ARCHIVÉE – Les artisans de notre patrimoine : La citoyenneté et l’immigration au Canada de 1900 à 1977
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Chapitre 6 (fin)
De nouvelles balises
L’intérêt des provinces pour l’immigration
L’une des dispositions de la Loi sur l’immigration de 1976, qui autorise le ministre à conclure des ententes avec les provinces pour permettre l’élaboration et la mise en oeuvre de politiques d’immigration, a facilité la négociation de plusieurs ententes fédérales-provinciales en matière d’immigration durant les années 1970. La plus importante de ces ententes — et celle qui a provoqué la plus vaste couverture médiatique — est l’entente conclue en 1978 avec le Québec, que l’on appelle l’Entente Cullen-Couture.
Durant les premières décennies qui ont suivi la Première Guerre mondiale, les Québécois et leurs politiciens s’intéressèrent peu au rôle positif que l’immigration pouvait jouer dans le développement économique et culturel de la province. Cette attitude commença à changer durant la Révolution tranquille des années 1960 lorsque le gouvernement libéral de Jean Lesage annonça, en 1965, la création d’un service d’immigration du Québec. Essentiellement un exercice théorique, cette initiative fut éclipsée en 1968 par la création d’un ministère de l’Immigration par le gouvernement de l’Union nationale dans le but de promouvoir l’intégration des immigrants à la société francophone du Québec. La même année, le gouvernement du Québec signa une entente avec le gouvernement fédéral pour affecter des fonctionnaires du Québec aux bureaux fédéraux d’immigration à l’étranger dans le but de faciliter la sélection d’immigrants convenant au Québec. Cette mesure fut suivie; sept ans plus tard; par l’Entente Bienvenue-Andras qui autorisait le Québec à interviewer des candidats immigrants et à faire des recommandations aux agents fédéraux des visas.
Lorsque le Parti québécois prit le pouvoir avec René Lévesque en 1976, il accorda la priorité absolue à l’immigration. En fait, l’immigration fut l’une des premières questions que le nouveau gouvernement souleva avec Ottawa, le Québec exerçant des pressions pour obtenir la gamme complète des pouvoirs dans ce domaine. Deux ans plus tard, l’Entente Cullen-Couture était conclue. Cette entente-jalon déclarait que l’immigration au Québec devait contribuer au développement social et culturel de la province et donnait au Québec un droit de regard sur la sélection des immigrants de la catégorie des indépendants (travailleurs qualifiés et gens d’affaires avec les personnes à leur charge) et celle des réfugiés à l’étranger. En outre, l’entente autorisait la province à déterminer les critères financiers et autres pour le parrainage des immigrants de la catégorie des parents et des parents aidés.
Multiculturalisme
Le multiculturalisme est une autre question liée à l’immigration qui s’est imposée durant les années 1970. Le concept fut projeté sur la scène politique le 8 octobre 1971 lorsque Pierre Trudeau annonça à la Chambre des communes que son gouvernement allait adopter une politique du multiculturalisme dans le cadre du bilinguisme.
Lorsqu’il fit cette annonce, M. Trudeau omit d’expliquer pourquoi son gouvernement adoptait officiellement un tel concept. Il prit soin de ne pas mentionner que le multiculturalisme visait à persuader les Canadiens non anglophones et non francophones d’accepter le bilinguisme officiel, politique fédérale instituée en 1969 par suite de l’adoption de la Loi sur les langues officielles. Conçu pour promouvoir l’égalité du français et de l’anglais dans toutes les activités du gouvernement fédéral, le bilinguisme officiel avait été chaudement recommandé par la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (la Commission Laurendeau-Dunton), créée en 1963 pour faire enquête sur l’utilisation du français et le statut des Canadiens français au Canada. Pour ses parrains, la politique du bilinguisme semblait la réponse logique au nationalisme bouillonnant qui ébranla le Québec dans les années 1960. Cependant, la politique du multiculturalisme ne recueillit jamais l’appui général.
Dès le départ, le bilinguisme officiel souleva de l’opposition dans tout le pays. Mais c’est dans l’Ouest que les gens y étaient le plus réfractaires. Les habitants de l’Ouest d’origine ukrainienne, allemande ou d’autres souches non anglophones ou non francophones voulaient savoir pourquoi le gouvernement fédéral accordait moins d’importance à leur culture qu’à celle des minorités francophones beaucoup plus faibles dans l’ouest du Canada.
Le gouvernement Trudeau répondit à l’influence grandissante de ce que l’on appelait la « troisième force » dans la société canadienne en adoptant les recommandations de la Commission Laurendeau-Dunton visant à préserver les contributions d’autres groupes « ethniques » (à l’exclusion des peuples autochtones) à l’enrichissement culturel du Canada. Ces recommandations prévoyaient l’adoption d’une politique du multiculturalisme dans un cadre bilingue. En soi, le multiculturalisme n’avait rien de nouveau. C’était simplement une vieille préoccupation dotée d’un nouveau nom. Mais peu importe sous quel couvert on le présentait, ceux qui l’adoptaient visaient à promouvoir l’égalité et le respect entre les différents groupes ethniques et culturels du Canada.
Pour appliquer sa nouvelle politique, le gouvernement nomma un ministre responsable du multiculturalisme en 1972 et, en 1973, créa le Conseil canadien du multiculturalisme et la Direction générale du multiculturalisme au Secrétariat d’État. À l’instar du bilinguisme officiel, le multiculturalisme allait provoquer de l’opposition, dont une bonne partie s’amplifia au cours des turbulentes années 1980, où le Canada dut affronter certains des problèmes les plus difficiles de son histoire en matière d’immigration, problèmes de nature à éprouver ceux qui font la loi comme ceux qui l’appliquent.
Wilder Penfield :
pionnier de la médecine et auteur
Le neurochirurgien et scientifique Wilder Penfield (1891-1976) se démarque certainement des immigrants américains qui ont apporté une contribution remarquable au Canada. Les réalisations notables du Dr Penfield en médecine lui ont valu de nombreux éloges tant au Canada qu’à l’étranger, et ont permis de mieux faire reconnaître la communauté médicale montréalaise.
Né à Spokane, Washington, en 1891, Wilder Penfield obtint un baccalauréat en littérature de la Princeton University en 1913. Il fréquenta ensuite le Merton College, à Oxford, où il fut influencé par deux grands professeurs de médecine, le célèbre médecin canadien Sir William Osler, qui devint le héros de sa vie, et l’éminent neurophysiologiste, Charles Sherrington. Après avoir obtenu un doctorat en médecine de la Johns Hopkins University en 1918, le jeune médecin travailla comme chirurgien au Presbyterian Hospital (affilié à la Columbia University) à New York, et au New York Neurological Institute de 1921 à 1928.
En 1928, Wilder Penfield devint professeur de neurologie et de neurochirurgie à l’Université McGill de Montréal. S’intéressant à l’énigme de l’épilepsie, il entreprit la schématisation du cerveau humain et, avec des collègues, rédigea des documents scientifiques, des ouvrages et des monographies qui allaient devenir des ouvrages de référence sur le fonctionnement du cerveau.
Lorsque l’Institut neurologique de Montréal ouvrit ses portes en 1934, Wilder Penfield devint le premier directeur du premier établissement au monde à se consacrer exclusivement au traitement des maladies nerveuses. L’ouverture officielle, le 27 septembre 1934, fut le point culminant de plusieurs années de planification, dans laquelle le chirurgien et professeur avait joué un rôle de premier plan. Dans ses nouvelles fonctions, le Dr Penfield présidait aux destinées d’un institut dont la tâche, comme il le décrivit si bien, allait être « de mieux faire comprendre les maladies du système nerveux, afin que nous puissions disposer d’un traitement pour guérir les personnes atteintes de ces maladies ».
Même si Wilder Penfield prit sa retraite en 1960, il continua de mener une vie très active, devenant le premier directeur de l’Institut Vanier de la famille, un fervent supporter de l’éducation universitaire et auteur de plusieurs ouvrages. Parmi les écrits des 15 dernières années de sa vie, mentionnons The Mystery of the Mind (1975), qui résume ses opinions sur le problème de l’intelligence et du cerveau et No Man Alone (1977), une autobiographie de ses premières années, soit de 1891 à 1934. Parmi ses ouvrages précédents, on note deux romans historiques — No Other Gods (1954) et The Torch (1960) — qui ont eu de nombreux lecteurs.
L’héritage le plus impérissable de Wilder Penfield est sans aucun doute son travail à l’Institut neurologique de Montréal, qui jouit d’une réputation internationale. L’hôpital, qui a été intégré à un complexe de recherche sur le cerveau, est reconnu à ce jour comme centre d’études du cerveau humain. Il est aussi un modèle pour des établissements semblables dans le monde entier.
Que nous réserve l’avenir ?
Les modèles d’immigration qui, de façon si évidente, ont modifié le caractère actuel des plus grandes villes du Canada, étaient bien en place lorsque M. Trudeau annonça sa politique de multiculturalisme en 1971. Ces modèles étaient le résultat direct de la décision du gouvernement, dans les années 1960, de rejeter la politique d’immigration raciste du Canada, tout comme la colonisation et le développement rapide des provinces des Prairies étaient la conséquence directe de la décision du gouvernement de promouvoir l’immigration de « robustes paysans en manteaux de peau de mouton ». Ce sont des décisions progressistes comme celles-là qui ont ouvert les portes de notre pays à des vagues successives d’immigrants, apportant chacune sa contribution au Canada. Ces décisions politiques opportunes ont aidé à créer le Canada dynamique que nous connaissons aujourd’hui, un pays que la confiance progressive en lui-même a mené à adopter la Loi sur la citoyenneté canadienne de 1947 et la Loi sur la citoyenneté de 1977. On se demande quelles décisions régiront la politique d’immigration au cours des prochaines années et comment l’immigration qui en découlera façonnera le Canada de demain.
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