Aperçu historique
Le récit de leur vie fait partie de notre histoire
Les petits immigrants britanniques ont contribué discrètement à édifier notre pays, et leurs nombreux descendants continuent de le faire encore aujourd’hui. Et pourtant, l’immigration d’enfants britanniques au pays est un chapitre peu connu de l’histoire de l’immigration et sociale du Canada. Entre 1869 et la fin des années 1940, les organisations religieuses et philanthropiques britanniques ont organisé le transport d’environ 100 000 enfants vers le Canada pour qu’ils y vivent dans des familles canadiennes et y travaillent comme apprentis dans des fermes ou comme domestiques. La majorité de ces enfants n’avaient pas 14 ans et étaient issus des quartiers pauvres.
Au Canada, ces enfants sont devenus les « petits enfants britanniques », et bon nombre d’entre eux provenaient d’orphelinats et de foyers d’accueil. Le plus célèbre de ces orphelinats, Barnardo’s Homes, a envoyé au Canada environ 30 000 enfants, dont 70 % étaient des garçons.
Un moyen de remédier à la pauvreté des enfants
L’idée de l’émigration des enfants a pris naissance à la lumière de la pauvreté désespérée dans laquelle vivaient les enfants en Grande-Bretagne au moment de l’expansion industrielle rapide du début des années 1800. Pendant cette période, beaucoup ont quitté la campagne pour venir s’établir dans de grandes villes comme Londres en vue de travailler en usine. Le chômage élevé, les bas salaires, les logements surpeuplés et les familles nombreuses ont contribué à créer une situation très précaire pour la majorité des ménages. Lors d’une crise, comme le décès ou le départ d’un des parents, il arrivait souvent que la famille soit incapable de subvenir aux besoins essentiels de tous ses membres. Aussi, on n’avait souvent pas d’autre solution que de confier les enfants à des orphelinats ou des foyers d’accueil.
Le gouvernement britannique et les agences à l’origine du Programme des petits immigrants étaient préoccupés, en partie, par le bien-être des enfants, mais aussi par le désir de réduire le fardeau financier que représentait la fourniture de leurs moyens de subsistance. Les petits amenés au Canada provenaient de foyers d’accueil, d’orphelinats ou d’asiles où ils étaient forcés de travailler, ou encore ils étaient sans abri. Certains enfants étaient de vrais orphelins, mais on pense que la majorité d’entre eux étaient issus de familles trop pauvres pour s’en occuper.
Même si cela semble impensable de nos jours, l’envoi de jeunes enfants non accompagnés à des milliers de kilomètres de leur famille, pour vivre et travailler avec des étrangers, était vu à l’époque comme une solution pratique, et même moralement acceptable. Beaucoup de Britanniques avaient une vision idyllique de la vie rurale au Canada et étaient persuadés que les enfants auraient de meilleures chances de s’en sortir en prenant un nouveau départ dans un environnement sain, loin de l’influence délétère des quartiers pauvres des villes britanniques.
Vulnérables aux abus
À leur arrivée au Canada, la majorité des enfants étaient placés dans des fermes en Ontario, au Québec et dans les Maritimes, habituellement dans le cadre d’un contrat d’apprentissage, lequel établissait les conditions de travail et le salaire, les attentes en ce qui a trait à la fréquentation scolaire et les besoins en matière de vêtements.
Certains enfants ont eu de la chance, et furent traités comme des membres de leur nouvelle famille canadienne. Dans certains cas, les familles les ont adoptés. Toutefois, on reconnaît généralement que les conditions de vie et de travail des petits immigrants étaient mal surveillées au Canada, ce qui rendait ces enfants vulnérables aux abus.
Préoccupations croissantes à l’égard de l’émigration juvénile
Des préoccupations grandissantes au sujet du bien-être des enfants ont incité la majorité des agences qui les envoyaient au Canada à mener des visites d’inspection annuelles. En 1883, le gouvernement canadien a accepté la tenue de ces inspections annuelles des enfants. D’un point de vue pratique, toutefois, il était difficile de mener à bien ces inspections compte tenu du nombre limité de responsables disponibles, de la difficulté de retracer les enfants et du fait qu’ils étaient dispersés sur un vaste territoire.
Tant au Canada qu’en Grande-Bretagne, certains protestaient contre l’émigration juvénile. Au Canada, le mouvement syndical s’y opposait au motif que les enfants occupaient des emplois qui auraient dû revenir aux Canadiens. D’autres s’inquiétaient de ce que les petits enfants britanniques, qui arrivaient au Canada après avoir été exposés précocement à la vie dans les bas quartiers, ne viennent corrompre la jeunesse canadienne ou constituer un fardeau pour les fonds publics en devenant des chômeurs ou des détenus.
En Grande-Bretagne, on reprochait surtout à l’émigration juvénile le fait que les agences ne choisissaient pas avec soin les foyers canadiens où les enfants étaient envoyés et l’absence d’inspections régulières une fois qu’ils étaient placés dans des familles canadiennes.
Lorsque la Première Guerre a éclaté, on a suspendu temporairement le mouvement d’émigration juvénile vers le Canada. On estime qu’environ 10 000 anciens petits immigrants ont combattu pour le Canada pendant la Guerre. Il convient de mentionner tout particulièrement le cas de Claude Joseph Patrick Nunney, qui s’est mérité la Médaille de conduite distinguée, la Médaille militaire et la Croix de Victoria.
Le mouvement des petits immigrants prend fin
L’émigration juvénile a repris en 1920, mais sur une plus petite échelle. Elle a continué de reculer à la suite de l’embargo officieux de 1925 sur l’entrée au pays d’enfants de moins de 14 ans non accompagnés, et elle a finalement été interdite par une loi adoptée en 1928. Le gouvernement fédéral a interdit l’immigration d’enfants très jeunes non accompagnés devant les protestations du public à la suite de la publication de plusieurs cas d’abus, dont le suicide de trois enfants et le décès d’un autre à la suite de mauvais traitements. En outre, il y avait moins de demande pour la main-d’œuvre étrangère pendant les années de la Dépression, le chômage élevé incitant bien des adultes à travailler pour un maigre salaire.
D’autres enfants plus âgés sont néanmoins arrivés au Canada dans les années 1930. Aux termes d’une exemption spéciale, près de 350 enfants ont été amenés à la Fairbridge Farm School, en Colombie-Britannique, entre 1935 et la fin des années 1940.
À 18 ans, lorsqu’ils étaient libérés de leurs obligations d’emploi, les petits enfants britannniques étaient en général mal préparés pour occuper des emplois qualifiés et pas très scolarisés. Néanmoins, beaucoup ont réussi à s’épanouir et à se bâtir une vie satisfaisante au Canada. Arrivés à l’âge adulte, et se remémorant leur expérience, certains anciens petits immigrants ont déclaré que leur émigration au Canada leur avait ouvert des possibilités qu’ils appréciaient aujourd’hui.
L’héritage des petits enfants britanniques au Canada
Il n’existe aucuns chiffres fiables sur le nombre d’anciens petits enfants britanniques vivant toujours au Canada. Étant donné que la majorité d’entre eux sont arrivés avant 1925, il ne reste probablement que très peu de survivants. On estime toutefois qu’entre trois et quatre millions de Canadiens sont des descendants de ces petits enfants.
En 1999, la Commission des lieux et monuments historiques a reconnu l’immigration des petits enfants britanniques comme un événement revêtant une importance historique nationale, et a apposé une plaque commémorative sur une maison de Stratford, en Ontario, qui avait été autrefois une agence chargée de trouver des foyers pour les petits immigrants.
Le soldat Claude Joseph Patrick Nunney

Claude Joseph Patrick Nunney est né à Dublin, en Irlande, le 24 décembre 1892. Sa famille étant pauvre, certains de ses frères et sœurs et lui-même ont été envoyés au Canada en 1905, en tant que petits immigrants, dans l’espoir qu’ils auraient au Canada une vie meilleure que celle qu’ils auraient eue dans leur pays natal. Nunney a d’abord été mis en tutelle à la maison pour enfants St. George, à Ottawa, en Ontario, pour ensuite être placé dans un foyer d’accueil à North Lancaster, jusqu’au décès de sa mère nourricière en 1912. Par la suite, il a été confié à un autre foyer d’accueil de la région, où il habitait quand il s’est enrôlé comme soldat au sein du 59th Stormont & Glengarry Regiment, en juin 1913.
Nunney s’est enrôlé dans le Corps expéditionnaire canadien avec le 58e Bataillon, en février 1915. Il a été transféré au 38e Bataillon en mars 1915, puis s’est embarqué pour l’Angleterre en mai 1916.
Nunney a reçu la Médaille de conduite distinguée pour ses actes héroïques pendant la bataille de la crête de Vimy, en avril 1917, et il s’est mérité la Médaille militaire pour ses actes de bravoure à Avion plus tard la même année.
Les 1er et 2 septembre 1918, Nunney était au combat près de Vis-en-Artois, en France, pendant la deuxième bataille d’Arras, qui comprend l’attaque de la ligne Drocourt-Quéant, une partie solidement défendue du système de tranchées allemandes.
Citation pour la Croix de Victoria, parue dans The London Gazette, le 14 décembre 1918 :
« Pour sa bravoure exceptionnelle lors des opérations menées contre la ligne Drocourt-Quéant, les 1er et 2 septembre 1918.
Le 1er septembre, près de Vis-en-Artois, alors que son bataillon s’apprêtait à avancer, l’ennemi effectua un violent tir de barrage et contre-attaqua. Le soldat Nunney, qui se trouvait à ce moment au quartier général de la compagnie, prit sur lui de franchir le barrage et de se rendre jusqu’aux avant-postes de la compagnie. Il passa alors d’un poste à l’autre, encourageant ses camarades par son propre exemple indomptable. L’ennemi fut repoussé et une situation critique fut redressée. Lors de l’attaque du 2 septembre, il se trouva sans cesse au premier rang, inspirant ses camarades par sa fougue. Son exemple courageux a sans aucun doute énormément aidé la compagnie à atteindre ses objectifs.
Il démontra durant toute l’opération un courage exemplaire, jusqu’à ce qu’il soit blessé grièvement. »
Claude Joseph Patrick Nunney a succombé à ses blessures à l’hôpital, à Vis-en-Artois, en France, environ seize jours plus tard. Il est inhumé à l’Annexe du cimetière communal d’Aubigny, à Aubigny-en-Artois, en France, un village situé à près de quinze kilomètres au nord-ouest d’Arras. Ses médailles sont exposées au Musée des Cameron Highlanders of Ottawa.
- La biographie du soldat Nunney a été fournie par le ministère des Anciens combattants du Canada