La lumière au bout du tunnel est désormais évidente pour des milliers de réfugiés de la Birmanie (également appelée Myanmar) parqués depuis des décennies dans neuf camps en Thaïlande. En vertu d’une entente avec le gouvernement royal thaï permettant la réinstallation massive de réfugiés birmans, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a désigné 13 000 réfugiés qui font partie d’une population d’environ 140 000 dont la réinstallation est prioritaire. Les groupes ciblés sont ceux dont l’existence est particulièrement précaire et qui ont souffert de persécutions terribles, y compris la torture, l’emprisonnement, le travail forcé, la destruction de villages par le feu et des déplacements forcés au sein de leur patrie.
Le Canada a accepté 810 réfugiés karens. C’est la première fois depuis la réinstallation de réfugiés indochinois que le Canada accepte un nombre important de réfugiés de la Thaïlande. Parmi les autres pays qui ont offert d’accueillir un grand nombre de réfugiés birmans, mentionnons les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Finlande, le Danemark, la Norvège, la Suède, le Royaume-Uni, et les Pays-Bas.
Les réfugiés que le Canada a accepté de réinstaller sont parmi une population d’environ 14 000 qui est confinée dans le camp Mae La Oon dans la province de Mae Hong Son, en Thaïlande. Ces réfugiés appartiennent pour la plupart au groupe ethnique karen. La majorité d’entre eux se sont enfuis vers la Thaïlande en 1995 à la suite d’une offensive majeure du gouvernement birman contre l’Union nationale Karen (UNK). Une petite partie de cette population de réfugiés est arrivée en Thaïlande dès les années 1960 et a vécu dans des installations intermittentes jusqu’à ce que des camps soient établis par le gouvernement thaï à la fin des années 1990.
Des neuf camps de réfugiés en Thaïlande, le camp Mae La Oon se distingue défavorablement des autres par son isolement, par le fait qu’il est très difficile pour les travailleurs de l’aide humanitaire de s’y rendre et par les conditions de vie déplorables de ses habitants. Le camp est extrêmement surpeuplé. Les demeures des réfugiés sont construites à flanc de collines escarpées où il existe un véritable danger de glissement de terrain. Le manque de latrines et de canalisations d’eau pour une population de 14 000 personnes donne lieu à une situation où les risques pour la santé publique sont endémiques et où d’autres problèmes sociaux liés à de telles conditions atteignent des niveaux alarmants. C’est en raison de l’aggravation de ces conditions à Mae La Oon que le HCR a fait de la réinstallation de groupe hors de la Thaïlande une priorité.
Moins d’un an après avoir été abordés par le HCR, plus de 500 membres de ce groupe devraient arriver au Canada en août ou en septembre, tandis que les quelque 300 réfugiés restants arriveront vers la fin de l’année et au début de 2007.
Ce projet de réinstallation illustre bien le niveau de collaboration qui existe entre le HCR, Citoyenneté et Immigration Canada et d’autres pays participants. Le projet illustre également le rôle crucial joué par nos partenaires nationaux, comme les organismes de service participants et les groupes de parrainage privé.
Le premier groupe de 500 réfugiés parrainés par le gouvernement s’établira dans 10 collectivités situées d’un bout à l’autre du pays, de Vancouver à Charlottetown. Les 305 autres réfugiés bénéficieront de l’appui de groupes de parrainage privé. Aussi bien dans des petits villages que dans des grandes villes, des groupes de parrainage ont répondu favorablement à l’appel en offrant leur soutien avec enthousiasme.
Les 810 réfugiés acceptés par le Canada comprennent :
En tant qu’outil de protection internationale, la réinstallation garantit la protection légale et physique des réfugiés. Dans certains cas, la réinstallation peut constituer le seul moyen de préserver les droits de la personne, particulièrement dans le contexte d’une situation de réfugié prolongée, comme celle qui existe à la frontière thaïe-birmane, où des citoyens birmans ont été parqués longtemps dans des camps de réfugiés fermés, et où la mobilité réduite, l’inactivité obligatoire et la dépendance par rapport à l’aide humanitaire forcent les réfugiés à mettre leur vie en suspens pour une période indéfinie.
Pour ces raisons, le HCR juge que les réfugiés du camp Mae La Oon doivent effectivement être réinstallés aux fins de leur protection légale et physique et en raison du manque de possibilités de s’intégrer à l’échelon local en Thaïlande. Puisque ni le rapatriement volontaire ni l’intégration locale ne sont possibles, la réinstallation est la seule solution viable pour cette population en ce moment.
L’approche de réinstallation de groupe adoptée par le Canada a été mise à l’essai pour la première fois en 2003 avec des réfugiés soudanais et somaliens installés dans des camps au Kenya. Cette approche diffère du traitement habituel au cas par cas puisqu’elle permet au HCR de présenter une seule demande d’asile pour un grand groupe lorsque l’appartenance à ce dernier est claire, et lorsque la vulnérabilité et les besoins en matière de protection sont les mêmes pour tous les membres; il s’agit de groupes qui sont demeurés dans une situation de réfugié prolongée et qui ne peuvent ni retourner chez eux en toute sécurité ni s’intégrer à leur pays d’accueil.
Dans le cadre du processus normal de réinstallation, les agents des visas canadiens doivent mener des entrevues individuelles au cas par cas pour déterminer si les réfugiés répondent effectivement aux critères établis en vertu de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. Dans le cadre du traitement d’une revendication de groupe, les agents canadiens omettent les entrevues sur le statut et se concentrent plutôt sur les vérifications obligatoires de la crédibilité, de l’identité, de la sécurité et de l’admissibilité médicale.