Notes en vue d’une allocution de l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme

Lors d’une réception pour célébrer les réalisations du Programme de reconnaissance historique pour les communautés (PRHC) 2008 – 2013

Toronto (Ontario)
le 18 février 2013

Tel que prononcé

Le grand champion de la dignité humaine, Elie Wiesel, a écrit : « Pour nous, l’oubli n’a jamais été une option. Le souvenir est un acte noble et nécessaire. L’appel de la mémoire, l’appel à la mémoire nous parvient depuis l’aube de l’histoire. Aucun commandement ne figure plus souvent, et avec tant d’insistance, dans la Bible. Il est de notre devoir de rappeler le bien que nous avons reçu et le mal qui nous a fait souffrir […] Une société immorale trahit l’humanité parce qu’elle trahit le fondement de l’humanité, qui est la mémoire […] Une société morale a à cœur de se souvenir. Je crois en la mémoire  ».

Et je crois vraiment en la mémoire. C’est la mémoire qui nous rassemble ici aujourd’hui parce que notre société, le Canada, est une société morale – non pas une société parfaite, mais une société animée par les idéaux les plus élevés, par la croyance en la dignité inviolable de la personne humaine, par une tradition de liberté ordonnée, par l’idée que tous les hommes et toutes les femmes sont créés égaux et, selon les termes du préambule de la Charte canadienne des droits et libertés, vivent ensemble dans un pays « fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit  ».

Et pourtant, il est vrai que nous n’avons pas toujours été pleinement à la hauteur de ces idéaux, que nous n’avons pas toujours, au long de notre histoire, été à la hauteur. Comme société morale, nous avons un choix à faire. Nous pouvons chercher à oublier ces moments d’imperfection, d’injustice, de discrimination, de persécution, de xénophobie, ou nous pouvons chercher à les reconnaître, à en tirer des leçons et nous inciter à faire mieux, maintenant et à l’avenir.

C’est pourquoi le gouvernement du Canada a créé le Programme de reconnaissance historique pour les communautés – afin de créer une plateforme, une base sur laquelle fonder le souvenir de ces périodes de notre histoire où nous n’avons pas été à la hauteur.

Avant la création du Programme de reconnaissance historique pour les communautés, il y a eu l’initiative sans précédent du très honorable ancien premier ministre Brian Mulroney, dont le gouvernement avait adopté des mesures de réparation à l’intention des Canadiens d’origine japonaise pour leur déplacement au cours de la Seconde Guerre mondiale, et aussi pour ses excuses au nom du peuple et du gouvernement canadiens pour l’internement des Canadiens d’origine italienne pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ces initiatives ont créé un cadre pour permettre de continuer ce travail profondément important de retrouver les raisons de ces idées xénophobes qui, effectivement, ont influencé la politique des gouvernements antérieurs. Et c’est la raison pour laquelle le gouvernement actuel, celui du premier ministre Harper, a décidé de lancer un projet visant à œuvrer avec les communautés qui ont été touchées par l’exclusion des immigrants ou par l’internement de Canadiens pendant les deux guerres. C’est la raison pour laquelle nous avons annoncé ce projet.

Ce n’était pas une chose facile ou évidente à faire. Les gouvernements précédents, pour une raison ou une autre, ont dit – comme l’a fait l’ancien premier ministre Trudeau – que nous ne pouvons pas assumer la responsabilité des péchés de nos pères. Et en effet, nous ne le pouvons pas. Aujourd’hui, les Canadiens ne sont pas directement et personnellement responsables des erreurs qui ont été commises dans le passé. Mais ce n’est pas une excuse pour l’amnésie collective. C’est plutôt une raison de vouloir cultiver la mémoire collective.

Certains ont dit qu’en nous lançant dans un tel projet, nous nous engagions dans ce qu’on pourrait appeler une « histoire de brassards noirs », que nous nous attardions sur des aspects négatifs et que nous laissions des histoires d’exclusion occuper le centre de notre identité, allant jusqu’à d’oublier à quel point notre société est inclusive. J’affirme que je rejette les «  histoires de brassards noirs ». Je ne suis pas d’accord avec ceux qui, dans les milieux universitaires et ailleurs, pensent que la société canadienne est et a toujours été profondément entachée de racisme ou de xénophobie.

Mais la meilleure façon d’aborder la question est de dire la vérité sur notre histoire. Si nous voulons célébrer ce qu’il y a de meilleur dans notre histoire, si nous voulons proposer le Canada comme modèle d’inclusion et de pluralisme, de dignité de la personne humaine et de respect des droits fondamentaux de l’homme, nous devons alors être honnêtes avec nous-mêmes pour ces moments de notre passé où nous n’avons pas été à la hauteur.

C’est pourquoi nous avons lancé ce projet qui a financé, par l’intermédiaire de groupes communautaires, des dizaines de grandes œuvres d’art, de recherches documentaires, de films, de jeux, de livres, de monuments, de ressources en ligne et de matériel pédagogique et didactique – pour que nous puissions être honnêtes avec nous-mêmes, pour que nous puissions chercher, par des moyens symboliques, à guérir les cicatrices du passé et, plus important encore, pour que nous puissions apprendre de ces expériences pour les éviter à l’avenir.

Le premier projet de réparation sur lequel j’ai travaillé intensivement – peu de temps après que le gouvernement du premier ministre Harper a pris le pouvoir en 2006 – a été celui qui visait la communauté sino-canadienne pour le traitement injuste qu’avaient été la taxe d’entrée et la Loi d’exclusion. Comme vous le savez, et comme cette courte vidéo nous le rappelle, ce sont les Canadiens d’origine chinoise qui ont littéralement contribué à unir ce pays par un ruban d’acier du Pacifique à l’Atlantique. Le Canada n’existerait pas aujourd’hui tel qu’il est sans leurs sacrifices, parce que beaucoup d’entre eux ont fait un travail extrêmement difficile et dangereux pour réaliser le rêve national de la construction du Canadien Pacifique.

Et pourtant, quand le chemin de fer a été achevé en 1885, le Canada a dit : « nous avons déjà assez de Chinois, nous n’en voulons pas davantage » et a imposé la taxe d’entrée – une taxe discriminatoire et préjudiciable imposée à des personnes d’un groupe ethnique particulier. La taxe a été augmentée au cours du temps pour la rendre prohibitive, divisant des familles. Et lorsque cela n’a plus suffi, qu’il en venait encore quelques-uns, le gouvernement, le 1er juillet 1923, a imposé la Loi d’exclusion, interdisant spécifiquement aux personnes d’origine chinoise d’immigrer au Canada, sauf dans des circonstances très limitées.

Imaginez alors un jeune ouvrier chinois venant au Canada en 1922 dans l’espoir d’épargner pour un jour faire venir sa femme et ses enfants, et qui trouve la porte fermée et verrouillée. Et nombre d’histoires terribles ont surgi de cette expérience. Par exemple, les familles dont les femmes et les enfants étaient en Mandchourie, tandis que le mari continuait de travailler au Canada, pendant que l’armée impériale japonaise envahissait le pays. Des femmes et des enfants sino-canadiens ont péri au cours du sac de Nankin parce qu’ils ne pouvaient pas émigrer au Canada.

La taxe d’entrée et la Loi d’exclusion ont symbolisé tout un ensemble de lois et de pratiques, à tous les niveaux de gouvernement et dans notre société civile, qui ont traité les personnes d’origine chinoise comme des personnes de deuxième classe.

Nous voulons éviter les « histoires de brassards noirs », mais il nous faut aussi éviter d’avoir une vision trop optimiste de notre histoire. Quand on regarde les États-Unis, nous sommes souvent très critiques – et à juste titre – de l’histoire de la discrimination au cours de la reconstruction après la guerre civile, dans la lutte pour les droits civiques des Noirs américains pour l’égalité. Mais saviez-vous qu’il y eut un temps où dans de nombreuses régions du Canada les personnes d’origine chinoise ne pouvaient pas entrer dans certains bâtiments publics?

Pensez à Douglas Jung, né à Victoria en 1921, fils d’immigrants chinois, qui a grandi dans un Canada où il ne pouvait pas voter. Les règlements municipaux de Vancouver lui interdisaient l’accès aux piscines publiques. Imaginez, au Canada.

Mais la beauté de ce pays, c’est que Douglas Jung, et d’autres de sa génération, n’ont pas renoncé à ce pays. Ils n’ont pas vu l’exclusion comme une raison de se retirer. Ils y ont vu la nécessité d’être encore plus Canadiens qu’ils n’y étaient autorisés par les lois. Et c’est pourquoi, en 1939, lorsque les hostilités ont éclaté, il a voulu, comme des dizaines d’autres braves jeunes Canadiens d’origine chinoise, s’engager dans les Forces canadiennes de Sa Majesté pour combattre le fascisme en Europe et en Asie. À cause de préjugés, ils n’ont pas été autorisés à le faire. Mais comme le fait voir Wesley Lowe dans son très beau film sur Douglas Jung, ils retournaient, semaine après semaine, au bureau d’enrôlement de l’armée, se faisaient renvoyer et revenaient encore ; puis en 1944, lorsque le théâtre du Pacifique s’est embrasé, les militaires britanniques ont dit : « nous avons besoin des talents de ces Canadiens d’origine chinoise, enrôlez-les  ». Et c’est ce que nous avons finalement fait, ils ont été envoyés outremer derrière les lignes ennemies, où ils ont servi avec grande distinction. Douglas Jung est revenu avec des centaines d’autres Canadiens courageux d’origine chinoise qui avaient porté l’uniforme de notre pays, et grâce à leur patriotisme, leur volonté de mourir pour un pays dans lequel ils n’avaient pas la citoyenneté, dans lequel ils ne pouvaient pas voter, ils ont remporté ces droits. Dix ans plus tard, il a été le premier député d’origine non européenne élu au Parlement canadien.

C’est cette histoire que nous cherchons à raconter avec le Programme de reconnaissance historique pour les communautés. Oui, le préjudice que Douglas Jung a subi au cours des 20 premières années de sa vie, mais aussi la rédemption du Canada si bien personnifiée dans son acte de patriotisme. Et en effet, la présentation que Wesley m’a faite de cette histoire est en partie ce qui a motivé notre gouvernement à créer ce programme.

J’ai travaillé très étroitement sur cette question avec une grande diversité de personnes de la communauté sino-canadienne. Une réflexion commune que j’ai entendue dans toutes ces différentes communautés et expériences est que ceux qui ont été le plus directement touchés voulaient tourner la page. Ils ne voulaient pas être accablés. Ils avaient honte de ce qui s’était passé. Ils voulaient juste aller de l’avant et tant d’entre eux avaient enfoui les souvenirs. Et pourtant, leurs enfants et leurs petits-enfants pensent qu’il est important, quand ils ont commencé à découvrir ces histoires, de se réapproprier cette mémoire.

C’est ce que nous avons fait en travaillant avec la communauté chinoise. Je pense à mon amie Susan Eng. Tard le soir, j’ai eu de nombreuses conversations téléphoniques avec elle et d’autres personnes de la communauté pour y voir clair, évaluer le tort et chercher comment réparer. Ce travail de réparation n’est ni facile ni évident. Chaque expérience est différente. Vous ne pouvez pas revenir en arrière et guérir les gens qui ne sont plus avec nous. Vous ne pouvez pas réparer les torts qui ont été faits. Et chaque expérience des différentes communautés est unique. Nous avons eu à démêler tout cela sans être complètement submergé par une sorte de vision irrémédiablement négative de l’histoire du Canada. Comment pouvez-vous faire cela d’une manière qui soit stimulante tout en étant honnête?

Nous avons résolu tous ces obstacles. Je dois vous dire que l’un des privilèges les plus remarquables de ma vie a été de m’asseoir avec un grand nombre de personnes directement touchées par les consultations que nous avons faites dans chacun de ces projets. Ainsi, par exemple, en travaillant à la réparation pour la taxe d’entrée imposée aux Chinois et la Loi d’exclusion, j’ai eu la chance de m’asseoir avec des pionniers de la communauté de plus de 90 ou 100 ans. Je me souviens d’une dame rencontrée à Vancouver qui avait 103 ans – toujours vive, alerte d’esprit. Elle m’a raconté les histoires de discrimination et d’adversité que sa génération a vécues.

Je pense à tout ce que j’ai appris de James Pon, qui est ici avec nous. James et sa femme Vera se sont joints à nous. James est l’un des derniers survivants des Canadiens qui ont payé la taxe d’entrée visant les immigrants chinois. James, comme Douglas Jung, n’a pas poursuivi sa vie au Canada en nourrissant ses griefs. Au lieu de cela, il voulait faire connaître aux jeunes Canadiens de tous les horizons l’expérience des travailleurs des chemins de fer et voulait tout simplement une reconnaissance digne de ce qui s’est passé. James, veuillez vous lever et laissez-nous vous remercier pour votre excellent travail.

Nous avons donc eu les excuses du premier ministre à la Chambre des communes pour l’injustice de la taxe d’entrée imposée aux Chinois, les paiements à titre gracieux à ceux qui ont payé la taxe d’entrée et à leurs conjoints survivants, ainsi que plusieurs millions de dollars de financement de projets fantastiques, dont certains mentionnés ici aujourd’hui.

L’une des questions les plus complexes que j’ai eu à traiter a été l’internement des Canadiens qui sont arrivés dans ce pays comme sujets de l’Empire austro-hongrois avant la Première Guerre mondiale. En fait d’histoires inconnues, celle-ci en est une, encore trop peu connue. De fait, elle est si peu connue que même les enfants et les petits-enfants de ceux qui avaient été internés n’en savaient rien. Il n’y a qu’une vingtaine d’années que Lubomyr Luciuk et d’autres ont commencé à découvrir des documents d’archives à ce sujet, à révéler que plus de 8000 Canadiens ont été internés, certains jusqu’à cinq ans, au cours de la Première Guerre mondiale. Certains ont été retenus dans les camps d’internement jusqu’à 18 mois après la fin des hostilités. Ils venaient de différents horizons, car l’Empire austro-hongrois était bien sûr constitué des dizaines d’ethnies. Mais je dois reconnaître que la communauté ukrainienne a pris les devants pour que cela soit reconnu. Nous avons travaillé avec la communauté pour nous assurer que les communautés touchées, croate, serbe, autrichienne ou autre, soient représentes dans un comité consultatif qui conseille désormais la Fondation canado-ukrainienne de Taras Shevchenko et l’administration d’un fonds de dotation que nous avons fourni à travers le PRHC, de façon que la mémoire de ceux qui ont été touchés puisse être commémorée à l’avenir.

Je peux vous dire que certains des projets que nous avons menés sont phénoménaux. Je suis allé dans le Nord du Québec, dans un musée qui a été construit à côté de l’un des plus grands camps d’internement de la Première Guerre mondiale. Il s’agit d’un fonds de dotation qui sera en mesure de financer des projets, en principe, à perpétuité. Aussi tenons-nous à remercier les communautés concernées pour leur partenariat.

Le Komagata Maru – vous avez vu le bref extrait de l’un des documentaires que nous avons financés – est un autre moment peu connu qui symbolise une politique plus large adoptée en 1905, la Politique du voyage continu, analogue à la taxe d’entrée des Chinois. Elle était cependant un peu plus ingénieuse. Le gouvernement du Dominion voulait éviter une vague d’immigration d’Asie du Sud au Canada, mais dans le contexte de l’Empire britannique, on s’attendait à ce que le Canada reçoive les sujets britanniques de l’Inde comme s’ils étaient Canadiens, car nous étions tous des sujets de la même Couronne. Ainsi, le gouvernement du Dominion ne pouvait pas adopter une loi excluant explicitement les immigrants qui étaient des sujets britanniques en Inde. Aussi a-t-on décidé que vous ne pouviez venir au Canada à partir de l’Asie du Sud qu’en un voyage continu, ce qui était techniquement impossible à l’époque.

Des gens du Pendjab – musulmans, sikhs et hindous, tous dans le même bateau – ont ainsi affrété un navire pour se rendre au Japon, où ils ont ensuite embarqué à bord d’un navire japonais, le Komagata Maru. Celui-ci est arrivé à Burrard Inlet au printemps de 1914 et ses passagers sont restés coincés dans le port pendant deux mois, sans autorisation de débarquer. Enfin, le gouvernement du Dominion a permis à ceux qui avaient déjà résidé au Canada de débarquer, mais on dit aux autres qu’ils ne le pouvaient pas – en violation flagrante de la compréhension de ce qu’était un sujet britannique.

Ce fut le début de la société civile institutionnelle au sein de la communauté indo-canadienne, en particulier la communauté sikh, par le biais de la Khalsa Diwan Society, créée vers 1914 spécialement pour apporter du ravitaillement – eau fraîche et nourriture – aux passagers à bord du Komagata Maru et pour plaider en leur faveur. Mais la réponse du gouvernement du Dominion fut un non catégorique. C’est ainsi qu’en mai 1914, le navire a été chassé de Burrard Inlet, renvoyé en Inde, et tragiquement, lors de son retour au port de Calcutta, une émeute a éclaté et beaucoup de personnes sont mortes.

C’est un sujet et une histoire très complexes, mais je tiens à rendre un hommage particulier aux pionniers de la communauté indo-canadienne qui ont conservé cette mémoire et, encore une fois, la longue histoire de discrimination qu’elle représente, pour tout ce qu’ils ont fait – en particulier M. Jack Uppal, qui était de notre Comité consultatif indo-canadien du Komagata Maru. Il ne peut être avec nous ce soir – sa santé n’est pas bonne – mais c’est un homme d’une grande dignité. Et en effet, encore une fois, afin de refléter le type de pluralisme de l’ensemble du projet Komagata Maru – les sikhs, les hindous et les musulmans tous ensemble – nous avons vu à ce que le Comité consultatif compte un sikh, un hindou et un musulman, tous d’origine indienne.

L’été dernier, j’ai eu le grand honneur de dévoiler un monument pour les passagers du Komagata Maru là-bas, à Burrard Inlet. Et maintenant nous avons un musée à la Khalsa Diwan Society, qui a été créée pour aider les passagers de ce navire, et pour de nombreux autres projets merveilleux.

Et puis, bien sûr, il y a eu 1938 et le St. Louis. Je vais – je pense la semaine prochaine – assister à l’anniversaire de la publication de l’important ouvrage d’histoire d’Irving Abella et Harold Troper, None Is Too Many, qui, par des recherches d’archives, ont découvert la preuve que le refus d’autoriser le MS St. Louis de débarquer ses passagers à Halifax faisait partie d’une politique délibérée d’exclusion des réfugiés juifs d’Europe avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.

L’une des choses que l’on apprend à la lecture de ce livre, c’est que des politiciens comme Mackenzie King ont déclaré à des représentants de la communauté juive que si nous laissions des réfugiés juifs venir au Canada, cela ne pouvait qu’enflammer le sentiment antisémite populaire, qui affleure, disaient-ils. En gros donc, ils disaient que pour aider les Juifs au Canada, nous ne pouvions accepter les Juifs d’Europe. Ainsi, les quelque 800 passagers et plus du St. Louis ont été refusés. Après êtres allés à Cuba, puis à Miami, et avoir été rejetés, ils ont aussi essuyé un refus d’autorisation d’accoster au quai 21 à Halifax. S’ils l’avaient fait, ce sont quelque 800 personnes qui auraient vécu une vie fantastique et auraient eu une descendance ici, au Canada. On ne peut même pas commencer à mesurer leur contribution au Canada. Ils ont été renvoyés en Europe, et certains d’entre eux ont péri dans la Shoah.

Nous avons donc consacré une partie des ressources du PRHC à la découverte, à la recherche et au souvenir de mesures de restriction de l’immigration en temps de guerre à l’encontre de la communauté juive.

Saviez-vous que le Canada, pendant toute la durée de la guerre, n’a honteusement reçu que quelques centaines de réfugiés juifs, alors que des administrations plus petites, comme la République dominicaine, en ont reçu des dizaines de milliers?

Mais encore une fois, c’est une histoire d’injustice suivie de rédemption, parce qu’après la guerre, le Canada a ouvert ses portes à l’hospitalité et à la protection. Et nous avons fini par recevoir, après les États-Unis et Israël, le plus grand nombre de survivants de l’Holocauste, qui ont trouvé un nouveau foyer ici, au Canada, beaucoup d’entre eux à quelques pâtés d’ici, à Toronto. Et de fait, nous allons leur rendre hommage ici en novembre quand Toronto accueillera la conférence de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste

Grâce à ce projet, nous avons financé des travaux remarquables. Merci beaucoup à Sara pour ce joli livre pour enfants. Et je vous remercie de votre présentation. Merci, Toni, à vous et aux membres du Comité consultatif pour votre excellent travail. Nous avons financé un important travail universitaire à l’Université de Toronto par l’intermédiaire du B’nai Brith, une conférence internationale sur les restrictions à l’immigration juive en temps de guerre et un mémorial permanent conçu par l’architecte Daniel Libeskind, mondialement connu – organisé grâce au bon travail du Congrès juif canadien – pour rappeler l’expérience du MS St. Louis à ce qui est aujourd’hui, soit dit en passant, notre nouveau Musée national d’histoire de l’immigration du Quai 21, où ses passagers auraient pu débarquer. Et je crois que je vois Bernie Farber à l’arrière – Bernie, je vous remercie pour votre leadership au Congrès juif canadien à cette époque. Merci à tous ceux de la communauté qui ont facilité ces importants projets.

L’expérience d’internement de la communauté italienne au cours de la Seconde Guerre mondiale a aussi été un sujet difficile sur lequel nous nous sommes penchés, parce que des propositions de réparation avaient commencé à se dessiner sous le gouvernement Mulroney vers 1989-1990, mais n’avaient pas tout à fait abouti. Il y avait différents points de vue. Mon Dieu, je dois vous dire mes amis que tout ce projet a été à la fois le plus difficile et le plus enrichissant que j’ai fait au sein du gouvernement – et j’ai fait beaucoup de choses difficiles – parce que nous voulions dans chaque cas travailler avec les communautés pour élaborer un consensus sur la meilleure forme de réparation. Et je vais vous dire, quand vous travaillez avec les merveilleuses communautés ethnoculturelles du Canada, vous pourrez peut-être après beaucoup de travail trouver un consensus, mais vous ne trouverez jamais l’unanimité. Il y aura toujours des différends – que cent fleurs s’épanouissent. Mais dans chaque communauté, il y a des points de vue différents sur la façon dont ces choses doivent être faites, et ce fut le cas dans la communauté italienne comme dans d’autres communautés.

Mais je pense que nous avons bien travaillé ensemble. Nous avons fait preuve de bonne foi – je vous remercie, Con, pour votre aide dans ce dossier, et à tous les dirigeants de la communauté italo-canadienne – avec un peu de patience, de persévérance et de souplesse de ma part et de mon ministère, nous avons été en mesure de financer pour plusieurs millions de dollars de merveilleux, merveilleux projets. Je suis allé au fabuleux nouveau musée à Ottawa. J’ai vu les projets, le documentaire et la pièce que nous avons montée, et l’exposition à Vancouver organisée avec la communauté. Un monument a été érigé avec l’aide de la communauté italienne de Winnipeg. Et j’ai été époustouflé il y a deux semaines par la visite de la Casa Italia à Montréal et de voir ce qu’ils ont fait dans ce qui était vraiment le cœur symbolique de la communauté italienne du Canada depuis si longtemps.

J’y ai rencontré des enfants d’internés, qui étaient profondément émus de la façon dont le projet du PRHC avait permis à leurs parents de raconter enfin leur histoire à quelqu’un.

Et vraiment, c’est peut-être là que je veux m’arrêter, en disant que ce programme est le meilleur investissement de fonds publics auquel j’ai contribué, parce que dans l’ensemble, c’était d’un montant assez modeste d’argent – surtout au regard de l’ampleur de ces expériences historiques. Mais ces investissements étaient comme une clé qui a ouvert les mémoires et a permis à des gens de nous parler de leurs expériences, de les raconter à des vidéastes, à des réalisateurs de documentaires, à des chercheurs, à des dramaturges et à des auteurs de livres pour enfants, et de recueillir ces souvenirs et de les transmettre à jamais pour l’avenir. Qu’est-ce qui peut constituer un meilleur investissement?

Permettez-moi de remercier mes fonctionnaires de CIC – je ne le fait pas assez souvent – pour leur grande patience. Permettez-moi de remercier le premier ministre et de reconnaître le risque qu’il a pris de le faire. Il aurait été beaucoup plus facile, politiquement, de faire ce que ses prédécesseurs avaient fait et de dire « c’est le passé. Nous n’allons pas nous embourber dans la rétrospection. C’est trop difficile, c’est trop dangereux, nous devons l’éviter. » Ses prédécesseurs l’ont fait. Et je tiens à le remercier pour le courage qu’il a eu de me donner son aval pour travailler avec les communautés à trouver une façon de réparer et de se souvenir.

Donc merci à tous ceux qui ont participé, y compris les fonctionnaires d’Immigration Canada, les membres des comités qui ont donné leur conseil à mon ministère, les dirigeants et membres de toutes les communautés touchées, et les artistes, les chercheurs, les universitaires – tous ceux qui ont contribué au succès de ce programme.

Tandis que ces souvenirs seront transmis perpétuellement à l’avenir, bien sûr la meilleure façon de reconnaître ce qui s’est passé est en fin de compte de renouveler notre engagement comme société à ne jamais répéter ces erreurs. À cet égard, je peux dire que de maintenir le niveau le plus élevé d’immigration au monde, le plus haut niveau d’immigration par habitant des pays développés, d’accueillir plus de réfugiés réinstallés par habitant que tout autre pays du monde, et d’être un ambassadeur, même imparfait, des droits de la personne et de la dignité humaine, est le monument le plus important que nous puissions laisser.

Je m’arrête à nouveau là où j’ai commencé – avec Elie Wiesel : « L’oubli n’a jamais été une option. Le souvenir est un acte noble et nécessaire […] Une société immorale trahit l’humanité parce qu’elle trahit le fondement de l’humanité, qui est la mémoire […] Une société morale a à cœur de se souvenir. Je crois en la mémoire. »

Nous croyons en la mémoire.

Je vous remercie.

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