ARCHIVÉE – Les artisans de notre patrimoine : La citoyenneté et l’immigration au Canada de 1900 à 1977

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Chapitre 3 (fin)
Un nouveau chemin à tracer


haut de la page  Le soulèvement de Vancouver en 1907

Toujours soucieux de promouvoir l’immigration britannique et américaine, Frank Oliver fit un pas de plus dans sa politique d’immigration sélective. Plusieurs faits nouveaux se liguèrent pour l’orienter dans cette direction, notamment le soulèvement de Vancouver en septembre 1907. L’émeute, qui causa des dommages importants à des immeubles occupés par des Orientaux, fut précipitée par un caillou lancé par un jeune dans la fenêtre d’un magasin chinois après un énorme défilé antiasiatique.

Bien que l’émeute fut provoquée en un rien de temps, ses origines étaient complexes. Les racines de l’émeute se trouvent profondément enfouies dans ce sentiment antiasiatique qui fermentait depuis des années en Colombie-Britannique. Cette antipathie raciale atteignit de nouveaux sommets en 1907 lorsqu’on signala que la société ferroviaire du Grand Tronc prévoyait importer des milliers de travailleurs japonais pour travailler à la réalisation du segment ouest du chemin de fer. Pour ajouter à la tension, plus de 2 300 Japonais arrivèrent dans la province au cours du seul mois de juillet, ce qui était beaucoup plus que prévu.

L’immigration japonaise atteignant des sommets inégalés, les Blancs de la côte Ouest eurent de plus en plus l’impression que les Japonais étaient devenus la principale menace orientale à l’intégrité culturelle de leur province. Les Japonais, tout comme les Chinois, avaient déjà été considérés comme non assimilables, mais après la victoire du Japon sur la Russie durant la guerre russo-japonaise (1904-1905), l’image du Japon parut encore plus effrayante. Un nombre de plus en plus élevé de Britanno-Colombiens blancs considéraient maintenant l’immigrant japonais comme agressif, loyal d’abord à son pays, et désireux de faire progresser les visées expansionnistes de sa patrie.

Au fur et à mesure que les gens s’alarmaient au sujet de l’arrivée massive de Japonais, des commentaires hystériques au sujet de l’«  invasion » japonaise firent leur apparition dans la presse quotidienne. Ces craintes s’accompagnèrent de demandes de la chambre de commerce et du Conseil du travail de Vancouver qui réclamèrent des mesures visant à endiguer le flot d’immigrants. Non content d’oeuvrer sur la seule scène politique, le conseil forma la Ligue d’exclusion des Asiatiques. La Ligue allait par la suite rompre tous les liens avec la chambre de commerce et le Conseil du travail et tenir un défilé  antiasiatique qui précéda l’émeute de Vancouver en 1907.

Après l’émeute, le gouvernement Laurier se retrouva dans la position apparemment insoutenable de devoir apaiser et les Britanno-Colombiens et les Japonais en même temps. La solution passait par le compromis. En réponse aux demandes pressantes de la Colombie-Britannique de mettre un terme à l’immigration asiatique, Ottawa négocia une entente avec le Japon selon laquelle ce dernier acceptait de restreindre volontairement son émigration au Canada à 400 personnes par année.

Dans le cadre de la même initiative, le gouvernement dépêcha Mackenzie King, le sous-ministre du Travail et futur premier ministre, pour faire enquête à Vancouver et régler les réclamations présentées par les Japonais. Aux commandes de sa commission royale d’enquête dont il était l’unique membre, King tint une série d’audiences et attribua ensuite 9 000 dollars en indemnisation aux victimes japonaises de l’émeute de Vancouver. Les victimes chinoises de l’émeute, qui avaient subi plus de dommages, allaient recevoir plus tard 26 000 dollars.

Une fois les réclamations des Japonais réglées, Mackenzie King chercha à déterminer la provenance exacte des Orientaux arrivés récemment au Canada. Dans son rapport, il expliqua le nombre anormalement élevé d’Orientaux par une importante immigration de Hawaii et les activités des sociétés d’immigration basées au Canada. King en vint à la conclusion que l’immigration en provenance de Hawaii devait être interrompue, qu’on devait interdire aux sociétés d’importer des travailleurs contractuels et que le gouvernement fédéral devait restreindre considérablement l’admission de nouveaux venus japonais. Il laissa également entendre qu’il faudrait décourager l’immigration en provenance de l’Inde.

En réponse aux conclusions de King, le gouvernement Laurier apporta une modification importante à la Loi sur l’immigration. Cette modification, qui entra en vigueur en 1908, était connue sous le titre de « règlement du voyage sans interruption ». Conformément à ce règlement, tous les immigrants potentiels devaient se rendre au Canada en effectuant un voyage sans interruption en provenance de leur pays d’origine ou de citoyenneté en utilisant un billet acheté dans leur pays. Comme aucune société de navigation n’offrait de service direct en provenance de l’Inde, cette manoeuvre permit d’interdire toute immigration des Indiens. Elle ferma également la porte aux immigrants japonais qui transitaient par Hawaii.

Photo d'Adrienne ClarksonAdrienne Clarkson :
gouverneure générale

Le 8 septembre 1999, le premier ministre Jean Chrétien a résumé l’importance de la nomination d’Adrienne Clarkson à titre de première gouverneure générale immigrante du Canada lorsqu’il a dit : « Sa nomination reflète la diversité et le caractère inclusif de notre société et indique le degré de maturité que notre pays a acquis au fil des ans. »

Adrienne Clarkson, célèbre radiodiffuseure, auteure, éditrice et ancienne diplomate de l’Ontario, est née à Hong Kong en 1939. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1942, la famille Poy — les parents, le frère aîné de Mme Clarkson, ainsi qu’elle-même, alors âgée de trois ans — a quitté Hong Kong six mois après la reddition de la colonie britannique au Japon. C’est grâce à des circonstances fortuites, du fait que son père travaillait pour le service canadien des délégués commerciaux, qu’ils ont pu participer à un échange organisé par la Croix-Rouge, et par la suite, venir au Canada où ils ont trouvé refuge à leur grand bonheur.

Ambitieuse, disciplinée et très intelligente, Adrienne Clarkson s’est taillé une réputation au Lisgar Collegiate Institute d’Ottawa, où elle a excellé parmi ses consoeurs, est devenue présidente des étudiantes l’année où elle a reçu son diplôme (1955-1956), et s’est classée deuxième au concours oratoire du Club Rotary durant sa dernière année.

Après avoir obtenu son diplôme de Lisgar, Adrienne Clarkson a étudié la littérature anglaise au Trinity College, à l’Université de Toronto. Elle a été à la tête du St. Hilda’s College et a occupé le poste de vice-présidente du Student’s Administrative Council, à l’Université de Toronto, pendant ses dernières années comme étudiante de premier cycle. Elle a obtenu une maîtrise en 1961. Elle a ensuite entrepris des études supérieures à la Sorbonne, à Paris (1962-1964), où elle a perfectionné son français.

La 26e gouverneure générale du Canada s’est d’abord fait connaître du public pour son travail de pionnière à la télévision canadienne. Entre 1965 et 1982, elle a travaillé aux émissions Take Thirty, Adrienne at Large et The Fifth Estate, produites par la Société Radio-Canada (CBC). En tant que l’une des premières vedettes féminines de la télévision, elle a été remarquée pour son intelligence et sa forte présence. Son travail à la télévision lui a d’ailleurs valu des dizaines de prix, à l’échelle nationale et internationale.

Outre son travail de journaliste à la télévision, Mme Clarkson a exercé des fonctions de diplomate. De 1982 à 1987, elle s’est attiré de nombreuses louanges pour son travail d’agente générale de l’Ontario à Paris. À son retour au Canada, elle est devenue présidente et éditrice de McClelland and Stewart (1987-1988) et ensuite éditrice des Adrienne Clarkson Books pour cette société (1988). Elle est l’auteure de Love More Condoling (1968), Hunger Trace (1970) et True to You in My Fashion (1971).

Au moment de sa nomination comme gouverneure générale, Adrienne Clarkson était présidente du conseil du Musée canadien des civilisations à Hull, au Québec, poste qu’elle occupait depuis 1995.

haut de la page  L’incident du Komagata Maru

Le règlement sur le voyage sans interruption et les obstacles subséquents qui allaient être levés contre l’immigration provenant des Indes orientales furent contestés. La contestation la plus importante se produisit le 23 mai 1914, lorsque 376 ressortissants des Indes orientales (22 étaient des Canadiens qui revenaient chez eux) arrivèrent au port de Vancouver à bord du Komagata Maru, un tramp japonais engagé par un riche marchand sikh et ancien entrepreneur de Hong Kong, Gurdit Singh Sarhali. Le navire à vapeur fut accueilli avec une hostilité sans précédent. En fait, pendant des semaines, le navire resta au port, ses occupants privés de nourriture et d’eau par les autorités canadiennes qui cherchaient à ébranler leur détermination.

Enfin, le 20 juin, menacé de mourir de faim, un comité de passagers accepta de se rendre à l’exigence du gouvernement canadien qui demandait qu’une cause type soit entendue devant une commission d’enquête sur l’immigration. Une semaine plus tard, le cas de Munshi Singh, un jeune agriculteur sikh, allait être entendu et il fut jugé inadmissible au motif qu’il avait violé trois décrets, plus particulièrement le règlement sur le voyage continu. Lorsque la Cour d’appel de la Colombie-Britannique confirma le refus d’un tribunal inférieur d’ordonner son renvoi, il n’en fallut pas plus pour que Munshi Singh et tous les autres passagers soient expulsés. Cela se produisit exactement deux mois après l’arrivée du navire au destin tragique dans le port de Vancouver. Sous les applaudissements des citoyens de Vancouver massés sur les quais, le navire canadien NCSM Rainbow escorta le Komagata Maru dans les eaux internationales. Le navire à vapeur fila ensuite vers l’Inde, ayant laissé derrière lui une poignée de passagers, soit d’anciens résidents de la Colombie-Britannique qui avaient été autorisés à entrer au Canada par le gouvernement fédéral.

Les pressions politiques exercées par les sikhs persuadèrent finalement le gouvernement fédéral de prendre un décret permettant aux «  Britanniques hindous résidant au Canada » de faire venir leurs femmes et leurs enfants au pays. Le règlement tant détesté sur le voyage continu demeura toutefois en vigueur jusqu’en 1947.

Photo d'un paquebot tramp japonais, Komagata Maru

Des sikhs à bord du Komagata Maru. Le dramatique incident du Komagata Maru ayant eu lieu de mai à juillet 1914, rappelle l’arrivée de 376 émigrants en provenance de l’Inde dont l’entrée au Canada fut interdite en dépit du fait que tous détenaient un passeport britannique valide.

Archives nationales du Canada (C 38599)

haut de la page  Création d’un service d’inspection frontalière

Toujours soucieux de rendre la politique canadienne d’immigration plus restrictive et sélective que celle de Sifton, Frank Oliver créa en 1908 un service d’inspection d’immigration à 37 points d’entrée le long de la frontière canado-américaine dans le district du Canada central, qui allait de Toronto à Sprague, au Manitoba.

Le budget du service était tellement restreint à ses débuts qu’aucune disposition n’avait été prise pour y ouvrir des bureaux ou des centres de détention. Les agents de la douane et de l’immigration aux prises avec de grandes difficultés (les premiers exerçaient également des fonctions d’immigration) devaient travailler dans des conditions extrêmement difficiles dans des salles d’attente, sur des quais de traversier et des plates-formes de chemin de fer. Et le travail pouvait être dangereux. Par exemple, l’inspecteur frontalier H.G. Herbert fut abattu sur un traversier Windsor-Détroit par un individu à qui on avait refusé l’admission au Canada.

haut de la page  La théorie et la pratique

Frank Oliver aurait peut-être souhaité que son gouvernement adopte une politique d’immigration plus restrictive, mais l’opinion générale estimait que la prospérité du Canada nécessitait un grand nombre d’immigrants. Les employeurs de nombreux travailleurs immigrants exercèrent une influence considérable dans les Cabinets de Wilfrid Laurier et de Robert Borden. Ainsi, malgré l’adoption d’une loi restrictive sur l’immigration et l’imposition d’une taxe d’entrée, les gens continuaient d’affluer au pays. En 1906, le nombre dépassa 200 000 et en 1911, année où les libéraux furent chassés du pouvoir par les conservateurs de Robert Borden, plus de 300 000 personnes entrèrent au Canada. En 1913, le nombre d’immigrants atteignit le chiffre record de 400 000.

Les deux gouvernements libéral et conservateur réussirent à réduire considérablement l’immigration en provenance d’Asie, mais ils ne purent empêcher l’arrivée massive d’immigrants d’Europe centrale et de l’Est. Cela n’est pas difficile à comprendre. Le but du gouvernement d’Ottawa était d’attirer de bons colons agriculteurs vers l’ouest du Canada et, ce faisant, on avait créé un besoin d’immigrants de diverses compétences. Les colons exigeaient des chemins de fer, des biens manufacturés, des élévateurs à grain, des écoles et des services dans les villes et les cités — demandes qui généraient des emplois. De leur côté, les gens d’affaires et les compagnies avaient besoin d’un vaste réservoir de main-d’oeuvre bon marché qu’ils réclamaient à cor et à cri.

Les immigrants les plus acceptables sur le plan culturel provenaient du Royaume-Uni et des États-Unis, mais ils ne correspondaient pas à la vision que se faisaient les gens d’affaires du journalier idéal et malléable. Les immigrants britanniques et américains n’étaient pas disposés à tolérer, par exemple, les bas salaires ou les dures conditions de travail de la construction du chemin de fer. En outre, ils connaissaient trop bien les syndicats, ce qui pouvait poser un problème pour les employeurs.

Thomas Shaughnessy, qui succéda à Sir William Van Horne en tant que président du Canadien Pacifique, traduisait bien l’attitude de nombre de ses partenaires d’affaires en disant ceci :

Les hommes qui cherchent du travail dans la construction des chemins de fer sont, en général, habitués au dur labeur. Ils savent que lorsqu’ils vont travailler, ils doivent s’accommoder du campement le plus primitif… J’estime vraiment que nous commettrions une grave erreur en accueillant davantage de ces hommes du Pays de Galles, de l’Écosse ou de l’Angleterre… Cela n’est que préjudiciable pour l’immigration que d’importer des hommes qui viennent ici en s’attendant à obtenir des salaires élevés, un lit de plumes et une baignoire.

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Par contre, les Asiatiques étaient perçus comme des travailleurs parfaits. Les Chinois avaient fait leurs preuves à titre de journaliers durant la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique, où on leur avait confié les travaux les plus difficiles et les plus dangereux. Cependant, l’importation massive de journaliers asiatiques était hors de question à cause de la loi restrictive adoptée contre les immigrants asiatiques.

Les industriels canadiens se tournèrent donc de plus en plus vers l’Europe centrale et du Sud pour y trouver les travailleurs semi-spécialisés et non spécialisés dont ils avaient besoin pour produire les biens et les services qu’exigeaient les nouveaux colons. Parmi les habitants du continent européen, les Ukrainiens étaient les plus acceptables pour les industriels canadiens et la Direction générale de l’immigration. Bien qu’ils se soient avérés de bons agriculteurs, les Ukrainiens étaient disposés à travailler pour des salaires et à des conditions que d’autres nationalités n’acceptaient pas. Qui plus est, ils arrivaient déjà massivement au pays. On estime à 63 425 le nombre d’Ukrainiens qui entrèrent au Canada entre 1891, lorsque l’immigration ukrainienne de masse commença au Canada, et 1905, année où Frank Oliver entra dans le Cabinet Laurier. Un autre groupe de 59 000 Ukrainiens allaient arriver durant le mandat d’Oliver aux commandes du ministère de l’Intérieur.

haut de la page  Créer une nouvelle société

De 1896 à 1914, quelque trois millions d’immigrants s’établirent au Canada. Entre 1901 et 1911, lorsque la population canadienne grimpa de 43 p. 100, la proportion de personnes nées à l’étranger qui résidaient au Canada dépassait 22 p. 100. Presque du jour au lendemain, semble-t-il, l’immigration de Grande-Bretagne, des États-Unis, d’Europe et d’Asie avait transformé le visage du pays, particulièrement l’ouest du Canada, pour en faire une société polyglotte.

Cette transformation n’allait toutefois pas se faire sans déchirements. Comme on l’a déjà souligné, on assista à un débat houleux sur l’assimilation des immigrants qui parlaient une langue incompréhensible, pratiquaient une religion étrange et ne connaissaient pas suffisamment les rouages de la démocratie parlementaire. Le spectacle des colonies en bloc dans les régions rurales des Prairies et l’apparition de ghettos ethniques surpeuplés dans les villes canadiennes en croissance rapide perturbèrent la plupart des Canadiens anglais, qui en vinrent à penser qu’il était de leur devoir d’aider ces étrangers à s’adapter à l’idéal canadien-anglais, « pour en faire des gens propres, instruits et fidèles au Dominion et à la Grande-Bretagne ».

Les méthodistes et les presbytériens furent parmi ces Canadiens qui adoptèrent la cause de la « canadianisation » dans toutes ses ramifications. James Shaver Woodsworth (1874-1942) fut l’un de ceux-là. Ministre méthodiste bien connu, réformateur social et pacifiste, Woodsworth joua un rôle marquant dans presque tous les mouvements de réforme d’avant la Première Guerre, et devint plus tard l’un des fondateurs de la Fédération du Commonwealth coopératif (CCF), l’ancêtre du Nouveau Parti démocratique.

Les préoccupations de Woodsworth au sujet de la capacité d’assimilation des immigrants d’Europe de l’Est, du Centre et du Sud furent aiguisées par son expérience avec les immigrants du nord de Winnipeg au début du siècle. Travaillant et vivant au coeur de ce monde étranger, où cochons et poulets se promenaient dans les rues non pavées et où le taux de mortalité infantile était incroyablement élevé, Woodsworth en vint à croire que si les immigrants voulaient devenir de bons Canadiens, ils devaient embrasser les valeurs protestantes et devenir membres de la société chrétienne du Canada anglais.

Dans son ouvrage célèbre intitulé Strangers within Our Gates, publié en 1909 lorsqu’il était surintendant de la All People’s Mission à Winnipeg Nord, Woodsworth souligna ceci :

Nous, au Canada, avons des objectifs plus ou moins clairement définis en ce qui concerne le bien-être national. Il ne faut jamais perdre de vue ces idéaux. Les éléments qui ne correspondent pas à l’idéal doivent être assimilables. Les éléments essentiellement non assimilables sont clairement préjudiciables à notre norme la plus élevée du développement national et devraient donc être vigoureusement exclus.

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Autrement dit, il estimait que l’immigration devait être contrôlée lorsqu’elle causait des problèmes sociaux ou qu’elle entrait en conflit avec ce qui était perçu comme des objectifs de la vie nationale; de plus, tous les immigrants admis au Canada devaient pouvoir être assimilés aux traditions de la société anglo-canadienne. Pour Woodsworth, comme pour la plupart de ses compatriotes, les principaux instruments de la canadianisation étaient les écoles publiques. Comme il le dit lui-même :

L’école publique est le facteur le plus important qui permet de convertir les étrangers en Canadiens. L’on n’insistera jamais assez sur le travail qui est accompli et peut — et oui, qui doit — être accompli par nos écoles nationales.

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Les Canadiens anglais n’étaient pas le seul groupe préoccupé par la transformation qu’allait subir la population canadienne. Beaucoup de Canadiens français firent également part de leur inquiétude au sujet de ce qui se produisait, soutenant, par exemple, que les immigrants ukrainiens étaient une menace pour les institutions canadiennes. Au fur et à mesure que le nombre d’immigrants atteignait de nouveaux sommets, ces observateurs s’interrogeaient sur le sort des Canadiens français dans l’Ouest, où ils commençaient à être surclassés par plusieurs autres groupes ethniques, et dans le Canada en général, où la taille relative de la population canadienne-française diminuait.

Henri Bourassa (1868-1952) était le baromètre de nombreuses préoccupations exprimées par les Canadiens français. Durant ses premières années au Parlement, le célèbre journaliste et politicien appuya le programme d’immigration de Sifton, mais lorsqu’il se rendit compte que l’immigration changeait l’équilibre de la population canadienne et menaçait de réduire l’influence du Canada français, Bourassa commença à faire part de l’opposition du Québec à l’arrivée massive d’étrangers dans l’Ouest. Voici ce qu’il déclara lors de la session de 1906 :

Une fois toutes les critiques formulées, l’immigration aida cependant le Canada à réaliser plusieurs de ses aspirations. Des dizaines de milliers d’agriculteurs accomplis transformèrent rapidement les Prairies et alimentèrent une économie en pleine effervescence; d’innombrables immigrants non spécialisés et semi-spécialisés fournirent une main-d’oeuvre au dur labeur nécessaire pour construire les chemins de fer, les ponts et extraire le minerai des mines.

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Il arriva tellement d’immigrants du continent européen au cours des années précédant immédiatement la Première Guerre mondiale que le consensus  anglo-français qui avait dominé le paysage social, politique et culturel du XIXe siècle au Canada allait être altéré de façon permanente. Bien que le phénomène fut plus remarquable dans les provinces des Prairies, ces immigrants marquaient aussi fortement la société dans le reste du Canada. En ce sens, ce sont eux qui ont imprimé les changements importants que les immigrants allaient introduire au Canada après la Seconde Guerre mondiale. Avant cette deuxième période d’intense immigration cependant, la Première Guerre mondiale fut déclenchée et on assista à trois décennies de marasme au chapitre de l’immigration.

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