Notes en vue d’une allocution de l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme

« Allocution aux représentants des associations nationales d'organismes de réglementation des professions »

À l'Hôtel Minto Suites
Ottawa, le 28 mars 2012

Tel que prononcé

Merci à vous tous de me donner l’occasion de vous entretenir d’un enjeu très important pour l’avenir de l’économie canadienne et pour des centaines de milliers de nouveaux Canadiens : la reconnaissance des titres de compétence étrangers.

Je suis heureux d’être ici pour traiter de cette question, qui revêt une importance énorme, tant pour moi que pour le Ministère et le gouvernement. Merci, Corinne, pour votre aimable présentation et pour votre excellent travail au sein du Bureau d’orientation relatif aux titres de compétences étrangers de CIC.

Chers amis, vous êtes réunis ici afin de discuter d’un enjeu extrêmement important pour l’avenir de notre économie et de notre marché de l’emploi, à un moment on ne peut plus propice. En effet, demain, mon collègue, l’honorable Jim Flaherty, présentera la Prochaine phase du Plan d’action économique du Canada dans le budget fédéral 2012. Ce budget mettra l’accent sur les emplois et la croissance, sur le changement transformationnel à long terme, et il permettra de bien faire les choses dans de nombreux secteurs afin de favoriser notre prospérité pendant longtemps.

L’un des domaines où nous savons que nous devons apporter des changements transformationnels est celui de la politique d’immigration. Depuis trop longtemps, notre pays accueille des nouveaux arrivants qui finissent par se retrouver sans emploi ou sous-employés alors que, paradoxalement, notre économie connaît des pénuries de main-d’œuvre énormes et croissantes. Cela n’a pas de sens. En commençant par le budget qui sera présenté demain et les réorientations qui seront mises en œuvre tout au long du prochain exercice, nous allons apporter des améliorations fondamentales aux programmes d’immigration afin de mieux recruter des personnes qui seront assurées de réussir sur le marché du travail canadien et d’aider notre pays à prospérer dans une économie mondiale des plus concurrentielles.

C’est en partie de cela que j’ai l’intention de vous parler. Vous connaissez tous les problèmes actuels. Tout d’abord, le Canada a maintenu sa tradition de pays ouvert et riche en possibilités pour les nouveaux arrivants. Depuis 2006, le gouvernement a accueilli en moyenne chaque année plus de 250 000 nouveaux résidents permanents et un nombre croissant de travailleurs temporaires, notamment des étudiants étrangers, des participants au programme de mobilité des jeunes et d’autres personnes qui nous ont aidés à soutenir la prospérité du pays.

Nous avons maintenu des niveaux élevés d’immigration – en fait, les niveaux les plus élevés jamais enregistrés au pays – tout en maintenant le taux d’immigration par habitant le plus élevé du monde développé. C’est une situation paradoxale. La plupart des autres pays développés ont bloqué ou abaissé les niveaux d’immigration. Certains, comme le Royaume-Uni, l’ont fait de manière radicale, et maintenant, d’une façon importante, l’Australie.

La raison pour laquelle, contrairement aux gouvernements canadiens précédents, nous avons maintenu des niveaux élevés d’immigration malgré la récession, c’est que le Premier ministre est convaincu que les pénuries de main-d’œuvre constituent un grave problème structurel de l’économie canadienne, qui ne fera que s’aggraver à mesure que la population vieillit. Nous dépendons de l’immigration, qui est une solution parmi d’autres au problème des pénuries de main-d’œuvre importantes et croissantes. Je sais de quoi je parle : j’étais la semaine dernière en Alberta et en Colombie-Britannique, et quelques semaines avant en Saskatchewan, et je m’entretiens constamment avec des employeurs et des représentants des différents secteurs de l’industrie.

Je peux vous dire que le principal problème de l’économie canadienne, dans beaucoup de régions et de secteurs d’activité, c’est la pénurie de main-d’œuvre. Ce problème est généralisé. Il y a trois semaines, j’étais dans le sud-est de la Saskatchewan, où des agriculteurs m’ont dit qu’ils avaient de la difficulté à recruter des travailleurs manuels non spécialisés pour effectuer du travail manuel dans les fermes pour lequel ils offrent 25 dollars l’heure. J’ai parlé avec le directeur général de Tenaris, une grande multinationale qui fabrique des conduites en acier et exerce ses activités dans le nord de l’Alberta. Ils songent à s’établir à l’étranger parce qu’ils ne trouvent pas de personnes ayant un diplôme d’études secondaires pour travailler à un salaire de 26 dollars l’heure. 

Ce matin même, j’ai assisté à une séance d’information de l’Association des hôteliers de l’Alberta sur les milliers de postes vacants dans le secteur en croissance de l’industrie de l’accueil. Dans le sud de la Saskatchewan, on m’a dit que les pénuries de main-d’œuvre ne touchent pas seulement les travailleurs agricoles non spécialisés, mais qu’elles concernent tous les champs de compétences, des mécaniciens aux conducteurs d’équipement lourd, en passant par les géologues, les ingénieurs et, croyez-le ou non, les avocats. Pour la première fois, j’ai entendu parler d’une pénurie d’avocats. La plupart des gens diront sans doute que c’est un problème positif.

Croyez-le ou non, j’ai rencontré les représentants d’un cabinet d’avocats à Weyburn, en Saskatchewan, qui ont fait appel à des avocats sud-africains en tant que travailleurs étrangers temporaires pour les aider à effectuer leur travail. Ce phénomène n’est pas simplement régional ou conjoncturel. Tous ceux à qui j’en parle sont convaincus que le Canada est sur le point de connaître un grand essor économique à long terme, en particulier dans les secteurs des ressources et des produits de base. Cet essor se poursuivra pendant bien des années à venir, alors que la population active commence à diminuer et que les baby-boomers arrivent à l’âge de la retraite.

Cet enjeu n’est pas propre à l’Ouest du pays. Il touche toutes les régions. Nous constatons le besoin des travailleurs étrangers temporaires même dans certaines régions de l’Est du Canada, dans la région de l’Atlantique où il y a un taux de chômage assez élevé. Le Premier ministre m’a dit qu’il était au Saguenay, au Québec, dernièrement et certains employeurs dans l’industrie de l’accueil lui ont dit qu’il y a une pénurie de main d’œuvre.

J’entends la même chose des propriétaires des sociétés de construction à Toronto. Il y a donc là un paradoxe, parce qu’on a une pénurie de main-d’œuvre de plusieurs dizaines de milliers de travailleurs partout au pays. Quand même nous gardons des niveaux d’immigration les plus élevés dans notre histoire et nous voyons un taux de chômage parmi les nouveaux Canadiens de 14%, soit un taux deux fois plus élevé que le taux de chômage dans la population en général.

Qu’est-ce qui se passe là? Pourquoi, dans notre économie, le taux de chômage des immigrants est-il deux fois plus élevé que celui de la population globale et pourquoi le taux de chômage des immigrants qui possèdent un diplôme universitaire est-il trois fois supérieur à celui de leurs homologues canadiens? Cela n’a pas de sens.

Nous savons tous qu’une des raisons de cette situation est que notre système d’immigration était lent, passif et rigide. Il n’a pas réussi à faire venir rapidement les personnes dotées des compétences appropriées pour remédier à nos pénuries de main-d’œuvre. En commençant par les changements annoncés dans le budget, au cours de la prochaine année, nous allons apporter des modifications transformationnelles à notre façon de sélectionner les immigrants économiques.

Ces améliorations toucheront plusieurs domaines. Comme je l’ai dit, nous allons régler avec fermeté le problème du nombre énorme et croissant de demandes accumulées. Heureusement, nous avons commencé à remonter la pente. Si nous n’avions pas eu recours aux instructions ministérielles comme outil pour limiter le nombre de nouvelles demandes reçues, nous aurions actuellement 1,5 million de demandes en attente. Le nombre total de demandes en attente est plutôt d’un million et il commence à diminuer pour la première fois depuis au moins une génération. Voilà une excellente nouvelle.

La mauvaise nouvelle, c’est que dans le Programme des travailleurs qualifiés (fédéral), 400 000 demandeurs sont dans la file d’attente et que les plus anciens doivent attendre jusqu’à sept ans avant d’obtenir une réponse. On ne peut pas demander à une personne qui vit à l’étranger – par exemple un professionnel hautement qualifié – d’attendre pendant sept ans que vienne le tour de sa demande simplement parce que, dans le passé, nous avons mal géré le système en ne limitant pas le nombre de demandes.

Nous allons nous occuper résolument du grand nombre de demandes accumulées qui nous ont été léguées afin d’en arriver à un système d’immigration rapide et « juste-à-temps » qui permettra de faire venir au Canada dans les plus brefs délais des personnes dont les compétences sont récentes et qui, dans l’idéal, ont un emploi réservé. Nous allons ensuite améliorer de façon importante la grille de points utilisée pour la sélection des travailleurs qualifiés du volet fédéral en fonction des résultats de nos recherches. Comme vous le savez, nous avons effectué l’an dernier une vaste étude sur l’efficacité du Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) et du Programme des candidats des provinces.

Nos constatations confirment toutes les autres recherches et données concernant les résultats en matière d’immigration, soit que les immigrants plus jeunes s’en sortent généralement mieux. Les immigrants qui ont une meilleure connaissance d’une langue officielle s’en sortent beaucoup mieux, tout comme ceux qui possèdent une expérience de travail au Canada plutôt qu’à l’étranger. Et les immigrants qui ont un emploi réservé au Canada avant leur arrivée réussissent exceptionnellement bien. 

En fait, selon notre étude, les travailleurs qualifiés qui ont un emploi réservé avant leur arrivée gagnent, en moyenne, 79 000 $ par année après trois ans, ce qui est beaucoup plus que le salaire moyen au Canada. Nous allons appliquer ces données à la nouvelle grille de points en accordant davantage de points aux travailleurs plus jeunes, à ceux qui ont une expérience de travail au Canada et à ceux qui possèdent un niveau supérieur de compétences linguistiques, en particulier s’ils souhaitent exercer des professions réglementées. Nous savons que les résultats seront meilleurs.

Comme vous le savez, nous avons déjà mis en œuvre d’importants changements en créant et en élargissant le Programme des candidats des provinces. Cela a entraîné une meilleure répartition géographique des nouveaux arrivants et a donné d’excellents résultats au cours des premières années pour les candidats des provinces, qui ont généralement un emploi réservé avant leur arrivée. C’est là un exemple de réussite. Bien entendu, la création, en 2009, de la catégorie de l’expérience canadienne, qui est selon moi le programme modèle en matière d’immigration, nous a donné un nouveau moyen d’accorder la résidence permanente pour la première fois depuis une génération.

Le nombre de gens qui n’en ont pas encore entendu parler est ahurissant. L’autre jour, à Vancouver, un recteur d’université m’a dit ceci : « Quand allez-vous permettre à nos étudiants étrangers diplômés de demeurer au Canada à titre de résidents permanents? » Cela m’a indiqué que nous n’avions pas réussi à annoncer la bonne nouvelle concernant la catégorie de l’expérience canadienne. Celle-ci encourage les étudiants étrangers qui ont obtenu un grade ou un diplôme après deux années d’études et ont travaillé pendant un an au Canada – ce que nous favorisons en accordant un permis de travail – à obtenir la résidence permanente de manière accélérée. La même possibilité est offerte aux travailleurs étrangers temporaires qui ont travaillé au Canada pendant deux ans à un niveau moyen ou élevé.

Ce programme est formidable parce que les personnes possèdent déjà une expérience de travail canadienne, ainsi que des grades et des diplômes qui sont reconnus par les employeurs canadiens. En général, elles ont déjà un emploi qui les attend. Elles ont perfectionné leurs compétences en français ou en anglais. Elles ont tout ce qu’il faut pour réussir. J’espère que dans dix ans la catégorie de l’expérience canadienne sera notre principal programme d’immigration économique parce que, selon moi, il n’y a pas de meilleur moyen de préparer les personnes à réussir.

Voilà quelques-unes de nos réalisations, mais nous savons tous – et c’est le thème de votre conférence – que l’une des principales raisons pour lesquelles le rendement économique de bien des nouveaux arrivants au Canada a été insuffisant au cours des dernières décennies réside dans les obstacles à l’obtention du permis d’exercer et à la reconnaissance des titres de compétence des professionnels formés à l’étranger. Il y a dans cette salle des représentants de différents organismes d’attribution des permis. Vous êtes tous conscients de la complexité du problème. Mais nous ne devons jamais oublier d’examiner cette question du point de vue des immigrants qui arrivent ici.

Ils présentent leur demande et nous les évaluons en fonction de leurs études et de leur expérience, et maintenant en fonction de leur profession. Nous leur disons clairement que nous avons besoin de leurs compétences au Canada. Nous avons besoin de médecins, de dentistes et d’ingénieurs. Nous les encourageons donc à venir ici. Ils laissent tout ce qui leur est familier. Les professionnels hautement qualifiés quittent généralement la strate socioéconomique la plus élevée de leur pays d’origine, souvent un pays en développement, et viennent au Canada où, trop souvent comme vous le savez, ils finissent pas être dépassés et frustrés à cause du lourd processus de reconnaissance de leurs titres de compétences qu’ils doivent suivre pour être en mesure de travailler dans leur profession à leur niveau de compétence.

Ce problème, comme vous le savez, existe depuis des décennies. Il n’y a pas de solution facile, mais je crois que nous commençons à remonter la pente. Selon moi, on commence à voir la lumière au bout du tunnel en ce qui concerne la reconnaissance des titres de compétences pour les professionnels formés à l’étranger. Nous ne devons pas minimiser les frustrations que cette situation a occasionnées. Nous le constatons dans les statistiques économiques, mais je le vois chaque jour en termes de coûts humains.

Je ne compte plus le nombre de fois où des nouveaux arrivants, qui voient en moi une sorte de représentant du système d’immigration qui les a incités à venir ici, m’abordent et m’expriment avec émotion leur frustration d’être réduits à un emploi de subsistance, au sous-emploi ou au chômage, à devoir puiser dans leurs économies familiales, d’être incapables de réaliser leur potentiel et de retourner chez eux chaque soir avec un sentiment d’échec et de honte. Un samedi soir, j’étais à Vancouver à une célébration du Nouvel-An iranien (Norouz) lorsqu’une jolie femme et son mari m’ont abordé. Elle s’est mise à pleurer.

Voici ce qu’elle m’a dit : [traduction] « Monsieur le Ministre, je suis venue d’Iran il y a trois ans. Je suis radiologue et j’ai exercé pendant 15 ans en Iran. Mon mari est chirurgien orthopédiste. Nous sommes venus au Canada afin de travailler comme médecins dans ce pays libre et prospère. Trois ans plus tard, nous avons épuisé toutes nos économies. »

« Nous ne sommes pas plus avancés, a-t-elle ajouté. Je déteste l’Iran, la façon d’agir du gouvernement, les violations des droits de la personne. Le pire que je puisse imaginer serait d’y retourner. Mais je suis arrivée à la conclusion que c’est ce que je vais devoir faire simplement pour subvenir aux besoins de ma famille, pour que mon fils puisse rester au Canada et aller à l’université. »

Cette femme médecin, qui s’appelle Souhaila, m’a écrit : « [sa famille] a immigré au Canada il y a trois ans. Nous trois : le père, la mère et un fils adolescent. Je suis spécialisée en radiologie et ai exercé pendant plus de 17 ans dans différents postes dans des hôpitaux en Iran avant de venir en Colombie-Britannique. Mon mari est chirurgien orthopédiste et exerce sa spécialité depuis environ 15 ans. Notre fils Sam est à l’école secondaire. Il est doué, ambitieux et a un bel avenir devant lui. Il souhaite étudier à Harvard et trouver un remède contre le cancer. Mon mari et moi croyons en lui et nous sommes venus ici pour l’appuyer par tous les moyens. Mais depuis notre arrivée, nous avons tenté à maintes reprises, sans succès, d’entrer dans le système médical canadien. J’ai passé tous les examens de médecine obligatoires et ai présenté une demande au Service canadien de jumelage des résidents pendant deux années de suite, mais jusqu’ici, je n’ai obtenu aucun résultat. »

« Ne trouvant pas d’emploi dans le domaine médical, mon mari et moi avons suivi des cours à l’Université Simon Fraser et à l’UBC dans l’espoir de nous intégrer d’une façon ou d’une autre à la société canadienne et de trouver un emploi. Cette expérience n’a rien donné non plus. Nous avons essayé de percer, avec tout l’enthousiasme et la sincérité des nouveaux immigrants, mais nos options semblent s’amenuiser un peu plus chaque jour. Peut-être cela est-il attribuable à des facteurs macro- ou microéconomiques. Toujours est-il que pour le moment, nous risquons de devoir retourner en Iran pour gagner notre vie simplement pour aider Sam dans ses projets. Inutile de dire que cette séparation est un sacrifice qui dépasse les limites de la compréhension et de la tolérance de n’importe quel parent. »

J’ai cité un long extrait de cette lettre et vous ai raconté l’histoire de cette femme parce que cela symbolise pour moi notre obligation morale en tant que Canadiens – et en tant que membres du gouvernement et des organismes de réglementation professionnelle – d’aller de l’avant de façon réfléchie et de toute urgence afin de faire tout ce que nous pouvons pour permettre à ces gens d’exercer leur profession. Nous affirmons souvent que l’une des raisons pour lesquelles les professionnels formés à l’étranger n’obtiennent pas la reconnaissance de leurs titres de compétences ni leur permis d’exercer, c’est leur compétence linguistique limitée.

Vous m’avez entendu citer un extrait de la lettre de cette femme, écrite dans un anglais correct et parfaitement idiomatique. Elle a assimilé tous les signes culturels. Elle a suivi la formation complémentaire. Elle a présenté une demande de participation à tous les programmes. Et elle va retourner en Iran. Trop souvent, nous manquons à nos engagements envers ces personnes. Nous devons faire plus. Comme vous le savez, le problème de la reconnaissance des titres de compétences – je ne veux pas renvoyer la balle, mais énoncer une réalité – relève essentiellement des provinces. En effet, plus de 40 professions réglementées et leurs organismes professionnels sont une création des provinces, et nous reconnaissons cela. 

Nous avons essayé de travailler dans ce contexte, d’abord au moyen du programme de reconnaissance des titres de compétences de Ressources humaines et Développement des compétences Canada, qui reçoit des dizaines de millions de dollars en subventions et en financement de projets, et du Réseau des partenaires en santé publique de Santé Canada, afin de préparer le terrain avec les organismes professionnels, d’offrir une formation complémentaire aux professionnels formés à l’étranger et de simplifier le processus. Ensuite, notre gouvernement a créé, en 2006, le Bureau d’orientation relatif aux titres de compétences étrangers, dont Corinne est la directrice générale, en lui allouant un budget initial de 38 millions de dollars si ma mémoire est bonne. Des représentants du Bureau sont allés à l’étranger afin de préparer les immigrants économiques avant leur arrivée au Canada.

Nous avons maintenant des bureaux dans plusieurs pays et des bureaux satellites dans des pays plus nombreux encore. Cela signifie qu’environ 80 % des immigrants économiques sélectionnés pour venir au Canada peuvent s’inscrire à des ateliers gratuits de deux jours et obtenir des conseils personnalisés sur la façon de trouver du travail au Canada, et entamer le processus de reconnaissance des titres de compétences avant leur arrivée, ce qui leur permet de partir du bon pied. Je suis heureux de dire que nous constatons de solides progrès chez les diplômés de ce programme.

De façon similaire, le BORTCE de CIC a fait du bon travail auprès des conseils sectoriels. Nous avons publié à l’intention des entreprises notre guide sur la façon d’évaluer les titres de compétences des immigrants et de les intégrer dans leur effectif. Nous avons lancé bien d’autres projets intéressants, comme celui que nous avons mis en œuvre à Edmonton, où nous appuyons un organisme d’aide à l’établissement qui accueille des médecins formés à l’étranger et les aide au minimum à se perfectionner pour travailler dans le domaine médical comme ambulanciers paramédicaux, et maintenir ainsi leurs compétences.

Tous ces programmes sont excellents et nous nous réjouissons du partenariat que nous entretenons avec beaucoup de vos organismes pour les mettre en œuvre, mais comme je l’ai dit, il faut aller plus loin. C’est pour cela que dans le cadre des changements transformationnels que nous allons apporter à notre programme d’immigration au cours du prochain exercice, nous allons commencer par transférer à l’étranger la reconnaissance préalable des titres de compétences. Avant d’aller plus loin, je tiens à vous remercier pour le travail considérable que beaucoup de vos organismes ont réalisé avec nous au sein du Cadre pancanadien d’évaluation et de reconnaissance des qualifications professionnelles acquises à l’étranger.

Le Cadre est un projet important lancé en 2009 par le Premier ministre et les premiers ministres des provinces au cours de la réunion des premiers ministres. Il a été soutenu par un investissement de 50 millions de dollars dans le cadre du Plan d’action économique, qui visait à faire siéger à la même table plusieurs organismes de réglementation professionnelle dans le but d’élaborer un processus simplifié pancanadien pour la reconnaissance des titres de compétences. Je suis heureux de dire que nous faisons des progrès importants à cet égard. En fait, comme vous le savez, nous venons de publier le rapport sur les progrès accomplis au sein du BORTCE, notamment grâce au Cadre, dont l’objectif est bien entendu de donner une réponse aux demandeurs de permis autant que possible dans l’année qui suit la présentation de leur demande.

Enfin, nous avons lancé récemment les programmes pilotes financés dans le budget du dernier exercice qui visent à accorder des prêts de microcrédit pour le perfectionnement des compétences et à aider les nouveaux arrivants à assumer les frais d’examen et de permis. C’est tellement important, parce que souvent les nouveaux arrivants dépensent toutes leurs épargnes quand ils arrivent au Canada.  C’est très difficile pour eux d’obtenir le crédit dans nos institutions financières et ils sont souvent pris pour exercer des emplois de base juste pour subvenir aux besoins de leurs familles.

Ils n’ont pas la capacité financière pour payer les frais de cours supplémentaires, peut-être les diplômes, ou pour les examens, ou pour obtenir leur licence. Donc c’est important que nous avons lancé les projets pilote avec un budget de 18 millions de dollars dans le dernier budget fédéral.

Comme vous le savez, les recherches démontrent que les immigrants qualifiés qui amorcent le processus de reconnaissance de leurs titres de compétences le plus rapidement possible ont plus de chances de réussir. Cela étant dit, notre gouvernement a proposé de nouvelles exigences pour le Programme des travailleurs qualifiés. Les demandeurs devront maintenant faire évaluer et vérifier leurs titres de compétences étrangers par des organismes indépendants qui seront choisis par CIC à cette fin.

Ces nouvelles exigences font partie des changements que nous souhaitons apporter au Programme des travailleurs qualifiés pour qu'il soit mieux adapté aux besoins de notre économie moderne. Notre objectif est de mieux choisir et de mieux soutenir les immigrants potentiels avant leur arrivée au pays pour qu'ils soient fin prêts à s'intégrer rapidement au marché du travail canadien. Dans quelques mois, nous prévoyons lancer un appel de propositions aux organismes indépendants d'évaluation des titres de compétences étrangers et nous espérons en sélectionner d'ici la fin de l'année.

Ces organismes seront choisis selon des critères précis dont leur savoir-faire en vérification et en évaluation des compétences, leur disponibilité et la ponctualité de leurs services. Une fois ce processus en place, nous prévoyons que le système de pointage que nous utilisons pour sélectionner les demandeurs du Programme des travailleurs qualifiés sera grandement amélioré.

Étant donné que nous prévoyons accorder des points en fonction de la concordance des titres de compétences étrangers aux normes canadiennes, nous serons mieux en mesure de cerner les demandeurs dont la formation est insuffisante ainsi que ceux dont la formation n'équivaut pas aux diplômes ou aux certificats canadiens. Nous serons aussi mieux en mesure d'assurer aux parties intéressées que les titres de compétences des demandeurs sont effectivement valides. Je sais très bien que je dois souligner que le processus que je viens de décrire est complètement distinct des évaluations approfondies que les organismes de réglementation effectueront afin d'accréditer les professionnels venus de l'étranger.

Nous comprenons parfaitement l'importance de l'accréditation et nous savons que si le processus d'évaluation de la formation professionnelle des immigrants avant leur admission au Canada nous aidera à choisir des personnes qualifiées, il ne garantit en rien qu'ils trouveront un emploi ou seront accrédités par un ordre professionnel particulier.Nous sommes tous d’accord sur ce point. Nous ne pouvons pas garantir aux demandeurs qu’ils obtiendront leur permis, mais nous devons leur garantir des chances équitables d’accès et veiller à ce qu’ils soient préparés le mieux possible lorsqu’ils arriveront au Canada.

En plus des plus récentes activités que je viens de mentionner,nous allons poursuivre, en collaboration avec les autres programmes, notamment le BORTCE, l’orientation avant l’arrivée et les prêts de microcrédit. Je suis convaincu que cette nouvelle politique de sélection des immigrants en fonction de la pertinence de leur instruction et de leurs qualifications professionnelles avant l’arrivée évitera beaucoup de frustrations à bien des gens.

Voyons les choses en face. Les Canadiens refusent que nous abaissions la norme qui régit l’octroi du permis d’exercice pour nos professions réglementées. Ils ne veulent pas de gens qui ne sont pas en mesure de construire des ponts selon les normes canadiennes de la construction de ponts dans notre pays. Ils ne veulent pas de chirurgiens qui ne satisfont pas aux normes canadiennes en matière d’interventions chirurgicales. Ils veulent que les ordres professionnels maintiennent les normes, mais que nous donnions des chances équitables aux demandeurs. Selon moi, c’est notre obligation de le faire. Cette nouvelle préévaluation est fondée en partie sur notre observation du modèle australien, qui a très bien fonctionné. L’Australie a l’avantage d’avoir des professions réglementées à l’échelon du Commonwealth ou de l’administration fédérale. Nous avons un défi supplémentaire : la compétence provinciale dans les secteurs de l’éducation et de la réglementation professionnelle.

Nous sommes d’avis qu’en travaillant ensemble, notamment par l’intermédiaire des associations nationales qui représentent et rassemblent les organismes de réglementation professionnelle, nous pourrons trouver des moyens concrets de donner le feu vert aux demandeurs avant leur arrivée si nous sommes d’avis qu’ils auront des chances équitables d’obtenir le permis et de participer à notre économie.

Je tiens à vous remercier sincèrement de tout le travail que vous avez accompli dans ce domaine et de votre collaboration. Mais comme je l’ai dit, nous devons réitérer notre engagement à en faire davantage, à agir plus rapidement et à renouveler partout dans le monde l’identité du Canada en tant que pays de possibilités pour les personnes qui souhaitent y venir afin de travailler fort et d’élever une famille. Merci beaucoup.

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