La route est longue de Téhéran à St. John’s, mais Sepideh est heureuse d’avoir fait le voyage.
Cette médecin née et formée en Iran a immigré au Canada avec son époux et leur jeune fille à l’été 2002. Sepideh dit qu’ils ont laissé là-bas une bonne vie.
« Je pratiquais la médecine depuis cinq ans. Mon époux avait un bon emploi. Nous avions réussi, mais nous voulions une meilleure vie pour notre fille, un endroit où nous n’aurions pas à craindre que des bombes ne soient lancées sur nos têtes. »
Ils se sont établis à Toronto, et même si Sepideh dit qu’ils étaient heureux de faire partie de la communauté iranienne particulièrement active, elle parle avec franchise des difficultés vécues par sa famille.
« Nous ne parlions pas très bien l’anglais, et nous avons épuisé nos économies en deux mois. Comme nous arrivions d’Iran, personne ici ne connaissait nos qualifications, alors nous avons dû accepter n’importe quel emploi pour pouvoir survivre. »
L’époux de Sepideh, titulaire d’une maîtrise en chimie, a travaillé comme ouvrier. Sepideh s’est rendue d’un bureau médical à l’autre, à la recherche d’un emploi.
« J’aurais accepté n’importe quoi dans le domaine médical, un emploi de commis, n’importe quoi, dit-elle. Je ne pouvais même pas travailler comme bénévole! »
Pendant qu’elle cherchait un emploi, Sepideh a suivi des cours pour améliorer son anglais et a finalement trouvé un emploi comme caissière dans une pharmacie. Mais même si son emploi avait amélioré les finances de sa famille et lui donnait la chance de parfaire ses compétences linguistiques, sa santé en souffrait.
C’est alors que les choses ont commencé à changer. Lorsqu’elle a consulté un médecin et décrit ses symptômes en utilisant une terminologie médicale précise, le médecin lui a demandé si elle était infirmière.
« Dès que j’ai dit que j’étais médecin, il a dit qu’il savait exactement ce qui n’allait pas chez moi », dit Sepideh, soulignant que le médecin lui a expliqué que le stress nuisait à sa santé parce qu’elle n’avait aucun moyen de mettre sa formation en pratique.
Ayant lui-même immigré au Canada, le médecin a parlé à Sepideh d’un programme spécial menant à l’obtention d’un permis d’exercice de la médecine offert à l’Université de Toronto. Elle a été acceptée au programme en 2003 et a terminé ses études au cours des quatre années suivantes.
Aujourd’hui, Sepideh et sa famille sont installés à St. John’s, où elle pratique la médecine.
« Cette période a été difficile, en particulier pour mon époux, qui a occupé pendant toutes ces années n’importe quel emploi pour survivre, afin de nous soutenir le temps de ma formation, explique-t-elle. Mais aujourd’hui, mon mari travaille en vue de l’obtention de son doctorat à l’Université Memorial, j’ai une très bonne clientèle et notre fille va très bien. »
Sepideh ne sait pas où l’avenir la conduira et dit que tout dépend de l’endroit où son mari arrivera à trouver un emploi une fois qu’il aura obtenu son diplôme.
« Je m’ennuie parfois de la vie dans une grande ville, ajoute-t-elle, quoique nous sommes retournés à Toronto l’an dernier et elle semblait si grande et surpeuplée et occupée. St. John's est si détendue et amicale, et je suis à dix minutes seulement de tout ce dont j’ai besoin. »
Quel que soit l’endroit où ils s’établiront, ce sera cette fois en tant que Canadiens. En 2007, Sepideh, son époux et leur fille sont devenus citoyens canadiens.
« C’est comme le conte de Cendrillon, dit-elle. Nous sommes passés d’une situation où nous lavions les planchers à une autre où on nous envoyait à Ottawa pour le 60e anniversaire de la citoyenneté canadienne. Nous avons reçu nos certificats des mains de la gouverneure générale. »
« Je ne peux décrire à quel point je me sentais bien ce jour-là, et à quel point il est bon d’avoir la liberté d’être une Canadienne. »