Histoires de réussite - Un réfugié sans espoir : le Canada offre une nouvelle vie à un réfugié désespéré

Juillet 2011

Muhammmed Zakaria, réfugié pakistanais, remet les passeports de sa famille à Severine Weber du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), afin qu’ils soient traités en vue de la réinstallation.
Muhammmed Zakaria, réfugié pakistanais, remet les passeports de sa famille à Severine Weber du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), afin qu’ils soient traités en vue de la réinstallation. La famille a quitté la Chine en mai, à destination du Canada.

YANJIAO, Chine, le 15 juin (HCR) – Peu de personnes se souviennent avec exactitude de ce qu’elles faisaient à 9 h 45, le mardi 1er mars. Muhammmed Zakaria, lui, s’en souvient. C’était la première fois de sa vie qu’il était vraiment heureux : le moment où il a reçu un appel téléphonique qui a transformé sa vie.

Au bout du fil se trouvait Severine Weber, agente sur place associée du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) à Beijing, qui annonçait au réfugié pakistanais que sept longues années de solitude et de désespoir étaient terminées et que lui et quatre des membres de sa famille les plus proches étaient sur le point de refaire leur vie au Canada.

Comme dans un rêve, le célibataire de 32 ans est retourné à l’appartement qu’il partage avec ses parents et deux de ses sœurs cadettes, ici, à 45 km à l’est de Beijing, la capitale chinoise. Quand sa mère a ouvert la porte et que Zakaria a éclaté en sanglots, elle craignait que, pour la cinquième fois, sa demande de réinstallation ait été refusée.

Au lieu de cela, c’était « un bonheur que je n’avais jamais ressenti avant, le plus grand bonheur de ma vie », a déclaré Zakaria avant que lui et sa famille partent pour Toronto, au Canada, où deux de ses sœurs mariées vivent. Il a ajouté : « C’est une sorte de miracle. »

Persécuté depuis son enfance en raison de son appartenance à la minorité religieuse ahmadie du Pakistan, Zakaria a attribué cette victoire « tout d’abord à Dieu » et il a affirmé que cette possibilité d’un départ à zéro démontre que « les efforts du HCR associés à toutes nos prières ont permis à cette situation de se concrétiser ».

Au début de 2004, la famille de Zakaria n’avait envoyé que ce dernier – le seul fils d’une famille de quatre filles – en Chine après avoir reçu des menaces de mort. Zakaria a présenté une demande d’asile au bureau du HCR de Beijing et a obtenu le statut de réfugié, deux mois plus tard.

Bien que la Chine soit signataire de la Convention relative au statut des réfugiés de 1951, les réfugiés ne peuvent s’y installer en permanence. Par conséquent, la solution habituelle consiste à les réinstaller dans des pays tiers, processus qui peut prendre des années.

Zakaria était reconnaissant envers la Chine de lui avoir fourni le refuge, mais il avoue s’être souvent senti abattu. Son expulsion, évitée de justesse – au moment où lui et neuf autres personnes ont été sauvées grâce à l’intervention du HCR – l’a traumatisé pendant deux ans. Seul, sans contact avec sa famille et sa communauté religieuse, il se sentait en marge des Chinois qui, selon lui, ne comprennent pas vraiment ce qu’est un réfugié.

Une Église chrétienne internationale lui a finalement permis d’entrer dans la société chinoise en lui offrant la possibilité de rénover, à titre bénévole, un orphelinat à Beijing. Pendant un an et demi, ce scientifique spécialisé en informatique a fait du travail manuel pour améliorer la vie des bébés et des enfants chinois.

Il a par la suite été bénévole dans un jardin d’enfants chinois à Beijing. Zakaria a enseigné l’anglais – il parle cinq langues – « et les enfants lui ont appris le chinois », déclare-t‑il en riant. Ouvert et parlant couramment l’anglais, il est devenu un dirigeant non officiel de quelque 60 réfugiés ahmadis qui vivent près de la capitale chinoise. Il a également servi d’interprète et de traducteur bénévole au HCR.

Mais, après avoir été persécuté toute sa vie, il ne se sentait pas à l’aise en Chine. En 2008, avant les Jeux olympiques, le HCR a réussi à trouver de nouveaux foyers à l’étranger pour un grand nombre de réfugiés. Quand Zakaria a appris qu’aucun pays ne l’avait accepté, son moral était au plus bas et il a songé au suicide.

« Mettez-vous à ma place », a-t-il dit tout bas. « Tous vos amis s’en vont vers la réinstallation – ceux qui ont fait de moi un membre de leur famille et m’ont donné de la bonne nourriture, car ils savaient que j’avais des problèmes d’estomac. Alors, je me retrouvais encore seul.

Des personnes qui étaient ici pendant 10 ans étaient réinstallées, alors pourquoi pas moi? »

Mais, il n’était pas seul – deux autres réfugiés, constatant qu’il était suicidaire, sont restés à ses côtés pour l’aider à remonter la pente. Mais, sa foi avait été ébranlée, et quand sa famille est arrivée en 2009, son père a été horrifié de constater dans quel état Zakaria se trouvait.

« J’ai envoyé mon fils ici pour qu’il soit en sécurité, pas loin de Dieu », a affirmé son père. « Je me suis rendu compte de ce qu’il avait dû traverser. Nous l’avons aidé à retrouver la foi et nous sommes contents qu’il soit de nouveau dans son état normal. »

L’agence des Nations Unies croit qu’un réfugié sans espoir, c’est déjà trop.

Zakaria a eu de la chance d’avoir l’appui de sa famille et de l’agente Weber du HCR. En effet, elle a pris la mesure inhabituelle de demander au Canada de jeter un second regard sur la situation de Zakaria, quand elle a considéré que des faits nouveaux avaient rendu son cas en vue de la réinstallation plus convaincant. « Le HCR ne doit pas seulement protéger les réfugiés, mais il doit leur fournir des solutions », a-t-elle déclaré. « Cela signifie leur donner la possibilité de mener une vie normale. »

Zakaria l’a particulièrement touchée : « Il est né la même année que moi. Il a exactement deux mois de moins que moi, mais a traversé tellement plus d’épreuves. Je me suis demandée pourquoi il était un réfugié et moi, une agente du HCR, et pourquoi pas le contraire? »

Quant à Zakaria, il s’est demandé pourquoi un si grand nombre de pays d’accueil ne permettent pas aux réfugiés de travailler quand ces derniers peuvent pourtant contribuer grandement et ne veulent pas être un fardeau pour qui que ce soit. « De nombreux réfugiés sont dotés de bonnes compétences et d’une énergie qu’ils peuvent offrir au pays », a-t-il déclaré. Il l’a prouvé en Chine et il est maintenant prêt à le prouver au Canada.

Par Kitty McKinsey, à Yanjiao, en Chine

Reproduit avec l’autorisation du HCR

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