ARCHIVÉ – Capital social et salaire : situation des immigrants récents au Canada

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1. Introduction

Il est maintenant reconnu que le capital social[Note 1] est une ressource présente dans les réseaux interpersonnels dont les travailleurs tirent profit pour avoir accès au marché du travail et à de meilleures occasions d’emploi (Granovetter, 1995; Lin, 2001). La dernière décennie a vu un nombre croissant de chercheurs s’intéresser au rendement du capital social sur le marché du travail (Lin, 1999; Staiger, 1990; Calvó-Armengol et Jackson, 2003). Alors que des études théoriques importantes soutiennent que le fait d’utiliser ses relations ou des réseaux pour obtenir un emploi influe favorablement sur le salaire et le statut professionnel (Granovetter, 1995; Lin, 2001), les résultats empiriques quant au rendement du capital social sur le marché du travail varient en fonction du contexte de l’étude. Vu la disparité des mesures du capital social et le manque de données pertinentes, la question empirique reste entière.

De nouvelles questions se posent lorsqu’on applique à la population immigrante l’hypothèse concernant le rôle du capital social sur le marché du travail. Contrairement aux résultats assez uniformes selon lesquels le capital social améliore la situation d’emploi des non-immigrants, il ressort de certaines études que la corrélation entre le capital social et la situation économique n’est pas forcément positive pour les immigrants (Potocky-Tripodi, 2004; Xue, 2007). D’autres études soutiennent que le capital social facilite l’intégration économique des immigrants, surtout de ceux qui sont désavantagés sur le marché du travail (en raison d’un capital humain moindre, par exemple) (Livingston, 2006). Principalement en raison des limites des données, la plupart des études ciblent des groupes d’immigrants particuliers sans tenir compte de l’hétérogénéité individuelle non observée. En outre, l’endogénéité potentielle du capital social par rapport à l’hétérogénéité individuelle non observée dans le talent inné rend ce problème particulièrement délicat à étudier.

Comme notre analyse vise principalement à cerner les effets du capital social endogène sur le salaire, nous présentons plusieurs façons d’aborder les difficultés mises au jour par les études antérieures. Premièrement, à l’aide d’un ensemble de données longitudinales récentes – tirées de l’Enquête longitudinale auprès des immigrants du Canada (ELIC) – il est possible de tenir compte de l’hétérogénéité individuelle non observée en utilisant des modèles de données de panel. Différents modèles sont utilisés ici pour estimer les effets du capital social : modèle à effets aléatoires, modèle à effets fixes, modèle de Hausman‑Taylor (HT) et modèle avec variables instrumentales (VI). Deuxièmement, le caractère endogène du capital social incite à étudier le rendement du capital social en traitant les indicateurs qui y sont associés comme des variables endogènes. La méthode des variables instrumentales (VI) et un modèle d’estimation fondé sur la méthode généralisée des moments proposé par Hausman et Taylor (1981), sont utilisés pour tenir compte de l’endogénéité. Comme l’estimateur de Hausman-Taylor s’est révélé efficace et convergent, il a été préféré à d’autres modèles de données de panel, dont ceux à variables instrumentales. Il ressort des résultats que les variables endogènes du capital social ont des effets importants sur le salaire des immigrants durant les premières années au Canada. Contrairement aux résultats d’études antérieures (Granovetter, 1973), les liens forts, soit les relations avec les membres de la famille et les amis, sont plus efficaces que les liens faibles, ceux établis avec des organisations par exemple, pour ce qui est d’améliorer l’accès des immigrants à des emplois mieux rémunérés, surtout pour ceux qui ont moins de capital humain. Les résultats confirment les effets prévus de substitution (imparfaite) du capital social au capital humain. Par ailleurs, la diversité ethnique du réseau en milieu de travail est l’indicateur de capital social qui influe le plus sur le salaire des immigrants, hommes et femmes.

La prochaine section (section 2) propose une brève analyse documentaire afin de situer le contexte de la présente étude. La section 3 présente une description des données et des méthodes utilisées, tandis que la suivante (section 4) est consacrée à la structure théorique et empirique. À la suite d’une brève analyse descriptive (section 5), la section 6 présente les résultats des estimations et met l’accent sur les différences entre les modèles d’estimation avec données de panel. La section 7 présente enfin une analyse et la conclusion.

Notes

1 La définition et la mesure du capital social ont fait l’objet d’une analyse approfondie dans Xue (2007), « Social Capital and Employment Entry of Recent Immigrants to Canada ».

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