ARCHIVÉ – Immigrants récents, immigrants antérieurs et natifs du Canada : association aux identités collectives

Informations archivées

Les informations archivées sont fournies aux fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elles ne sont pas assujetties aux normes Web du gouvernement du Canada et n'ont pas été modifiées ou mises à jour depuis leur archivage. Pour obtenir ces informations dans un autre format, veuillez communiquez avec nous.

5. Conclusion

Dans le présent rapport, nous avons donné un aperçu de la recherche sur l’identité, et les résultats d’enquête provenant de la World Values Survey pour le Canada (2006), en insistant sur trois groupes de population : les immigrants récents, les immigrants antérieurs et les natifs du Canada. Ces trois groupes expriment tous collectivement des niveaux élevés d’identification positive en tant que citoyens du Canada, citoyens de leur province/région et en tant que membres de leur communauté. De façon analogue, les trois groupes expriment tous des niveaux très élevés de fierté par rapport au Canada. Cette constatation concorde avec les résultats de Pearce qui découlent des données de l’Enquête sur la diversité ethnique de 2002. En effet, Pearce (2008) fait valoir que [traduction] « le fort sentiment d’appartenance au Canada est peut‑être dû au cadre multiculturel canadien et au vif intérêt du gouvernement fédéral à l’égard de politiques et de programmes fondés sur la recherche portant sur la cohésion sociale au Canada » (p. 20).

Les conclusions de cette analyse préliminaire montrent également une tendance globale chez les trois groupes (à l’exception de l’identification en tant que citoyens du monde dans le cas des immigrants récents) à signaler la plus forte identification avec le Canada dans son ensemble et la plus faible identification avec l’Amérique du Nord dans son ensemble. En outre, on note que les immigrants récents sont plus susceptibles que les immigrants antérieurs et les natifs du Canada de s’identifier fortement comme citoyens du monde, et que les immigrants récents sont moins susceptibles que les immigrants antérieurs et les natifs du Canada de s’identifier fortement avec les autres identités collectives (y compris le Canada, la province/région et la communauté).

D’après les constatations de l’analyse des tableaux croisés, il semble que, pour les immigrants récents, la race soit un marqueur des différences concernant la force d’identification comme membres de sa communauté, de sa province ou de sa région, comme citoyens du Canada et citoyens du monde. Les Noirs ont les niveaux les plus faibles d’identification positive comme citoyens du Canada et comme citoyens de leur province/région. Il faut tenir compte de la prédominance des forces discriminatoires dans une société quand on essaie de mieux comprendre ces constatations. Mais les Noirs obtiennent également les niveaux d’identification positive les plus élevés comme membres de leur communauté locale. Ces résultats exigent une analyse qualitative et quantitative plus poussée.

Les résultats de l’analyse de régression logistique ordonnée indiquent que, pour les répondants immigrants récents et immigrants antérieurs, la tendance à « s’identifier fortement » comme membres de leur communauté locale est associée à une plus grande probabilité de s’identifier comme citoyens du Canada. Cette constatation concorde avec la conclusion de Pearce (2008) qui soutient qu’il [traduction] « existe peut‑être une relation complexe entre la force du voisinage et l’attachement général à la communauté » (2008), et concorde également avec la conclusion de Hipp et Perrin (2006) qui font valoir que les sentiments à l’égard du voisinage sont positivement associés au niveau d’attachement national. Il se peut que les expériences, les interactions, les attitudes et les normes à l’échelle de la communauté soient généralisées par l’individu et projetées sur la collectivité nationale en général.

Ces résultats montrent également que l’expérience de l’intégration est très axée sur la communauté. Il se peut que des programmes du gouvernement du Canada, comme l’Initiative de développement de collectivités accueillantes, aient une influence directe et positive sur le degré auquel les immigrants s’associent à diverses identités collectives canadiennes en favorisant l’établissement de collectivités plus accueillantes et en encourageant la participation. Pour les immigrants récents, le Programme d’accueil peut également jouer un rôle important dans l’élargissement des réseaux sociaux et l’augmentation de l’accès aux ressources communautaires, qui à leur tour influencent positivement l’attachement à la communauté. En outre, ces constatations permettent l’élaboration préliminaire d’une théorie selon laquelle l’identité est enracinée dans un ensemble complexe de relations sociales où la force et la sécurité d’une identité collective peuvent établir le fondement en vue de renforcer d’autres formes d’identification collective.

Le niveau auquel l’individu ressent un sentiment d’attachement et s’identifie à sa communauté, à sa province ou à son pays comporte d’importantes connotations émotionnelles et comportementales, qui à leur tour influent sur la cohésion des collectivités ainsi que sur la société canadienne dans son ensemble. Par conséquent, une des diverses façons dont le gouvernement du Canada peut promouvoir et appuyer l’identité canadienne est à travers son programme d’immigration. La citoyenneté favorise la loyauté et l’attachement envers le Canada ainsi qu’une identité nationale commune qui à son tour stimule chez les nouveaux arrivants un sentiment d’appartenance. Par conséquent, la reconnaissance continue de la citoyenneté par le gouvernement du Canada comme son but ultime joue un rôle essentiel dans la stimulation d’une identité nationale commune et d’un sentiment d’appartenance chez les immigrants.

Enfin, d’autres recherches sont nécessaires pour mieux saisir ces constatations; il serait intéressant, par exemple, d’analyser les réponses aux mêmes questions tirées des vagues antérieures et futures de la World Values Survey afin de relever les changements que subit au fil du temps l’identification collective. De plus, l’Enquête longitudinale auprès des immigrants du Canada (ELIC) est une grande ressource qui peut fournir de plus amples renseignements sur les niveaux d’appartenance chez les immigrants récents et donner des éclaircissements sur les catégories d’immigrants (p. ex., les réfugiés, les immigrants des catégories économique et du regroupement familial). Une recherche qualitative pourrait également servir à donner un aperçu des lacunes de notre compréhension et fournir plus d’éclaircissements sur la nature complexe et subjective de l’identification et de l’appartenance.

5.1 Les limites de la recherche

La présente étude comporte plusieurs limites qu’il convient de souligner. Premièrement, en raison de la nature subjective des questions, il se peut que les répondants aient des interprétations différentes de ce que signifie « se voir comme un citoyen du Canada dans son ensemble »; par exemple, il se peut que certains individus répondent à une question factuelle au sujet de leur statut en tant que citoyens canadiens, tandis que d’autres précisent peut‑être le niveau auquel ils se reconnaissent comme citoyens canadiens ou sentent qu’ils « appartiennent » à ce pays. Il se peut également que les répondants aient diverses interprétations différentes sur la signification de « communauté locale » parce qu’aucune définition n’a été fournie.

Une limitation importante de cet ensemble de données est qu’il ne permet pas une analyse par catégorie d’immigration (p. ex., catégorie du regroupement familial, catégorie de l’immigration économique et réfugiés); une telle analyse nous aurait peut‑être fourni un aperçu précieux des différences dans les réponses des sous‑groupes des immigrants antérieurs et des immigrants récents, mais l’ensemble de données ne permet pas de séparer les immigrants de deuxième génération des immigrants de troisième génération ou plus, qui sont tous catégorisés comme des « natifs du Canada ». De plus, les données ne tiennent pas compte des déplacements ultérieurs au Canada qui peuvent avoir une influence importante sur la mesure dans laquelle le répondant s’identifie à sa communauté et à sa province ou à sa région.


Date de modification :