ARCHIVÉE – Les artisans de notre patrimoine : La citoyenneté et l’immigration au Canada de 1900 à 1977

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Chapitre 2 (fin)
L’arrivée des Européens


haut de la page  Les Japonais

Comme la Colombie-Britannique faisait face à l’océan Pacifique, les nouveaux arrivants qui n’étaient pas Britanniques venaient dans une large mesure de l’Asie, y compris du Japon. Bien que le premier Japonais connu à émigrer au Canada, Manzo Nagano, s’établit dans la province en 1877, les immigrants japonais ne sont pas arrivés en nombre appréciable avant 1900. En 1914, seulement 10 000 Japonais s’étaient établis dans tout le Canada, et c’est en Colombie-Britannique qu’ils étaient de loin les plus nombreux.

Le Japon limita le nombre d’hommes qui pouvaient immigrer au Canada à 400 par année, devenant ainsi le seul pays à contrôler spécifiquement le mouvement de ses habitants vers le Canada. En conséquence, pendant plusieurs années, la plupart des immigrants du Japon furent des femmes qui venaient rejoindre leur mari. En 1928, le Canada et le Japon révisèrent l’entente à l’amiable de 1907, pour restreindre l’immigration japonaise au Canada à 150 personnes par année, quota qui fut rarement atteint.

Photo de Japonais arrivant à Vancouver, 1899

Japonais arrivant à Vancouver.
L’homme qui se trouve au premier plan
est membre du parlement japonais et
fait partie de la délégation qui s’est
rendue en Colombie-Britannique pour
tenter, de faire amender les politiques
oppressives envers les immigrants
asiatiques, 1899.


Selkirk College Library

La première vague d’immigrants japonais, que l’on appelait Issei, arriva entre 1877 et 1928. Avant 1907, la plupart des colons japonais étaient de jeunes hommes. Cette année-là, à l’instigation du Canada, le Japon limita le nombre d’hommes qui pouvaient immigrer au Canada à 400 par année, devenant ainsi le seul pays à contrôler spécifiquement le mouvement de ses habitants vers le Canada. En conséquence, pendant plusieurs années, la plupart des immigrants du Japon furent des femmes qui venaient rejoindre leur mari. En 1928, le Canada et le Japon révisèrent l’entente à l’amiable de 1907, pour restreindre l’immigration japonaise au Canada à 150 personnes par année, quota qui fut rarement atteint. Les Issei étaient invariablement des jeunes et venaient de villages d’agriculteurs et de pêcheurs surpeuplés et pauvres sur les îles de Honshu et Kyushu. La plupart s’établirent à Vancouver et Victoria ou à proximité, dans des villages de pêche et des villes où on traitait la pâte à papier le long de la côte du Pacifique, et dans des fermes de la vallée du Fraser.

haut de la page  Les sikhs

Les premiers immigrants de l’Inde arrivèrent à Victoria et à Vancouver en 1904. Bien que la Colombie-Britannique fit tout son possible pour décourager la venue d’immigrants « visibles » qui provenaient de l’Asie, leur interdisant l’accès aux professions et leur refusant le droit de vote, entre autres, quelque 5 000 immigrants de l’Inde s’étaient installés dans la province à la fin de 1907. Parmi ceux-là, la grande majorité étaient sikhs (membres de la religion réformiste qui vit le jour en l’an 1500 environ dans le Punjab au nord de l’Inde). Les premiers sikhs arrivèrent dans la province en 1904, après avoir été informés de ses beautés et de ses avantages par un détachement de soldats sikhs qui étaient passés par là en revenant de Londres, où ils avaient assisté au Jubilé de diamant de la reine Victoria en 1897. La plupart de ces premiers immigrants sikhs trouvèrent du travail dans les scieries et les camps de bûcherons de la province.

En 1999, un timbre-poste a été émis pour commémorer la contribution des Canadiens sikhs à l’édification du Canada. Parmi les personnes présentes à la cérémonie de dévoilement, se trouvait M. Herb Dhaliwal, alors ministre du Revenu national, dont le grand-père sikh était arrivé au Canada en 1906.

haut de la page  Les Norvégiens

Outre les Britanniques et les Asiatiques, des Norvégiens s’installèrent également en Colombie-Britannique au début du siècle. On trouvait dans leurs rangs un groupe qui établit une colonie à Grande Prairie dans le district de Peace River en 1908. Quatre ans plus tard, un autre groupe de Norvégiens fondaient la colonie voisine de Valhalla.

Photo d’immigrants norvégiens, 1911

Immigrants norvégiens à bord du traversier G.T.R. à Québec, vers 1911.

Archives nationales du Canada (PA 10394)

haut de la page  Colonies non agricoles

Comme le Canada accueillit un nombre important de bons colons agriculteurs durant la période la plus intense de sa construction, il est juste de dire que Clifford Sifton atteignit l’un de ses principaux objectifs. Par contre, il échoua lamentablement dans ses tentatives d’envoyer un grand nombre d’immigrants à l’extérieur des villes. Contrairement à la perception populaire du jeune Canada d’alors, notre pays n’exploitait pas seulement les ressources agricoles et les ressources primaires; en fait, près de 70 p. 100 des nouveaux arrivants au cours de cette période trouvèrent du travail dans le monde de l’industrie et des transports où leurs services étaient très en demande.

Au moment même où la dernière terre de choix dans l’Ouest allait être labourée, le Canada connaissait un développement industriel rapide. En 20 ans, soit de 1890 à 1910, le nombre de personnes travaillant dans l’industrie manufacturière doubla; au déclenchement de la Première Guerre mondiale, les Canadiens tiraient autant de revenus des industries manufacturières que de l’agriculture. Une telle effervescence dans le secteur manufacturier, jumelée à la ruée pour la construction des chemins de fer transcontinentaux et l’ouverture de nouvelles mines, se traduisit par une vaste demande de main-d’oeuvre.

On comprend alors pourquoi tant d’immigrants étaient davantage intéressés par les villes que par les régions rurales. En outre, pour la plupart des nouveaux arrivants au Canada, il n’était pas facile de labourer la terre tout de suite. À ce moment, comme maintenant, s’établir sur une terre était coûteux, et les nouveaux arrivants, plus particulièrement ceux d’Europe de l’Est, d’Europe du Sud et d’Europe centrale, avaient rarement les fonds nécessaires pour entreprendre immédiatement leur exploitation agricole. Ainsi, nombre d’entre eux trouvèrent d’abord un emploi dans le secteur manufacturier ou celui du transport dans les villes et municipalités canadiennes qui connaissaient un fort développement industriel, alors que d’autres dénichèrent du travail dans la construction des chemins de fer, la coupe du bois ou les mines. Un bon nombre d’immigrants qui entrèrent sur le marché du travail comme ouvriers agricoles abandonnèrent même définitivement cet emploi pour accepter du travail dans d’autres secteurs.

haut de la page  Opposition à l’immigration

Bien sûr, les syndicats s’opposaient vertement à l’embauche de travailleurs immigrants non spécialisés par les sociétés ferroviaires et les sociétés manufacturières. James Wilks, vice-président du Congrès du travail, n’hésita pas à donner son opinion sur le sujet. En 1900, il écrivit au premier ministre Wilfrid Laurier pour lui faire part de l’effet que l’arrivée massive de Scandinaves et de Finlandais du Minnesota avait sur le marché du travail canadien. Wilks implora le gouvernement Laurier d’appliquer la Loi sur le travail des aubains, mesure législative visant à empêcher l’importation de main-d’oeuvre contractuelle. Seule une application rigoureuse de cette loi, soutenait Wilks, empêcherait le Canada d’être inondé par des « aubains ignorants, malheureux et ne parlant pas anglais » susceptibles de nuire irrémédiablement à la communauté.

Les pionniers de l’Ouest provenant de l’Europe centrale et de l’Europe du Sud-Est étaient également fortement critiqués. Aussi excellents ces agriculteurs pouvaient-ils être, aux yeux de nombreux habitants de l’Ouest, cela n’en faisait pas des colons désirables. Seuls ceux qui s’assimilaient rapidement à la société anglo-saxonne dominante étaient les bienvenus.

Dans les Prairies, les Ukrainiens et les doukhobors furent les principales cibles de cette méfiance et de cette animosité. À Winnipeg, porte d’entrée de l’Ouest, les Ukrainiens égalèrent inévitablement ou dépassèrent le nombre total d’immigrants américains et britanniques entre 1897 et 1899. Peu importait que moins de la moitié du nombre total d’immigrants au Canada au cours des années (et habituellement beaucoup moins que la moitié) n’étaient pas d’origine britannique. Ce qui importait est ce qui se produisait à Winnipeg. Et de ce point de vue, les habitants de l’Ouest inquiets voyaient d’importants groupes ethniques non assimilables prendre racine dans tout l’Ouest. D’où ce débat houleux au sujet de la « canadianisation  » et l’on demanda au gouvernement d’être plus sélectif dans le genre d’immigrants qu’il laissait entrer au Canada. Après le départ de Sifton en 1905, son successeur, Frank Oliver, allait entendre ce cri d’appel et tracer une nouvelle voie.

Cyril Genik :
le « tsar du Canada »

Aussi bizarre que cela puisse paraître, le Canada a déjà eu son « tsar ». Bien sûr, ce n’était pas un vrai monarque, mais un agent d’immigration bien connu et des plus respectés. Cyril Genik, qui vécut de 1857 à 1925, se vit conférer ce titre par les immigrants ukrainiens déroutés, heureux d’obéir à tous les ordres d’un fonctionnaire compétent qui pouvait les aider dans ce nouveau et étrange pays.

À l’instar de ceux qu’il servait, Cyril Genik était d’origine ukrainienne. Il arriva au Canada en1896 durant les années d’immigration ukrainienne massive (1896-1914). Il dirigeait le deuxième groupe d’immigrants ukrainiens envoyés au Canada durant cette période par le Dr Josef Oleskow, agriculteur que l’on nomma le « père de l’immigration ukrainienne organisée au Canada ».

La plupart des compatriotes de Cyril Genik étaient des paysans peu instruits dont les quelques biens consistaient peut-être en une petite maison, une petite parcelle de terrain, une vache et quelques oiseaux de basse-cour. Genik, par contre, était un ancien enseignant bien instruit qui avait une bonne connaissance de l’anglais et d’autres langues.

Une semaine après être arrivés à Winnipeg en juillet 1896, Genik et quelques-uns des hommes de son groupe quittèrent Winnipeg pour aller faire de la reconnaissance de terres agricoles au sud de la ville. Au mois d’août, les colons avaient décidé de s’établir près d’une colonie mennonite allemande qui existait déjà. La colonie qu’ils fondèrent et baptisèrent Stuartburn, devint l’une des plus importantes colonies ukrainiennes au Manitoba.

Même si Genik enregistra sa petite ferme, sa famille et lui-même n’y restèrent pas longtemps. Ils retournèrent rapidement à Winnipeg où, en novembre 1896, Genik fut engagé par la Direction générale de l’immigration du gouvernement fédéral comme interprète à temps partiel. Le nombre d’immigrants ukrainiens augmentait tellement qu’en 1898, il fut engagé comme salarié à plein temps. Il devint ainsi le premier Ukrainien à occuper un poste de fonctionnaire canadien permanent.

Cyril Genik était décrit officiellement comme « interprète  », mais ses fonctions allaient au-delà de la traduction; il devait fournir divers services d’orientation et d’assistance aux immigrants ukrainiens dès leur arrivée au Canada. Genik se rendait dans les ports de l’Est pour y accueillir des bateaux d’immigrants et accompagner ensuite des groupes d’Ukrainiens dans le train vers l’Ouest. Durant ce long voyage, il conseillait les nouveaux arrivants sur les règlements du gouvernement concernant les colonies, les aidait à remplir les formulaires préliminaires et tenait à l’écart les cambistes peu scrupuleux et les marchands cupides qui leur offraient des biens inutiles à des prix exorbitants. Une fois que les Ukrainiens avaient atteint les Prairies, Genik les aidait à choisir une terre, à enregistrer leur ferme et à trouver du travail.

Lorsqu’ils étaient établis, il se rendait dans leurs communautés et faisait état de leurs progrès au gouvernement fédéral. Dans son uniforme de la Direction générale de l’immigration, Cyril Genik devint un lien connu entre les fonctionnaires du gouvernement canadien et les immigrants ukrainiens. À ce titre, il joua un rôle très utile pour aider les nouveaux arrivants à s’adapter à la nouvelle terre parfois indocile sur laquelle ils avaient décidé de s’établir. Et en facilitant le travail d’un groupe d’immigrants, il incitait d’autres Ukrainiens à quitter leur foyer pour venir s’établir dans l’ouest du Canada.

Après sa retraite en 1914, Cyril Genik continua de travailler comme leader de la communauté canado-ukrainienne, embrassant diverses causes culturelles et en publiant des articles. Pendant un certain temps, il se fit aussi le défenseur de la création d’une église ukrainienne indépendante au Canada. Ses réalisations furent si nombreuses et si variées qu’à sa mort, Cyril Genik était considéré par de nombreux colons comme « une sorte de tsar du Canada ».

En février 1999, une plaque a été dévoilée à Winnipeg pour souligner le rôle inestimable que Cyril Genik a joué dans l’établissement et le renforcement de la communauté ukrainienne au Canada.

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