Notes en vue d’une allocution de l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme

À la Conférence « The Perils of Global Intolerance » (le péril de l’intolérance mondiale)
New York (New York), le 22 septembre 2011

Tel que prononcée

Bon après-midi, chers amis. Je suis ravi de cette occasion qui m’est offerte de me joindre à vous. Avant de commencer à vous entretenir du processus de Durban, permettez‑moi de dire que je suis fier d’être ici à New York, à l’endroit même où mon pays se prononce contre la provocation et en faveur de la paix au Moyen‑Orient.

Hier, le Premier ministre Stephen Harper a rencontré le Premier ministre d’Israël, Monsieur Netanyahu, et lui a réaffirmé l’appui ferme du Canada en faveur d’une solution négociée entre deux États, soit entre les Palestiniens et les Israéliens. Le Canada rejette une action unilatérale qui limitera les perspectives de paix.

Je suis également fier de faire partie du premier gouvernement ayant annoncé son retrait des deux conférences de Durban II et Durban III. Dans la déclaration que j’ai faite en novembre dernier au nom du gouvernement du Canada, j’ai dit que notre gouvernement n’avait plus confiance dans le processus de Durban. Nous refusons de prendre part à cet événement qui commémore un programme faisant la promotion du racisme plutôt que de le combattre. Le Canada ne participera plus à cette comédie et ne prêtera pas sa bonne réputation à l’exercice organisé du processus de Durban qui consiste à trouver un bouc émissaire.

Notre décision de boycotter Durban II a été justifiée quand Mahmoud Ahmadinejad a profité de l’occasion de l’anniversaire d’Hitler pour montrer du doigt l’unique nation démocratique pluraliste de la région et l’accuser d’un « genre de racisme empreint d’une laideur qui a complètement déformé l’honneur de l’humanité au seuil du troisième millénaire et qui a causé la honte du reste du monde. » C’est ainsi que s’est exprimé Ahmadinejad.

C’était là seulement l’outrage le plus en vue dans une conférence qui fut, comme la précédente, tristement célèbre, tenue en 2001, saccagée par de grossières tactiques d’antisémitisme et d’intimidation de la part de certains des pays les plus dangereux et les moins respectueux des lois.

Je sais que vous connaissez bien, après l’avoir entendue toute la journée, la litanie des abus et outrages ayant gâché les deux précédentes conférences de Durban : la réémergence du sionisme est un bobard raciste; les appels à l’éradication d’un État membre des Nations Unies; l’étalage vulgaire d’images nazies lors de manifestations soi‑disant spontanées; des tracts antisémites distribués par certaines des nombreuses ONG extrémistes accréditées et autorisées à assister à la conférence, le forum des ONG et ainsi de suite. Soit dit en passant, toutes ces ONG ont été automatiquement réinvitées à Durban II, et c’est l’une des raisons pour lesquelles nous nous sommes retirés si tôt.

Et pourtant, deux débâcles – je dois dire, en parlant du forum des ONG, que j’ai été grandement critiqué au Canada à l’annonce de notre boycottage de Durban II. Mais les plus nombreuses critiques sont venues quand j’ai annoncé par la suite qu’il n’était pas question de soutenir financièrement aucune ONG favorable à Durban pour qu’elle puisse assister à la conférence. Elles n’ont pas apprécié la fin de ce bon filon.

Toutefois, ces deux débâcles n’ont pas été suffisantes pour les participants. Au lieu d’admettre leurs erreurs, les organisateurs de Durban II se sont complimentés mutuellement et ont salué la conférence comme un pas courageux en avant. Un pas courageux en avant, mais vers quoi? Vers un troisième festival de la haine, bien entendu. Parce que s’il y a une chose dont les défendeurs autoproclamés des droits de l’homme ne peuvent se passer, c’est de camper dans les hôtels cinq étoiles de New York tout en lançant des insultes à l’Amérique et à ses alliés.  

En fait, la Haute Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, s’est dite « choquée et profondément déçue de la décision du Canada et de huit autres démocraties libérales de se retirer de Durban II. » Elle a déclaré à ce moment‑là qu’« une poignée d’États ont laissé une ou deux questions dominer leur perspective par rapport à cet enjeu, l’emportant ainsi sur les inquiétudes de nombreux groupes d’individus. »

Ainsi, la chef des droits de l’homme de l’ONU était choquée et déçue de l’absence à Durban II de plusieurs pays libres et pluralistes dotés des protections les plus fortes du monde à l’endroit des droits civils et fondamentaux, des pays comme le Canada, les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle‑Zélande et les Pays‑Bas. Et pourtant, elle n’a pas exprimé un seul mot de consternation à l’idée que la conférence elle‑même ait été organisée par certains des contrevenants des droits de l’homme les plus notoires au monde, avec la Libye de Kadhafi assumant la présidence, habilement assistée de l’Iran d’Ahmadinejad à la vice‑présidence, et Cuba, pays de Castro, agissant comme rapporteur. C’est difficile d’imaginer un meilleur exemple du monde à l’envers de la Haute Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.

Mais ne vous y trompez pas, ce genre de cynisme et de manipulation sont à la base du processus de Durban. Dans l’antisémitisme crasse ayant surgi à la première conférence de Durban, il est facile d’oublier que l’ordre du jour original de la conférence ne ciblait pas Israël, mais l’Europe et les États-Unis. La Déclaration de Durban insistait longuement sur les réparations et l’indemnisation, mais était presque muette sur la responsabilité qu’ont les régimes corrompus de mettre en place des systèmes politiques, juridiques et commerciaux libres. C’est un vieux refrain. En effet, si quelqu’un, quelque part, souffre, c’est l’Occident démocratique et libéral qui est à blâmer. Et beaucoup d’ONG occidentales dont la capacité d’autoculpabilité n’est dépassée que par leur crédulité le chantent de bon cœur, ce refrain.

Pourquoi s’illusionnent‑ils à croire que des chèques en blanc peuvent remplacer la liberté, la société civile et la primauté du droit, ou qu’à long terme l’aide étrangère peut profiter aux sociétés qui n’ont pas ces éléments de base fondamentaux?

Je dois ajouter ici que le Canada a réorienté ses généreux programmes de développement pour s’écarter des méthodes déficientes du passé afin d’apporter de réelles améliorations pratiques dans la vie des personnes vulnérables, comme dans le cas du leadership assumé par le Premier ministre Harper pour améliorer la santé des enfants et des mères. Comme il l’a dit lui‑même, nous devons nous efforcer d’obtenir l’appui, non seulement en faveur de nos nobles objectifs, mais aussi à l’égard de notre engagement envers les normes les plus élevées de surveillance et d’obligation de rendre compte.

Maintenant chers amis, nous savons tous qu’il est impossible de bâtir une société libre et prospère sur des subventions. À la fin, il faut un engagement de la part du pays lui‑même à l’égard de la primauté du droit, reposant sur le respect de la dignité inviolable de l’être humain. Ce n’est pas une coïncidence si les pires catastrophes pour l’humanité et les pires crimes de l’histoire, de l’Holodomor en Ukraine à la grande famine en Chine qui ont fait jusqu’à 40 millions de victimes, ainsi que les famines répétées dans la Corne de l’Afrique, notamment celle que nous observons tragiquement en Somalie aujourd’hui, soient survenus dans des régimes corrompus et totalitaires ou en l’absence d’un gouvernement responsable. Ce ne sont pas là de simples catastrophes naturelles, ce sont des crimes moraux commis par des dirigeants sans cœur et cupides qui placent leur idéologie au-dessus de la vie de leur peuple.

Le Zimbabwe, comme Douglas Murray l’a souligné, devrait être le grenier de l’Afrique. Mais il n’a fallu que quelques générations pour que la politique de revanche de Robert Mugabe finisse par dénuder ses riches terres agricoles. Et le marxisme tiers‑mondiste, qui cherche à rejeter la responsabilité de la pauvreté du Tiers Monde sur l’Occident et sa prospérité, s’est révélé plus destructeur que n’importe quelle invasion de sauterelles évoquée dans la Bible.

La traite des esclaves qui a cours au Soudan ne découle pas de la traite des esclaves transatlantique, aussi odieuse fut‑elle. Et pendant que des millions de personnes meurent de faim en Somalie, les chefs de guerre d’Al-Shabaab, comparables aux Talibans, rejettent les approvisionnements alimentaires d’urgence en plus de terroriser les travailleurs de l’aide étrangère.

Oui, aujourd’hui de nombreux pays en développement sont blessés, mais leurs blessures ne sont pas infligées par les pays qui fournissent cette aide et appuient le travail humanitaire. Nier ce fait, c’est nier l’expérience d’un demi‑siècle d’interventions qui ont échoué. C’est, en bref, nier la réalité.

Or, le déni de la réalité est au cœur même du processus de Durban. En effet, la caractéristique distinctive de Durban est un refus presque pathologique de voir les choses comme elles sont. Dans le monde du processus de Durban, la responsabilité est toujours imputée à l’externe. La faute revient toujours à quelqu’un d’autre, de préférence à quelqu’un disposant de gros moyens.

Douglas Murray a cité les propos du président Ahmadinejad tirés de son discours d’aujourd’hui, et je vous recommande de le lire parce que je ne peux trouver de meilleur condensé de cette idéologie perverse que son discours d’aujourd’hui, dans lequel il dit, entre autres, que « si des pays européens utilisent toujours l’Holocauste après six décennies comme excuse pour payer des amendes ou des rançons aux sionistes, les maîtres des esclaves ou les puissances coloniales ne devraient‑ils pas être obligés de verser des réparations aux nations touchées? » Il a en outre ajouté, « en utilisant leur réseau de médias impérialistes sous l’influence du colonialisme, ils menacent de sanctions et d’interventions militaires quiconque remet en question l’Holocauste et les attentats du 11 septembre. » Cet homme montera sur l’estrade d’honneur aujourd’hui aux Nations Unies.

En passant, s’il y a une chose que nous pouvons célébrer aujourd’hui, c’est qu’il ne sera pas suivi sur l’estrade par son compagnon de route, le colonel Kadhafi, l’ancien roi des rois traditionnels d’Afrique. Au moins, il a été destitué, grâce à son peuple courageux et à l’appui des démocraties du monde.

Alors chers amis, ce n’est pas demain la veille que Durban III va dénoncer les régimes meurtriers qui réduisent en esclavage leurs propres peuples, ou la persécution fanatique et violente des gais et lesbiennes, des minorités religieuses et ethniques dans des pays trop nombreux pour les nommer, ou reconnaître que la responsabilité de la fin des hostilités au Moyen‑Orient appartient au Hamas, au Hezbollah et aux régimes qui leur fournissent les armes de la terreur.

Pour les mordus de Durban, c’est toujours la faute de l’Occident et d’Israël. Il est plus facile de rejeter la responsabilité de la pauvreté sur les injustices historiques des démocraties libérales que sur les régimes qui exploitent les misérables de ce monde. Il est plus facile de désigner Israël comme le bouc émissaire que de décrier les dirigeants qui se servent des Palestiniens comme de pions sur l’échiquier politique. C’est la raison pour laquelle notre gouvernement n’a plus confiance dans le processus de Durban.

Le Canada ne reculera pas. Nous ne soutiendrons pas un ordre du jour qui disculpe les régimes non démocratiques et oppresseurs ou qui glose sur la violence faite aux Juifs et à Israël, mais nous continuerons d’être un chef de file dans la lutte mondiale contre l’injustice raciale et le nouvel antisémitisme.

Qu’est‑ce que je veux dire par le nouvel antisémitisme? L’acceptation de plus en plus grande du dénigrement d’Israël et des nouveaux apologétiques qui essaient de cacher ou d’escamoter l’antisémitisme déguisé.

Dans l’Allemagne nazie, les Juifs ont été dépouillés de leur citoyenneté, privés de leurs droits naturels et finalement exterminés. Aujourd’hui, il y en a qui essaient de retirer à l’État d’Israël son droit de faire partie de la communauté internationale, réduisant au minimum ses droits naturels en tant qu’État souverain et lui refusant même le droit d’exister.

Le nouvel antisémitisme a adopté un langage plus subtil que les caricatures et les accusations de crime rituel de l’ancien quotidien Der Sturmer. Son discours se déguise maintenant en jargon de l’idéologie de gauche à la mode, celui de l’antiaméricanisme et de l’anti‑occidentalisme. Plutôt que de viser le peuple juif, le nouvel antisémitisme vise maintenant la patrie juive, mais il épouse finalement la même vieille haine et la même vieille intention.

Il va de soi qu’on ne peut pas qualifier d’antisémitisme toute critique de l’État d’Israël. Mais si cette critique condamne de façon sélective et refuse à l’unique État hébreu le droit d’exister, alors elle ne peut être qualifiée que d’antisémitisme.

C’est pourquoi le Canada a fait de l’enseignement aux générations futures des leçons de l’Holocauste et des effets de l’antisémitisme l’un de ses principaux objectifs. C’est aussi pourquoi le gouvernement Harper a adhéré au groupe de travail international sur l’éducation, la mémoire et la recherche liées à l’Holocauste, par le biais duquel nous appuyons d’importants projets comme le Groupe de travail national sur la recherche au Canada, qui réunit des experts, des savants et des survivants de la communauté afin d’enseigner aux générations futures ce qu’est l’Holocauste. C’est pourquoi nous admettons notre propre décision d’avoir fermé nos portes aux réfugiés juifs européens avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Et c’est pourquoi nous avons accueilli à Ottawa en janvier de cette année la conférence interparlementaire de lutte contre l’antisémitisme, qui a donné lieu à l’importante Déclaration d’Ottawa que notre gouvernement a signée plus tôt cette semaine.

Il est important que nous puissions reconnaître la honte de ces décisions dans notre propre passé, car, bien que le Canada jouisse maintenant d’un modèle remarquablement réussi de pluralisme et de coexistence pacifique, nous ne devons pas tenir pour acquises ces réalisations. Se rappeler nos erreurs du passé fait en sorte que nous ne les répéterons pas. Nous devons miser sur notre propre expérience pour contester le discours et les actes antisémites sous toutes ses formes, anciennes et nouvelles. Et nous ne devons pas laisser des régimes ignobles et inhumains s’emparer de l’idée noble et bienveillante des droits de l’homme et la transformer au point qu’elle devienne méconnaissable.

L’hypocrisie des ennemis de la liberté est parfois stupéfiante, mais c’est la conséquence naturelle de la perspective cynique d’extrême gauche face aux droits de l’homme. Il n’est pas surprenant que des pays comme Cuba, qui viole couramment les droits de ses propres ressortissants, se sentent justifiés dans leur vanité morale, quand ils agissent ainsi à partir de leur haut perchoir du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Comme vous le savez, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies est le nouveau successeur amélioré de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies, laquelle a été discréditée. C’est seulement aux Nations Unies que le fait de changer un seul mot dans un nom peut passer pour une réforme en profondeur.

Chers amis, ce n’est pas un problème de noms. C’est un problème structurel. Le génie des Nations Unies à son meilleur est qu’il rassemble même les pires régimes à la table de la communauté des nations. Le problème est que personne n’insiste sur les bonnes manières à table quand ces régimes sont présents.

Tant que la communauté internationale persiste à récompenser les contrevenants en série des droits de l’homme qui siègent à son Conseil des droits de l’homme et à leur donner des microphones à des conférences comme celles de Durban III, elle ne peut pas s’attendre à ce que le Canada appuie le processus.

En passant, Douglas Murray, quand il a dit que juste deux minutes suffisaient à quiconque voulait prendre la parole à Durban, m’a rappelé un incident que j’ai vécu en 2008. Dans une réunion, un ministre influent du gouvernement britannique, scandalisé par l’annonce du Canada de boycotter Durban II, m’a demandé, à moi simple ministre d’une des colonies, pourquoi ce boycottage. « Pourquoi le Canada ne participerait‑il pas à cet important processus des Nations Unies? » Et je lui ai dit : « Eh bien, Monsieur le Ministre, je pourrais passer des heures à décrire les raisons, mais je vais vous en donner seulement deux. La Libye assume la présidence et l’Iran la vice‑présidence. Cela ne met‑il pas fin à la discussion? » Malheureusement non.

Alors, d’après l’entente actuelle, le Canada et les pays qui partagent la même opinion doivent se rassembler pour défendre leurs principes de la liberté, de la société civile et de la primauté du droit là où ils le peuvent et refuser de participer quand il est clair que ces principes seront ignorés ou dénaturés.

C’est pourquoi le Canada a récemment boycotté la Conférence des Nations Unies sur le désarmement quand la Corée du Nord a été nommée à la présidence. Et c’est aussi pourquoi, quand le Canada a constaté que Durban III serait une répétition de ses honteux prédécesseurs, il a refusé de lui accorder l’imprimatur de sa présence.

Beaucoup de personnes bien intentionnées nous ont exhortés à participer – peu importe la situation – et nous refusons respectueusement. Je crois qu’il est naïf de penser que l’irrationalité répondra à la raison. J’estime qu’il est stupide de penser que des régimes froidement calculateurs peuvent s’attendrir par altruisme. Et je crois qu’il est dangereux de penser que la tyrannie fera volontairement la paix avec la liberté.

Le Canada ne fera plus l’erreur de confondre processus avec résultats ou participation avec action. Mais surtout, nous ne craindrons pas de rester fidèles au principe et de défendre nos intérêts et ceux de nos amis.

En terminant, je reprends les propos récents du Premier ministre Stephen Harper qui a dit que le Canada avait un but dans le monde et que « ce but n’est plus de s’entendre avec tout le monde et de souscrire aux visées de chacun. Ce n’est plus de plaire à tous les dictateurs ayant droit de vote aux Nations Unies. Et je le confesse, je ne sais pas pourquoi les tentatives passées d’agir ainsi ont été considérées comme étant dans l’intérêt national du Canada. » Il a poursuivi en disant, « maintenant nous savons où se trouvent nos intérêts et qui sont nos amis, et nous adoptons des positions de principe dans nos rapports avec les autres nations, qu’elles soient populaires ou non. Et c’est ce sur quoi le monde peut compter de la part du Canada. »

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