Juin 2010

À le voir sur scène balancer sa silhouette élancée au rythme de son hymne désormais célèbre « Wavin’ Flag », on a du mal à imaginer toute la force intérieure qui a permis à K’naan d’accéder à cette scène. En effet, dire que sa route vers le succès international a été semée d’embûches serait un euphémisme, voire une insulte.
K’naan est né en 1978 à Mogadiscio, en Somalie, d’un père intellectuel et d’une mère musicienne. Il vit une enfance heureuse dans une belle maison de banlieue surplombant l’océan Indien, jusqu’à ce son quotidien vire au cauchemar alors que son pays sombre dans la guerre civile. « Je me rappelle les chars d’assaut alignés le long de la rue… Un jour, alors que des amis et moi flânions, quelqu’un a jeté une pierre sur un véhicule porteur d’arme qui passait par là. Les personnes à l’intérieur ont aussitôt ouvert le feu et trois de mes amis ont été tués », a-t-il confié au Daily Telegraph de Londres.
Face à l’anarchie montante, son père part pour les États-Unis, mais il aura fallu des mois de supplications auprès de l’ambassade américaine pour que sa mère obtienne l’autorisation de partir le rejoindre avec sa famille. En 1991, ils quittent donc le pays en prenant ce qui, selon K’naan, aura été le dernier vol commercial de la Somali Airlines.
Après un bref séjour à New York, la famille emménage à Toronto, dans le quartier de Rexdale, où est établie l’une des plus importantes communautés somaliennes du Canada. Comme beaucoup d’autres nouveaux arrivants, K’naan a du mal à s’adapter. « Malgré le chaos et l’incertitude causés par notre installation en Amérique du Nord, nous étions pleins de gratitude envers la vie, explique-t-il au Chicago Tribune. Ce sentiment nous a aidés à surmonter la barrière linguistique et celle du climat. »
Tout n’est pas rose pour autant : à l’adolescence, K’naan souffre d’accès d’anxiété, de dépression, d’insomnie et de bien d’autres maux. C’est à ce moment qu’il se tourne vers la poésie et la musique, et y trouve du réconfort. Dans un blogue du Huffington Post, il indiquera qu’il comprend aujourd’hui à quel point la musique était pour lui « un besoin, un antidote à un poison qui le rongeait. »
Mais l’antidote ne fait pas effet immédiatement. Il quitte l’école en dixième année et admet s’être attiré des ennuis, dans un quartier où la délinquance n’était pas rare. Voyant ses amis tomber dans la violence des gangs de rue, K’naan prend la décision de s’exiler pendant plusieurs années aux États-Unis et en Europe, où il perfectionne sur son art.
En 2002, de retour au Canada, il est « découvert » par un membre de l’équipe de production de Nelly Furtado, et on connaît la suite : deux albums en tête de liste des meilleurs vendeurs, trois prix Juno et une chanson – « Wavin’ Flag » – sur les lèvres de centaines de millions de personnes dans le monde grâce à Coca-Cola, commanditaire principal de la Coupe du monde de soccer en Afrique du Sud, qui en a fait l’hymne officiel de l’événement.
Bien que ses paroles dénoncent clairement les souffrances dans son pays natal, K’naan est également très attaché à son pays d’adoption. D’ailleurs, après son doublé au prix Juno en 2010, il a déclaré au National Post « J’ai éprouvé une joie particulière d’être consacré au Canada. J’aurais pu gagner aux Grammys et ça aurait été bien, mais ça n’aurait pas eu la même saveur. »
Il porte toujours la Somalie dans son cœur. Comme il l’a écrit sur un blogue : « J’espère que, d’une certaine façon, ma musique permet aux gens d’ouvrir les yeux sur un continent d’une magnifique beauté, mais qui souffre énormément. J’essaie aussi de me faire le porte-parole de mon pays. »
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