haineux ou de violence.

Cette initiative vise à combattre la radicalisation des jeunes en favorisant la cohésion sociale et en tissant des liens entre les communautés.

Enfin, notre gouvernement a également annoncé qu’il refusait de financer tout organisme excusant le terrorisme ou tout acte faisant la promotion de la haine, et particulièrement de l’antisémitisme, de collaborer avec de tels organismes ou de leur accorder quelque reconnaissance que ce soit.                         

Mesdames et Messieurs, il est essentiel d’enseigner les leçons tirées de l’Holocauste afin de promouvoir le respect des droits de la personne. Pour le Canada, c’est une façon de préserver et de promouvoir les valeurs canadiennes fondamentales que sont la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit.

Comme le premier ministre Harper l’a déclaré en 2007, « Voilà pourquoi nous devons résister à l’erreur de considérer l’Holocauste comme un simple événement historique. Lorsque les politiciens déclarent publiquement qu’ils se souviennent de ce qui s’est passé il y a de cela plus de six décennies et qu’ils le déplorent, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant. Ils doivent aussi se dresser contre ceux qui prônent aujourd’hui la destruction d’Israël et de son peuple. »

Le gouvernement du Canada est toujours de cet avis et collaborera avec tous les gouvernements et d’autres groupes dans la lutte contre l’antisémitisme.

Nous croyons que de tels gestes sont la preuve que nous appuyons l’État d’Israël et les efforts déployés partout dans le monde pour faire régner la paix et faire respecter les droits de la personne.

Merci.

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