Sommaire - Pratiques et stratégies exemplaires mises en œuvre par les organismes anglophones pour l’accueil et l’intégration des immigrants dans la ville de Québec

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La recherche porte sur les pratiques et stratégies exemplaires mises en œuvre par les organismes qui accueillent et aident à l’établissement des immigrants anglophones ou allophones dont la première langue officielle parlée est l’anglais, dans la ville de Québec.

Le portrait de la communauté anglophone de la ville de Québec, historiquement présente et structurée bien que très modeste, démontre qu’elle a diminué et vieilli au cours des années. Cependant, elle est actuellement stable du fait de l’arrivée de Canadiens des provinces anglophones et de l’immigration internationale en croissance. Le marché de l’emploi est favorable à ces installations et permet aussi la rétention des nouveaux arrivants. Ainsi la Ville de Québec vit une croissance de plus de 9% de sa population et les immigrants qui parlent seulement l’anglais à leur arrivée sont en augmentation de 4,8 à 6,7% entre 2005 et 2010. Enfin les immigrants installés à Québec sont originaires pour 15% d’entre eux d’Asie où l’Anglais est le plus souvent la seconde langue apprise. Le potentiel d’accueil par les organismes du CLOSM anglophone semble donc accru.

En partenariat avec Voice of English Quebec, un organisme phare de la communauté anglophone dans l’accueil des nouveaux arrivants, il a été procédé au recueil et à l’analyse des services et ressources puis des pratiques mises en œuvre par la communauté anglophone de la Ville de Québec pour accueillir et accompagner les immigrants dont la première langue officielle parlée est l’anglais. On a identifié aussi les ressources de la communauté francophone qui sont en lien avec les organismes anglophones et qui participent à cet accueil-établissement. Dans un second temps, une analyse de l’influence de ces services et de leurs pratiques sur l’accueil, l’intégration et la rétention, a été menée auprès des immigrants anglophones dans la ville de Québec.

L’approche méthodologique mixte est basée essentiellement sur des entrevues individuelles (12) et de groupe (1) avec les intervenants des organismes et avec les immigrants(21) reçus dans leurs services. De plus un questionnaire (17) sur la satisfaction des services ainsi que sur l’intégration des immigrants a été proposé par l’intermédiaire des organismes. 9 organismes de la communauté anglophone ont été rencontrés dont VEQ, trois organismes œuvrant dans le domaine social et sanitaire, un dans le domaine de la formation aux adultes, deux églises, un organisme culturel et un média écrit. Deux organismes francophones d’accueil aux immigrants ont aussi été interviewés ainsi que la chargée des affaires internationales à la Ville de Québec.

La recherche confirme que la communauté anglophone de Québec a une place importante dans le capital d’attraction et de rétention des immigrants de la ville grâce à son dynamisme, sa vie économique, son potentiel linguistique (bilinguisme) et ses infrastructures santé-social-accueil solides, ainsi que par son capital historique et ses nombreux partenariats. Cette communauté est reconnue et représentée dans les instances locales sur le plan politique, économique et social grâce au leadership de ses acteurs communautaires. On note ce leadership avec VEQ, les centres Jeffrey Hale et le Centre de la famille Valcartier. Mais les changements actuels dans les infrastructures de partenariat régional peuvent avoir des effets négatifs sur les partenariats et collaborations qui doivent continuer à être soutenus et renforcés.

Le sondage auprès de 17 bénéficiaires de ces services confirme les régions d’origine des immigrants dont la première langue parlée est l’Anglais à Québec (Asie, États-Unis, Europe). Il donne un panorama des statuts variés de ces immigrants à leur arrivée : immigrants indépendants, étudiants internationaux, travailleurs temporaires, réfugiés. Par ailleurs, on y perçoit des trajectoires de migration dont plusieurs passent par d’autres provinces canadiennes. On constate que les répondants ont, pour la majorité, un niveau d’éducation supérieure et qu’ils exercent comme professionnels bien qu’une autre partie soit étudiante ou en recherche d’emploi. Ils travaillent pour 60% en anglais. Il est à noter que leurs langues maternelles sont diverses et que plusieurs réfèrent à leur communauté d’origine en cas de besoin (en particulier les communautés asiatiques). Notons que, pour ceux qui ont eu des services d’accueil à Québec, la moitié d’entre eux les ont reçus en Français et l’autre moitié en Anglais. Ils semblent satisfaits de la même manière. Par contre les répondants, dont l’Anglais est la première langue parlée, se sentent plus intégrés à la communauté anglophone. Notons aussi qu’il semble y avoir eu peu de références entre les deux communautés et que les répondants ont de la difficulté à percevoir des partenariats entre les organismes des communautés anglophone et francophone. Finalement les services rendus par les organismes anglophones ont facilité l’accueil et l’installation mais aussi, pour quelques-uns plus anciens, la recherche de logement, l’orientation socio-professionnelle, l’entrée en emploi, le réseautage et l’intégration sociale.

On peut classer les immigrants dont la première langue parlée est l’Anglais, dans la ville de Québec, en cinq grands types :

  1. Les immigrants arrivés dans une province anglophone et qui viennent à Québec ensuite (par exemple Chinois);
  2. les membres de couples mixtes (québécois francophone, conjoint immigrant parlant anglais à l’arrivée, par exemple originaire des Philippines);
  3. Les membres de familles migrantes temporaires comme les étudiants internationaux ou des travailleurs temporaires;
  4. Les immigrants indépendants venant des États-Unis, arrivés depuis une plus longue période ou passés par d’autres régions du Canada;
  5. Les familles réfugiées et immigrantes dont l’un ou les deux membres du couple ont appris l’anglais dans leur pays d’origine (Bhoutanais, Brésiliens).

Les quatre premières catégories recherchent, dès leur arrivée, des services en anglais alors que les derniers sont accueillis par les services francophones et accèdent aux services en anglais beaucoup plus tardivement voire ne les connaissent pas.

L’intégration sociale et l’insertion professionnelle ressortent de nos entrevues comme des effets des services donnés en anglais mais, le plus souvent, dans une articulation de plusieurs services et parfois dans leur conjugaison avec des services francophones. Un seul organisme ne peut avoir à lui seul un tel effet mais leur cumul et les partenariats entre les organismes favorisent les deux types d’intégration, sociale et en emploi.

Pour tous les participants, les deux types d’intégration passent par l’information tant sur la ville de Québec, sur les emplois, les formations, les possibilités de francisation que sur les activités de socialisation qui peuvent être interculturelles, liées à la communauté anglophone ou encore aux communautés ethniques.

Enfin, il est notable que lorsque l’emploi est assuré pour l’un des membres du couple, le recours aux organismes anglophones pour l’autre membre a des effets particulièrement positifs tant sur le plan de l’intégration sociale de la famille que de l’insertion en formation ou en emploi de la personne anglophone.

Les organismes anglophones tels que VEQ, le centre familles Valcartier (famille-orientation professionnelle), les centres Jeffrey Hale (santé-social) et les églises contribuent à développer un sentiment de bien-être à Québec, des réseaux anglophones et francophones, du soutien et de l’entraide ce qui favorise l’appartenance et la rétention. La fréquentation des services en anglais favorise l’émergence d’un sentiment d’appartenance à la communauté anglophone ainsi que, pour certains, l’identification à leur communauté ethnique, l’un n’excluant pas l’autre. Ce sentiment d’appartenance à la communauté anglophone, lorsqu’il va de pair avec une bonne intégration sociale et économique, dépasse les frontières linguistiques et rejoint l’ensemble de la communauté de la Ville de Québec.

En plus des bonnes pratiques déjà identifiées dans les CLOSM de Sherbrooke et Edmonton, on note des pratiques qui sont spécifiques à Québec :

  • la cérémonie d’accueil par la Ville de Québec permettant de présenter les ressources locales dont les organismes anglophones.
  • la confection d’un Kit d’accueil pour les immigrants anglophones distribué par VEQ et par la Ville de Québec.
  • l’utilisation par divers organismes anglophones et francophones, dont la Ville de Québec, d’outils de communication en anglais confectionnés par VEQ.

De plus certaines stratégies sont plus particulièrement valorisées comme :

  • Les stratégies qui visent à faire connaître l’histoire et le patrimoine de la ville et de la communauté anglophone.
  • Les stratégies qui visent à élargir les clientèles potentielles (immigrants permanents et temporaires, migrants provinciaux, couples mixtes, étudiants internationaux)
  • Les stratégies qui visent à plus de rapidité dans l’accueil et dans les services.
  • Les stratégies qui misent sur la complémentarité des interventions.
  • Les stratégies qui favorisent la collaboration entre plusieurs organismes sur un même projet.
  • Les stratégies qui visent à organiser un parcours de l’immigrant anglophone à Québec selon les ressources disponibles.
  • Les stratégies diversifiées d’information dont, pour les organismes, des sites WEB tenus à jour et des pages Facebook très consultées.
  • Les stratégies d’évaluation et de suivi des services au travers de recherches, sondages etc.
  • Les stratégies de concertation des organismes de la communauté anglophone avec la municipalité de Québec.
  • La complétude institutionnelle, c’est-à-dire le développement d’organismes anglophones dans tous les secteurs de la vie (santé, social, formation, emploi, jeunes, familles, aînés, culture).

Ainsi, à Québec, la communauté anglophone a tout à gagner à se solidariser et à travailler de manière engagée avec les immigrants. Cette communauté a déjà retrouvé plus de dynamisme grâce à l’arrivée des nouveaux arrivants.

Dès lors on peut valider les indicateurs de vitalité communautaire du CLOSM de Québec :

  • Développement du capital humain (population, force de travail). Critère en voie d’être atteint du fait de la petite augmentation du nombre d’immigrants anglophones.
  • Développement du capital relationnel et social (réseaux). Les immigrants et les organismes y participent.
  • Développement du capital économique (consommation, entreprises, immobilier). Il est difficile de préciser l’impact des immigrants sur ce plan.
  • Développement du capital linguistique (plurilinguisme et structures d’apprentissage de l’anglais et du français, outils de communication bilingues et plurilingues pour la Ville de Québec)
  • Développement et renforcement des structures et institutions (le centre de formation professionnelle et le CEGEP anglophone bénéficient de la présence des immigrants et étudiants internationaux).
  • Développement des structures partenariales intra et inter-communautaires : extrêmement important.
  • Développement d’une communauté ouverte à la diversité : ouverture déjà marquée dans tous les organismes rencontrés.
  • Reconnaissance et légitimation de la communauté minoritaire dans sa participation à la vitalité régionale en particulier dans les instances de concertation régionales et municipales.

Finalement en comparant ces pratiques et stratégies avec celles mises en œuvre dans une autre communauté anglophone minoritaire, celle de la Ville de Sherbrooke et une communauté francophone minoritaire, celle de la ville d’Edmonton, nous avons identifié les dimensions contextuelles relatives à chaque localité et communauté (la taille de la ville et du CLOSM, l’histoire du CLOSM et du rapport à la diversité, le potentiel d’employabilité et le dynamisme économique) et les dimensions transférables à d’autres communautés et localités.

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