Discours – Notes en vue d’une allocution de l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme

Lors d’une conférence de presse pour annoncer la réinstallation davantage de réfugiés iraquiens
Etobicoke (Ontario), le 23 octobre 2010

Tel que prononcé

Je suis ici aujourd'hui pour faire une annonce importante qui constituera une excellente nouvelle pour des milliers de réfugiés iraquiens qui s'apprêtent à débuter une nouvelle vie, une vie en sécurité et en paix ici même au Canada. Le Canada est fier de sa longue tradition humanitaire et d'être un sanctuaire pour les victimes de la violence, de la persécution et des conflits. Cette tradition est bien enracinée dans notre histoire. D'ailleurs, une bonne partie du Canada, dont plus particulièrement le Haut‑Canada, c'est‑à‑dire l'Ontario, a largement été colonisée par les Loyalistes de l'Empire britannique qui ont fui la guerre et les persécutions de la Révolution américaine. Des Loyalistes noirs sont aussi venus avec eux pour défendre la Nouvelle‑Écosse. Ces victimes de l'esclavage ont vu dans le Canada un pays de liberté tout comme tous ceux et celles qui, suivant l'étoile polaire et le chemin de fer clandestin, ont cherché refuge en Amérique du Nord britannique.

Tout au long de notre histoire, nous avons fièrement maintenu cette tradition en accueillant des millions de réfugiés venus de l'Europe centrale et de l'Est ainsi que d'autres pays, en particulier au cours des importantes vagues d'immigration au Canada vers la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Puis, durant la période d'oppression communiste et de terreur derrière les rideaux de fer et de bambou, le Canada a accueilli des centaines de milliers de réfugiés qui ont fui l'oppression des régimes communistes et totalitaires. Par exemple, en 1956, quelque 40 000 Hongrois et Hongroises ont fui l'invasion soviétique et trouvé une terre d'accueil et une nouvelle vie au Canada. Puis, ce fut le tour des Tchécoslovaques de fuir l'invasion soviétique de Prague en 1968. Le secrétaire du Premier ministre est d'ailleurs le fils d'un de ces réfugiés, un bel exemple des possibilités offertes par le Canada aux réfugiés grâce à l'égalité des chances. Plus récemment, en 1979, des millions de réfugiés de la mer qui avaient fui le régime communiste de leur pays d'origine ont été pris en charge par les Nations Unies. Ils ont obtenu le statut de réfugié et le Canada a ouvert ses portes à quelque 65 000 d'entre eux. On doit cet accueil en grande partie à la générosité des diverses communautés religieuses qui ont accueilli ces gens grâce à ce qui allait devenir le Programme de parrainage privé de réfugiés. Cette tradition, établie en 1979, se poursuit toujours aujourd'hui.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, le Canada a accueilli près de un million de réfugiés. Selon les Nations Unies, quelque 12 millions de réfugiés partout au monde attendent l'occasion de se refaire une vie. Le Canada accueille plus de réfugiés que tout autre pays au monde en fonction du pourcentage de notre population, et plus en nombre absolu, à l'exclusion des États‑Unis.

Nous croyons toutefois que nous pouvons et nous devons faire encore davantage pour les victimes de persécution et de nettoyage ethnique. Voilà pourquoi notre gouvernement a annoncé en mars que nous augmenterions de 20% le nombre de réfugiés acceptés au Canada. Habituellement, nous recevons près de 11 500 réfugiés annuellement dont les trois quarts par l'entremise des programmes gouvernementaux et le quart par les programmes de parrainage privé. Ce printemps, nous avons annoncé que dans le contexte de la réforme du régime des réfugiés, le Canada accueillerait 20% plus de réfugiés, passant de 11 500 à 14 000 réfugiés par année à l'avenir.

Nous avons aussi annoncé une augmentation de 20% du soutien à l'installation et à l'intégration. Donc nous avons bonifié le Programme d'aide au réétablissement de 9 millions de dollars, c'est‑à‑dire environ 20%, dès 2011.

Nous sommes réunis ici aujourd'hui pour aborder un volet très important de notre programme d'installation des réfugiés. Ce volet touche les efforts particuliers que le Canada déploie pour prêter son aide aux victimes de la violence et de la persécution politique et religieuse en Iraq. Nous savons tous qu'au cours des dernières années, les communautés ethniques et religieuses iraquiennes ont été directement persécutées. Nous savons que les chrétiens iraquiens ont vu leurs églises détruites, leurs prêtres torturés, leur archevêque assassiné et leurs filles ont été violées. Leur communauté a subi des actes de violence inimaginables, une communauté ancienne dont les origines remontent à la Mésopotamie de l'histoire antique. Cette situation a poussé des organismes non gouvernementaux canadiens à me demander, dès le début de mon mandat à titre de ministre de l'Immigration, si le Canada pouvait ouvrir ses portes et accueillir plus particulièrement les victimes de la persécution en Iraq, sans égard à leurs croyances religieuses. Nous avons travaillé d'arrache‑pied en ce sens et, en mars 2009, j'ai eu le plaisir d'annoncer que le gouvernement du Canada augmentait ses objectifs de réétablissement. Conséquemment, de 2009 à 2011, le Canada accueillera quelque 12 000 réfugiés iraquiens pour leur donner asile et un nouveau départ dans la vie.

Cela signifie qu'au cours de ces trois années, nous aurons reçu quelque 12 000 réfugiés en provenance de l'Irak. Nous savons fort bien que des centaines de milliers d'autres rêvent de cette chance. Et nous savons que le Canada, qui accueille déjà un réfugié sur dix dans le monde et qui dispose du plus important programme de réétablissement au monde, ne peut recevoir tout le monde. Voilà pourquoi le Canada a demandé aux autres pays développés de faire leur part et de suivre notre exemple en ouvrant leurs portes à ceux qui ont fui leur pays d'origine.

Au mois de mai dernier, je suis allé au Moyen‑Orient, plus précisément à Damas, afin de constater l'ampleur de cette tragédie humaine de mes propres yeux. J'ai rencontré plusieurs réfugiés iraquiens et vécu une des journées les plus déchirantes de ma vie. Je n'oublierai jamais comment, dans un bureau des Nations Unies, j'ai vu des gens qui arrivaient du désert après avoir fui la violence à Bagdad pour se retrouver à Damas. Tous m'ont raconté des histoires de persécution à faire frémir. J'ai rencontré un homme avec sa femme et leurs beaux enfants. Celui‑ci avait perdu une jambe. Ce chrétien qui habitait Bagdad avait reçu des menaces de milices islamiques exigeant des paiements de protection faute de quoi, les miliciens le tueraient, avec sa famille, parce qu'ils étaient des infidèles. Lorsque qu'il a manqué d'argent pour faire ses paiements de protection, les miliciens ont fait exploser son commerce, une attaque qui lui coûta une jambe. Tandis que je l'écoutais, j'ai vu le désespoir et le sentiment d'abandon dans le regard de ses deux enfants pendant que sa femme sanglotait. Je me suis tout de suite dit qu'au Canada, nous pouvions aider cette famille. Nous pouvons aider cette famille et des milliers d'autres à se bâtir une nouvelle vie.

Je suis donc très heureux d'annoncer que nous prolongeons le Programme de réétablissement des réfugiés iraquiens de deux ans, c'est‑à‑dire jusqu'en 2013, ce qui nous permettra d'accueillir 8 000 réfugiés iraquiens de plus. Voilà une démonstration sans équivoque des plus belles valeurs des Canadiens et Canadiennes. Toutefois, il est très important que la société civile, les organismes communautaires et les groupes confessionnels collaborent avec nous, par l'entremise du Programme de parrainage privé de réfugiés, afin que nous soyons en mesure d'offrir ces possibilités de réétablissement.

Près des deux tiers des réfugiés en provenance de l'Irak seront accueillis par l'entremise du Programme de parrainage privé de réfugiés. Je tiens donc à saisir cette occasion pour remercier et féliciter les signataires d'ententes de parrainage ainsi que les organismes communautaires qui sont représentés ici et partout au pays. Leur participation a permis et permettra à des réfugiés de s'installer au Canada.

Mesdames et messieurs, lorsque j'ai annoncé au printemps la hausse de nos objectifs de réétablissement, je visais plus particulièrement le Programme de parrainage privé de réfugiés car je tiens à revitaliser ce programme. Je veux que ce soit les Canadiens et Canadiennes, et non une quelconque agence gouvernementale, mais bien les citoyens canadiens en tant qu'humains, qui renouent avec leur tradition de responsabilité et de justice sociales. Je souhaite que les gens retroussent leurs manches et recueillent des fonds pour effectuer le travail sur le terrain qui est nécessaire au réétablissement des réfugiés. Je profite donc de cette annonce pour demander aux signataires d'ententes de parrainage et aux groupes communautaires, dont plus particulièrement les groupes confessionnels, de participer à nos efforts.

Cet été, j'ai fait une tournée et rencontré des dirigeants d'organismes communautaires et de groupes confessionnels pour leur demander de signer des ententes de parrainage ou, si c'était déjà le cas, d'en faire davantage, d'amasser plus de fonds et de parrainer plus de réfugiés. Le problème initial que nous avons connu avec les réfugiés iraquiens était le manque de parrains du côté canadien. Nous avons constaté une légère amélioration mais nous pouvons faire encore bien plus.

Je tiens à souligner que nous parlons de compassion. Mère Teresa disait qu'il fallait souffrir de notre compassion. La compassion ne se donne pas en sous‑traitance à une agence du gouvernement. Les Canadiens et Canadiennes doivent faire preuve de compassion de manière individuelle. Nous avons la chance de vivre dans un pays prospère et riche, et je pense que nous pouvons faire plus pour offrir de nouvelles possibilités à des familles comme celle que j'ai rencontrée. Une famille qui vit probablement dans la pauvreté dans un petit appartement à Damas, sans possibilité d'emplois et sans droits de citoyens, et qui attend désespérément l'occasion de refaire sa vie.

J'ai rencontré des gens qui m'ont déclaré ne pas vouloir accueillir ces réfugiés et que ceux‑ci devraient retourner dans leur pays d'origine. Je suis d'accord avec les Nations Unies que l'idéal est que les réfugiés puissent se rétablir dans leur pays. Mais pour bon nombre de familles, cette option n'existe plus. Leur domicile a été détruit, des membres de leur famille ont été tués, des menaces planent toujours sur elles. Le retour n'est pas possible. Ces familles ont besoin d'une véritable occasion de réétablissement et ce sont elles que nous voulons aider grâce à l'annonce faite aujourd'hui.

Pour conclure l'annonce, je tiens à rappeler que le Canada a déjà pris l'engagement d'accueillir 12 000 réfugiés iraquiens. Grâce à l'annonce d'aujourd'hui, le nombre de réfugiés iraquiens passera de 12 000 à 20 000.

En terminant, je tiens à remercier notre premier ministre, le très honorable Stephen Harper, de son soutien. La plupart des pays développés réduisent le nombre de réfugiés qu'ils accueillent. La plupart des pays développés font peu ou rien pour les réfugiés iraquiens. Le Premier ministre Harper et son gouvernement ont pris les devants en affectant des fonds à cette cause, en faisant du réétablissement des réfugiés iraquiens une priorité, en augmentant le nombre de réfugiés accueillis et en rehaussant le soutien offert en cette période économique et financière difficile. Ces décisions n'étaient pas faciles à prendre mais c'étaient les bonnes.

Encore une fois, je vous remercie d'avoir assisté à cette annonce palpitante et j'attends avec impatience votre participation à l'expansion du Programme de parrainage privé de réfugiés afin que nous puissions accueillir 8 000 réfugiés iraquiens de plus et leur donner l'occasion de se refaire une vie au Canada. J'aimerais terminer en soulignant que trop souvent, lorsqu'on parle des réfugiés, nous avons tendance à nous concentrer sur le passé, sur la violence, la persécution et les tragédies qu'ils ont vécus. Nous devons plutôt, en tant que Canadiens et Canadiennes, nous tourner vers leur avenir. Malgré le fardeau du traumatisme, des expériences et des souvenirs terrifiants, ils sont venus refaire leur vie. Lorsque je regarde plus particulièrement leurs enfants, je réalise que des choses extraordinaires peuvent arriver.

Plus tôt cette année, j'ai eu l'honneur d'assister à l'installation du nouvel archevêque auxiliaire de Toronto, l'archevêque Win, qui est arrivé au Canada comme réfugié vietnamien en 1979. Sa famille avait tout perdu et avait été expulsée. Les Nations Unies l'ont prise en charge et le Canada l'a accueillie par l'entremise du Programme de parrainage privé de réfugiés. L'archevêque Win est maintenant le chef du plus important diocèse catholique au Canada. Ce n'est là qu'un exemple, parmi des centaines, du succès des réfugiés accueillis grâce à nos programmes. Peut‑être que l'un des enfants des réfugiés que nous accueillons aujourd'hui deviendra un jour le premier ministre du Canada. Tout est possible dans un pays comme le nôtre grâce à nos traditions de compassion et de protection.

Merci beaucoup.

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