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Histoires de réussite

Vincent Nguyen : ancien réfugié, il devient le plus jeune évêque du Canada

Janvier 2010

Photo de Vincent Nguyen
Vincent Nguyen, qui deviendra à la fois le premier évêque
d’origine asiatique du Canada et le plus jeune évêque
du pays, accueille quatre de ses neuf frères et sœurs arrivés
du Vietnam le 11 janvier 2010. C’est la première fois
en trente ans que tous les neuf frères et sœurs sont réunis.
Peter Power/The Globe and Mail

Vincent Nguyen, 42 ans, a quitté le Vietnam à l’adolescence, lui qui rêvait de vivre librement et d’avoir la chance de devenir prêtre.

Il y a vingt-six ans, Vincent Nguyen, un garçon qui rêvait de vivre librement et d’avoir la chance de devenir prêtre, est monté à bord d’un frêle bateau de pêche avec 19 membres de sa famille en priant afin de pouvoir échapper à la garde côtière vietnamienne et atteindre la mer.

Mercredi, à Toronto, au cours d’une cérémonie que l’on qualifie déjà d’historique, le père Nguyen deviendra le premier évêque d’origine asiatique du Canada, ainsi que son plus jeune.

Le père Nguyen sera nommé évêque auxiliaire du diocèse de Toronto et sera responsable des régions de Scarborough et de Durham. En tant qu’unique évêque catholique non blanc du Canada, on lui demandera aussi d’être le porte-parole des centaines de milliers de catholiques canadiens d’origine asiatique, africaine et latino-américaine qui se sentent ignorés des dirigeants de l’Église.

« L’Église catholique canadienne prend de l’expansion grâce aux peuples d’Asie, a affirmé le père Nguyen. En tant qu’évêque d’origine asiatique, j’apporterai mon expérience à la conférence des évêques et peut-être pourrai-je contribuer aux débats qui ont cours au sein de l’Église. L’Église se préoccupe beaucoup des questions entourant l’immigration. »

Le révérend Terence Fay, auteur de New Faces of Canadian Catholics : The Asians , a qualifié la nomination du père Nguyen d’évènement historique.

« L’Église a reconnu qu’elle avait besoin d’un évêque asiatique et les gens avaient eux-mêmes ressenti ce besoin », a-t-il souligné. Le père Fay a ajouté que la croissance de l’Église était en grande partie due aux communautés immigrantes et que les Canadiens d’origine asiatique qu’il avait interrogés disaient se sentir victimes de discrimination.

« Ils sont enchantés d’apprendre qu’un des leurs a été reconnu et qu’il pourra parler en leur nom auprès des évêques », a-t-il poursuivi.

Le père Nguyen, qui a maintenant 43 ans, a connu une ascension remarquablement rapide, puisqu’il a été nommé évêque par le pape Benoît XVI à la fin de l’année dernière après seulement douze ans de prêtrise.

Le père Nguyen est né en 1966 dans un pays déchiré par la guerre. Son père était agriculteur et sa mère, négociante, mais dès son plus jeune âge, il a su que son avenir passerait par l’Église. À Banmethout, au nord de Saigon, là où le père Nguyen est né, l’histoire du martyre vécu par son arrière-arrière-grand-père s’est transmise de génération en génération.

Son arrière-arrière-grand-père fut le premier membre de la famille à se convertir au catholicisme, et dans les années 1840, il fut persécuté en raison de ses croyances. Selon un poème encore récité de nos jours à Banmethout, il mourut après que les dirigeants impériaux l’eurent laissé attaché à un poteau dans l’eau jusqu’à ce que la marée monte. Plus de 100 000 martyrs vietnamiens comme lui ont été reconnus par l’Église.

« Grandir à l’ombre de cet ancêtre a été la source d’une forte pression, mais aussi d’un grand honneur », a souligné lundi le père Nguyen.

Enfant, il voulait entrer au préséminaire qui accueillait les enfants à partir de la sixième année, mais les communistes ont fermé les écoles catholiques lorsqu’ils se sont emparés du Sud-Vietnam, a-t-il ajouté.

À 16 ans, il commença à planifier sa fuite. Pendant un an, il se rendit en mer tous les jours à bord du bateau de pêche de son oncle afin de tester sa navigabilité et d’observer la garde côtière. Il assimila les habitudes des gardes et ces derniers s’habituèrent à sa présence. Par un matin de juin 1983, lui et la famille de son oncle réussirent à prendre la mer dans leur bateau de pêche sans se faire remarquer et se dirigèrent vers la côte indonésienne. La mer fut terriblement agitée pendant le voyage et ils étaient conscients que bon nombre de « réfugiés de la mer » vietnamiens, comme on les appellerait plus tard, avaient perdu la vie au cours de semblables périples.

Sept jours après leur départ, un cargo japonais les prit à son bord et les emmena au Japon. Le jeune homme demeura un an dans un camp de réfugiés avant d’aboutir à Toronto, où il retrouva deux de ses frères aînés. Il apprit l’anglais et obtint un diplôme en génie électrique. Il entra au séminaire en 1993 et commença à exercer la prêtrise dans différentes paroisses de Toronto en 1998.

Lundi soir, presque tous les membres de la famille du père Nguyen se sont trouvés réunis pour la première fois en 30 ans. Bien que remplie d’étreintes, de sourires et d’expressions de joie, la soirée fut assombrie par la nouvelle que le plus jeune frère du père Nguyen était détenu au Vietnam. Ce dernier avait tenté d’apporter à bord de l’avion une houlette sculptée à la main qu’il voulait offrir à son frère et les responsables de la sécurité avaient vu la chose d’un mauvais œil et l’avaient forcé à attendre le vol du lendemain.

Les membres de la communauté catholique vietnamienne ont exprimé leur joie à la suite de la nomination du révérend Nguyen comme évêque.

Thuy Truong, qui parle de lui-même comme « un de ces soi-disant réfugiés de la mer », a quitté le Vietnam pour venir au Canada en 1979 et s’est établi à Saskatoon où il devint l’un des membres fondateurs de la communauté catholique vietnamienne locale.

« Nous sommes enchantés […] Nous avons le sentiment que quelqu’un nous représente auprès du Saint-Siège. »

Il a souligné que la communauté avait grandi et évolué au cours des trente dernières années, mais qu’elle avait su conserver ses racines.

Nguyen Thai Trung, un ancien président de la Saskatoon’s Vietnamese-Canadian Association , a dit que cette nomination annonçait une ère nouvelle pour la communauté vietnamienne du Canada.

« Cette annonce signifie que la communauté vietnamienne du Canada est maintenant bien établie et influente […] qu’elle joue un rôle important dans la société canadienne », a-t-il affirmé.

« Nous pouvons participer à tous les enjeux de la société canadienne, qu’ils soient sociaux, religieux ou qu’ils touchent tout autre aspect de la vie de tous les jours. »

Le révérend Thomas Rosica, PDG du réseau Salt and Light Catholic TV, a fait l’éloge des talents de prêtre du révérend Nguyen.

« Il possède à la fois jeunesse, intelligence et sainteté et il sait comment parler aux gens, a affirmé le père Rosica. Il est doté d’une spiritualité transparente et il sait comment communiquer avec les autres et leur faire savoir que leur opinion est prise en compte. Il est jeune, mais il est extrêmement compétent. »

Source : Joe Friesen, journaliste spécialisé en démographie
Globe and Mail


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