Notes en vue d’une allocution de l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme

Lors d’une cérémonie annuelle de remise du Prix Paul Yuzyk pour le multiculturalisme

Somali Canadian Education and Rural Development Organization
Edmonton (Alberta)

Le 3 juillet, 2013

Tel que prononcé

Merci à tous de votre présence aujourd’hui. Quelle belle interprétation du Ô Canada! Un merci tout spécial à Kitbielle Pasagui pour sa voix magnifique et pour son excellent français.

Je suis très heureux d’être parmi vous à la Somali Canadian Education and Rural Development Organization, une organisation que j’admire depuis longtemps. Je suis tout particulièrement heureux que la députée provinciale Janice Sarich se soit jointe à nous ce matin. Merci, Janice, d’être ici.

J’aimerais aussi vous transmettre les salutations du député d’Edmonton Est, Peter Goldring, qui ne pouvait être présent, mais qui tenait à offrir ses meilleurs vœux à M. Ahmed. 

La cérémonie d’aujourd’hui nous permet de souligner l’excellence dans la promotion d’une valeur et d’une tradition canadiennes importantes. Vous savez que le Canada a toujours réussi à intégrer des gens de croyances et de milieux différents, à les unir grâce à leur identité canadienne commune et à la loyauté dont ils font preuve envers notre pays.

Il y a deux jours, à l’occasion de l’anniversaire de la Confédération le 1er juillet, j’ai eu le grand honneur d’assermenter 150 nouveaux citoyens canadiens. J’ai été, comme je le suis toujours, profondément ému de voir dans les yeux de ces gens, qui provenaient ce jour-là de 60 pays différents, un sentiment de patriotisme et d’espoir, ainsi que de la gratitude pour toutes les possibilités que le Canada leur offre.

Le Canada est un pays qui, depuis sa création, accepte les différences et touve des moyens de faire naître un sentiment d’unité dans notre diversité. Depuis la présence britannique dans ce qui était alors la Nouvelle-France.

Depuis le 18e siècle, on a vu une attitude d’inclusion des différences. Le régime britannique, à la suite de conquêtes, a décidé dans la loi du Québec de donner un grand espace de liberté, des institutions françaises catholiques, des lois, des traditions légales religieuses et linguistiques, tout compris dans l’unité des colonies canadiennes à ce point-là.

Déjà au 18e siècle, nous avions cette disposition à vouloir inclure et intégrer les différences dans notre façon d’aborder l’unité et l’identité nationales. Nous le constatons vraiment, maintenant plus que jamais, alors que le Canada maintient les niveaux d’immigration les plus élevés de son histoire et affiche les niveaux d’immigration par habitant les plus élevés dans les pays développés, accueillant de nouveaux arrivants provenant de plus de 180 pays.

J’arrive tout juste de la Catholic Social Services Rotary House d’Edmonton, qui aide les nouveaux réfugiés pris en charge par le gouvernement à s’établir et à s’intégrer. J’ai rencontré un petit groupe de 16 000 réfugiés iraquiens que nous avons accueillis au Canada et qui bénéficient de notre protection; ces gens sont tous victimes de persécution ainsi que de nettoyage et de violence ethniques, qui visent surtout les minorités religieuses.

J’ai annoncé là-bas ce matin que le Canada allait commencer à réinstaller les réfugiés syriens, victimes de persécution dans leur pays d’origine, la Syrie, à cause de la guerre, particulièrement ceux qui sont très à risque. Par exemple, les femmes qui sont victimes de violence sexuelle ou les minorités religieuses qui sont persécutées.

En prenant de telles mesures, nous préservons les meilleures traditions qui nous définissent en tant que Canadiens. Mais, alors que nous apprécions les avantages qui découlent de la diversité et de la présence d’un si grand nombre de nouveaux arrivants de pays différents et que nous en bénéficions, il nous incombe d’agir avec circonspection pour faire en sorte que les nouveaux arrivants s’intègrent à la société canadienne rapidement et avec succès – pour ne pas créer un Canada constitué de plusieurs communautés parallèles ou enclaves ethniques.

Nous devons trouver les pierres de touche communes de l’unité dans notre diversité. C’est la raison pour laquelle nous avons créé le Prix Paul Yuzyk. Paul Yuzyk était le fils d’immigrants ukrainiens, des fermiers du Sud du Manitoba, semblables aux fermiers ukrainiens qui ont colonisé en bonne partie du Nord de l’Alberta. Ils sont arrivés ici avec rien d’autre qu’un rigoureux sens de l’éthique du travail et l’immense désir d’offrir à leurs enfants un bel avenir.

Paul a grandi avec ses parents dans une ferme peu rentable, mais il a réussi tant bien que mal à aller à l’université. Premier membre de sa famille à poursuivre des études universitaires, et il a obtenu un doctorat en sociologie de l’Université du Manitoba. Il a par la suite été nommé au Sénat du Canada par le très honorable John Diefenbaker, premier ministre.

En 1966, le gouvernement de l’époque a créé une commission royale sur le bilinguisme. C’est comme ça qu’on l’appelait – la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme. Quand on le dit en 2013, ça sonne un peu faux. Paul Yuzyk a dit : « Attendez une minute. » Dans une allocution célèbre prononcée au Sénat en 1965, il a dit que le Canada n’était pas un pays biculturel. 

Il a voulu savoir ce qu’il en était du tiers des Canadiens dont les racines ou les origines n’étaient ni britanniques, ni françaises. Qu’en était-il de ce qu’il appelait la troisième vague de Canadiens, ceux qui étaient venus de différents coins du monde, comme ses parents ukrainiens? À son avis, nous devions trouver un modèle d’identité canadienne qui englobait les gens de tous les milieux et qui respectait leur patrimoine.

Il a dit : « Nous n’avons pas besoin du biculturalisme, mais plutôt du multiculturalisme. » Dans le discours public canadien, c’était la première fois qu’on proposait d’adopter le multiculturalisme comme modèle pour l’unité dans la diversité. Ainsi, quand je suis devenu ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme en 2007, j’ai eu le très grand honneur de travailler avec nos nombreuses communautés d’immigrants et communautés culturelles et ethniques.

J’ai pensé qu’il serait important de reprendre la version initiale du multiculturalisme de Paul Yuzyk parce que – permettez-moi de vous expliquer. L’idée qu’on se fait du multiculturalisme dans certaines régions du monde est abstraite et vraiment inutile, voire nuisible. Une idée fondée sur le relativisme culturel, une idée selon laquelle des valeurs objectives ou normatives ne peuvent constituer une force unificatrice dans notre société.

Paul Yuzyk n’était pas d’accord. Il vénérait, célébrait et respectait les traditions héritées de nos institutions britanniques et françaises, notre tradition de liberté ordonnée, notre système parlementaire démocratique semblable à celui de Westminster, notre monarchie constitutionnelle, les idées liées à la dignité de l’être humain et la primauté du droit qui en découlait.

Ce que disait Paul Yuzyk, c’est que nous devons créer un pays reposant solidement sur ces valeurs qui revêtent une importance particulière sur le plan historique mais, parallèlement, nous devons accueillir des gens des quatre coins du monde qui, tout en demeurant fidèles à ces valeurs canadiennes, célèbrent aussi le meilleur de leur patrimoine culturel, de leurs origines culturelles.

Voilà la véritable conception canadienne du multiculturalisme. Quand les dirigeants des pays de l’Europe occidentale, comme l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l’Italie, dénoncent le multiculturalisme, ils ne dénoncent pas la conception que Paul Yuzyk avait d’un pluralisme sain. Ils dénoncent une théorie extrémiste abstraite et nuisible sur le relativisme culturel qui a sa place dans les salles de séminaire, mais qui ne tient pas vraiment compte de ce dont nous avons besoin pour nous unir dans une société diversifiée comme la nôtre.

En remettant le prix Paul Yuzyk, nous cherchons à rendre hommage à des personnes qui ont contribué d’une façon particulièrement remarquable à son idée de l’unité dans la diversité. Chaque année, nous lançons un appel de candidature, et nous en recevons des dizaines de partout au pays. La plupart, sinon la totalité, des candidats proposés méritent de recevoir une reconnaissance.

Malheureusement, selon les modalités établies, une seule personne peut, au bout du compte, être choisie. Notre comité de sélection est très représentatif; il examine toutes les candidatures et en retient trois, qui me sont ensuite présentées, en ma qualité de ministre chargé de choisir le récipiendaire.

Quand j’ai constaté que Bashir Ahmed avait été mis en candidature et qu’il comptait parmi les candidats retenus par le comité de sélection, j’ai tout de suite compris qu’il méritait cette reconnaissance, pour avoir autant donné au Canada, particulièrement par l’entremise de sa communauté culturelle, la communauté somalienne canadienne.

Cela m’a paru important pour plusieurs raisons. Tout d’abord, Bashir est lui-même un modèle d’intégration réussie. Il est fier, je le sais, de son identité et de ses racines somaliennes ainsi que du meilleur qui s’y rattache, mais il fait preuve d’une loyauté profonde envers le Canada. Sa profession est devenue une vocation, qui consiste maintenant à aider d’autres Canadiens d’origine somalienne de différents milieux à bien comprendre les valeurs qui animent notre pays, à les aider tout au long du processus ardu d’intégration dans la société canadienne, à bâtir des ponts avec d’autres communautés, à trouver cette unité dans la diversité.

C’est par son engagement au sein des services de santé communautaire de Carleton qu’il a réalisé tout ça. Comme beaucoup d’autres Canadiens d’origine somalienne, il s’est d’abord établi en Ontario, à Ottawa, puis il est déménagé dans l’Ouest, où son apport a été très important. Dans le cadre de son travail au sein de la Somali Canadian Education and Rural Development Organization, il a fait énormément de choses pour aider les jeunes Canadiens d’origine somalienne.

Je crois que ce prix est important non seulement parce que M. Bashir Ahmed a fait preuve d’un leadership brillant et d’un incroyable dévouement, mais parce que, disons‑le, l’intégration de nombreux Canadiens d’origine somalienne est particulièrement difficile, surtout chez les jeunes. Bashir est venu me voir un jour pour me parler de ces difficultés, du fait que trop de jeunes Canadiens d’origine somalienne deviennent, malheureusement, des victimes d’actes criminels souvent commis par des gens qu’ils connaissaient, des gens de leur communauté.

Bashir n’est pas tenu à la rectitude politique. Il est disposé à dire des choses controversées sur le fait que la communauté doit prendre ses responsabilités, qu’elle doit confronter ceux qui causent de graves préjudices à la communauté canadienne somalienne et commettent des actes de violence. Bashir et cette organisation m’apparaissent comme un signe d’espoir, l’espoir que nous pourrons trouver des solutions à ces difficultés que doivent surmonter un si grand nombre de jeunes à risque au sein de la communauté somalienne.

C’est un problème difficile et complexe, mais c’est un problème auquel il s’est attaqué plutôt que de l’éviter. Alors, Bashir, au nom du gouvernement du Canada, j’aimerais vous remercier pour l’excellent travail que vous avez accompli.

C’est la raison pour laquelle, au nom du gouvernement du Canada, j’aimerais inviter M. Bashir Ahmed à venir recevoir... imaginez. Sur 35 millions de Canadiens, sur des centaines de candidats, c’est cet homme qui a été choisi, parce que c’est lui qui incarne le mieux le multiculturalisme au Canada.

J’ai parlé pendant trop longtemps, mais j’en avais tellement à dire à propos de cet homme.

J’ai oublié de mentionner que ce prix est accompagné d’une récompense monétaire de 20 000 $. Ça, c’est un véritable prix. Ce n’est pas qu’une plaque. Je suis désolé. Je n’ai pas le chèque en main, mais je crois comprendre que Bashir a décidé de verser les 20 000 $ à l’organisation à laquelle il a tellement contribué, ce qui témoigne de sa générosité sans bornes.

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