Discours – Notes pour une allocution prononcée par l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme à l’occasion de l’inauguration, au Quai 21, du monument The Wheel of Conscience commémorant l’incident du MS St. Louis

Halifax (Nouvelle‑Écosse), 20 janvier 2011

Tel que prononcé

Votre Honneur, Monsieur le Ministre, collègues élus, distingués invités, mesdames et messieurs. Au nom du gouvernement du Canada et du premier ministre Stephen Harper, je suis profondément honoré de me joindre à vous en ces lieux remarquables pour vivre une journée historique sous le signe de la commémoration, de l’éducation et de la réconciliation.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, plus de 900 Juifs allemands fuyant la persécution des nazis ont quitté Hambourg à bord du MS St. Louis, gouverné par le capitaine Gustav Schröder, l’un des « justes parmi les nations ».

L’histoire raconte que ces réfugiés ont demandé l’asile dans des ports de Cuba, des États‑Unis et d’Amérique du Sud et que, partout, ils ont été rejetés. Lorsque les dirigeants de la communauté juive du Canada ont demandé au gouvernement canadien d’accorder l’asile aux passagers du MS St. Louis, ils ont obtenu la même réponse que tous les autres réfugiés juifs fuyant l’Europe d’Hitler.

Les quelque 620 passagers restants du tristement célèbre « voyage des condamnés » ont donc été renvoyés en Europe, où nombre d’entre eux ont trouvé la mort dans l’apocalypse de la Shoah.

Si le Canada avait pris position, s’il s’était montré fidèle à ses valeurs les plus chères et s’il avait ouvert la porte à ces passagers qui fuyaient l’antisémitisme violent du régime nazi, il est probable que ces 620 enfants, femmes et hommes auraient foulé cette passerelle ici‑même et traversé ces couloirs, comme l’ont fait, pendant cinq décennies, les quelque 500 000 autres qui sont venus ici en quête de la liberté et de la paix promises au Canada.

Nous dévoilons aujourd’hui le monument The Wheel of Conscience (la roue de la conscience), symbole du « voyage des condamnés » qui gardera pour toujours à notre mémoire l’angoisse vécue par les victimes de l’Holocauste et par les survivants.

Il est de notre devoir de nous souvenir, mais il nous faut aussi enseigner et apprendre. Nous apprenons notre propre histoire de l’antisémitisme, et nous l’enseignerons aux centaines de milliers de personnes, jeunes et moins jeunes, qui viendront contempler ce monument au nouveau Musée canadien de l’immigration au Quai 21.

Nous leur enseignerons que la haine peut se muer en racisme, que le racisme peut engendrer la xénophobie et que la xénophobie trouve souvent son expression dans la forme de haine la plus tenace sur le plan historique, et la plus pernicieuse, l’antisémitisme.

Entendons‑nous bien. Nous sommes ici non seulement pour commémorer le voyage du MS St. Louis et apprendre que le Canada, en leur refusant l’asile, a envoyé des centaines de passagers vers une mort certaine. Nous sommes ici parce que le MS St. Louis est le symbole le plus bouleversant du rejet de presque tous les réfugiés juifs venus d’Europe avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.

Peu d’immigrants ont été accueillis au Canada à l’époque de la Grande Crise, dans les années 1930. Mais les réfugiés juifs ont été la cible d’un mépris particulier. En disant au premier ministre Mackenzie King : [traduction] « Aucun pays ne peut ouvrir assez grand ses portes pour accueillir les centaines de milliers de Juifs qui veulent quitter l’Europe. Il faut fixer une limite quelque part », les hauts dirigeants de l’Immigration ont, à toutes fins pratiques, fixé la limite à zéro. 

Dans leur livre intitulé « None is Too Many », Irving Abella, notre maître de cérémonie, et Harold Troper dévoilent le rejet systématique des réfugiés juifs par le Canada. Selon Irving, le Canada affichait probablement la pire fiche du monde occidental au chapitre de la protection offerte aux Juifs qui tentaient d’échapper aux nazis.

Le gouvernement canadien avait comme politique officielle de fermer la porte du pays aux réfugiés juifs, d’abord par indifférence et aussi à cause d’un subterfuge bureaucratique. Mais qu’on ne s’y trompe pas. Un courant antisémite alimentait et corrompait le débat public à l’époque, renforçant ainsi les dirigeants politiques canadiens dans leur politique de refus.

Il est particulièrement émouvant pour moi, en tant que ministre de l’Immigration du Canada, de me trouver ici et de penser que les décisions prises par mes prédécesseurs au nom du gouvernement sont responsables du sort tragique des passagers du MS St. Louis et, possiblement, de dizaines de milliers d’autres réfugiés que le Canada aurait pu sauver.

Pour tous ceux qui verront ce monument, j’espère qu’il évoquera la promesse et les possibilités pour toutes ces personnes qui n’ont jamais atteint le Canada à cause de la politique de refus. À combien d’autres Daniel Libeskinds, à combien de brillants artistes, créateurs, constructeurs et entrepreneurs, à combien d’êtres humains avons‑nous fermé la porte alors qu’était perpétré le plus grand crime de l’histoire de l’humanité. Nous ne le saurons jamais.

Ce monument commémoratif est l’expression concrète, de la part du gouvernement et du peuple du Canada, d’un regret ineffaçable envers la communauté juive, envers les survivants de la Shoah et à la mémoire sacrée de ceux qui ont perdu la vie.

Rappelons‑nous que l’histoire ne s’est pas terminée en 1939 ou en 1945. Dans la salle, ici‑même sur cette scène, se trouvent des représentants des quelque 25 000 survivants de l’Holocauste qui sont arrivés au Canada dans les années d’après‑guerre, lorsque le Canada a finalement honoré ses valeurs les plus chères en devenant l’une des nations, derrière Israël et les États‑Unis, accueillant le plus grand nombre de survivants de la Shoah, une tradition dont nous sommes tous très fiers.

Ce monument est donc, en partie, un cadeau de la part des vivants, de ceux qui ont survécu, qui ont contribué à l’édification de notre pays, qui ont dirigé la communauté juive et et qui ont fait appel à notre mémoire collective afin que ces événements regrettables ne s'en effacent pas.

Nous les remercions tous, les membres du Congrès juif canadien et les membres de la communauté qui sont responsables de cette journée, ainsi que M. Libeskind, pour ce monument.

Évidemment, il nous faut non seulement tirer des leçons de l’histoire, mais aussi les appliquer à l’avenir. C’est pourquoi, en tant que Canadiens, nous avons édifié une société ouverte et accueillante. C’est pourquoi nous pouvons être fiers de recevoir plus de réfugiés que toute autre nation développée, en proportion de notre taille.

Demain justement, j’accueillerai plusieurs réfugiés iraquiens qui ont reçu des soins médicaux après avoir été blessés brutalement lors d’une attaque sur leur église à Bagdad, en novembre dernier. Eux et 20 000 autres réfugiés pourront mener une nouvelle vie au Canada, en sécurité et en toute liberté, parce que nous avons tiré des leçons de 1939.

Et comprenez‑moi bien. Le Canada ne fermera jamais la porte aux réfugiés légitimes qui fuient la persécution et qui ont besoin de notre protection.

Ce monument est le résultat concret du Programme de reconnaissance historique pour les communautés mis en œuvre en 2008. Ce fond de 25 millions de dollars nous permet d’honorer notre engagement envers les communautés ethniques et culturelles touchées par les mesures de guerre et les mesures restrictives relatives à l'immigration appliquées au Canada, en appuyant des projets de nature commémorative et éducative qui soulignent les événements marquants de l’histoire de l’immigration.

Les travaux exceptionnels réalisés ici, au Quai 21, ont été amorcés par une société privée puis ont bénéficié de ressources du gouvernement du Canada pour la création du nouveau Musée canadien de l’immigration.

Grâce au Programme de reconnaissance historique pour les communautés, le Congrès juif canadien reçoit la somme de 475 000 $ pour la réalisation d’un projet intitulé « Personne n’est de trop : commémorer le MS St. Louis ». Le monument représente un premier volet de ce projet.

En juin 2009, le Canada a tenu une conférence intitulée « L’époque du St. Louis: se rappeler le passé, aller de l’avant ». J’ai été fier d’annoncer, à cette occasion, le partenariat établi avec B’nai Brith Canada pour créer le Groupe de travail national sur la recherche, la mémoire et l’éducation liées à l’Holocauste.

Cette initiative, de même que le présent projet et d’autres, font complément à deux initiatives canadiennes connexes : notre participation au sein du Groupe d’action international pour la coopération sur l’éducation, la mémoire et la recherche sur l’Holocauste, à l’origine de ce premier grand projet, et la deuxième conférence annuelle de la Coalition interparlementaire de lutte contre l’antisémitisme, qui a eu lieu à Ottawa en novembre dernier.

Ces efforts, conjugués à ceux d’innombrables membres de la société canadienne et du gouvernement du Canada, témoignent du rôle de premier plan joué par le Canada dans la lutte contre l’antisémitisme, expression d’une haine tenace et pernicieuse alimentée par toutes les autres formes d’hostilité, comme l’illustre l’engrenage de la roue de la conscience.

Nous consacrons notre énergie à enseigner aux générations futures les injustices et la xénophobie qui ont marqué notre propre histoire et à veiller à ce que cela ne se reproduise plus jamais. Que Dieu bénisse la mémoire sacrée des personnes que nous n’avons pas sauvées, de toutes celles qui ont perdu la vie dans la Shoah, et que Dieu bénisse le Canada, terre de liberté et de paix. Je vous remercie.

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