Discours – Notes en vue d’une allocution de l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme « L’avenir de l’immigration au Canada »

Economic Club of Canada
Toronto (Ontario), le 9 juin 2010

Tel que prononcé

Je remercie le Economic Club of Canada pour son excellent travail lié à la création et au maintien de la présente tribune de discussion des enjeux publics d’importance.

Comme vous le savez peut-être, j’ai une semaine assez chargée. Non seulement sommes-nous en voie de négocier, avec succès espérons-le, le parachèvement d’une réforme fondamentale et équilibrée du système de protection des réfugiés au Canada, mais nous avons proposé hier des améliorations de base à la réglementation des consultants en immigration au Canada. Demain, nous présenterons la nouvelle législation sur la citoyenneté. Mais j’ai tout de même pris le temps de venir ici et de prendre la parole devant les membres du Economic Club of Canada en raison de l’importance de cette tribune.

J’ai beaucoup de chance. J’ai l’un des meilleurs emplois au Canada à mon avis. J’ai la possibilité d’accueillir chaque année dans ce pays un quart de million de nouveaux résidents permanents, 185 000 nouveaux citoyens et nouveaux membres de notre famille canadienne; et également de soutenir le plus important programme d’immigration du monde développé, toutes proportions gardées, d’un pays qui s’enorgueillit de sa tradition d’offrir une protection aux victimes de persécution de tous les coins de la planète. D’une certaine manière, nous contribuons de la sorte à planifier l’avenir du Canada, car c’est cela que représente l’immigration.

Nous savons tous que dans quelques années, la croissance du marché du travail sera attribuable dans une proportion de 100 % à l’immigration et non pas à la croissance naturelle de notre population. Nous savons également qu’en raison du vieillissement de la population, nous avons besoin de nouveaux arrivants pour garantir que nous aurons à l’avenir des travailleurs, qui sont bien sûr des contribuables, et, ce qui est plus important, des citoyens. Nous reconnaissons également que cette tradition de diversité, de pluralisme, en partie à l’origine du dynamisme du Canada, est profondément enracinée dans histoire de notre pays.

Puisque je me trouve devant les membres du Economic Club of Canada, j’ajouterai que nous devons prendre conscience du fait que, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques, la Banque mondiale, le FMI, le magazine The Economist et presque tous les principaux commentateurs économiques de la planète, le Canada vient au premier rang des pays développés pour ce qui est de la croissance économique. Nous avons été parmi les tout derniers pays développés à être frappés par la récession économique mondiale. Nous sommes en voie de sortir de celle-ci plus rapidement et avec plus de dynamisme que presque toutes les autres principales économies développées. Qui plus est, notre croissance est supérieure et nos perspectives de croissance à long terme sont meilleures.

Cela est en grande partie attribuable, à mon avis, à notre approche en matière d’immigration. À l’automne 2008, alors que nous nous préparions à faire face à la récession économique mondiale, nous avons mené des consultations dans l’ensemble du pays sur les mesures que nous devrions prendre en matière d’immigration dans le contexte de la récession en 2009. L’Australie, le Royaume-Uni, les États-Unis et la plupart des autres pays développés avaient décidé de réduire les niveaux d’immigration – certains d’entre eux les avaient même considérablement réduits – non seulement parce qu’ils prévoyaient, logiquement, un resserrement du marché du travail, mais également parce qu’ils se préoccupaient des répercussions politiques à l’échelon national du maintien des niveaux d’immigration en période de récession économique. De tout temps, l’hostilité à l’égard des immigrants a d’ordinaire été plus vive en période de difficultés économiques, comme nous le savons tous.

Je me suis donc présenté devant le premier ministre, M. Harper, en novembre 2008, peu après qu’il m’eut confié la responsabilité qui m’incombe à l’heure actuelle et je lui ai tenu les propos que voici : « Patron, nous avons un choix difficile à faire. Le chômage va inévitablement gagner du terrain l’an prochain en raison des conséquences de la récession aux É.-U. Nul doute qu’il y aura un resserrement du marché du travail. Certaines personnes recommandent que nous réduisions considérablement nos niveaux d’immigration ».

Selon lui, cela constituerait une erreur parce que nous ne sommes pas obligés de réagir par réflexe automatique aux développements à court terme. Nous devons plutôt planifier soigneusement à moyen et long terme. Il a également affirmé « Lorsque nous sortirons de cette récession, nous aurons besoin de nouveaux arrivants pour nous aider à combler les lacunes du marché du travail qui feront jour de nouveau ». Cette réaction était contre-intuitive, semblait-il. Nul doute qu’elle l’était sur le plan politique. Avec le recul du temps, c’était cependant la bonne décision à prendre.

Ainsi, pour 2009, nous avions prévu maintenir nos niveaux élevés d’immigration représentant 8 % de notre population et, en fait, nous avons atteint ces objectifs, car nous avons accueilli chez nous l’an dernier un quart de million de nouveaux résidents permanents et un quart de million de résidents temporaires, y compris des étudiants et des travailleurs étrangers, dont bon nombre sont dorénavant en mesure de devenir des résidents permanents et, un jour, des citoyens canadiens, en présentant une demande au titre de la catégorie de l’expérience canadienne établie par notre gouvernement.

Cette mesure témoigne à mon sens de la prudence globale du gouvernement en matière de planification économique. Tout comme la décision que nous avons prise à l’automne 2007 de stimuler encore plus l’économie en accordant un allégement fiscal additionnel de 90 milliards de dollars aux particuliers, familles, personnes âgées, employeurs et sociétés. Tout comme la décision que nous avons prise de prélever environ 50 milliards de dollars pour le remboursement partiel de la dette nationale au cours des deux premières années et demie de notre mandat, au moment où la conjoncture économique était plus favorable. Tout comme la décision que nous avons prise de continuer à accroître la productivité de l’économie canadienne en élargissant nos marchés.

Savez-vous qu’entre 1993 et 2006 le Canada n’a signé que deux nouveaux accords de libre-échange? Depuis notre arrivée au pouvoir, il y a quatre ans, nous avons signé six nouveaux accords de libre-échange qui ont permis d’ouvrir des marchés étrangers, de diversifier nos marchés d’exportation et d’atténuer notre dépendance excessive à l’égard du marché étasunien. Qui plus est, nous menons à l’heure actuelle sept autres négociations économiques, entre autres avec l’Union européenne. Voici quelques-unes des raisons pour lesquelles je crois que le Canada vient au premier rang mondial pour ce qui est de la croissance économique.

Toutefois, nous pouvons et nous devons faire mieux en matière d’immigration, car les statistiques des vingt dernières années révèlent que les nouveaux arrivants au Canada ne réussissent pas aussi bien sur le plan économique. Dans l’ensemble, ils prennent du retard. Les titulaires d’un diplôme universitaire qui immigrent au Canada ont deux fois plus de chances d’être chômeurs que les Canadiens nés au pays qui possèdent un tel diplôme. Autrefois, les nouveaux arrivants parvenaient en peu de temps à toucher un revenu plus élevé que la moyenne canadienne, mais il n’en va plus de même de nos jours. De surcroît, nous savons que des centaines de milliers de nouveaux Canadiens doivent se contenter d’un emploi qui leur permet tout juste de subsister. Il s’agit de professionnels sous-employés, faisant partie d’une élite professionnelle, qui sont exclus de leur secteur d’activité au Canada et se trouvent souvent dans une situation difficile en raison du paradoxe de l’expérience de travail au Canada. Bon nombre d’entre vous savent ce qu’il en est. Si vous n’avez pas d’expérience de travail au Canada, vous ne trouverez pas d’emploi. Et sans emploi, impossible d’acquérir de l’expérience de travail au Canada.

Ces défis font partie de ceux que nous devons relever. La tâche est ardue parce que les politiques en matière d’immigration, en particulier au Canada, sont riches en considérations cocardières, en voies d’évitement de tous genres. Dans ce domaine, rien n’est plus facile que d’être démagogue en ce qui concerne n’importe quel genre de modeste changement d’orientation. Mais notre gouvernement a décidé d’aller de l’avant quoi qu’il en soit, même si des voix se font entendre afin d’infléchir les politiques rationnelles en matière d’immigration. Je suis heureux de constater que les réactions ont été très très positives.

Les objectifs de notre vision sont donc d’améliorer les résultats économiques des nouveaux arrivants, de garantir qu’ils s’intègrent mieux et plus rapidement à la société canadienne et de faire en sorte que l’immigration soit rentable pour le Canada.

Ce point est important, car il faut prendre conscience du fait que le Canada est l’une des seules démocraties du monde occidental où il existe un large consensus politique fondamental en faveur de l’immigration. Au Royaume-Uni, comme nous avons pu le constater, le récent débat visait à déterminer jusqu’à quel point il fallait réduire l’immigration. Dans d’autres démocraties du monde occidental, il y a des partis politiques xénophobes qui s’opposent aux immigrants et, pire encore, des partis politiques racistes. Nous pouvons considérer que la nouvelle loi qui vient d’être adoptée en Arizona est une indication de la direction qu’empruntent les autres administrations.

Le Canada est le seul pays où un large consensus fondamental a été établi sur l’ensemble de l’éventail politique en faveur de la diversité et du caractère positif de l’immigration. Nous ne pouvons tenir ce consensus pour acquis. Nous devons démontrer aux Canadiens que l’immigration donne de bons résultats pour ce pays. Cela signifie que nous devons nous assurer que les nouveaux arrivants que nous sélectionnons — sélection qui, vous le savez, ne doit pas être laissée au hasard — peuvent répondre aux besoins actuels et futurs du marché du travail et qu’ils auront la capacité de s’intégrer avec succès et rapidement à notre société et à notre économie. Ce principe est à la base de tous les gestes que nous avons posés.

Lorsque je réfléchis à la question de l’immigration, j’essaie de ne pas perdre de vue qu’au tout début il y a quelqu’un qui a pris la décision, souvent difficile, de rassembler ses possessions et de déménager au Canada, parfois avec sa famille comme c’est habituellement le cas. Ce choix est en lien avec une plus large séquence de décisions et de démarches dont les résultats nous touchent tous, même si nous ne sommes pas venus d’un autre pays pour nous établir ici.

Notre vision du chemin à parcourir est donc fondée sur les idées que j’entretiens concernant la nature de ces résultats.

Je souhaite vivre dans une société intégrée composée de citoyens actifs et mobilisés et non pas d’une série de cellules ethnoculturelles distinctes.

J’aimerais que les Canadiens, ceux qui sont depuis quelques mois dans ce pays comme ceux qui y ont toujours vécu, se rallient aux valeurs, à l’histoire et aux institutions que nous avons en commun.

Je veux que les nouveaux arrivants s’intègrent à notre société canadienne fière et démocratique.

En outre, j’aimerais que nous travaillions tous de concert à investir dans un pays qui continue d’attirer de nouveaux arrivants et à renforcer la prospérité de celui-ci.

Pour en arriver là, plusieurs choses sont nécessaires.

Nous avons besoin d’un système d’immigration qui amène au pays les personnes possédant les compétences souhaitées.

Nous avons besoin de programmes d’établissement qui favorisent leur intégration.

Nous devons procéder à des réformes équilibrées du système de protection des réfugiés visant essentiellement à venir en aide aux personnes ayant réellement besoin que nous les protégions.

Nous avons également besoin de politiques relatives au multiculturalisme et à la citoyenneté permettant aux nouveaux arrivants de se familiariser avec les valeurs de ce pays découlant de notre histoire et constituant le trait d’union entre tous les Canadiens.

Je suis heureux d’affirmer que nous sommes en voie de réaliser cette vision et d’aider les immigrants à s’intégrer avec succès à notre économie et à contribuer à notre prospérité. L’orientation que nous avons prise est fondée sur la recherche indiquant plusieurs choses. Comparativement aux immigrants des autres pays de l’OCDE, les immigrants au Canada jouissent toujours de la plus grande égalité sur le marché du travail.

Donc, nous obtenons encore d’assez bons résultats, compte non tenu des problèmes et défis relevés au cours des dernières décennies.

La qualité des emplois occupés par les personnes qui vivent ici depuis plus de dix ans est comparable, ou supérieure, à celle des emplois des travailleurs nés au Canada. Dans le cas d’immigrants ayant un niveau d’alphabétisation égal à celui des Canadiens nés au pays, il n’existe presque pas de différence entre les gains et, à cet égard, les données donnent à penser que la langue serait un facteur clé.

À quelques exceptions près, la situation des immigrants sur le marché du travail s’améliore avec les années passées au Canada. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les nouveaux arrivants ayant de l’expérience professionnelle et ayant fait des études au Canada qui, en règle générale, ont beaucoup plus de succès sur le marché du travail que les immigrants ne possédant que des titres de compétences étrangers.

Donc, pour en arriver à ces résultats, nous avons pris des mesures dans un certain nombre de secteurs.

Désormais, les étudiants étrangers se voient offrir plus de possibilités au Canada parce que nous avons supprimé toutes les restrictions sur les types d’emploi qu’ils peuvent obtenir et que nous avons prolongé leurs permis de travail dont la durée maximale est dorénavant de trois ans.

Grâce à la catégorie de l’expérience canadienne dont j’ai déjà parlé, les personnes possédant des compétences reconnues au Canada peuvent faire partie des travailleurs temporaires qualifiés – par exemple les travailleurs étrangers qualifiés temporaires et les étudiants étrangers qui peuvent désormais demeurer ici en permanence.

Nous avons fait en sorte que les aides familiaux résidants puissent obtenir plus facilement la résidence permanente en assouplissant le programme à leur intention et en protégeant leurs droits. Depuis 2006, nous avons triplé les sommes consacrées à l’établissement – entre autres à la formation linguistique – parce que, comme je l’ai mentionné, la recherche indique clairement l’importance de la connaissance des langues officielles et, bien sûr, de la reconnaissance des titres de compétences étrangers en tant qu’indicateurs de succès.

La connaissance du français ou de l’anglais étant absolument nécessaire à l’obtention d’un emploi intéressant au Canada, nous avons également mis en place un nouveau programme pilote, ici même en Ontario et dans d’autres provinces, dans le cadre duquel nous faisons parvenir à des nouveaux arrivants choisis au hasard des coupons donnant droit à un certain nombre d’heures de formation linguistique en vue d’accroître leur participation aux programmes linguistiques que nous offrons.

En plus d’augmenter le financement des services aux nouveaux arrivants, nous devons procéder à une analyse afin de déterminer quels services nous devons offrir et qui supervisera à l’avenir le financement de ces programmes.

Pour favoriser la répartition des immigrants dans toutes les régions du pays, nous avons augmenté le nombre de personnes qui immigrent au pays dans le cadre du Programme des candidats des provinces. L’un de nos problèmes persistants, qui n’est pas tellement particulier à l’Ontario, est que 85 % des immigrants s’établissent à Toronto, Montréal ou Vancouver bien que ce ne soit pas nécessairement dans ces villes que se fassent sentir les plus graves pénuries de main-d’œuvre. En fin de compte, nous nous retrouvons, du point de vue de l’économie, avec un surplus de nouveaux arrivants en certains endroits et de graves pénuries de main-d’œuvre dans d’autres régions.

Nous nous efforçons de corriger ce problème en augmentant le nombre d’immigrants sélectionnés par les employeurs par l’entremise des provinces qui s’établissent dorénavant dans des régions comme les provinces de l’Atlantique Canada et l’Ouest canadien aux prises avec de graves pénuries de main-d’œuvre. La bonne nouvelle est que ces personnes restent dans ces régions, ce qui a favorisé une bien meilleure répartition au cours des dernières années.

Le nombre de nouveaux arrivants étant stable, nous devons tenir compte du fait qu’en faisant une plus grande place aux nouveaux arrivants de la catégorie des travailleurs qualifiés, nous délaissons d’autres moyens grâce auxquels nous attirions ces travailleurs au Canada. En notre qualité de gouvernement fédéral, nous devons nous demander si cela est à l’avantage de l’ensemble du pays. Ce que je veux dire c’est que même si certaines provinces veulent essentiellement assumer à elles seules la tâche de sélectionner les immigrants, nous estimons que le gouvernement fédéral a un rôle important à jouer dans cet exercice de reconstruction de la nation.

Afin d’attirer au pays des gens d’affaires qui génèrent d’importantes retombées économiques pour le Canada, nous sommes en voie de passer en revue notre Programme d’immigration des investisseurs pour l’adapter à notre économie en évolution et faire en sorte qu’il soutienne la concurrence des programmes des autres pays.

Pour que les immigrants titulaires d’un titre de compétences puissent décrocher un emploi qui correspond à leurs qualifications, nous poursuivons notre collaboration avec les provinces et les organismes professionnels en ce qui a trait à l’importante question de la reconnaissance des titres de compétences étrangers. En fait, l’an dernier, l’un des points inscrits par le premier ministre à l’ordre du jour de sa réunion avec ses homologues provinciaux était l’urgence d’adopter une approche plus rationnelle, plus transparente, accélérée et simplifiée en matière de reconnaissance des titres de compétences.

Nous ne nous attendons pas à ce que les organismes canadiens de réglementation professionnelle abaissent leurs normes et nous ne leur demandons pas non plus de le faire. Nous ne voulons pas que des personnes qui ne sont pas des médecins dûment compétents procèdent à des chirurgies. Nous ne voulons pas non plus que des personnes qui ne sont pas des ingénieurs dûment compétents construisent des ponts. Nous aimerions toutefois que les organismes de réglementation professionnelle étudient les demandes des professionnels formés à l’étranger dans des délais raisonnables.

Je suis heureux de vous dire qu’en raison de notre esprit d’initiative en la matière et de notre investissement de 50 millions de dollars dans l’élaboration de ce cadre, les provinces ont souscrit à une politique en vertu de laquelle les organismes de réglementation professionnelle doivent répondre aux demandes des professionnels formés à l’étranger dans un délai d’un an. Par conséquent, nous progressons dans la bonne direction.

En outre, nous donnons à l’heure actuelle des conseils en matière d’établissement au Canada avant même que les immigrants n’arrivent au pays. Nous offrons deux séminaires gratuits de deux jours à certains immigrants de la composante économique. Quatre-vingts pour cent de ces nouveaux arrivants suivent désormais ces séminaires avant leur arrivée au Canada. Pendant deux jours, ils peuvent donc recevoir une formation personnalisée au cours de laquelle certaines questions sont abordées, par exemple, l’endroit où ils espèrent vivre, la manière de s’y prendre pour trouver un emploi au pays, la marche à suivre pour postuler un emploi depuis un autre pays, le mode de présentation d’une demande de reconnaissance des titres de compétences étrangers avant l’obtention du droit d’établissement au Canada. Il est également question dans ces séminaires de la façon dont les immigrants doivent procéder pour obtenir un numéro d’aide et un NAS, inscrire leurs enfants à l’école, faire en sorte que quelqu’un les accueille à leur arrivée à l’aéroport Pearson. Les immigrants savent donc quelles mesures initiales ils doivent prendre et nous espérons qu’ils ont déjà un plan.

Enfin, nous avons lancé le Plan d’action pour accélérer l’immigration.

Au fil des ans, la nécessité d’atténuer les pressions sur notre système d’immigration et de prendre des décisions difficiles a été méconnue. Sous le gouvernement précédent, nous avons assisté à l’accumulation d’énormes arriérés — presque un million de personnes faisant la queue pour venir au Canada.

Pourquoi? Eh bien parce qu’il y a beaucoup plus de personnes qui veulent immigrer dans ce pays que nous ne pouvons en réalité en accueillir en une année donnée, même si notre niveau d’immigration est le plus élevé, toutes proportions gardées, du monde développé. En fait, selon le sondage mené par la firme Gallup International,  l’exception des États-Unis, le Canada est la destination la plus populaire auprès des immigrants – environ 45 millions d’adultes de 135 pays aimeraient déménager pour de bon au Canada. Est-il besoin de vous dire que nous ne pouvons pas accueillir tous ces gens. Des limites doivent donc être imposées.

L’ennui c’est que l’ancien système dont nous avons hérité ne comportait aucune espèce de limite quant au nombre de personnes pouvant présenter une demande et nous sommes obligés de traiter toutes ces demandes. Donc, même si, chaque année, nous n’acceptions qu’un quart de million de nouveaux résidents permanents, nous recevions 400 000 demandes. Qu’est-ce que cela signifie? Que la file d’attente s’est allongée de plus en plus. Les auteurs d’une demande d’immigration devaient attendre six ans avant d’obtenir une réponse. Ce qui explique que les candidats les meilleurs et les plus brillants – par exemple, un jeune homme venant tout juste d’obtenir son diplôme du Indian Technical Institute à Hyderabad – ne songeaient même pas à venir au Canada s’ils pouvaient immigrer en Australie ou en Nouvelle-Zélande dans un délai de six mois. Pourquoi faire la file pendant des années pour venir ici?

En 2008, nous avons donc procédé à un remaniement fondamental du système par l’entremise de notre Plan d’action pour l’immigration qui a été mis en application l’an dernier. Je suis heureux de vous annoncer que ce plan a donné les résultats escomptés. À l’heure actuelle, le délai de réponse aux nouvelles demandes soumises par des travailleurs qualifiés est d’environ neuf mois au lieu de six ans. Qui plus est, l’ancien arriéré de 640 000 personnes attendant d’immigrer au pays à la suite de la présentation d’une demande en vertu de cette catégorie a été réduit d’environ 40 %.

Nous apporterons toutefois d’autres modifications que j’annoncerai très bientôt. Chaque fois que des modifications sont apportées à la politique en matière d’immigration, il semble que tout le monde trouve le moyen de mettre le cap sur les points de résistance moindre, ce qui fait que nous nous retrouvons encore une fois avec des arriérés dans certains secteurs. Nous avons donc l’intention de procéder à quelques sages modifications en vertu de ce que nous appelons les directives ministérielles.

Il est important de relever tous ces défis. Évidemment, l’un des enjeux auxquels nous sommes confrontés est la nécessité, dont j’ai déjà parlé, de procéder à une réforme équilibrée du système de protection des réfugiés. Le Canada cultive cette merveilleuse tradition d’accueillir les étrangers. J’étais récemment en Nouvelle-Écosse où je participais à une émission-débat à la radio portant sur la nécessité de réformer le système de protection des réfugiés et quelqu’un a téléphoné pour dire ceci : « M. Kenney, je ne vois même pas pour quelle raison vous parlez d’accueillir des réfugiés au Canada. Pourquoi ne pouvons-nous pas avant tout prendre soin des nôtres? »

Ce à quoi j’ai répondu ce qui suit : « Monsieur, j’aimerais vous dire ceci au sujet des nôtres et de vous, ici même en Nouvelle-Écosse. Vous savez que la Nouvelle-Écosse a été fondée par des réfugiés – des Loyalistes de l’Empire-Uni – des réfugiés ayant été victimes de la Révolution américaine. Cette province a été fondée par des Loyalistes de race noire et des esclaves qui ont pris la fuite en empruntant le chemin de fer clandestin et qui se sont installés en Nouvelle-Écosse. Cette province a été fondée par des Écossais victimes des déplacements forcés de la population des Highlands et des Irlandais victimes de la famine causée par la maladie de la pomme de terre qui ont trouvé refuge ici dans les années 1840. » « La Nouvelle-Écosse », ai-je précisé, « est une terre de réfugiés. »

Et cette remarque vaut également pour de larges pans de l’histoire du Canada, qu’il s’agisse des Hongrois que nous avons accueillis à la suite de l’invasion des Soviétiques en 1956, des réfugiés de la mer vietnamiens, dont 60 000 de ces personnes ont trouvé un nouveau foyer et ont recommencé leur vie au Canada en 1979 et en 1980 sous le gouvernement conservateur, ou qu’il s’agisse des Canadiens ayant trouvé refuge au pays depuis la Deuxième Guerre mondiale, dont le nombre dépasse plus d’un million. Nous possédons une fière tradition d’accorder refuge aux personnes dans le besoin.

Malheureusement, cette tradition est désormais en péril, car trop de gens viennent ici en se faisant passer pour des réfugiés, abusent de notre générosité et violent nos lois. En réalité, presque 60 % des personnes qui présentent une demande d’asile au Canada n’ont pas véritablement besoin de notre protection.

Bon, si vous vous promenez sur la rue Bay ou la rue Yonge et demandez aux passants de quel pays provient, à leur avis, la majorité des immigrants cherchant refuge au Canada, je suppose qu’ils pourraient vous répondre l’Iran ou la Corée du Nord. En réalité, il s’agit d’une démocratie de l’Union européenne — la Hongrie. La majeure partie des demandes d’asile qui nous sont soumises proviennent de ce pays. Nous en recevons environ 400 par mois, nous en avons eu 2 500 l’an dernier, et 97 % d’entre elles sont abandonnées ou retirées par la suite. Qui plus est, une enquête criminelle est actuellement en cours visant bon nombre de ces personnes qui reçoivent des prestations d’assurance-chômage ou d’autres programmes de soutien du revenu au Canada, ces fonds étant ensuite versés dans les comptes d’organisations criminelles.

Nous les Canadiens sommes tellement sensibles que nous en oublions parfois de réfléchir calmement et d’être réalistes quant à la nature humaine et nous nous laissons berner par les tentatives de personnes qui abusent de notre générosité. La situation échappe à notre emprise, à notre contrôle.

À l’heure actuelle, une personne qui présente une demande d’asile doit attendre deux ans avant d’avoir une audience devant la CISR. Si une personne qui s’est échappée d’une prison en Iran et présente des cicatrices sur le dos débarque à l’aéroport, nous lui remettons un formulaire et nous lui disons de revenir dans une couple d’années et que nous étudierons alors sa demande d’asile. Si une autre personne débarque du même avion que la personne victime de tortures et présente une demande de statut de réfugié manifestement non fondée, elle peut rester au pays de cinq à six ans avant d’être renvoyée. Voilà pourquoi la file d’attente comprend 60 000 personnes. Voilà pourquoi le nombre de demandes du statut de réfugiés soumises au Canada est le plus élevé de tous les pays développés et c’est pour cela que nous devons procéder à une réforme de notre système.

C’est pour cette raison que j’ai déposé au Parlement une réforme du système de protection des réfugiés qui, à mon avis, est judicieuse et équilibrée et rendrait plus équitable la procédure de présentation d’une demande du statut de réfugié tout en éliminant beaucoup plus rapidement les personnes qui abusent de notre générosité.

J’ai tenté de négocier un consensus parlementaire à ce sujet. Je croyais que j’étais en bonne voie d’y arriver avec l’aide de mes amis de l’opposition officielle. Des questions de politique ont, semble-t-il, empêché certains d’entre eux de souscrire à cette politique rationnelle, mais je conserve tout de même l’espoir que nous pourrons très bientôt en arriver à un consensus parlementaire sur cette question.

Ainsi donc, Mesdames et Messieurs, je tiens à vous remercier pour tout ce que vous faites et à vous assurer que le présent gouvernement est résolu, non seulement à poursuivre la tradition canadienne d’accueillir à bras ouverts les nouveaux arrivants et d’offrir une protection aux réfugiés, mais également de renforcer cette tradition et de faire en sorte que les très nombreux nouveaux arrivants qui débarquent sur nos rives puissent prendre un nouveau départ dans un climat de prospérité, d’espoir et de liberté puisque nous sommes les dignes descendants de nos ancêtres et que nous voulons assurer la prospérité de nos enfants et petits-enfants.

Merci beaucoup.

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