ARCHIVÉE – Les artisans de notre patrimoine : La citoyenneté et l’immigration au Canada de 1900 à 1977
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Chapitre 5 (suite)
À l’aube de l’adoption de la
Loi sur la citoyenneté canadienne
- Mackenzie King fait une déclaration sur l’immigration
- Le Canada ouvre ses frontières aux personnes déplacées
- Immigration des ressortissants des pays baltes au Canada
- Le Canada accueille les agriculteurs hollandais
- Main-d’oeuvre contractuelle
Mackenzie King fait une déclaration sur l’immigration
Le 1er mai 1947, en réponse à ceux qui préconisaient une politique d’immigration plus libérale, Mackenzie King fit la déclaration suivante à la Chambre des communes :
La politique du gouvernement est de favoriser la croissance de la population du Canada en encourageant l’immigration. Le gouvernement verra par voie législative, réglementaire et par une administration rigoureuse à assurer la sélection judicieuse et l’établissement permanent de ces immigrants et cela, aussi avantageusement que possible pour notre économie nationale.
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Avant de conclure son discours qui fut souvent cité, Mackenzie King insista cependant sur le fait que l’immigration ne devait pas permettre « d’altérer fondamentalement le caractère de notre population ». Autrement dit, l’immigration asiatique continuerait d’être restreinte alors que les requérants des « anciens » pays du Commonwealth et ceux des États-Unis jouiraient toujours d’un traitement de faveur. Néanmoins, par respect pour la Charte des Nations Unies, la Loi de l’immigration chinoise de 1923 allait être abrogée et les résidents chinois du Canada, qui n’étaient pas encore citoyens canadiens, allaient pouvoir demander la naturalisation.
La déclaration de Mackenzie King ouvrit la voie à des centaines de milliers d’Européens qui purent entrer au Canada au cours de la décennie suivante. Pour la première fois depuis le tournant du siècle, un gouvernement canadien avait décidé de faire de l’immigration l’instrument capable d’accroître la population canadienne et de stimuler l’économie. Aujourd’hui, nous ne considérerions pas cette mesure comme audacieuse, mais à l’époque, elle s’avérait un changement de cap complet. En fait, on peut maintenant affirmer qu’il s’agissait là d’un tournant dans la politique d’immigration du Canada. Car depuis ce temps, le Canada admet les immigrants à la recherche d’une vie meilleure ou les réfugiés qui fuient la persécution politique ou religieuse.
Le Canada ouvre ses frontières aux personnes déplacées
Le Canada décida d’admettre les personnes déplacées, ce qui est tout à son honneur, avant même que la communauté internationale ait conclu une entente sur le réétablissement permanent de centaines de milliers de sans-abri provenant d’Europe. Optant pour une position d’indépendance, le gouvernement adopta un décret, en juin 1947, autorisant l’entrée d’un premier groupe de 5 000 personnes déplacées et non parrainées. D’autres décrets, adoptés entre juillet 1947 et octobre 1948, permirent l’entrée d’un autre groupe de 45 000 de ces personnes, qui parrainèrent par la suite des parents provenant d’Europe. Pendant de nombreuses années, le Canada a admis plus de personnes déplacées (les Canadiens les qualifiant rapidement de « nouveaux Canadiens ») que tous les pays étrangers combinés — beaucoup plus, par exemple, que les États-Unis.
Près de 250 000 personnes déplacées et autres réfugiés furent admis au Canada entre 1947 et 1962. Des 165 000 réfugiés qui entrèrent au pays entre 1947 et 1953, les Polonais constituaient le groupe le plus important (23 p. 100 de tous les réfugiés admis). Par ordre décroissant, on trouve les Ukrainiens (16 p. 100), les Allemands et les Autrichiens (11 p. 100), les Juifs (10 p. 100), les Lettons (6 p. 100), les Lituaniens (6 p. 100), les Hongrois (5 p. 100), les Tchèques (3 p. 100), les Hollandais (3 p. 100) et les Russes (3 p. 100). Tout compte fait, ces groupes constituaient quelque 86 p. 100 des Européens qui obtinrent le droit d’entrer au Canada au cours de cette période.
Personne déplacée durant la Seconde Guerre mondiale, immigrée au Canada et travaillant
aux Dionne Spinning Mills de Saint-George, comté de Beauce
(Québec), le 21 mai 1948.
Archives nationales du Canada (PA 115767)
Cinq équipes mobiles d’agents d’immigration furent envoyées en Allemagne et en Autriche à l’été de 1947 pour sélectionner des candidats immigrants. Composées de fonctionnaires de l’immigration, des services médicaux, de la sécurité et du travail, ces équipes allaient d’un camp de personnes déplacées à l’autre, interviewant de nombreuses personnes désespérées qui vivaient dans leurs valises ou, si possible, le coffre d’une voiture. En un sens, ces équipes étaient des « chasseurs de têtes » itinérants, même si leur mission était de choiSir des réfugiés physiquement aptes à immigrer. La préférence était accordée aux jeunes hommes forts qui pouvaient effectuer du travail manuel dans les industries primaires du Canada, aux prises à cette époque avec une grave pénurie de main-d’oeuvre.
Ces équipes furent par la suite louangées par le Dr Hugh Keenleyside, sous-ministre des Mines et des Ressources (l’immigration était alors l’une des responsabilités de ce ministère) de 1947 à 1949 et figure dominante du réétablissement au Canada des personnes déplacées. Lors d’une allocution prononcée à l’Université de Dalhousie en novembre 1948, M. Keenleyside, hautement respecté, fit l’éloge du travail de ces agents d’immigration :
Je crois qu’il n’est pas exagéré de dire que le fait d’amener au Canada plus de 50 000 personnes déplacées entre juillet 1947 et novembre 1948, dans les conditions qui existaient en Allemagne à l’époque et malgré les difficultés de transport qu’il fallut régler, est une performance remarquable jamais égalée dans l’histoire de l’immigration au Canada.
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Immigration des ressortissants des pays baltes au Canada
Comme ils figuraient en tête de liste des immigrants préférés du Canada, ces ressortissants furent les premières personnes déplacées retenues par les équipes d’immigration canadiennes envoyées dans les camps des Nations Unies en Autriche et en Allemagne. De façon générale, les ressortissants des pays baltes étaient des Estoniens, des Lettons et des Lituaniens qui s’étaient retrouvés coincés entre les forces soviétiques et allemandes lors de la Seconde Guerre mondiale, qui avaient subi l’occupation soviétique de leurs pays respectifs en 1940, l’invasion allemande qui s’ensuivit et l’avancée des forces russes en 1944.
Lorsque les Russes envahirent l’Estonie en 1944, des milliers d’Estoniens prirent la mer en direction de la Suède et de l’Allemagne. Parmi ceux qui demeurèrent en Estonie, certains effectuèrent plus tard une évasion dramatique au Canada. De 1948 à 1950, près de 1 700 Estoniens arrivèrent dans les ports canadiens par leurs propres moyens, dans de petites embarcations que l’on disait souvent incapables de tenir la mer. Une équipe spéciale d’agents d’immigration fut constituée pour les accueillir sur place. Le gouvernement canadien admit presque tous ces futurs immigrants intrépides. De nombreux autres Estoniens, habituellement des personnes déplacées, allaient suivre les « réfugiés de la mer » au Canada au cours des années suivantes, mais leur transport et leur arrivée étaient beaucoup plus conventionnels.
Le Canada accueille les agriculteurs hollandais
Désireux d’accroître la population des régions rurales, le gouvernement canadien signa une entente avec le gouvernement hollandais qui amena des familles hollandaises dans notre pays. La Hollande se retrouvait avec un surplus d’agriculteurs après que les soldats allemands en débâcle eurent détruit les canaux du pays, provoquant l’inondation de la majorité des terres agricoles. Entre 1947, lorsque ce mouvement d’immigration prit forme, et la fin de septembre 1949, près de 16 000 membres de familles agricoles hollandaises entrèrent au Canada. Beaucoup de ces nouveaux arrivants se dirigèrent vers l’Ontario, mais un bon nombre d’entre eux s’établirent également au Québec, en Alberta, au Manitoba et en Colombie-Britannique. Cet accord fut une telle réussite que la Direction générale de l’immigration continua d’encourager les agriculteurs des Pays-Bas à émigrer au Canada jusqu’à la fin des années 1950.
Le 27 juin
1949, Lambertus Vandenberg et sa famille arrivèrent à
Ottawa après avoir voyagé à bord du SS Volendam, pour se rendre de la Hollande à la ville de Québec.
Collection Jack Vandenberg
Main-d’oeuvre contractuelle
Le besoin insatiable qu’avait le Canada de travailleurs supplémentaires pour répondre à l’expansion de son économie amena le gouvernement, en 1947, à établir un programme qui encourageait les entreprises à adopter des régimes de travail « contractuel » ou « en vrac ». Beaucoup de personnes déplacées qui entrèrent au Canada au cours de ces années le firent dans le cadre de ce programme. Des employeurs potentiels dans les mines, les camps de bûcherons ou les scieries envoyaient des demandes au ministère du Travail pour qu’un certain nombre de journaliers soient amenés au pays conformément à des contrats préétablis garantissant les salaires et les conditions de vie de base. Peu de temps après sa mise en oeuvre, le programme fut élargi pour inclure d’autres types de journaliers de même que des travailleurs agricoles spécialisés comme les producteurs de betteraves à sucre qui s’établirent avec leurs familles dans l’ouest du Canada.
Le légendaire C.D. Howe, un immigrant américain, ingénieur et principal architecte de l’effort de guerre canadien, fut l’un des chefs de file qui promut le programme de main-d’oeuvre contractuelle. Lorsque le Canada passa à une économie d’après-guerre, Howe, qui représentait souvent les intérêts de l’Association des manufacturiers canadiens au Cabinet, devint un ardent défenseur de l’accroissement de l’immigration, notamment des personnes déplacées. En tant que ministre de la Reconstruction et des Approvisionnements et ministre intérimaire des Mines et des Ressources, il dirigea un flot continu de demandes au Cabinet concernant l’admission de travailleurs européens spécialisés et non spécialisés — des ouvriers pour l’industrie du vêtement; des travailleurs pour l’industrie lourde, les camps de bûcherons et la construction; des travailleurs du bois; et des personnes pouvant faire du travail domestique dans les maisons, les hôpitaux et d’autres établissements semblables.
Même si le mouvement des travailleurs « en vrac » s’avéra une excellente réponse aux besoins urgents de main-d’oeuvre de l’industrie canadienne et du secteur des ressources naturelles, il fit l’objet de critiques. Les sentiments exprimés dans nombre d’entre elles furent résumés dans un éditorial du 28 mai 1947 du Globe and Mail de Toronto, qui reprochait sévèrement au gouvernement d’avoir adopté une politique d’immigration défaillante et le critiquait vertement pour avoir permis à un libéral du Québec, Ludger Dionne, « d’importer » une centaine de jeunes filles polonaises pour travailler dans son usine de rayonne. De dire l’éditorialiste, « au lieu d’avoir un plan audacieux, imaginatif et à grande échelle pour amener ces gens-là au Canada, le gouvernement s’implique dans des magouilles qui permettent à des employeurs de recruter de la main-d’oeuvre dans le cadre d’un régime de semi-servitude… ».
À l’autre extrémité du spectre politique, les représentants des syndicats canadiens et du CCF (l’ancêtre du Nouveau Parti démocratique) dénoncèrent le programme parce qu’à leur avis, il réduisait les salaires et menaçait de déplacer des travailleurs canadiens de leur emploi. Faisant allusion aux articles parus sur le régime de travail de Ludger Dionne, l’enseignante de la Saskatchewan et membre du CCF, Gladys Strum, écrivit :
Je ne crois pas que notre image se trouve rehaussée auprès des Nations Unies quand nos quotidiens font état de situations qu’on dirait sorties tout droit de La case de l’oncle Tom, qui rappellent les vieux marchés d’esclaves où les filles étaient mises aux enchères et où une personne était chargée d’examiner leurs muscles et l’autre leurs dents.
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Malgré les attaques répétées, le mouvement de la main-d’oeuvre « en vrac » garda son élan jusqu’à ce que le président américain Harry Truman incite le Congrès à adopter la Displaced Persons Act (1948), qui faisait des États-Unis la destination préférée de nombreux Européens apatrides. L’adoption de cette loi, à laquelle se greffait le dépeuplement des camps de l’Europe, contribua à la baisse de l’immigration au Canada. Lorsqu’il devint impossible de satisfaire à la demande insatiable de main-d’oeuvre, le gouvernement fut forcé de conclure qu’il devait utiliser d’autres moyens, c’est-à-dire des mesures qui permettraient d’accepter plus de personnes au Canada tout en s’assurant d’attirer au pays la catégorie d’immigrants voulue.
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