Mars 2011
En 1992, le père de Fawad Popalyar se retrouve devant un choix qui changera sa vie et il ne dispose que de quelques secondes pour se décider. Cet homme d’affaires a été alerté par des amis : des combats vont éclater près de chez lui, à Kaboul, en Afghanistan. Doit-il donner du crédit à une rumeur et déraciner toute sa famille ou poursuivre ses activités prévues pour la journée?
Heureusement pour Fawad et ses frères et sœurs, leur père décide de les envoyer chez son cousin à l’autre bout de la ville. Ce soir-là, la maison de Fawad est touchée par cinq missiles. L’attaque force une décision difficile : il leur faut fuir l’Afghanistan et se diriger vers le lieu sûr le plus près, soit Peshawar, au Pakistan, au moins jusqu’à l’arrêt des combats.
Dix heures plus tard, la famille arrive à la frontière, où des gardes fouillent méticuleusement tous les véhicules. Un petit enfant se précipite vers leur voiture pour demander de l’argent en échange de son aide à faire passer leurs bagages de l’autre côté de la frontière. Ayant abandonné leur domicile, Fawad et sa famille n’ont pas beaucoup d’argent. Toutefois, l’enfant insistant, ils lui donnent 50 roupies (environ un dollar). L’enfant court ensuite vers le gardien de sécurité et lui remet l’argent en lui demandant de laisser passer la voiture et de fermer littéralement les yeux. Voilà une autre décision qui aura modifié pour toujours la vie de Fawad.
Fawad se joint à des milliers d’autres personnes réfugiées au Pakistan dans l’espoir d’un avenir meilleur. Cependant, la vie reste difficile. La guerre civile ne semble pas vouloir se terminer en Afghanistan et les réfugiés continuent d’affluer et de réclamer de la protection. Beaucoup vivent donc à l’étroit, sans ressources ou presque. Durant ses premières années à Peshawar, Fawad doit partager une maison avec cinq autres familles. Il y a de fréquentes pannes d’électricité et les jeunes élèves étudient souvent à la lumière d’une lanterne dans un coin de la maison.
En dépit des obstacles et des piètres conditions de logement, Fawad et ses frères et sœurs se consacrent à leurs études, car ils le savent : c’est la clé qui leur permettra de quitter les camps de réfugiés. Les différences de langues et de dialectes étant les principales pierres d’achoppement, Fawad décide de suivre un cours d’anglais en plus de ses autres cours.
C’est dans ce cours qu’il entend parler du programme de parrainage d’étudiants réfugiés d’Entraide universitaire mondiale du Canada qui offre la possibilité à des réfugiés d’étudier au Canada. Lorsque Fawad fait sa demande en 2000, il y a plus de 500 demandeurs, mais son engagement envers ses études lui ouvre les portes de l’Université Dalhousie à Halifax, en Nouvelle-Écosse. Fawad n’a que deux semaines pour dire au revoir à sa famille et en apprendre le plus possible sur le Canada. Il raconte comment il s’est senti au moment où il a reçu la nouvelle : « J’avais atteint mon but. Cette chance m’apportait tout ce que je désirais. »
Dès son arrivée au Canada, Fawad entre de nouveau en apprentissage : il entreprend son parcours d’intégration, et chaque journée est l’occasion d’une nouvelle leçon, qu’il s’agisse d’apprendre comment se vêtir, de déchiffrer les codes sociaux ou de comprendre les différents accents. Il persévère et obtient son baccalauréat en 2006, étant entre-temps devenu citoyen canadien en 2005. Il explique que la cérémonie lui a donné un fort sentiment d’appartenance et a été particulièrement importante, car ses amis de l’université y ont assisté également.
Aujourd’hui, Fawad est diplômé universitaire, fonctionnaire et bénévole dans la collectivité, un travail qu’il décrit comme « l’occasion de montrer à tout le monde et à ce pays que vous m’avez donné ma chance et que c’est maintenant à moi de donner en retour ».
Réfléchissant à ses expériences, il remarque que, même si l'on connaît une période chaotique dans sa vie, on peut triompher de l’adversité grâce à la persévérance et au courage. Il conclut : « Je veux que les autres sachent que, si j’ai réussi, ils peuvent y arriver aussi. »
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