ARCHIVÉE – Les artisans de notre patrimoine : La citoyenneté et l’immigration au Canada de 1900 à 1977

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Chapitre 6 (suite)
De nouvelles balises


haut de la page  Les réfugiés

Après que le Canada eut supprimé la discrimination raciale et géographique de sa politique d’immigration et signé par la suite la Convention de Genève relative au statut de réfugiés et son Protocole de 1967 (document sur lequel le Canada apposa sa signature en 1969), les réfugiés de l’extérieur de l’Europe pouvaient demander et obtenaient souvent le droit d’immigrer au Canada.

Comme pour souligner l’importance de ces changements, Allan MacEachen, le ministre de la Main-d’oeuvre et de l’Immigration, déclara en 1969 : « Nous accorderons une plus grande attention à l’acceptation des réfugiés qui veulent s’établir au Canada et qui proviennent d’autres régions du monde. » Tout aussi à propos que cela puisse paraître, le Ministre fit cette promesse l’année après que le Canada accepta les Tchèques qui avaient fui leur pays lorsque les troupes du Pacte de Varsovie réprimèrent un soulèvement visant à soustraire la Tchécoslovaquie à la sphère d’influence de l’Union soviétique. Avant la fin de 1969, le Canada allait admettre quelque 12 000 de ces réfugiés. Durant les  années 1970, le Canada allait avoir encore de nombreuses chances d’admettre d’autres groupes de réfugiés et, ce faisant, de respecter sa promesse. Au cours de cette décennie, le gouvernement et le peuple canadiens allaient être jugés par leur réaction aux importants mouvements de réfugiés à l’échelle internationale qui attirèrent particulièrement l’attention.

haut de la page  Les réfugiés du Tibet

Les intentions se traduisirent en actions en 1971 et en 1972 lorsque le Canada accepta quelque 228 Tibétains. Tout comme leurs compatriotes, ces réfugiés avaient fui leur pays après son occupation par la Chine en 1959. Dirigés par le dalaï-lama ou chef spirituel, ils s’étaient réfugiés au Népal, mais n’y furent pas bien accueillis. Cependant, l’Inde leur donna toute l’assistance possible. En 1966, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés tenta d’amener le Canada à accepter quelques Tibétains, qui étaient tous des agriculteurs, et à leur permettre de se réétablir de façon permanente. Le Canada refusa la proposition voulant qu’on leur permette de s’établir en groupes.

N’eût été d’un haut-commissaire du Canada en Inde, James George, le sort de ces Tibétains serait peut-être resté lettre morte. À la fin des années 1960, grâce principalement aux efforts de M. George, des plans furent élaborés pour amener ce petit groupe de Tibétains au Canada où, malgré des difficultés initiales, ils s’adaptèrent rapidement et avec succès à la vie canadienne.

haut de la page  Les Asiatiques de l’Ouganda

Parmi les nouveaux arrivants acceptés en provenance de l’Afrique ces années-là figuraient un groupe d’Asiatiques hautement qualifiés et bien instruits, qui avaient été expulsés de l’Ouganda par le décret d’Idi Amin Dada adopté en août 1972. En réponse à un appel urgent du gouvernement britannique, le gouvernement libéral de Pierre Trudeau décida d’accepter quelque 5 000 de ces réfugiés. Cependant, malgré l’entente tacite des partis de l’opposition, le gouvernement agit avec prudence, car il sentait une opposition marquée du public à l’exercice et craignait un ressac si les Asiatiques se voyaient accorder des privilèges spéciaux. Ce n’est que lorsque la situation devint plus critique, avec l’approche du délai d’expulsion, qu’Ottawa assouplit le système de points et les exigences médicales à l’égard des Asiatiques. Plus tard, 4 420 de ces réfugiés entraient au Canada, arrivant à bord d’un pont aérien d’urgence qui fut ouvert entre octobre et novembre 1972. Durant la première moitié de 1973, 1 278 autres Asiatiques arrivèrent indirectement d’Ouganda.

Photo d'immigrants asiatiques montant à bord d’un avion en Ouganda, 1972

Immigrants asiatiques montant à bord d’un avion à l’aéroport d’Entebbe (Ouganda), 1972.

Collection Roger St. Vincent

haut de la page  Américains en âge de conscription au Canada

Les conscrits réfractaires et les déserteurs militaires américains qui avaient demandé refuge au Canada durant la guerre du Vietnam allaient provoquer encore plus de controverse, notamment à cause du refus initial du gouvernement canadien d’admettre ceux qui ne pouvaient faire la preuve qu’ils avaient été renvoyés du service militaire (ce qui changea en 1968). Les conscrits réfractaires étaient habituellement des étudiants universitaires de la classe moyenne qui ne pouvaient plus reporter leur entrée dans le Selective Service System; par contre, les déserteurs étaient surtout des fils de gens de faible revenu et de la classe ouvrière qui étaient entrés dans les forces armées directement après l’école secondaire ou qui s’y étaient portés volontaires dans l’espoir d’y acquérir des compétences et d’élargir leurs horizons.

Dès 1965, le Canada allait devenir un paradis pour les conscrits et déserteurs américains. Comme ils n’étaient pas officiellement considérés comme réfugiés mais admis comme immigrants, on ne possède aucune estimation officielle du nombre de conscrits réfractaires et de déserteurs admis au Canada durant la guerre du Vietnam. Une estimation plus précise situe leur nombre entre 30 000 et 40 000. Que ce nombre soit exact ou non, il n’en demeure pas moins que l’immigration en provenance des États-Unis a été élevée durant toute la durée de la guerre et qu’en 1971 et 1972, le Canada a accueilli plus d’immigrants des États-Unis que de tout autre pays. Bien que certains des Américains transplantés chez nous rentrèrent chez eux après la guerre du Vietnam, la plupart d’entre eux prirent racine au Canada, constituant ainsi le groupe d’immigrants le plus important et le plus instruit que notre pays n’ait jamais accueilli.

Photo d'un groupe de déserteurs de l’armée américaine qui ont fui vers le Canada, 1970

Groupe de déserteurs de l’armée américaine qui ont fui vers le Canada, se retrouvant au Comité des déserteurs américains. Montréal (Québec), 7 février 1970.

Archives nationales du Canada (PA 153762)

haut de la page  Réfugiés du Chili

Une controverse encore plus grande allait éclater lorsque plus de 7 000 Chiliens et autres réfugiés d’Amérique latine furent admis au Canada après le renversement violent du gouvernement socialiste-communiste démocratiquement élu de Salvador Allende en 1973. Les supporters chiliens et autres de l’ancien régime avaient fui la dictature militaire imposée par le général Pinochet, après le coup d’État.

Même si le Canada accepta des réfugiés, il le fit — au moins au départ — à contrecoeur. Malgré les pressions exercées par Amnistie Internationale, les églises, les syndicats et les groupes d’Amérique latine, le gouvernement mit du temps à réagir, soucieux de ne pas se mettre à dos le nouveau gouvernement du Chili et les États-Unis qui avaient déploré le glissement du Chili vers le chaos économique sous Allende. Des considérations idéologiques plutôt que raciales étaient apparemment devenues l’un des facteurs déterminants dans la politique d’admission des Chiliens au Canada.

haut de la page  Les réfugiés de la mer

Le Canada fit preuve de beaucoup plus d’humanité dans l’accueil qu’il réserva aux « réfugiés de la mer », ces Vietnamiens, Laotiens et Kampuchéens qui fuyaient les régimes communistes après la chute de Saigon en 1975. En 1979 et 1980, le Canada accepta quelque 60 000 de ces réfugiés, dont la plupart avaient vécu plusieurs jours dans de petites embarcations qui prenaient l’eau, victimes d’attaques acharnées de pirates, avant de se retrouver dans des camps sordides en Thaïlande et en Malaisie. Ils constituaient 25  p. 100 de tous les nouveaux arrivants au pays entre 1978 et 1981, pourcentage très élevé compte tenu du fait que les réfugiés ne constituent normalement qu’environ 10 p. 100 du nombre annuel d’immigrants au Canada.

Photo d'un petit bateau avec des réfugiés vietnamiens à bord

L’arrivée d’un petit bateau avec 162 réfugiés vietnamiens à son bord. Le bateau a sombré à quelques mètres de la côte. La plupart des réfugiés ont été rescapés et ont gagné la côte en toute sécurité.

HCNUR, K. Gaugler

Ce n’est pas avant 1978, cependant, que le mouvement des réfugiés de la mer au Canada prit de l’ampleur. L’élément déclencheur fut l’annonce que le Canada accueillerait 600 réfugiés qui se trouvaient à bord du Hai Hong, navire auquel le gouvernement malaysien avait refusé la permission d’entrer au port. L’année suivante, la défaite des libéraux et leur remplacement par le gouvernement progressiste conservateur de Joe Clark coïncidèrent avec une augmentation marquée du nombre de réfugiés qui fuyaient le Vietnam. Face aux pressions intenses des congrégations religieuses et d’autres organismes bénévoles, le gouvernement  annonça en juillet 1979 qu’il allait admettre 50 000 réfugiés au Canada avant la fin de 1980. La décision prévoyait l’accueil de réfugiés parrainés par le secteur privé ou par le gouvernement, ce dernier convenant au départ d’accepter un réfugié pour chaque réfugié que des particuliers, des églises ou d’autres groupes de bénévoles s’engageraient à parrainer. Quelque 77 000 réfugiés indochinois entrèrent au Canada entre 1975 et 1981, et ce, en bonne partie grâce à la réponse généreuse du gouvernement de M. Clark.

Michael Ondaatje :
auteur et cinéaste

Tous ceux qui ont vu Le patient anglais : l’homme flambé reconnaissent d’instinct qu’il s’agit de l’un des films les plus obsédants, les plus envoûtants et les plus merveilleux jamais réalisés. Mais le spectateur sait-il également que ce film a été tiré d’un roman primé, écrit par un Canadien, et que ce même Canadien est le coscénariste du film?

Michael Ondaatje s’est taillé une réputation internationale en tant que romancier, poète et cinéaste canadien. En réalité, il est né à Colombo, au Ceylan (Sri Lanka) le 12 septembre 1943, dans une famille privilégiée et exotique d’ascendance hollandaise, cinghalaise et tamoule. Il émigra au Canada en 1962, via l’Angleterre où il avait étudié au Dulwich College, à Londres.

Ondaatje poursuivit ses études à l’Université Bishop de Lennoxville, au Québec (1962-1964), au University College de l’Université de Toronto où il obtint un baccalauréat en 1965, et à l’Université Queen où il reçut une maîtrise en 1967.

Parmi les premiers recueils de poèmes de l’auteur, mentionnons The Dainty Monsters (1967), The Man with Seven Toes (1969) et Rat Jelly (1973). Les oeuvres complètes de Billy the Kid (poésie et prose), reconstitution semi-romancée de la vie du célèbre hors-la-loi, lui mérita le Prix du Gouverneur général en 1970. L’oeuvre fut adaptée à la scène et présentée à Toronto, New York et Stratford.

Son livre intitulé Le blues de Buddy Bolden (1976) fait appel à la fiction, à la réalité et à la poésie dans ce récit d’événements réels et imaginés dans la vie du cornettiste de jazz de la Nouvelle-Orléans, Buddy Bolden, alors que Un air de famille (1982) raconte la vie peu conventionnelle des parents et grands-parents d’Ondaatje. Un recueil de poèmes écrits entre 1963 et 1978, There’s a Trick with a Knife I’m Learning to Do, lui mérita un deuxième Prix du Gouverneur général en 1979. Son ouvrage intitulé La peau d’un lion (1987), roman dont l’action se déroule à Toronto, reçut le prix Trillium.

Michael Ondaatje compte aussi plusieurs films à son actif dont Sons of Captain Poetry, qui porte sur le poète bp Nichol, Carry On Crime and Punishment; The Clinton Special,qui porte sur le spectacle agricole du Théâtre Passe-Muraille, et Royal Canadian Hounds.

L’auteur et cinéaste a combiné l’écriture et l’enseignement à l’Université York, de Toronto, et édite des collections de poèmes et de récits. Il sera probablement mieux connu, cependant, pour son roman Le patient anglais, qui non seulement lui a valu le Prix du Gouverneur général pour les ouvrages de fiction en 1992 et le Booker Prize tant convoité, mais encore inspira le film qui rafla neuf oscars.

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