Discours de Devon Clunis, chef du Service de police de Winnipeg lors de la réception tenue pour le lancement du Mois de l’histoire des Noirs

« L’importance des gens qui font une différence »

Ottawa (Ontario)
le 5 février 2013

Je vous remercie. J’ai vraiment été ému quand j’ai reçu l’invitation de participer à cet événement. Je me suis demandé : « pourquoi m’a-t-on choisi? Je n’estime pas être particulièrement spécial. » Je dois vous dire honnêtement que lorsque je suis devenu agent de police, je ne cherchais nullement à marquer l’histoire de quelque façon que ce soit. J’ai simplement choisi de faire une différence en exerçant une influence favorable sur la vie des jeunes, comme on l’a fait pour moi par le passé.

Je souhaitais initialement incarner un exemple pour les jeunes Noirs de notre ville, afin de briser les stéréotypes véhiculés dans les médias grand public quant à ce que cela signifie d’être noir. Je me suis vite rendu compte que le besoin de modèles traversait les frontières ethniques et votre apparence leur importait peu, dans la mesure où vous vous souciez d’eux.

Le principal message que je souhaite vous transmettre avec le peu de temps dont nous disposons, c’est que nous devons saisir l’occasion et accepter la responsabilité de faire une différence, en particulier dans la vie des jeunes.

Notre capacité à faire une différence ne dépend pas de notre profession, et certainement pas de nos ancêtres, de notre statut social ou de tout obstacle que les gens ou la société voudraient placer sur notre chemin. Nous devons simplement faire en sorte que notre intention, notre mission, consiste à faire une différence, et trouver une façon d’y arriver.

En ce moment même, je continue de vivre mon rêve, c'est-à-dire mon désir de faire une différence.

Je suis motivé par l’expérience d’un petit garçon qui a immigré au Canada en 1975, sans savoir ce que l’avenir lui réservait.

Un petit garçon qui a dû vivre un bouleversement culturel, mais qui a pu réussir, parce que certaines personnes ont délibérément choisi de faire une différence dans sa vie.

Je dis toujours que ma mère est la première personne qui a fait une différence dans ma vie, grâce à son courage et au sacrifice qu’elle a consenti en quittant la Jamaïque, notre terre natale, pour refaire sa vie au Canada. Cette décision a exigé beaucoup de courage.

Des enseignants ont aussi eu une influence considérable sur ma vie. Le petit garçon de 6e année, comme je vous le disais, a d’abord eu de la difficulté avec ces changements; et pas seulement le climat, mais surtout le choc culturel. J’ai donc doublé ma 6e année.

Je me souviendrai toujours d’une enseignante, Mme Hannah. Elle m’a dit, « Devon, si tu veux venir à l’école une heure plus tôt tous les jours, je suis prête à t’y attendre. » Donc, je me suis levé tous les jours sans faute pour passer du temps avec Mme Hannah une heure avant tous les autres. Et trois ans plus tard, le petit garçon qui avait coulé sa 6e année a pu, grâce à une enseignante qui lui a consacré temps et efforts, finir sa 9e année comme meilleur élève de son école. Cette enseignante a fait une différence dans ma vie.

Je me souviens de l’école secondaire où je jouais au basketball et m’impliquais dans divers sports. J’ai côtoyé des enseignants qui consacraient beaucoup de leur temps libre aux jeunes hommes que nous étions et qui nous ont essentiellement tenus sur le droit chemin, car les possibilités de s’en éloigner étaient nombreuses. Grâce à eux qui ont donné leur temps et qui ont fait une différence, ma vie est restée sur ce droit chemin.

Ces personnes ont fait une différence. Avec l’âge, j’ai commencé à mieux comprendre la vie et à savoir que je voulais être comme eux. Je voulais donner en retour et faire une différence.

Quand j’étais plus jeune, j’étais profondément conscient de l’image des Noirs et des autres minorités projetée par les médias grand public. Les rôles stéréotypés attribués aux minorités étaient ceux du méchant ou de l’indésirable.

Nous savons que les jeunes peuvent s’approprier ces images néfastes fabriquées par la culture populaire. Mon image de notre identité en tant que personnes de couleur s’est concrétisée au visionnement de la minisérie culte Racines (Roots). J’étais en 9e année.

Les autres me taquinaient en me traitant de « Kunta Kinte », nom du jeune esclave africain qui avait été capturé puis emmené en Amérique. En dépit de ce qu’il a souffert, Kunta Kinte est demeuré fier et a conservé sa dignité. Il a refusé qu’on le brise.

En regardant cette minisérie, mon esprit de garçon en 9e année se disait : « Wow, nous sommes un peuple fort. Si nous pouvons survivre à ces épreuves et continuer d’exister, j’ai de quoi être fier. »

Je me souviens avoir pensé que nous ne devrions pas toujours avoir à être « le méchant » et j’ai choisi de faire de ma vie un modèle à cet égard. J’ai décidé que j’allais accomplir des choses qui serviraient d’exemple pour d’autres enfants.

J’ai eu la chance de pouvoir réaliser ce rêve. J’ai participé à des programmes de mentorat pour les jeunes de toutes origines ethniques dans notre ville.

Il est important de célébrer les réalisations et les contributions des Canadiens de race noire. Cela permet de lutter contre certaines images défavorables que nous voyons encore dans la culture populaire, et d’aider les jeunes à envisager un autre avenir.

Nous vivons dans un pays formidable. Et je vis dans l’une des villes les plus multiethniques de ce grand pays.

Plus que jamais, le Canada est une nation d’immigrants. La diversité culturelle est la force et l’avenir de notre pays.

Voici donc mon souhait : j’espère que chaque personne ici choisira de faire une différence en permettant à chacun qui vit dans notre merveilleux pays, cette grande mosaïque culturelle, de contribuer à maintenir sa vigueur et le bien-être qu’il nous procure.

Sans ces personnes qui choisissent de faire une différence, je ne serais pas ici aujourd’hui. Choisissons tous de faire une différence pour l’avenir de notre pays.

Je vous remercie.