Citoyenneté et Immigration Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Liens de la barre de menu commune

Le civisme : l’obligation de s’intégrer

Discours par l’honorable Jason Kenney, C.P., député, ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme au Collège universitaire Huron.

  Le civisme : l’obligation de s’intégrer

Bienvenue à Citoyenneté et Immigration Canada

Pour maximiser la fonctionnalité de cette page, veuillez inclure Javascript.

Transcription | QuickTime | Windows Media |

Partie 2: Le civisme : l’obligation de s’intégrer.


Transcription pour la vidéo « Le civisme : l’obligation de s’intégrer »

Temps de visionnement : 18 minutes

Maître de cérémonie : Sans plus tarder, je vous présente, avec grand plaisir, l’honorable Jason Kenney.

L’honorable Jason Kenney
Je vous remercie. Je suis désolé pour ceux qui n’ont pas de place pour s’asseoir, mais je vous remercie d’être venus en si grand nombre. Permettez-moi de débuter en saluant mon collègue, le député Ed Holder, merci beaucoup. Où êtes-vous, Ed? Où êtes-vous allé? Vous voilà. Je vous remercie de votre présence. Je remercie également le professeur… M. Lumpkin, M. Akins, tout le corps professoral ainsi que la communauté du Collège universitaire Huron de leur chaleureux accueil. C’est un réel plaisir pour moi de prendre part à la série de conférences « Canadian Leaders »;, qui reflète l’importance de ce collège comme composante essentielle de l’Université Western Ontario.

J’espère que vous ne m’en voudrez pas, mais ce matin même je prononçais une allocution à l’Université de Toronto. Ils vous transmettent leur bon souvenir, et je dois vous dire qu’on m’a également invité à prononcer un discours à l’Université Queen’s cette semaine, mais j’ai choisi Western. Que puis-je dire? Je sais reconnaître de bons programmes études supérieures. Merci.

Je vais vous parler… aujourd’hui de la tension qui existe entre les responsabilités que j’assume dans les domaines de l’immigration, de la citoyenneté et du multiculturalisme. Et ce sont tous des mandats d’une importance capitale pour le genre de pays dans lequel nous vivons et pour son avenir. Quelqu’un a dit qu’il existe une sorte de tension entre la législation et les programmes qui sont sous ma responsabilité, dont le plus imposant programme d’immigration au monde, en termes relatifs. Chaque année, le Canada accueille environ un quart de million de résidents permanents, soit un peu moins d’un pour cent de sa population, ce qui constitue, sur une base annuelle, le plus… grand nombre de résidents permanents par habitant de n’importe quel pays développé du monde.

Statistiques encore plus impressionnantes relativement à l’arrivée d’immigrants, l’année dernière le Canada a accueilli le plus grand nombre de nouveaux arrivants de toute son histoire, soit plus de 500 000 personnes, si nous incluons les étudiants étrangers, dont vous faites peut-être partie, les travailleurs étrangers temporaires et d’autres, qui ont tous dorénavant accès, grâce à la catégorie de l’expérience canadienne, à la résidence permanente.

Je suis donc en partie responsable de cela, du plus grand programme d’immigration au monde, ainsi que de la Loi sur la citoyenneté et du programme qui, bien entendu, constitue la voie que doivent emprunter les immigrants pour faire partie de la communauté politique canadienne ainsi que la Loi sur le multiculturalisme et le programme qui est l’expression institutionnelle contemporaine de la longue tradition historique du Canada en matière de pluralisme.

Donc, comme je l’ai dit, chacune de ces responsabilités a une réelle influence sur le genre de pays qui est le nôtre et sur ce qu’il deviendra. Aujourd’hui, je veux vous parler précisément de cette question. Comment un pays qui conserve un niveau aussi élevé d’immigration tout en acceptant la diversité qu’elle apporte maintient‑il un sens de cohésion sociale, de but commun et d’identité nationale? Et que pouvons‑nous faire de plus pour renforcer les liens qui nous unissent en tant que Canadiens?

Je viens de mentionner les niveaux extrêmement élevés d’immigrants que nous accueillons au pays, mais l’une des caractéristiques particulières du Canada, je crois, dans le monde démocratique développé, c’est qu’il dispose probablement, dans le cadre de son système politique, du plus fort consensus favorable à l’immigration de tout autre pays comparable. Contrairement à la plupart des pays de l’Europe de l’Ouest, et sans aucun doute contrairement aux États‑Unis, il n’existe au Canada aucune voix politique organisée qui est hostile en principe à l’immigration, et je dirais que, en gros, les points de vue divergents sur l’immigration… sur l’immigration entre les formations politiques fédérales sont des différences de degré et non pas de nature.

Et en même temps, nous avons cette tradition d’accepter la diversité, laquelle est ancrée dans notre tradition historique du pluralisme, qui à mon sens est teintée de l’impérialisme libéral britannique… et c’est effectivement la toile de fond de cette diversité de plus en plus imposante à laquelle nous sommes confrontés, et qui signifie que près de la moitié de la population de la plus grande ville, la région du Grand Toronto, sont… est constituée de gens qui sont nés à l’étranger.

Cette situation représente un certain défi pour nous. L’immigration alimente… de toute évidence notre prospérité et soit nécessaire à notre avenir, nous estimons en fait que, dans quelques années, la totalité de la croissance nette du marché du travail sera attribuable à l’immigration. Malgré cela, malgré le fait que nous profitons tous de la diversité qu’apporte l’immigration, je prétends que nous ne pouvons pas et ne devons pas traiter d’une manière désinvolte les défis que comporte cette diversité de plus en plus grande pour s’occuper uniquement des possibilités à exploiter.

Des sociologues ont affirmé… ont fait valoir que les « enclaves ethniques »; au Canada, comme certains les appellent, sont en train de s’épaissir, que de grandes communautés en pleine croissance, qui sont sans doute quelque peu insulaires, ne s’intègrent pas avec la même rapidité que par le passé. Certains qualifient ces enclaves de façon péjorative de… processus de « ghettoïsation »;. En Grande‑Bretagne, on les qualifie de « communautés parallèles »;.

Je dirais que les communautés parallèles, les enclaves ethniques, peu importe le nom que vous leur donnez, sont, dans une certaine mesure, une conséquence naturelle, inévitable et sans doute même souhaitable de l’immigration, car les immigrants deviennent… se présentent… viennent dans un pays d’accueil et s’installent en se liant d’abord à des communautés qu’ils connaissent qui leur offrent un soutien et un capital sociaux.

Ma préoccupation, que, à mon avis, nous devrions tous partager, est de faire en sorte que ces prétendues enclaves ethniques ne deviennent pas des pièges qui empêchent les gens de s’intégrer à la société canadienne plus vaste et qui limitent leurs possibilités, tant économiques que sociales, de participer à d’autres cultures que celles qu’ils connaissent déjà.

Récemment, un professeur de l’Université Carleton et journaliste canadien bien connu, Andrew Cohen, a écrit un livre à ce sujet et sur d’autres questions semblables, sur les obstacles au Canada du sentiment d’identité canadienne… à travers la diversité de plus en plus grande du Canada. Il a intitulé son livre « The Unfinished Canadian »; et il y déplore la façon dont le Canada devient, dans les mots du romancier Yann Martel… « le plus gros hôtel du monde »;. M. Cohen croit que le Canada est en train de devenir une résidence de convenance, qui n’attend pratiquement rien en retour contre l’un des passeports les plus faciles à obtenir au monde.

J’ai lu aujourd’hui un article voisin de la page éditoriale dans la même veine, publié par le Waterloo Record et rédigé par un étudiant en journalisme de Ryerson, qui souligne, et je cite : « C’est une bonne chose si le Canada n’a pas d’identité particulière. Le Canada est tellement multiculturel que cela nous empêche d’avoir une identité fixe et c’est une bonne chose. »; Rudyard Griffiths, l’ancien chef de l’Institut du Dominion, vient de publier un nouveau livre, « Who We Are »;, et je vous encourage tous à le lire. Il examine lui aussi la question de l’identité. Il écrit dans ce livre que les gens tiennent pour acquis que notre absence d’identité, notre absence de… selon lui, notre absence de fierté et de symboles et d’institutions est considérée comme une vertu dans une société mondiale. Il semblerait qu’une identité postnationale est effectivement ce dont nous avons besoin dans un monde postnational.

Un critique de son livre a écrit que beaucoup voient le Canada comme la parfaite maison de chambres, un État postnation paisible et conciliant ou une gare ferroviaire sans âme, un lieu qui est exige peu de ses citoyens. Mais nous devons prendre très au sérieux cette métaphore de « l’Hôtel Canada »;, prévient Rudyard Griffiths, parce qu’elle sape les forces mêmes et les bases qui ont fait du Canada un grand pays. L’absence de connaissance des faits ayant construit le pays que nous connaissons, prévient‑il, est potentiellement désastreuse.

On dit maintenant que l’éducation civique est le principe vital de la démocratie. Cela est vrai pour nous tous qui vivons ici, y compris pour les nouveaux arrivants qui, d’après M. Griffiths, ne devraient pas être laissés à eux‑mêmes pour tenter de maîtriser le savoir civique nécessaire pour participer à la démocratie. C’est donc pourquoi je veux faire valoir que, pendant que nous continuons de soutenir les meilleures traditions de diversité et de pluralisme du Canada, nous devons également nous concentrer sur les facteurs qui nous unissent, et pas simplement sur ceux qui nous différencient. Nous devrions nous concentrer, en particulier, sur les valeurs politiques qui sont ancrées dans notre histoire, les valeurs de la démocratie libérale enracinées dans la démocratie parlementaire britannique qui nous a précisément donné l’espace pour accueillir une telle diversité.

Qu’est‑ce que cela veut dire? Pour moi, cela signifie que notre programme d’immigration, notre programme de citoyenneté et notre programme de multiculturalisme doivent de plus en plus mettre l’accent sur l’intégration, sur l’intégration réussie et rapide des nouveaux arrivants dans la société canadienne et sur une compréhension approfondie des valeurs, des symboles et des institutions qui sont enracinés dans notre histoire, pas seulement de la part des nouveaux arrivants, mais de tous les Canadiens. Peut‑être certains d’entre vous ont‑ils vu les sondages menés par l’Institut du Dominion et par d’autres qui révèlent un niveau inquiétant d’ignorance au sujet des institutions politiques, des symboles et de l’histoire du Canada.

Par exemple, la grande majorité des jeunes Canadiens ne peuvent même pas nommer John Macdonald comme le premier ministre fondateur du Canada. Dans un sondage récent, la majorité des Canadiens ne pouvaient préciser que le système politique du Canada est qualifié de monarchie constitutionnelle. Ces…la grande majorité des jeunes Canadiens ne connaissent pas les principales batailles de l’histoire militaire du Canada, qui sont d’importants… d’importants points… repères pour comprendre notre histoire.

Cette ignorance nous amène à nous poser une question raisonnable. Sommes‑nous en train de développer un genre d’amnésie historique au Canada, non seulement chez les nouveaux arrivants, mais chez les enfants et les petits‑enfants des Canadiens de souche? Je vous dirais que, si c’est le cas, nous sommes en train de perdre quelque chose d’irrécupérable. Je pense que ce qu’il faut faire… D’abord, je vais vous dire ce que nous avons fait. Le Programme du multiculturalisme des années 1970 mettait l’accent sur ce qui a été qualifié alors de « multiculturalisme du chant, du sari et du samosa »;, c’est‑à‑dire qui portait sur les aspects culturels superficiels de la diversité, ce qui est formidable. Je pense, quant à moi, que nous avons besoin d’un multiculturalisme qui soit pertinent pour les défis d’aujourd’hui, pas ceux d’il y a 30 ou 40 ans.

En fait, le multiculturalisme, comme concept du discours public canadien, a été créé dans les années 1950 et 1960 par des gens comme Paul Yuzyk, universitaire manitobain, nommé plus tard sénateur par John Diefenbaker. D’origine ukrainienne, il était à cette époque le principal historien du rôle des Canadiens d’origine ukrainienne dans la société canadienne. Dans ses observations sur la théorie des deux nations fondatrices, Paul Yuzyk a dit que cette théorie semblait faire fi d’environ un tiers des Canadiens comme lui qui n’avaient aucun ancêtre britannique ou français.

Il a fait l’éloge des institutions et du patrimoine des peuples fondateurs britanniques et français, de même que… de même que des réalisations des peuples autochtones qui sont venus avant les Européens, mais il a dit que nous avions besoin d’un discours qui explique… un rôle, le sentiment d’appartenance au Canada que les personnes qui ne sont ni d’origine britannique ni d’origine française, et qui n’appartiennent pas non plus aux Premières nations, et il a donc proposé comme aspect central de ce discours le concept du multiculturalisme. Il est connu comme le « père du multiculturalisme »;.

C’est réellement à ce moment que l’idée est née. Dans les années 1970, comme beaucoup l’ont fait remarquer, le multiculturalisme est devenu une célébration des aspects plus superficiels de la diversité culturelle. Je dirais qu’au Canada aujourd’hui nous n’avons pas besoin de l’intervention de l’État pour promouvoir ce genre de diversité culturelle. Elle existe. C’est un fait concret. Elle est profondément inscrite dans notre société. J’ajouterais même que nos communautés ethnoculturelles sont suffisamment grandes et solides en termes de ressources qu’elles n’ont pas besoin des contributions ou subventions du gouvernement pour sauvegarder la diversité. Elle est là et nous en profitons tous.

Ce sur quoi doit se concentrer le Programme du multiculturalisme, ce sont les défis concrets de l’intégration. Qu’est‑ce que cela veut dire? Cela veut dire s’assurer que les personnes qui arrivent au Canada peuvent aussi rapidement que possible acquérir des compétences dans l’une de nos langues officielles afin de s’intégrer sur le plan socioéconomique. Cela veut dire que les professionnels formés à l’étranger, qui arrivent ici, n’ont pas à lutter sans fin dans des emplois de survie en attendant de venir à bout de la bureaucratie pour que leurs titres de compétences étrangers soient reconnus. Cela veut dire qu’il doit y avoir une réelle économie… plutôt égalité des chances sur le marché économique pour des emplois et pour des gens quelle que soit leur origine. Cela veut dire que les jeunes qui grandissent apprendront, espérons‑nous, à connaître leurs pairs venant de partout dans le monde et qu’ils ne seront… ne finiront pas bloqués dans un genre d’enclave culturelle.

Je pense que ce sont là le genre de défis que nous devons relever, y compris… y compris, pour être franc, le défi de la radicalisation. Nous avons de la chance au Canada de ne pas avoir vu trop de manifestations de radicalisation, ni trop de manifestations violentes, mais nous ne pouvons ignorer ce que nous avons vu en Europe. Nous ne pouvons ignorer quel genre de conséquences il y a à laisser de petites minorités d’extrémistes de quelque origine que ce soit s’éloigner du consensus général des valeurs démocratiques libérales pour adopter l’extrémisme, que ce soit dans des incarnations violentes ou non violentes, comme façon d’opérer un changement politique. C’est pourquoi je pense que nous devons nous concentrer sur les jeunes qui peuvent présenter des risques de criminalité ou d’extrémisme.

C’est exactement ce que nous avons fait avec le Programme du multiculturalisme. Nous avons changé les priorités du programme pour mettre l’accent sur des voies rapides d’intégration, sur la construction de ponts entre les communautés pour éviter l’isolement de communautés ethnoculturelles particulières, en portant une attention particulière sur les jeunes à risque et la lutte contre la radicalisation.

Je vais vous donner un exemple concret de la façon dont nous agissons. Nous avons un programme dont je suis vraiment fier, que je viens d’approuver et qui ouvrira la porte à de jeunes Canadiens d’origine somalienne. Beaucoup d’entre eux sont arrivés au Canada encore enfants dans des familles de réfugiés ou sont nés ici dans des familles typiquement défavorisées; ils sont venus au Canada pour fuir la violence et les conflits en Somalie et ont typiquement grandi dans… dans des quartiers difficiles, des quartiers défavorisés, comme on dit en français. Ce
programme permet à bon nombre de ces jeunes d’obtenir des stages dans des… entreprises ou des bureaux professionnels dirigés généralement par des membres de la communauté juive.

Toutefois, il ne se limite pas à cela. Il n’est pas réservé aux Somaliens… aux jeunes Somaliens du Canada ou aux entreprises ou bureaux professionnels juifs canadiens, mais ce sont ces deux communautés qui ont créé le modèle de ce type de… c’est-à-dire d’intégration au marché du travail. Selon moi, c’est une excellente idée. Prenez un jeune qui n’a peut-être pas eu de possibilités sur le plan professionnel et ne dispose pas déjà d’un réseau. Par exemple, son père n’est pas un avocat qui peut… qui peut obtenir un stage d’été simplement en donnant un coup de fil à un ami. Il faut espérer que ce type de programme serve de tremplin et permette à des jeunes qui… qui, autrement, pourraient faire des choix moins judicieux, d’acquérir une expérience professionnelle.

C’est donc de cela dont je parle : établir des ponts entre les communautés, aider les gens, établir une véritable égalité de possibilités sur le plan économique et, en même temps, lutter, indirectement en quelque sorte, contre les forces marginales de la radicalisation. C’est ce que nous avons fait avec le Programme du multiculturalisme. Nous voulons encourager les gens à trouver d’autres moyens d’établir des passerelles de compréhension entre les communautés.