Discours – Allocution de l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme devant la commission d’enquête de la Coalition parlementaire canadienne de lutte contre l’antisémitisme

Ottawa (Ontario) 8  février 2010

Le ministre Kenney comparaît devant la Coalition parlementaire canadienne de lutte contre l’antisémitisme.
Le ministre Kenney comparaît devant la
Coalition parlementaire canadienne de
lutte contre l’antisémitisme.
– Ottawa (Ontario) – Le 8 février 2010

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Merci, Monsieur le président, et merci à tous les membres du comité informel de la Chambre des communes et du Parlement. J’estime que le comité devant moi constitue un très bel exemple de parlementaires travaillant de manière collective et non-partisane.

Monsieur le président, je tiens particulièrement à féliciter les membres du comité. Je pense que le fait que cette enquête a cours ici au Parlement reflète le rôle de meneur joué par le Canada dans le combat contre l’antisémitisme.

Lors de la conférence internationale de parlementaires contre l’antisémitisme tenue à Londres l’an dernier, j’ai remarqué que le Canada comptait la plus importante délégation de participants. D’ailleurs, plusieurs d’entre vous y étaient. J’ai aussi remarqué, lors du sommet mondial sur l’antisémitisme tenu à Israël récemment, que le Canada affichait encore, je crois, la plus importante délégation de parlementaires.

Je dois souligner, et je crois que les observateurs et les médias devraient le faire également, que la participation des députés à ces activités à l’étranger et au pays se fait à leurs frais, et que le Parlement ne rembourse pas les dépenses des personnes qui ont donné de leur temps et bien sûr, de leur argent, pour rendre possibles la présente étude et la participation à ce forum.

Je tiens à remercier tout particulièrement l’honorable député de Mont-Royal, dont les efforts répétés au fil des années pour la lutte contre l’antisémitisme ont donné tout leur sens au terme de « service public ». Les débats vigoureux et les désaccords parfois aigus entre les partis politiques font partie intégrante du discours démocratique, mais il ne faut jamais remettre en doute l’engagement de parlementaires, comme M. Cotler, à combattre la haine et l’injustice.

Monsieur le président, il y a un peu plus d’une semaine, j’ai visité l’ancien camp de concentration nazi d’Auschwitz-Birkenau afin de représenter le gouvernement du Canada pour le 65e anniversaire de la libération de ce lieu infâme. Il est presque impossible de visiter Auschwitz et de ne pas ressentir la présence de celles et ceux qui y sont morts, de ne pas sentir que l’on foule ce qui constitue littéralement le plus grand cimetière du monde. Cette visite m’a beaucoup marqué, car il n’y a pas d’autre endroit au monde qui illustre plus clairement la haine particulièrement durable et pernicieuse qu’est l’antisémitisme et la violence de masse qu’elle peut entraîner.

De plus, pendant ma présence là-bas, j’ai participé à une conférence des ministres de l’Éducation organisée par le gouvernement polonais au cours de laquelle nous avons examiné l’état de la recherche et des travaux liés à l’Holocauste qui ont lieu actuellement dans le monde dans le domaine de l’éducation, des programmes sociaux et des activités culturelles. J’ai ainsi pu prendre connaissance des progrès réalisés dans ces domaines, particulièrement en Europe, et cela m’a absolument convaincu que le Canada devait maintenir sa politique de tolérance zéro à l’égard de l’antisémitisme et qu’il devait conserver son rôle de meneur à l’échelle mondiale à cet égard. Je crois que la réputation du Canada en la matière a été largement reconnue par les participants de la conférence à laquelle j’ai assisté.

J’aimerais maintenant présenter un résumé des activités du Ministère en matière de lutte contre l’antisémitisme. Je parlerai également des initiatives canadiennes sur la scène internationale.

Premièrement, en ce qui a trait à l’éducation sur l’Holocauste, je crois qu’il existe un lien évident entre la reconnaissance de l’Holocauste et de l’antisémitisme, et la sensibilisation à ces questions. Évidemment, la manifestation la plus importante de l’antisémitisme a été la Shoah. Les efforts en vue de nier l’existence de la Shoah comme fait historique constituent une manifestation contemporaine de l’antisémitisme.

Ainsi, un de nos principaux objectifs consiste à soutenir la sensibilisation à l’Holocauste au Canada en enseignant aux générations futures les leçons tirées de l’Holocauste et les incidences de la xénophobie, y compris l’antisémitisme. Nous voulons également adopter une position ferme sur la scène internationale contre toutes les formes de haine, dont l’antisémitisme; travailler à l’échelle nationale par l’entremise du Programme du multiculturalisme afin de bâtir des ponts entre les différents groupes culturels et religieux; reconnaître les anciennes politiques qui ont fermé la porte du Canada aux juifs, avant et pendant la Seconde Guerre mondiale; et finalement, travailler à la collecte de données des forces de police sur les crimes haineux commis à l’échelle du pays en vue de dresser un portrait clair des crimes haineux au Canada et de leurs cibles.

Je crois que les services de police vous ont d’ailleurs parlé de ce dernier point. Nous planifions aussi de refuser la citoyenneté ou la résidence permanente aux personnes qui font l’objet d’une enquête pour crime de guerre ou crime contre l’humanité, et à celles qui ont été accusées ou reconnues coupables de tels crimes. Nous voulons aussi révoquer la citoyenneté des personnes qui ont commis de tels crimes et qui ont menti dans le cadre du processus d’immigration au Canada. Ce sont là quelques-uns des efforts généraux investis par mon ministère.

Nous soutenons également les mesures, telles que les vôtres, qui visent à enquêter sur l’antisémitisme au Canada et à le combattre. Monsieur le président, comme vous le savez, Statistique Canada a constaté qu’en 2007, 15 % des crimes haineux signalés à la police visaient des juifs. Cela représentait les deux tiers des crimes haineux visant un groupe religieux, alors que la population juive ne constitue qu’environ un pour cent de la population canadienne.

Dans son rapport sur les incidents antisémites de 2008, B’nai Brith Canada signale une augmentation de neuf pour cent des incidents déclarés entre 2007 et 2008 – l’année 2008 comptant le plus grand nombre d’incidents enregistré depuis qu’ils sont répertoriés.

Monsieur le président, laissez-moi parler de ce que nous avons fait pour nous attaquer au nombre croissant d’incidents antisémites à l’échelle nationale.

Premièrement, je crois que nous devons nous pencher sur notre propre histoire. Je viens tout juste de terminer la lecture de None is Too Many: Canada and the Jews of Europe 1933-1948, un classique parmi les études canadiennes de l’histoire populaire, écrit il y a 20 ans par Irving Abella et Harold Troper. On y décrit en détail et avec un ton terrifiant la politique du gouvernement du Canada de 1933 à 1948, qui consistait à fermer la porte du pays aux juifs européens avant, pendant et après l’Holocauste.

Je connaissais l’existence de la politique générale décrite dans le livre, mais j’en recommande fortement la lecture à tous les membres de la présente enquête et aux parlementaires en général pour qu’ils voient comment des attitudes antisémites dans l’opinion publique peuvent influencer une politique publique d’une manière si pernicieuse. D’ailleurs, selon les auteurs, le Canada affichait alors la pire fiche du monde occidental au chapitre de la protection offerte aux juifs européens menacés d’anéantissement.

Pour beaucoup, cette politique, qui a duré quelque quinze ans, s’est manifestée le plus clairement par l’évènement du S.S. St.‑Louis, navire qui s’est vu refuser l’accès aux ports de Cuba, des États­Unis puis du Canada.

Je tiens à mentionner cela, Monsieur le président, car je crois que si les parlementaires, le gouvernement ou les Canadiens veulent réellement comprendre le problème de l’antisémitisme, ils doivent se pencher sur leur propre histoire, l’accepter et prendre conscience du fait que le Canada a été loin d’être parfait à cet égard dans le passé. À cette fin, nous avons lancé, dans le cadre du Programme de reconnaissance historique pour les communautés, un fonds de 2,5 M$ alloués à la recherche et à l’éducation sur les mesures de restrictions en matière d’immigration imposées aux juifs européens pendant cette période, et à leur commémoration.

C’est avec plaisir que je vous annonce que cette initiative a permis de financer une conférence internationale majeure à ce sujet tenue à Toronto l’automne dernier. Il faut aussi noter qu’aux trois ans, B’nai Brith Canada organise une réunion du Groupe de travail national sur la recherche, la mémoire et l’éducation liées à l’Holocauste. On prévoit également annoncer sous peu un autre projet majeur en partenariat avec le Congrès juif canadien, qui mènera à l’élévation d’un monument commémoratif pour les victimes du navire St. Louis et pour d’autres malchanceux que le Canada a rejetés pendant cette triste période.

Monsieur le président, j’estime qu’une autre question revêt une importance nationale, c’est-à-dire le nombre croissant de menaces et d’actes violents à l’endroit d’installations dans des communautés juives et d’autres communautés vulnérables. Le gouvernement a d’ailleurs créé un projet pilote d’infrastructure sécuritaire afin d’offrir des subventions aux établissements communautaires comme les synagogues et les écoles juives, mais également les mosquées, les écoles islamiques et les autres établissements qui pourraient faire l’objet d’actes haineux ou violents.

Ces subventions de base couvrent 50 % des coûts additionnels de sécurité, à concurrence de 100 000 $, afin que ces établissements puissent se protéger contre les menaces et le harcèlement auxquels ils sont si souvent soumis.

Monsieur le président, je crois qu’il est également très important que dans le cadre de notre politique sur le multiculturalisme, nous mettions plus d’efforts à établir une certaine compréhension. Au cours de la dernière dizaine d’années, l’accent a été mis sur la conception de programmes de lutte contre le racisme, ce qui est évidemment louable, mais qui, selon moi, a parfois produit des résultats discutables.

À mon humble avis, la haine et le racisme sont des questions de cœur et on ne peut changer le cœur des personnes en placardant des affiches ou en faisant circuler des vidéos – bien que ces produits soient utiles pour sensibiliser la population. Je crois que l’antidote ultime à la haine, y compris l’antisémitisme, consiste à tisser des relations personnelles, à susciter des rencontres au cours desquelles les personnes peuvent constater que les préjugés qu’ils ont peut-être ne sont pas fondés.

Voilà pourquoi je mets l’accent sur le Programme du multiculturalisme et le financement de projets qui comblent les lacunes entre certaines communautés culturelles.

Mon modèle est le projet de mentorat des Canadiens d’origine juive et somalienne à Toronto, financé par le gouvernement. Il jumelle de jeunes Canadiens d’origine somalienne – dont plusieurs ont grandi dans des familles de réfugiés, ont vécu de l’exclusion sociale et ont dû se contenter de possibilités très limitées – à des Canadiens juifs exerçant des professions ou possédant des entreprises, et dont beaucoup des grands‑parents ou des parents sont arrivés ici comme réfugiés démunis et ont été confrontés à la discrimination et la persécution.

Je crois qu’il s’agit d’un merveilleux projet, car il offre à ces jeunes des possibilités sur le plan économique, et aide ces jeunes qui pourraient avoir entendu des commentaires peu flatteurs à l’endroit de la communauté juive à découvrir que ces commentaires ne sont pas fondés, et vice-versa. J’espère que l’esprit de ce projet sera repris à bien plus grande échelle.

De plus, Monsieur le président, le gouvernement est préoccupé par certaines manifestations de ce qu’il convient d’appeler le nouvel antisémitisme sur les campus canadiens. Je suis inquiet du fait que certains des exemples extrêmes d’antisionisme, comme lors de la Semaine annuelle contre l’apartheid israélien, ont suscité des craintes chez les étudiants juifs quant à leur sécurité. Nous avons encouragé publiquement les recteurs à faire tout en leur pouvoir pour offrir un espace de protection et de dialogue civil sur ces questions et à empêcher que les débats universitaires à ce sujet soient teintés de haine.

Monsieur le président, à l’échelle internationale, j’ai participé, comme nombre d’entre vous, à la conférence interparlementaire de Londres. Nous avons tous été ravis de voir que le Canada affichait la plus importante délégation lors de cet évènement. Vous vous souvenez certainement que j’ai profité de l’occasion, au nom du Canada, pour inviter la coalition internationale à tenir leur prochaine conférence au Canada. Nous espérons que cela se produise et mon ministère est prêt à participer comme partenaire financier quand il sera possible de déterminer des paramètres juridiques d’un tel évènement, s’il est possible de le faire.

Je tiens aussi à dire qu’en ce qui concerne l’antisémitisme, il est bien connu que le Canada a été le premier pays au monde à se retirer de la conférence d’examen de Durban des Nations Unies, connue sous le nom de Durban II. Ce retrait s’est appuyé sur les inquiétudes du Canada concernant ce qui est arrivé lors de la première conférence de Durban, au cours de laquelle les exemples les plus terribles et flagrants d’antisémitisme, comme la distribution de copies des Protocoles des Sages de Sion et l’affichage de symboles explicitement antisémitiques, sont survenus.

Le gouvernement estime qu’avec l’Iran à la vice-présidence de Durban II – pays explicitement dévoué à l’élimination du seul pays juif au monde –; le retour de toutes les ONG présentes à Durban I; la tenue de nombreuses réunions d’organisation lors de fêtes juives importantes, entravant ainsi la participation de délégués juifs et le refus de laisser les ONG juives canadiennes participer, il est clair que les possibilités d’une reproduction du déroulement terrible de Durban I sont élevées.

Je pense que nos inquiétudes se sont avérées fondées. Plusieurs pays, dont des pays européens ont d’ailleurs suivi notre exemple.

Il me faut souligner que l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, par l’entremise de son Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH), a tenu une réunion de haut niveau à Bucarest en 2007, réunion à laquelle j’ai participé. On y a débattu de la pertinence pour le BIDDH et l’OSCE de continuer à se concentrer sur l’antisémitisme.

J’ai annoncé que la nouvelle politique du gouvernement du Canada allait consister à encourager la poursuite des activités d’un rapporteur spécial et le maintien d’un processus concentré sur l’antisémitisme. Il ne faut pas exclure d’autres formes de haine, qui pourraient être traitées d’autres manières, mais j’ai affirmé, au nom du Canada, qu’il fallait reconnaître la forme de haine particulièrement durable et pernicieuse que constitue l’antisémitisme.

Monsieur le président, je tiens aussi à rapporter que le Canada a appris avec plaisir qu’il était accepté comme membre du Groupe de travail pour la coopération internationale en matière de sensibilisation, de commémoration et de recherche au sujet de l’Holocauste (ITF) à Oslo, en juin de l’année dernière.

Cette organisation, qui compte 27 pays membres, concentre ses efforts sur la sensibilisation pour commémorer l’Holocauste. Toutefois, avant de devenir membre, le Canada a dû présenter une étude de la sensibilisation à l’Holocausteau Canada.

Il fallait donc présenter une étude de base à l’ITF, ce qui s’est avéré très utile puisque cela exigeait que le Ministère communique avec tous les ministères provinciaux afin d’apprendre quelle était la teneur de la sensibilisation faite par les provinces au sujet de l’Holocauste. Nous vous fournirons avec plaisir les résultats de cette étude.

De plus, pour devenir membre de l’ITF, le Canada devait mener un projet pilote en tant que pays de liaison, ce qu’il a fait en partenariat avec la France et les États­Unis. Ce projet pilote était en fait une conférence tenue l’an dernier au sujet des mesures restrictives quant à l’immigration des juifs européens.

De plus, Monsieur le président, et un peu hors de la portée de votre étude, j’ai participé à la conférence internationale sur les biens de l’époque de l’holocauste à Prague, qui a entraîné la création d’une nouvelle institution permanente, l’institut Terazine, qui vise à mettre de la pression, de manière efficace, pour que les pays recherchent et désignent des biens volés aux familles juives pendant l’Holocauste.

Cette question est importante et elle est liée à l’antisémitisme, car dans certains pays, le refus de participer aux efforts internationaux en vue de restituer les biens juifs aux familles des victimes de l’Holocauste est, je dirais, motivé partiellement par une opinion publique antisémite. C’est pourquoi le Canada accorde son plein soutien moral et pratique à cette initiative.

Monsieur le président, je pourrais bien sûr continuer mon allocution. Pour terminer, je voudrais citer une déclaration du premier ministre Stephen Harper, à la suite de sa visite l’été dernier du camp de la mort nazi d’Auschwitz :

« J’ai été ému aux larmes par ce que j’ai vu. J’ai ressenti du dégoût, de la colère et, plus que tout, une profonde et douloureuse tristesse pour les millions d’innocents qui ont péri là-bas. Mais j’ai aussi ressenti de l’espoir. De l’espoir en raison de l’esprit et de la force incommensurables du peuple juif. De l’espoir qui a laissé derrière nous les horreurs de l’Holocauste pour bâtir l’État d’Israël, démocratique, moderne et prospère. Et de l’espoir, car aujourd’hui, la plupart des gens dans la plupart des pays civilisés reconnaissent l’antisémitisme pour ce qu’il est : un mal pernicieux qui doit être dénoncé, confronté et réprimé au moment et là où il se manifeste; un mal si profond qu’il est en définitive une menace pour nous tous. »

Merci. C’est avec plaisir que je répondrai maintenant à vos questions.

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