2. Le marché du travail canadien : Mise en contexte

2.1. Composition de la population active du Canada

La population active du Canada (selon la définition qu’en donne Statistique Canada) est constituée de la population civile âgée de 15 ans et plus (à l'exclusion des pensionnaires d'établissements) qui est occupée ou en chômage. Les personnes occupées sont celles qui ont un emploi ou une entreprise et les personnes au chômage, celles qui sont sans emploi, sont disponibles pour travailler et recherchent activement du travail. Selon l’Enquête sur la population active (EPA), la population active totale du Canada était de 18,7 millions en 2011; les natifs du Canada représentaient 14,4 millions (77,1 %) du total et les immigrants, près de 4 millions (21,2 %). Le reste, soit 300 000 personnes (1,7 %), était constitué des « immigrants non reçus » membres de la population active, parmi lesquels on compte les travailleurs étrangers temporaires, les étudiants étrangers, les demandeurs d’asile munis d’un permis de travail valide et les autres personnes non incluses dans les catégories des natifs du Canada ou des immigrants reçus.Note de bas de page 2 La figure 1 montre la composition de la population active du Canada pour la population née au Canada et la population immigrante. Au sein de cette dernière, la plupart des personnes actives sont des immigrants de longue date, c’est-à-dire qui ont été reçus plus de dix ans auparavant. Les immigrants reçus très récemment (depuis cinq ans ou moins) et les immigrants récemment reçus (de cinq à dix ans auparavant) constituent des proportions beaucoup plus faibles.

Figure 1 : Composition de la population active du Canada, 2011

Figure 1 : Composition de la population active du Canada, 2011

Version texte : Composition de la population active du Canada, 2011

Tableau 1 : Composition de la population active, selon l’âge et le statut d’immigrant, 2011

En pourcentage (%)
Âge 15-19 20-24 25-29 30-34 35-39 40-44 45-49 50-54 55-59 60-64 65+
Immigrants reçus 2,2 5,1 8,4 9,9 11,7 14,1 14,2 12,5 10,1 7,4 4,3
Très récents 4,5 7,2 17,8 20,9 18,6 13,5 8,9 4,6 2,5 0,9 0,5
Récents 4,7 7,8 10,4 13,4 18,6 18,9 12,6 7,2 3,7 1,6 1,1
De longue date 1,1 4,1 6,0 6,8 8,7 13,1 15,7 15,4 13,2 10,1 5,9
Natifs du Canada 6,9 10,7 11,1 10,6 9,8 10,3 11,9 12,0 8,8 5,0 2,6
Total 5,8 9,6 10,7 10,6 10,3 11,1 12,4 12,0 9,0 5,5 3,0

Source : Enquête sur la population active, 2011.

2.2. Situation récente du marché du travail

Les problèmes économiques mondiaux qui se sont présentés au cours des dernières années ont eu des conséquences néfastes pour l’économie et le marché du travail canadiens. Dès le début du ralentissement économique mondial, bon nombre de prévisionnistes ont indiqué à juste titre que le Canada était dans une position solide pour survivre aux difficultés qui se dessinaient; toutefois, les problèmes de rendement structurels éprouvés par les États-Unis, notre principal partenaire commercial, ont néanmoins freiné le rendement économique du Canada, ce qui s’est répercuté sur le marché du travail intérieur.

L’examen des deux récessions précédentes qu’a connues le Canada est intéressant. Ces récessions – qui ont commencé en 1981 et en 1990 – présentent des différences dans le rendement du marché du travail lorsqu’elles se sont installées, ainsi que des différences durant leur période de reprise respective. Ces deux exemples historiques peuvent nous aider à comprendre la complexité d’une récession sur le plan de l’ampleur, de la durée et de la reprise.

2.3. Comparaison avec les récessions précédentes – Taux d’emploi et de chômage

Les derniers taux d’emploi et de chômage tirés de l’EPA indiquent que le plus récent ralentissement n’a pas été aussi prononcé que les récessions de 1981 et 1990. Toutefois, ce genre d’analyse dépend beaucoup de la date choisie comme point de départ d’une récession. Pour la présente analyse, nous avons utilisé les sommets d’emploi et les creux de chômage d’avant la récession, février 2008 étant le sommet du taux d’emploi (63,9 %) et janvier 2008, le creux du taux de chômage (5,8 %).

Figure 2 : Taux d’emploi – Canada, mensuel

Figure 2 : Taux d’emploi – Canada, mensuel

Version texte : Taux d’emploi – Canada, mensuel

Figure 3 : Taux de chômage – Canada, mensuel

Figure 3 : Taux de chômage – Canada, mensuel

Version texte : Taux de chômage – Canada, mensuel

Pendant la récession de 1981, la rapide détérioration du marché du travail a occasionné une hausse du taux de chômage et une chute du taux d’emploi simultanées. Comme l’indiquent les figures 2 et 3, le taux de chômage a fortement augmenté (de 5 %) et le taux d’emploi a considérablement baissé (de 3 %) durant les 12 premiers mois de la récession de 1981. La période de 12 mois qui a suivi a été bien meilleure et le rétablissement du marché du travail canadien était bien amorcé 24 mois après le début de la récession.

La situation vécue pendant la récession des années 1990 était nettement différente, et même si les premières répercussions sur le marché du travail n’ont pas été aussi graves que pendant la récession de 1981, beaucoup ont qualifié le milieu des années 1990 de période de reprise « sans création d’emplois ». On le constate par les taux d’emploi et de chômage qui, quatre ans après le début du marasme des années 1990, n’avaient toujours pas retrouvé les niveaux d’avant la récession.

Comme le montrent les figures 2 et 3, les indicateurs du marché du travail révèlent que les conséquences ont été relativement plus faibles pendant la récession de 2008-2009. La hausse du taux de chômage et la baisse du taux d’emploi n’ont pas été aussi marquées que pendant les deux récessions précédentes. En outre, le niveau global des taux d’emploi et de chômage indique que la situation du marché du travail avant le début de la récession était meilleure que celle enregistrée avant les deux récessions antérieures.

Malgré la situation relativement meilleure du marché du travail pendant le plus récent ralentissement économique, les récessions ont des répercussions différentes selon la région, le secteur et le groupe actif sur le marché du travail. Les immigrants ont souvent été reconnus comme un groupe vulnérable, qui est plus durement touché par les ralentissements de l’économie et a beaucoup de difficulté à retourner sur le marché du travail après un licenciement.Note de bas de page 3 C’est un élément important à prendre en compte dans la conjoncture économique actuelle.

Il semble que la récession en 2008-2009 aura très peu d’incidence sur les besoins du marché du travail à long terme; ce seront plutôt les tendances sous-jacentes engendrées par le vieillissement de la population (y compris le ralentissement de la croissance de la population active et les nouvelles pénuries de travailleurs spécialisés dans certaines professions et régions) qui continueront d’être le facteur clé de l’offre de travailleurs à long terme.

2.4. L’évolution du marché du travail canadien depuis les années 1980

L’évolution récente du marché du travail canadien peut être divisée en trois périodes. La première, soit de la fin des années 1980 au début des années 1990, a été marquée par une faiblesse généralisée en raison d’un ralentissement économique. Durant cette période, la politique monétaire a freiné délibérément l’économie afin de réduire les pressions inflationnistes. Cette situation a entraîné une baisse de la croissance de l’emploi, caractérisée par des pertes d’emploi généralisées en 1991. Le taux de chômage a fortement augmenté pour atteindre une moyenne annuelle de 11,4 % en 1993.

La deuxième période, soit de 1993 à la fin des années 1990, a été marquée par une lente reprise après le ralentissement du début des années 1990. La création d’emplois a été lente et le taux d’activité, faible. La création d’emplois a finalement repris de la vigueur et le taux de chômage a diminué pour atteindre 6,8 % en 2000.

Enfin, au début des années 2000, un marché du travail solide associé à un taux d’activité élevé a permis à l’offre et à la demande de travailleurs d’atteindre un certain équilibre, si bien que le taux de chômage est demeuré légèrement supérieur à 7 % pendant la première moitié de la décennie. Un certain resserrement pendant la deuxième moitié de la décennie a fait baisser le taux de chômage à 6 %, avant l’amorce d’une autre récession, en 2009.

Figure 4 : Taux de chômage au Canada, 1980-2011

Figure 4 : Taux de chômage au Canada, 1980-2011

Version texte : Taux de chômage au Canada, 1980-2011

Examinons plus particulièrement la dernière période. À l’exclusion de la récession de 2008-2009, la croissance de l’emploi était en moyenne de 2 %, alors que la population active augmentait plus lentement, soit de 1,8 % par an. Le taux de chômage a donc diminué pendant la majeure partie des années 2000, une tendance qui devrait se poursuivre dans les années à venir alors que les baby-boomers prendront leur retraite en grand nombre, ce qui entraînera une croissance relativement plus faible de la population active.

Le grand nombre de baby-boomers qui atteindront l’âge de la retraite fera augmenter le nombre de départs à la retraite au cours des dix prochaines années. Toutefois, le comportement de la population active peut être difficile à prévoir, et cela s’est manifesté de façon croissante au cours des 15 dernières années, comme le montre le mouvement à la hausse du taux d’activité des travailleurs âgés, à la figure 5. Selon des prévisions antérieures, le marché du travail canadien aurait dû enregistrer plus de départs à la retraite pendant la première décennie des années 2000, mais les prévisionnistes ont eu du mal à saisir le mouvement à la hausse du taux d’activité des travailleurs âgés.

Figure 5 : Taux d’activité des travailleurs âgés, 1976-2011

Figure 5 : Taux d’activité des travailleurs âgés, 1976-2011

Version texte : Taux d’activité des travailleurs âgés, 1976-2011

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