Janvier 2011

Enfant, Micheline a quitté Haïti pour le Canada. Elle reviendra dans son pays natal des années plus tard.
Quand elle est arrivée au Canada, elle n’avait que sept ans. En tant que jeune fille, elle n’était pas trop préoccupée par le déménagement vers un pays étranger, mais la seule chose qui la tracassait était la nécessité d’apprendre le français rapidement afin qu’elle puisse se faire des amis quand elle commencerait l’école à Montréal.
« Cela illustre à quel point les enfants sont vraiment résilients. Je suis venu au Canada à un si jeune âge que le seul obstacle pour moi était de pratiquer mon français. Une fois que j’ai appris à parler couramment, ça y était, j’étais Canadienne, et non différente de mes amis ».
Micheline et sa famille s’installent à Montréal-Nord où il y a déjà une petite communauté haïtienne. « Ma famille a choisi le Canada en raison de sa réputation d’avoir une culture d’acceptation et d’accueil envers les immigrants. »
Une des choses qui la surprennent le plus, c’est la diversité ethnique et culturelle du Canada. Elle a des amis de toutes sortes de milieux et de cultures. Lorsque vous demandez à quelqu’un pourquoi il est venu au Canada, vous obtenez toujours la même réponse : « Il a quitté son pays parce qu’il manquait quelque chose, que ce soit la paix, la sécurité, les possibilités - et a trouvé ce qu’il lui manquait au Canada », dit-elle.
Les liens de Micheline avec Montréal-Nord et avec ses communautés diversifiées sont ce qui l’a motivée à joindre le Service de police de Montréal. Elle sentait que son cœur était avec la police, au service du public. Elle a été particulièrement attirée par la proximité avec laquelle le service travaille avec les communautés culturelles dans la région. « J’ai vécu là toute ma vie. C’était ma communauté et je sentais un lien spécial avec elle. »
À l’automne de 2009, Micheline a été sélectionnée pour participer au programme des missions de paix internationales de la GRC, dans le cadre duquel des policiers civils canadiens sont déployés en Haïti pour agir comme conseillers auprès de la police nationale haïtienne. Sa mission s’étirait du 21 octobre 2009 au 21 juillet 2010.
Quand elle est arrivée, elle a d’abord été chargée de fournir la formation initiale au personnel de police en provenance du monde entier qui participait à la mission en Haïti. Puis, il y a eu le tremblement de terre...
Chaque fois que Micheline repense à ce jour fatidique, il est difficile pour elle de retenir ses larmes. « La dévastation était incroyable, inimaginable, dit-elle. On n’oublie jamais où on se trouvait lorsqu’un évènement comme ça survient. Cela n’a peut-être duré que quelques minutes, mais ça a paru durer une éternité. »
Le premier souvenir de Micheline, après l’apaisement suivant le choc, est la solidarité qu’elle a sentie entre les Canadiens. « C’était vraiment émouvant, dit-elle. Notre premier réflexe a été de nous réunir. Nous allions à la recherche d’un Canadien dans notre camp, et dès qu’il était localisé et qu’il avait rejoint le groupe, nous tâchions de localiser les autres Canadiens qui n’avaient toujours pas donné signe de vie ».
Dans les premiers jours suivant le séisme, Micheline a servi d’interprète dans l’une des cliniques d’urgence. Sa capacité à parler français, anglais et créole a été un atout de taille dans cette période de crise. Elle informait les patients du traitement qu’ils recevaient et utilisait également ses compétences de policière afin de recueillir des informations sur l’endroit d’où ils viennent et de déterminer s’ils avaient des proches portés disparus.
Suite à cela, Micheline a travaillé dans les camps en vue de mettre en place des postes de police locaux. Elle décrit le travail comme étant très gratifiant. Le travail de Micheline a été si crucial qu’elle a été invitée à parler comme représentante de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) lors d’une conférence à New York.
« Ce qui était primordial pour moi dans la participation à cette mission était de pouvoir tirer parti des avantages auxquels j’ai eu droit dans ma vie au Canada et d’être en mesure de donner en retour, et surtout dans mon pays natal. Je voulais faire une différence et en étant là, à ce moment, j’ai pu faire une différence. C’est ce que la mission a signifié pour moi. J’ai l’impression d’avoir bouclé la boucle et c’est un sentiment merveilleux ».
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