ARCHIVÉ – Capital social et entrée sur le marché du travail des nouveaux immigrants au Canada

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7. Conclusions

Selon cette étude, le capital social aurait un impact sur le résultat des immigrants sur le plan professionnel, tant pour les hommes que pour les femmes. Toutefois, le capital social joue un rôle plus important dans l’entrée des femmes immigrantes sur le marché du travail. Les résultats empiriques suivants sont concluants pour toutes les spécifications statistiques.

D’abord, le rapport qu’établissent les femmes immigrantes avec le marché de l’emploi est davantage tributaire des réseaux sociaux que ne l’est le rapport établi par les hommes. La probabilité qu’ont les femmes immigrantes de se trouver un emploi a tendance à être associée à tous les éléments de la structure du réseau social : taille, diversité et densité. Par ailleurs, la fréquence de la communication avec les membres du réseau ne semple pas influer de façon significative sur la situation des hommes immigrants sur le marché du travail.

Ensuite, l’auteur a étudié le rôle joué par différents types de réseaux sociaux dans l’obtention d’un emploi. Les résultats de l’étude confirment certaines conclusions d’autres travaux effectués sur les réseaux sociaux, concernant par exemple les effets des liens plus faibles (réseau d’organisations comparativement aux réseaux d’amis et de parents) et la diversité de la composition du réseau. Plus particulièrement, l’analyse laisse supposer que les réseaux d’amis offrent les liens les plus importants pour réussir à entrer sur le marché du travail. Toutefois, aucune donnée ne laisse supposer que la situation sur le marché du travail pourrait être facilitée par les relations entretenues avec des personnes relativement plus éloignées, faisant partie des réseaux de groupes ou d’organisations. De plus, la proximité géographique d’un ami a un effet positif sur la probabilité qu’ont les femmes immigrantes de se trouver un emploi. Néanmoins, étant donné que la période couverte par l’analyse est courte et que le processus d’adaptation à la nouvelle société est relativement long, les résultats ont tendance à laisser supposer que, pendant les premières années suivant leur arrivée au Canada, les liens faibles n’ont finalement que peu d’incidence sur la probabilité d’améliorer les chances de l’immigrant de se trouver un emploi.

Les liens entre les indicateurs du capital social et les résultats des immigrants sur le plan professionnel sont de natures diverses. Un réseau comprenant une plus grande diversification de ses membres est associé à une probabilité plus élevée d’obtenir un emploi, mais le nombre absolu de sources rencontrant des amis a un impact réduit, mais négatif, dans ce cas-ci, sur la probabilité plus élevée d’obtenir un emploi. D’une part, ces conclusions donnent encore plus de poids à l’importance de la diversification des réseaux dans les résultats qu’obtiennent les immigrants sur le plan professionnel, ce qu’appuient les conclusions de Borjas (1995) et de Warman (2005) : un pourcentage trop élevé de membres d’un même groupe ethnique dans un réseau nuit aux résultats des immigrants sur le plan professionnel. D’autre part, contrairement aux données australiennes (Stone, Gray et Hughes, 2003) qui témoignent des effets positifs qu’entraîne l’étendue du réseau d’amis, les résultats d’ici indiquent plutôt qu’un réseau d’amis étendu a un impact négatif. Toutefois, compte tenu de la disparité des méthodes de mesure entre les différentes analyses11, il faut faire preuve de prudence dans l’interprétation des résultats.

Enfin, un réseau d’amis d’origines ethniques diverses augmente la probabilité de trouver un emploi pour les hommes et les femmes, mais il semble avoir un impact différentiel sur la probabilité de trouver un emploi chez tous les groupes ethniques et toutes les catégories d’immigrants. Notamment, si le réseau d’amis est plus diversifié sur le plan des origines ethniques, il sera beaucoup plus utile aux immigrants qui sont arrivés dans d’autres catégories que celle du regroupement familial, et surtout aux hommes faisant partie de la catégorie des travailleurs qualifiés, aux femmes appartenant à la catégorie de l’immigration économique et aux femmes originaires des Philippines.

Certains résultats confirment les implications du modèle théorique de Calvó-Armengol et Jackson (Calvó-Armengol et Jackson 2004). La probabilité d’obtenir un emploi augmente selon la diversité de la composition du réseau pour les deux sexes, mais, pour les hommes immigrants, cet effet décroît avec le temps. Ce résultat correspond aux conclusions indiquant que la taille du réseau d’amis a un impact négatif sur la probabilité d’obtenir un emploi au cours des quatre premières années; il renforce aussi l’hypothèse d’une concurrence existant entre les immigrants de même origine ethnique et l’effet négatif de la taille du réseau sur une courte durée, comme le supposent Calvó-Armengol et Jackson.

Dans l’ensemble, l’analyse révèle une variabilité significative en présence de réseaux dès l’arrivée de l’immigrant et d’un stock de capital social pour toutes les catégories d’immigrants et tous les groupes ethniques. De plus, le stock de capital social, tel que mesuré au moyen d’indicateurs variés, exerce une influence sur la probabilité, pour l’immigrant, d’obtenir un emploi au Canada pendant les quatre premières années après son arrivée. Il se peut également que, dans le cas d’un réseau plus diversifié, le capital social joue un rôle important pour ce qui est de faciliter l’assimilation économique des immigrants nouvellement arrivés, en augmentant leur probabilité d’obtenir un emploi. Toutefois, en raison de la limite des données, cette étude ne s’attarde que sur la relativement courte période de quatre ans après l’arrivée. D’autres recherches sont nécessaires si l’on veut mieux comprendre le rôle du capital social dans le processus d’entrée des immigrants sur le marché du travail sur une plus longue période.

Pour les immigrants, l’obtention d’un emploi constitue la première étape vers une intégration réussie au marché du travail. La recherche réalisée sur le rendement économique du capital social produira d’autres données sur des résultats qu’obtiennent les immigrants, dans d’autres aspects liés au marché du travail, notamment, le revenu et la réussite professionnelle.

Notes

11. À noter : dans le cadre de cette analyse, la taille du réseau d’amis est mesurée au moyen du nombre de sources qui rencontrent de nouveaux amis, selon la structure des données présentées dans l’ELIC, tandis que dans la recherche de Stone, Gray et Hughes, la taille du réseau se mesure au moyen du nombre absolu d’amis. 

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