ARCHIVÉE – Les artisans de notre patrimoine : La citoyenneté et l’immigration au Canada de 1900 à 1977

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Chapitre 2 (suite)
L’arrivée des Européens


haut de la page  Des immigrants en manteaux de peau de mouton : les Ukrainiens

Clifford Sifton entreprit une deuxième vague de recrutement, cette fois-ci en Europe de l’Est et en Europe centrale. Dans sa recherche urgente d’agriculteurs et d’ouvriers agricoles pouvant répondre à ses critères, le nouveau Ministre était prêt à accepter des agriculteurs venant d’ailleurs que la Grande-Bretagne, les États-Unis et le nord de l’Europe, depuis longtemps les fournisseurs préférés d’immigrants pour le Canada. Décrivant ce qu’il considérait comme le colon idéal, Sifton disait ceci :

Quand je parle de qualité, j’ai en tête quelque chose qui est assez différent de ce à quoi pense l’auteur ou l’interlocuteur moyen au sujet de l’immigration. Je pense à un véritable paysan portant un manteau de peau de mouton, né sur la terre, dont les ancêtres sont agriculteurs depuis 10 générations, qui a une femme robuste et une demi-douzaine d’enfants. Voilà ce que j’appelle de la bonne qualité.

ligne

Clifford Sifton avait tout à fait raison lorsqu’il disait que sa vision du colon idéal pour peupler l’Ouest différait considérablement de celle de la plupart des autres qui s’intéressaient à la question. La grande majorité des Canadiens de langue anglaise déploraient le fait que le Canada admette « un nombre renversant de Slaves illettrés ». Néanmoins, grâce à sa forte personnalité, à son statut et à sa détermination, Sifton réussit à faire adopter son plan tant controversé.

Des mesures inhabituelles durent être mises en place pour attirer « de véritables paysans » qui allaient repousser les frontières de l’Ouest et constituer la main-d’oeuvre saisonnière ou journalière dont on avait besoin. L’une de ces mesures fut une entente secrète conclue entre le ministère de Sifton et une organisation clandestine basée à Amsterdam, qui était composée d’agents de réservation et de dirigeants d’une société de navigation. Selon les termes de l’entente, que l’on appelait le contrat de la North Atlantic Trading Company, cette dernière acceptait de diriger, chaque fois qu’elle le pouvait, les agriculteurs vers le Canada; de son côté, le ministère de l’Immigration accordait à la compagnie une prime pour chaque véritable colon qu’elle orientait vers notre pays. Les activités et le nom des membres de l’organisation étaient gardés secrets parce que la plupart des pays européens avaient adopté des lois restrictives en matière d’émigration; dans certains pays, les agents impliqués dans une campagne d’immigration étaient passibles de poursuites.

Le gouvernement fit tout en son pouvoir pour créer des établissements de groupes ethniques différents et ainsi attirer les bons immigrants. Ces établissements, croyait-on, exerceraient un attrait important sur les immigrants, et ce fut souvent le cas. Les Ukrainiens (nom collectif appliqué aux Slaves des régions des Empires russe et austro-hongrois d’Europe de l’Est et du Sud) étaient de loin le groupe le plus important à immigrer au Canada en provenance d’Europe centrale et d’Europe de l’Est au cours de ces années. Entre 1891, lors de la première vague d’immigrants ukrainiens au Canada, et le déclenchement de la Première Guerre mondiale, environ 170 000 Ukrainiens s’établirent au pays, attirés par l’offre de terres gratuites, les grands espaces et la possibilité de gagner leur vie dans une société libre et ouverte.

La plupart de ces nouveaux arrivants ukrainiens étaient de petits agriculteurs et ouvriers agricoles de la Galicie et de la Bukovine (deux provinces de l’Empire austro-hongrois) qui fuyaient des conditions économiques et sociales oppressives dans leur pays. Communément appelés les Galiciens, parce que la Galicie avait été la souche la plus importante d’Ukrainiens à immigrer au Canada, ces gens se dirigèrent vers les régions de l’Ouest qui offraient des pâturages, de l’eau, du bois et, si possible, un contact avec des pionniers qui parlaient leur langue. Ainsi donc, de nombreux Ukrainiens s’établirent dans les alpages des provinces des Prairies, une vaste bande de terre qui forme un arc du sud-ouest du Manitoba jusqu’au centre de la Saskatchewan en passant par le pied des Rocheuses à l’ouest d’Edmonton. Aujourd’hui, la route que ces nouveaux arrivants empruntèrent est connue sous le nom de Yellowhead ou de l’autoroute 16, et que l’on appelle également la route des colons ukrainiens.

Lorsqu’ils s’établirent dans les Prairies canadiennes, les Ukrainiens continuèrent de pratiquer leur agriculture mixte traditionnelle, et leurs premiers établissements se distinguèrent par les huttes blanches au toit de chaume semblables à celles qu’ils avaient laissées derrière eux. Au fur et à mesure qu’ils s’instruisirent et connurent la prospérité, ils adoptèrent les maisons à charpente de bois, la machinerie moderne et les techniques agricoles avancées. Tout en cultivant de vastes terres, les Ukrainiens luttaient pour préserver et développer leur langue et leur culture. À cette fin, ils fondèrent ce que l’on appelle la Société Prosvita (c’est-à-dire la Société de la lumière). Le gouvernement du Manitoba leur facilita la tâche en créant, en 1905, une école de formation des enseignants ukrainiens à Winnipeg. D’autres progrès allaient être réalisés après la Seconde Guerre mondiale, lorsque plusieurs universités canadiennes, de même que d’autres établissements canadiens d’enseignement supérieur, créèrent des programmes de littérature et de langue ukrainiennes. En outre, les provinces de la Saskatchewan, de l’Alberta et du Manitoba commencèrent à offrir en ukrainien, au niveau secondaire, des cours optionnels donnant droit à des crédits.

Photo d’immigrants allemands arrivant à Québec, 1911

Immigrants allemands arrivant à Québec, 1911.

Archives nationales du Canada (PA 10254)

La communauté ukrainienne, grâce à son respect des traditions, a apporté de nombreuses contributions culturelles à la vie canadienne dont certaines datent des premières décennies du siècle. Notons entre autres le théâtre itinérant ukrainien, qui a vu le jour dans l’Ouest dès 1915, ainsi qu’une école de danse folklorique ukrainienne fondée en 1926.

haut de la page  L’immigration allemande

Parmi les milliers d’immigrants qui s’établirent dans les Prairies au cours de ces  années, on retrouvait des colons d’origine allemande. La plupart ne provenaient pas de l’Empire allemand, mais des Empires russe et austro-hongrois et des pays des Balkans où des colonies allemandes avaient été créées au XVIIIe siècle. À la fin du XIXe siècle, plusieurs facteurs favorisaient l’émigration des colons de ces établissements, notamment une pénurie de terres, résultat de la croissance rapide des colonies et de la grande taille de nombreuses familles germanophones. Le nombre de plus en plus grand de travailleurs sans terres et une pénurie d’emplois dans les manufactures provoquèrent également l’exode. Le sentiment nationaliste qui émergea dans certaines régions et qui mena à la révocation de droits et privilèges initiaux accordés aux Allemands contribua également à ce mouvement.

Des années 1890 jusqu’au déclenchement de la Première Guerre mondiale, quelque 35 000 Allemands s’établirent au Manitoba, constituant ainsi 7,5 p. 100 de la population totale de cette province. L’Alberta (où les Allemands se concentrèrent dans la région de Medicine Hat et le long du chemin de fer de Calgary et d’Edmonton) et la Saskatchewan furent également témoins d’une croissance remarquable de l’immigration allemande. En Saskatchewan, le nombre de ces immigrants passa de moins de 5 000 en 1901 à plus de 100 000 en 1911. Toujours en Saskatchewan, la plupart des colonies furent créées selon des dénominations religieuses : les mennonites, les premiers pionniers à arriver dans les Prairies, s’établirent à Swift Current et à Rosthern; les luthériens, dans le centre de la Saskatchewan; et les catholiques romains, après 1903, dans la colonie de St. Peter, près de Humboldt, et dans celle de St. Joseph, près de Trampling Lake.

haut de la page  Rapatriement des Canadiens français

Le gouvernement canadien souhaitait accueillir des immigrants de la France, mais ce pays ne fournissait pas beaucoup de candidats. La France estimait avoir besoin de sa population, plus particulièrement d’une armée forte pour se protéger contre l’expansionnisme allemand. Ainsi, le gouvernement français était en général opposé à l’émigration. Lorsque des citoyens français exprimaient le déSir de quitter leur pays, on les encourageait à émigrer dans des colonies françaises. Par conséquent, le gouvernement fédéral se concentra sur le rapatriement des Canadiens français qui avaient été attirés en Nouvelle-Angleterre par la perspective d’emplois rémunérateurs dans les manufactures et par l’appât de la prospérité américaine. Pour ramener ces Franco-Américains au Québec, le gouvernement eut recours à des prêtres et à des agents laïcs canadiens-français. Les prêtres ayant une cure dans les paroisses du Québec recevaient une petite compensation pour passer du temps aux États-Unis à faire germer l’idée du rapatriement chez les Franco-Américains. Pour promouvoir sa cause, le gouvernement accordait également des subventions à des sociétés de colonisation situées à Montréal et à Québec.

Le gouvernement canadien souhaitait accueillir des immigrants de la France, mais ce pays ne fournissait pas beaucoup de candidats. La France estimait avoir besoin de sa population, plus particulièrement d’une armée forte pour se protéger contre l’expansionnisme allemand. Ainsi, le gouvernement français était en général opposé à l’émigration.

haut de la page  L’immigration italienne

Au cours de cette période, le Canada ne sollicita pas activement les immigrants italiens parce que Clifford Sifton les considérait comme peu enclins à la colonisation, et les plaçait dans la même catégorie que les artisans, les commis, les journaliers et les autres citadins. Cependant, des milliers d’Italiens vinrent s’installer au Canada en provenance de leur pays et des « petites Italies » de la côte Est américaine au cours de ces années. La plupart étaient des paysans ou des métayers, de petits propriétaires fonciers et des journaliers ruraux provenant des régions pauvres du sud de l’Italie, où ils tentaient de gagner leur vie dans un climat difficile et se battaient contre le pouvoir socio-économique qui les exploitait. Face à un avenir peu reluisant chez eux, ces Italiens du Sud émigrèrent à l’étranger à la recherche de travail et de possibilités de créer des entreprises.

Photo de Ilde Tontini et Ettore Saudelli

Ilde Tontini et Ettore Saudelli, qui sont nés
dans des villes voisines des Marches, une
région d’Italie centrale, ont émigré au
Canada en 1923 et 1912 respectivement.
Le couple s’est marié à Montréal en 1928.


Collection Leanna Verrucci.

Parmi ceux qui vinrent au Canada, des milliers décidèrent de travailler pour les chemins de fer canadiens. D’autres trouvèrent un emploi dans les mines et les industries de ressources naturelles où l’on avait besoin de beaucoup de main-d’oeuvre. Quelque 3 000 Italiens arrivèrent à Montréal en 1904 et, deux ans plus tard, lorsque la construction des chemins de fer du Grand Tronc, du Canadien du Nord et du National Transcontinental commença pour de bon, on assista à une augmentation encore plus importante du nombre d’Italiens qui arrivèrent chez nous.

La plupart des Italiens qui vinrent s’installer au pays entre le tournant du siècle et la Première Guerre mondiale, soit en provenance de l’Italie ou de la côte Est américaine, étaient des travailleurs migrants, souvent célibataires. Après avoir travaillé durant l’été, nombre d’entre eux retournaient chez eux et se servaient de leurs épargnes pour entretenir leur petit village du sud de l’Italie et payer des dots pour leurs soeurs et leurs filles. Quant à ceux qui ne retournaient pas en Italie, ils passaient l’hiver dans les grandes villes ferroviaires, notamment à Montréal.

Lorsque les chantiers de chemin de fer nationaux furent remplacés par la construction de voies ferroviaires urbaines et transurbaines, un plus grand nombre d’Italiens décidèrent de rester dans les villes. Au lieu de retourner en Italie, les jeunes hommes décidèrent d’immigrer et de faire venir leurs femmes ou d’autres parents, entreprenant ainsi un processus « de migration à la chaîne ». Dans les grandes villes canadiennes, des quartiers commerciaux italiens virent le jour et donnèrent lieu à la création de «  petites Italies »; le padrone, qui avait recruté la main-d’oeuvre non spécialisée pour les sociétés de chemin de fer, se voyait maintenant entouré de marchands de la classe moyenne, d’importateurs, de traiteurs, de prêtres et d’entrepreneurs de pompes funèbres. Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, la moitié des marchands de fruits de Toronto étaient d’origine italienne.

L’histoire de Giovanni Veltri

L’histoire de Giovanni Veltri est semblable à celle de nombreux Italiens qui ont quitté le sud de l’Italie au tournant du siècle à la recherche de travail à l’étranger et de possibilités d’y créer des entreprises.

Né d’une famille de paysans en 1867, Veltri grandit à Grimaldi, petite ville située sur les hauteurs des collines au sud de Cosenza dans le sud de l’Italie aux prises avec la pauvreté. Comme sa ville avait très peu à lui offrir, Veltri, avec deux cousins et un ami, partit au début des années 1880 pour l’Afrique du Nord à la recherche de travail. Il y trouva un emploi dans la construction d’une voie ferrée entre Batna et Biskra en Algérie. L’adolescent passa 16 mois dans cette région du monde avant de partir en 1885 rejoindre un frère dans le Nord-Ouest américain.

Après avoir subi les affres d’un voyage en mer de 31 jours, Veltri arriva aux États-Unis où les portes avaient été ouvertes récemment aux immigrants d’Europe de l’Est et du Sud. Il réussit à trouver son frère plus âgé à Helena, au Montana. Vincenzo avait gravi les échelons et obtenu le poste de contremaître pour l’un des sous-traitants engagés par le Montana Central Railroad. À l’instar de son frère avant lui, Giovanni Veltri alla travailler comme journalier non spécialisé.

Les deux frères passèrent presque deux décennies à travailler à la construction de chemins de fer dans le Nord-Ouest américain et canadien avant de décider de s’établir au Canada. À ce moment-là, soit en 1898, les perspectives économiques du Canada étaient reluisantes et un vent d’optimisme soufflait partout. Les terres semi-arides des prairies étaient ensemencées grâce à des découvertes dans le domaine de la technologie agricole, et les immigrants avaient commencé à affluer vers l’Ouest. Toutes les conditions favorisaient l’expansion des sociétés de chemins de fer.

Les frères Veltri étaient bien placés pour profiter de la fièvre de construction des chemins de fer. Alors travailleurs ferroviaires expérimentés, ils exploitaient leur expertise en présentant avec succès des soumissions de sous-traitance et en engageant des groupes d’ouvriers constitués surtout d’Italiens, souvent des compatriotes de Grimaldi. Pour mettre toutes les chances de leur côté, les deux frères, toujours pragmatiques,  anglicisèrent leur nom. Veltri devint Welch; Giovanni, John et Vincenzo, James V.

À cette époque, Giovanni était marié et avait connu la paternité. Lors d’une de ses visites périodiques à Grimaldi, il avait épousé Rosa anselmo, qui pendant de nombreuses années était restée en Italie, donnant naissance à Raffaele, son « premier fils chéri ». Le mariage allait donner cinq enfants. En 1905, Giovanni amena le jeune Raffaele à Winnipeg où Vincenzo et lui avaient établi une entreprise familiale de sous-traitance dans le domaine des chemins de fer.

Lorsque Vincenzo, célibataire, mourut en 1913, Giovanni Veltri hérita de la société familiale qu’il rebaptisa la John Welch Company. C’est sous ce nom que la société allait être connue pendant presque 20 ans où elle obtint des contrats de sous-traitance pour la construction des voies ferrées et engagea des groupes de travailleurs composés surtout d’Italiens.

Giovanni Veltri amena finalement sa famille au Canada en 1924, l’établissant d’abord à Winnipeg et ensuite à Port Arthur, en Ontario (qui fusionna avec la ville de Fort William pour former Thunder Bay en 1970). C’est là qu’ils vécurent jusqu’à la fin de 1931. Lors de cette année mémorable, Giovanni, sa femme et leurs filles non mariées quittèrent le Canada et retournèrent à Grimaldi où Giovanni cultiva sa passion pour l’agriculture et reprit son nom italien, Giovanni Veltri.

Raffaele Veltri, déçu par la décision de ses parents de quitter le Canada, demeura à Port Arthur pour diriger l’entreprise familiale qui s’appelait maintenant R.F. Welch Limited. Sous son habile direction, la société survécut à la grande Dépression et à la Deuxième Guerre mondiale en faisant des travaux d’entretien pour le Canadien National. Le contrat le plus lucratif de la société R.F. Welch fut signé au début des années 1950, lorsque la société engagea des travailleurs destinés au CN et leur offrit des services de commissariat et de restauration.

Les réalisations de la famille Veltri furent telles que les habitants de Thunder Bay qui venaient de Grimaldi honorèrent Raffaele lors d’une cérémonie en 1971. À ce moment-là, on trouvait beaucoup de noms italiens dans le répertoire de la ville de Thunder Bay et l’Italie se classait au deuxième rang après la Grande-Bretagne comme pays source d’immigrants pour le Canada.

haut de la page  L’immigration russe

Dans la première grande vague d’immigration européenne au Canada, on retrouve les premiers Russes à s’établir au pays. Il s’agissait des doukhobors, membres d’une secte paysanne dont le pacifisme et le mode de vie communal avaient incité les autorités tsaristes à orchestrer une campagne de persécution brutale et de harcèlement contre eux. Heureusement pour les doukhobors, leur sort avait attiré la sympathie de Léon Tolstoï, le grand romancier russe qui utilisa sa réputation, ses talents d’écrivain et ses relations à l’étranger pour les aider à émigrer. Un éminent  anarchiste russe, Peter Kropotkin, et James Mavor de l’Université de Toronto aidèrent également leur cause, ce dernier persuadant les autorités canadiennes d’admettre des membres de la secte au Canada. À la fin de janvier 1899, le premier de cinq groupes de doukhobors, comptant plus de 7 500 personnes, s’établit dans les régions de Prince Albert et de Yorkton, dans ce qui est aujourd’hui la province de la Saskatchewan.

Photo d’immigrants galiciens, Québec

Immigrants galiciens, Québec
Québec), 1911.


Archives nationales du Canada
PA 010263

On permit aux doukhobors d’établir des communautés à la condition que chaque colon présente sa propre demande de terre et prête le serment d’allégeance dans les trois ans afin d’obtenir le titre de sa propriété. Les doukhobors refusèrent cependant de traiter avec l’État, de prêter serment, d’enregistrer les naissances, les mariages et les décès, et s’opposèrent carrément à ce que leurs enfants soient instruits dans le système public. Ainsi, au moment où la période probatoire de trois ans tirait à sa fin, des divisions apparurent dans la communauté. Ces divisions prirent de l’ampleur à la suite des actions d’un groupe extrémiste, les Fils de la liberté, qui libérèrent des troupeaux, brûlèrent des maisons et refusèrent de labourer la terre. À l’autre extrême, on retrouvait certains doukhobors qui se séparèrent de la communauté, prêtèrent le serment d’allégeance et commencèrent à cultiver leur terre ainsi qu’à vivre et à travailler comme d’autres colons. Entre les deux, il y avait le reste des doukhobors, qui tentèrent de préserver le modèle communautaire traditionnel tout en subissant le harcèlement des Fils de la liberté.

Finalement, c’est le leader spirituel des doukhobors, Peter Veregin, qui rétablit l’ordre. Après être arrivé dans les Territoires du Nord-Ouest en 1903, il s’empressa de restructurer la secte pour en faire une communauté agricole prospère et maîtriser les Fils de la liberté. En 1908, Veregin acheta une vaste bande de terre en Colombie-Britannique (le serment d’allégeance n’était pas obligatoire dans cette province), regroupa les doukhobors dans la Communauté chrétienne de la fraternité universelle et établit des villages communautaires dans la province. Là encore, les membres indépendants se séparèrent pour vivre dans la société extérieure.

Mis à part les doukhobors, très peu de Russes entrèrent au Canada avant la Première Guerre mondiale. Le Canada n’était pas une destination populaire pour eux; ils préféraient plutôt l’Europe de l’Ouest, les États-Unis et l’Amérique du Sud. Par contre, de petites communautés russes se développèrent à Sydney, Montréal, Toronto, Windsor, Timmins, Winnipeg, Vancouver et Victoria. La plupart des Russes vivant dans ces communautés avaient été des paysans et avaient quitté leurs terres à cause de leur vive opposition au régime tsariste. Une fois au Canada, nombre d’entre eux trouvèrent des emplois dans le secteur industriel, alors en pleine croissance.

Mis à part les doukhobors, très peu de Russes entrèrent au Canada avant la Première Guerre mondiale. Le Canada n’était pas une destination populaire pour eux; ils préféraient plutôt l’Europe de l’Ouest, les États-Unis et l’Amérique du Sud.

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