Évaluation du Programme d’établissement et d’adaptation des immigrants (PEAI)

3.0 Réussite globale du programme

Résumé des constatations :

Dans l’ensemble, les personnes qui bénéficient des services du PEAI considèrent que ce programme est réussi. La souplesse inhérente au programme permet aux régions et aux communautés d’adapter les services aux nouveaux arrivants à l’intérieur de certains paramètres, selon les besoins, tout en maintenant une norme générale de prestation des services et en garantissant un ensemble de services de base à tous les nouveaux arrivants.

De façon générale, les clients se disent satisfaits des services offerts par le PEAI.

Dans une certaine mesure, les résultats immédiats et intermédiaires pour les clients sont atteints. Cependant, il est difficile d’attribuer directement ces résultats au PEAI.

Avant d’amorcer une discussion approfondie sur la réussite du programme, il serait utile d’identifier les principaux types de clients du PEAI qui sont essentiellement répartis en trois groupes : les réfugiés, les immigrants économiques et les immigrants de la catégorie du regroupement familial.

  • Les réfugiés comprennent les réfugiés parrainés par le gouvernement (RPG) qui accèdent aux services du PEAI après avoir bénéficié de services semblables dans le cadre du Programme d’aide au réétablissement (PAR). Les réfugiés comprennent également les personnes parrainées par des organismes du secteur privé, les bénéficiaires du Programme d’aide conjointe (PAC), les réfugiés établis au Canada et les personnes à charge à l’étranger. Les revendicateurs du statut de réfugié ne sont pas admissibles au PEAI.
  • Les immigrants économiques comprennent les immigrants travailleurs qualifiés qui ont fait des études, qui ont une expérience de travail, une connaissance de l’anglais et/ou du français et d’autres capacités susceptibles de les aider à s’établir avec succès comme résidents permanents au Canada. Sont également inclus les gens d’affaires immigrants; on s’attend à ce qu’ils démarrent leur propre entreprise au Canada. Les aides familiaux résidants et les candidats d’une province ou d’un territoire entrent également dans cette catégorie.
  • Les immigrants de la catégorie du regroupement familial regroupent les membres de la famille que parraine un citoyen canadien ou un résident permanent [note 4].

Chacun de ces groupes a des besoins différents, en ce qui concerne l’établissement. Ainsi, la réussite du PEAI doit être fonction de sa capacité de répondre aux besoins de tous les nouveaux arrivants. Toutefois, les entrevues ont révélé qu’en raison de contraintes de financement, les bureaux régionaux et locaux de CIC établissent souvent des priorités en collaboration avec les fournisseurs de services. Dans nombre de collectivités, il est tout simplement impossible d’offrir tous les types de services à tous les types de clients potentiels du PEAI. Dans les petites collectivités, cela se traduit très souvent par la prestation de services axés sur les réfugiés étant donné qu’on considère que ce sont eux qui ont le plus besoin des services d’établissement. Dans les collectivités plus grandes, certains FS ciblent les réfugiés tandis que d’autres ciblent les immigrants indépendants et membres de la famille des nouveaux arrivants déjà au Canada.

3.1 Les services du PEAI répondent aux besions d’un grand nombre de nouveaux arrivants

De façon générale, l’évaluation a permis de constater que les services du PEAI sont perçus comme étant pertinents, utiles et nécessaires. Cette constatation est appuyée par les informateurs principaux, les participants aux groupes de discussion et les résultats du sondage.

De nombreux informateurs principaux ont indiqué que l’ensemble des programmes d’établissement reposait principalement sur le PEAI. Ce programme offre des services essentiels à tous les types de nouveaux arrivants admissibles – depuis l’aide pour remplir les formulaires jusqu’aux ateliers de recherche d’emploi, souvent dans la langue maternelle du nouvel arrivant. Le PEAI est également efficace lorsqu’il s’agit d’aider les nouveaux arrivants à accéder aux ressources, aux services et à l’information de la collectivité en général, grâce à des services d’aiguillage.

Les répondants au sondage ont confirmé dans une proportion de deux contre un que les services étaient appropriés (54 % des répondants étaient en accord et 25 % étaient en désaccord avec l’affirmation selon laquelle les services étaient appropriés, compte tenu des besoins des nouveaux arrivants). Les résultats du sondage reflètent des différences plutôt frappantes à l’égard de la réussite générale du programme. Dans les régions de l’Atlantique et des PTN, les deux tiers des FS considèrent que les services sont appropriés, alors qu’en Ontario, seulement 48 % sont du même avis.

Les résultats du sondage concernant plus précisément le PEAI semblent également indiquer que les services répondent aux besoins des nouveaux arrivants. Plus particulièrement, près des trois quarts (73 %) des FS ont indiqué que les services sont offerts aux nouveaux arrivants dans les langues requises (c.-à-d. autre que l’anglais ou le français) dans une large ou très large mesure (sur une échelle de cotation numérique de cinq, la moyenne était de 3,8). De même, seulement 13 % ont affirmé que lorsqu’un service d’aiguillage est offert, le service vers lequel la personne a été dirigée n’était pas efficace dans une certaine mesure, à tout le moins (moyenne de 3,4 sur une échelle de cotation numérique de cinq). Finalement, en ce qui a trait à l’efficacité des services de traduction et d’interprétation pour assurer un meilleur accès aux services communautaires, 48 % ont indiqué qu’ils étaient efficaces dans une large ou très large mesure et 46 % ont dit qu’ils l’étaient dans une faible ou une certaine mesure (moyenne de 3,3). Il semble également que les liens entre les services fassent une différence pour les nouveaux arrivants (voir le tableau 3.1), bien que certains nouveaux arrivants continuent d’affirmer qu’ils se heurtent à de la discrimination et d’autres obstacles aux services.

Tableau 3.1 : Résultats de l’activité liens entre les services du Programme d’établissement et d’adaptation des immigrants - « Veuillez indiquer dans quelle mesure les résultats suivants ont été obtenus grâce à la prestation des services d’établissement du Programme d’établissement et d’adaptation des immigrants.

Lorsqu’un fournisseur de services offre plus d’un service d’établissement ou de réétablissement (c.-à-d. PEAI, Accueil, CLIC, PAR), les services sont généralement coordonnés et intégrés (c’est particulièrement le cas dans les petites collectivités où il n’existe souvent qu’un seul fournisseur de services). Pour les  clients de ces fournisseurs de services (qui résident généralement dans les régions des PTN et de l’Atlantique), la prestation des services est essentiellement uniforme. Toutefois, dans les grands centres, où il n’existe qu’un seul fournisseur du PAR et un seul fournisseur du Programme d’accueil pour 5 ou 20 fournisseurs du PEAI (selon la taille de la collectivité), par exemple, on ne considère pas que les services sont uniformes (selon les informateurs principaux et les répondants au sondage). Le tableau 3.2 présente ces constatations par région [note 5]. En Ontario, les fournisseurs de services (souvent installés à Toronto) sont moins susceptibles que leurs homologues des autres régions de dire que les services sont uniformes.

On considère généralement que le PEAI vient compléter les autres programmes d’établissement. Les informateurs principaux comme les répondants au sondage l’ont confirmé : 64 % estiment que les services du PEAI viennent compléter ceux offerts par le Programme d’accueil; 88 % sont d’avis qu’ils complètent ceux des CLIC; et 56 % estiment qu’ils complètent ceux du PAR. La plupart des répondants (56 %) estimaient qu’il n’y avait pas de chevauchements. Lorsqu’on a demandé aux informateurs principaux et aux répondants au sondage si tous les programmes d’établissement et de réétablissement du gouvernement fédéral permettaient de répondre aux besoins des nouveaux arrivants, 51 % d’entre eux ont répondu dans l’affirmative. Les informateurs principaux ont formulé certains commentaires sur des besoins auxquels les programmes de CIC ne répondent pas, notamment :

  • services d’emploi pour aider les nouveaux arrivants à se trouver un travail;
  • aide pour trouver un logement convenable tenant compte des moyens financiers de la personne;
  • information sur la reconnaissance des titres de compétences et de l’expérience de travail des étrangers;
  • prestation d’information de meilleure qualité et plus nombreuse aux étrangers, avant leur arrivée au Canada.

Tableau 3.2 - Uniformité de la prestation des services - « Dans quelle mesure les clients ont-ils l’impression que la prestation des services offerts par le Programme d’aide au réétablissement, les Cours de langue pour les immigrants au Canada, le Programme d’établissement et d’adaptation des immigrants et le Programme d’accueil sont complémentaires? »

3.2 La souplesse du programme est un point fort

La plupart des informateurs principaux ont indiqué que le programme est assez souple et que cette souplesse est nécessaire pour répondre aux besoins des régions. De même, les fournisseurs de services n’ont pas tous la même capacité, selon qu’ils sont petits ou gros, et cette souplesse est nécessaire pour pouvoir offrir la combinaison de services qui convient le mieux aux nouveaux arrivants (voir la section 4.0 pour plus de détails sur la capacité). Les pratiques novatrices mises en application dans diverses compétences, dans le cadre du PEAI, attestent également de cette souplesse (p. ex. Ateliers de recherche d’emploi, Centres d’information pour les nouveaux arrivants et programme de soutien scolaire/Travailleurs de l’établissement dans les écoles).

Toutefois, certains répondants semblaient mal saisir la différence entre souplesse et uniformité. Au cours des entrevues, les fournisseurs de services ont fait ressortir des incohérences apparentes dans les exigences des ententes de contribution (p. ex. différentes exigences en matière de rapports), le soutien offert par CIC (p. ex. différentes sommes allouées à la promotion) et les types de clients servis (p. ex. dans certains cas, l’accent mis sur les réfugiés) et ils y voyaient des signes d’un manque d’uniformité dans la prestation des services.

Cette constatation est renforcée par les résultats du sondage – cette question a obtenu une note moyenne de 2,9 (c.-à-d. tout juste en deçà de la note moyenne) lorsqu’on a demandé aux répondants dans quelle mesure ils estimaient que le degré de souplesse accordé pour adapter la prestation du programme aux besoins était approprié. Près de la moitié des répondants estimaient que le degré de souplesse était approprié dans une certaine mesure (45 %). Pour un autre 33 %, la souplesse était appropriée dans une faible mesure ou elle ne l’était aucunement et 22 % ont dit qu’elle l’était dans une large ou très large mesure. Cette polarisation des résultats globaux est moins prononcée lorsque les constatations sont réparties selon la région. En fait, il devient évident que la région de l’Atlantique n’est pas satisfaite du degré de souplesse (moyenne de 2,5); elle est suivie de l’Ontario (moyenne de 2,8) et de la région des PTN qui semble d’avis que le degré de souplesse est plus approprié, avec une moyenne de 3,1.

Une meilleure communication avec les fournisseurs de services et les niveaux locaux de CIC permettrait de résoudre en partie cette apparente énigme. En fait, la souplesse du programme entraîne effectivement des différences dans la prestation des services par les FS, mais les lignes directrices et politiques nationales sur le programme voient à ce qu’un ensemble fondamental de services soient offerts à tous les nouveaux arrivants d’une collectivité ou province donnée.

3.3 Les clients sont généralement satisfaits des services

Les informateurs principaux disent que les clients des FS qui font remplir des formulaires de commentaires sont généralement satisfaits des services qu’ils reçoivent.

Les participants aux groupes de discussion ont indiqué qu’ils étaient très satisfaits de l’information et des services offerts par les FS. Ils ont illustré par de nombreux exemples comment les FS les ont guidés dans le processus d’établissement, p. ex. en les aidant à remplir certains formulaires comme des demandes de visa, des permis, des documents relatifs au statut d’immigrant admis et à la citoyenneté, et en offrant des séances d’information et des ateliers (orientation, recherche d’emploi, culture, histoire) et même des sorties éducatives. L’aiguillage vers des cours d’anglais ou des endroits où il est possible d’obtenir des conseils juridiques leur était offert dans nombre de cas. Les clients ont mentionné que le fait d’avoir accès à ces services dans leur langue maternelle leur a permis de franchir la barrière des langues et a accéléré leur établissement. De nombreux participants aux groupes de discussion ont fait savoir qu’ils n’auraient pas su vers quelle autre source se tourner pour obtenir de l’information exacte. Les FS ont libéré certains immigrants des sentiments d’isolement et de désespoir ressentis à leur arrivée au Canada. Le PEAI a permis à d’autres immigrants de surmonter une crise, après avoir vécu au pays un certain temps (p. ex. pour les immigrants qualifiés qui sont à court d’argent avant d’avoir pu trouver un emploi).

Selon une plainte fréquemment exprimée par les participants aux groupes de discussion, les services d’emploi offerts ne suffisaient pas pour trouver du travail. De nombreux nouveaux arrivants ont dit qu’ils étaient satisfaits des ateliers sur la rédaction de CV, les techniques d’entrevue et la recherche d’emploi, mais ils ont indiqué que ces activités ne leur ont pas permis de se trouver un emploi. Pour les immigrants qualifiés – la majorité sont des professionnels – les ateliers sur les aptitudes de base en matière de recherche d’emploi étaient trop élémentaires.

3.4 Les résultats immédiats et intermédiaires pour les clients sont atteints dans une certaine mesure

L’évaluation a révélé que dans une certaine mesure, les résultats immédiats et intermédiaires pour les clients sont atteints, bien qu’il soit difficile d’attribuer directement ces résultats au PEAI pour tout un éventail de raisons (comme la famille, les amis, les études et l’expérience antérieures). Les participants aux groupes de discussion ont mentionné qu’ils sont en mesure de mener leurs activités quotidiennes et qu’ils utilisent l’anglais ou le français dans leurs interactions avec la communauté en général. De plus, nombre d’entre eux font du bénévolat ou sont actifs dans leur collectivité. Toutefois, dans le cadre des groupes de discussion, de nombreux clients ont mentionné qu’ils solliciteront probablement de nouveau l’aide des FS s’ils ont un problème. En outre, la majorité des participants aux groupes de discussion considèrent qu’ils n’ont pas trouvé un emploi suffisamment rémunérateur. En fait, toutes les questions liées à l’emploi étaient une source de frustrations pour les participants. Ils avaient le sentiment d’avoir reçu de l’aide pour préparer leur CV, obtenu de l’information sur les attentes du milieu du travail, etc., mais nombre d’entre eux n’avaient toujours pas d’emploi. On a aussi demandé aux fournisseurs de services d’indiquer, au meilleur de leur connaissance, dans quelle mesure ils estimaient que les clients du PEAI atteignaient certains résultats. Les réponses sont présentées aux tableaux 3.3 et 3.4, ci-dessous, selon la note moyenne (c.-à-d. sur une échelle de cotation de un à cinq où 1 signifie aucunement et 5 dans une très large mesure).

Tableau 3.3 : Résultats pour les clients, selon les fournisseurs de services

Tableau 3.4 : Résultats pour les clients, selon les fournisseurs de services (II)

3.5 L’accès au PEAI est adéquat

En ce qui a trait aux nouveaux arrivants qui connaissent le PEAI, l’accès est assez bon. Les informateurs principaux ont généralement rapporté qu’il n’y a que peu ou pas de listes d’attente pour les services du PEAI, bien que les répondants au sondage aient fait état de certaines listes d’attente pour certains services. Le sondage a révélé que 35 % des FS ont fait état d’une liste d’attente pour certains services, particulièrement en Ontario où 40 % des FS ont rapporté l’existence de listes d’attente, comparativement à 17 % dans la région de l’Atlantique et à 22 % dans la région des PTN. Les services comportant le plus couramment des listes d’attente (temps d’attente moyen se calculant en jours) sont présentés au tableau 3.5. À l’échelle nationale, aucun service ne comporte un temps d’attente moyen de plus de deux semaines, toutefois.

D’autres obstacles ont été mentionnés par les informateurs principaux et confirmés par les répondants au sondage, notamment :

  • l’absence de moyens de transport, là où le transport en commun est rare (62 % des répondants au sondage, particulièrement en Ontario, ont mentionné ce problème);
  • le manque de services de garde d’enfants (50 % l’ont mentionné, particulièrement en Ontario);
  • le manque de services de traduction ou d’interprétation dans leur langue maternelle 45 %).

Tableau 3.5 : Listes d’attente et temps d’attente

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4. http://www.statcan.ca:8096/bsolc/francais/bsolc?catno=89-613-MIF2004003

5. Dans le tableau, les répondants qui ont répondu ne pas savoir ou n’ont pas répondu sont inclus dans la catégorie NSP/PDR : ne pas savoir/pas de réponse.

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