ARCHIVÉE – Les artisans de notre patrimoine : La citoyenneté et l’immigration au Canada de 1900 à 1977

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Chapitre 4 (suite)
La chute de l’immigration


haut de la page  La grève générale de Winnipeg

Le coût de la vie qui n’en finissait plus de monter, la progression du chômage et la déception à l’égard du « système  » donnèrent lieu à une vague de grèves qui déferla sur le pays en 1918 et en 1919, intensifiant les craintes d’une conspiration internationale des bolcheviks. La grève générale de Winnipeg, en mai 1919, fut l’étincelle qui allait enflammer ce sentiment xénophobe et renforcer la peur d’une révolution.

Cette grève générale, provoquée par le refus des employeurs de reconnaître le Metal Trades Council comme agent de négociation de ses syndicats affiliés, paralysa la ville de Winnipeg et la divisa en deux camps. Coincés par l’hystérie de l’époque, les membres influents de l’establishment de la ville dénoncèrent la grève qu’ils qualifièrent de conspiration révolutionnaire menée par un petit groupe de « maudits étrangers ». Ce faisant, ils négligèrent complètement le fait que presque tous les dirigeants de la grève étaient d’origine britannique et avaient fait leurs études en Grande-Bretagne, et n’étaient pas des bolcheviks d’Europe centrale.

Photo de l'avenue Portage à Winnipeg, lors du samedi rouge

Vue de l’avenue Portage, en direction est, lors du « samedi rouge » de la grève générale de Winnipeg.

Archives nationales du Canada (PA 163001)

Finalement, l’intervention ferme et décisive du gouvernement fédéral mit un terme au conflit. Persuadé que la grève avait été fomentée par des sujets d’un pays ennemi, le gouvernement réussit à faire modifier la Loi sur l’immigration pour faciliter leur expulsion. Il fit ensuite arrêter 10 dirigeants de la grève et entreprit des procédures d’expulsion contre les 4 qui étaient nés à l’étranger. Lorsque, le 21 juin, une marche de protestation tourna au vinaigre, la Royale gendarmerie à cheval du Nord-Ouest chargea la foule, tuant une personne et en blessant de nombreuses autres. Le « samedi rouge », comme on allait l’appeler, mena à l’arrestation et à l’expulsion de 34 étrangers et mit un terme à la grève générale de Winnipeg. Or, cette grève allait laisser dans tout le Canada un héritage d’amertume et de malaise qui allait prendre du temps à se dissiper.

haut de la page  Réduire la diversité ethnique à sa plus simple expression

La Loi sur l’immigration révisée en 1919 et les décrets adoptés en vertu de cette loi marquèrent un tournant dans la politique d’immigration du Canada. Avant la Première Guerre mondiale, les fonctionnaires de l’immigration sélectionnaient les immigrants principalement en fonction de la contribution qu’ils pouvaient apporter à l’économie canadienne, alors que maintenant, ils attachaient plus d’importance à la culture et à l’idéologie du candidat. Ainsi, les nouveaux arrivants des pays blancs du Commonwealth, des États-Unis, et dans une moindre mesure de ce que l’on appelait les pays préférés (c’est-à-dire de l’Europe du Nord-Ouest) étaient les bienvenus, alors que les « robustes paysans » dont on avait fait l’éloge durant le règne de Sifton ne l’étaient plus, à moins bien sûr qu’on ait besoin de la main-d’oeuvre qu’ils pouvaient offrir.

En juin 1919, le gouvernement fédéral, reflétant en cela le sentiment xénophobe qui prévalait, et influencé par les réalités économiques de l’heure, utilisa la nouvelle Loi sur l’immigration pour interdire à certaines catégories d’immigrants d’entrer au Canada. Parmi ceux-là, on notait les doukhobors, les mennonites et les huttériens, de même que toutes les personnes qui étaient alors des sujets d’un pays ennemi, ou encore qui l’avaient été pendant la guerre.

En 1918, des groupes d’huttériens, qu’un sentiment xénophobe à leur endroit avait amenés à quitter les États-Unis, avaient établi 10 colonies dans les régions de Calgary et de Lethbridge en Alberta, et 6 au Manitoba, à l’ouest de Winnipeg. D’autres espéraient leur emboîter le pas, mais en 1919, à l’instar des membres d’autres sectes pacifistes, on leur interdit de s’établir au Canada, et ce, jusqu’en juin 1922, lorsque le règlement fut abrogé par le nouveau gouvernement libéral de Mackenzie King.

Photo de trois hommes illustrant la diversité ethnique

Trois hommes illustrent la diversité ethnique des gens qui immigrèrent au Canada au début du XXe siècle.

Archives nationales du Canada (C 9798)

Profitant de la plus grande tolérance du gouvernement à l’égard des sectes religieuses non orthodoxes, quelque 20 000 mennonites russes prirent racine au Canada entre 1923 et 1929. À l’instar de leurs prédécesseurs, ces mennonites russes étaient exemptés du service militaire, mais contrairement à d’autres mennonites arrivés plus tôt, on ne leur permit pas de s’établir en blocs.

Affiche promotionnelle utilisée à recruter la jeunesse britannique au Canada pendant les années 1920

La jeunesse britannique était un groupe
activement recruté pendant les années
1920, pour le développement de
l’agriculture canadienne.


Canadien Pacifique Limitée (2053)

En 1923, le gouvernement abolit finalement la taxe d’entrée que l’on imposait depuis 1885 aux immigrants chinois, pour la remplacer par la nouvelle Loi de l’immigration chinoise dont les dispositions limitatives étaient tellement nombreuses qu’elles interdisaient, à toutes fins utiles, l’immigration chinoise. La nouvelle loi entra en vigueur le 1er juillet 1923, date que les Chinois canadiens qualifièrent de « journée de l’humiliation ». À partir de ce moment jusqu’à sa révocation en 1947, la Loi réussit à suspendre pratiquement l’immigration chinoise au Canada.

haut de la page  Courtiser les immigrants britanniques

Lorsque l’économie reprit de la vigueur en 1923, une fois de plus, le gouvernement fédéral décida de courtiser les immigrants britanniques. Comme ils l’avaient déjà fait dans le passé, les fonctionnaires de l’immigration ciblèrent les Britanniques disposés à s’adonner à l’agriculture. Pour les attirer au Canada, le gouvernement fédéral mit sur pied plusieurs programmes de colonisation qui offraient, entre autres attraits, une aide au transport des immigrants. Malgré ces mesures, l’immigration britannique dans les années 1920 n’atteignit jamais les niveaux d’avant-guerre, le nombre moyen d’immigrants britanniques au cours de la décennie approchant 54 000 personnes par année comparativement à presque 99 000 annuellement durant les 10 années qui précédèrent la Première Guerre mondiale. En outre, seul un petit nombre de ceux qui émigrèrent de Grande-Bretagne dans les années 1920 embrassèrent l’agriculture.

haut de la page  L’immigration juive

Bien que l’immigration au Canada entre 1919 et 1925 fût surtout limitée aux candidats de pays sources traditionnels, deux exceptions remarquables s’imposèrent. L’une concernait les mennonites russes, dont nous avons discuté  antérieurement, l’autre, les Juifs. Même si le ministère de l’Immigration et de la Colonisation était en général hostile à l’admission des Juifs, et multiplia les obstacles à leur venue, quelque 40 000 Juifs réussirent néanmoins à entrer au Canada entre les deux guerres, la plupart étant admis en vertu d’un permis spécial. Parmi ces Juifs, se trouvaient 200 orphelins de guerre amenés au Canada en 1920, grâce surtout aux efforts du célèbre marchand d’Ottawa, A.J. Freiman et de sa femme, Liliann, qui usèrent de leur influence pour amasser 150 000 dollars à cette fin.

En 1923, le gouvernement canadien accepta d’admettre 5 000 réfugiés juifs qui s’étaient enfuis de Russie en Roumanie entre 1918 et 1920, et à qui on avait par la suite ordonné de quitter leur pays d’adoption; de ce nombre, quelque 3 040 réfugiés foulèrent le sol canadien. Lorsque la communauté juive pressa le gouvernement de compenser cet écart de 2 000 par des réfugiés juifs déplacés dans d’autres parties de l’Europe, le gouvernement fit la sourde oreille, alléguant que nombre de ces personnes ne pouvaient être considérées comme de véritables réfugiés car elles avaient quitté la Russie avec le consentement des autorités.

Photo de jeunes orphelins juifs, immigrés au Canada,1927

Groupe de jeunes orphelins juifs immigrés au Canada, 1927.

Archives nationales du Canada (C 42732)

haut de la page  L’entente avec les sociétés ferroviaires

En 1919, les concepteurs de la politique d’immigration du Canada croyaient que, pour répondre aux besoins économiques du pays, on pouvait trouver un nombre suffisant d’agriculteurs et de travailleurs industriels blancs et anglophones, soit au Canada, soit aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Forts de cette conclusion, ces bureaucrates omettaient cependant de tenir compte des changements majeurs apportés à la loi américaine sur l’immigration qui avait réduit considérablement le nombre d’immigrants admis aux États-Unis en provenance du continent européen. Ils n’avaient pas non plus pris en considération l’absence de quotas pour l’entrée aux États-Unis de Canadiens de souche et l’inévitable résultat d’une telle politique — une augmentation du nombre d’agriculteurs et de travailleurs industriels canadiens qui traversaient la frontière et une diminution correspondante de la main-d’oeuvre canadienne.

Lorsque l’exode des travailleurs canadiens prit des proportions alarmantes, les industriels et les agriculteurs canadiens unirent leurs voix à celles du monde des transports et des mines pour exercer des pressions sur le gouvernement fédéral afin qu’il adopte une politique d’immigration plus libérale. Clifford Sifton allait donner le ton à la nouvelle campagne d’immigration lorsqu’il déclara en 1922 que l’on avait besoin dans l’ouest du Canada de 500 000 « robustes paysans ». Ces gens, disait-il, devraient être amenés immédiatement « d’Europe centrale, plus particulièrement de Hongrie et de Galicie ».

Face à ces pressions, le gouvernement de Mackenzie King supprima graduellement la plupart des obstacles qu’il avait dressés contre l’immigration européenne à grande échelle, en commençant, en 1923, par abroger le règlement qui restreignait l’entrée des immigrants en provenance de l’Allemagne et de ses alliés de guerre. La véritable percée allait se réaliser deux  ans plus tard lorsque le gouvernement fédéral signa une entente avec le Canadien Pacifique et le Canadien National permettant aux deux sociétés de chemin de fer de recruter de la main-d’oeuvre bon marché en prétextant qu’il s’agissait de véritables agriculteurs européens. Cette mesure ouvrait la voie aux immigrants de pays désignés antérieurement comme « non préférés » par les autorités de l’immigration, des pays comme la Lettonie, la Lituanie, l’Estonie, la Pologne, la Russie, la Yougoslavie, l’Allemagne, l’Autriche et la Roumanie.

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