ARCHIVÉ – Capital social et salaire : situation des immigrants récents au Canada

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7. Analyse et conclusion

Nous avons étudié, au moyen d’une analyse longitudinale fondée sur les modèles de Hausman-Taylor, la relation entre les réseaux sociaux et la dynamique salariale sur le marché du travail, en tenant compte de l’endogénéité potentielle du capital social par rapport aux effets spécifiques individuels non observés, dont la personnalité, le talent, etc. Les résultats des estimations révèlent que le capital social a effectivement une incidence sur le salaire des immigrants récents. Les effets sont variés et diffèrent selon le sexe.

De toutes les variables du capital social examinées, la diversité ethnique en milieu de travail est le facteur ayant la plus grande incidence. Le rendement de la diversité ethnique du réseau au lieu de travail est très positif pour les deux sexes, quoique plus significatif pour les femmes. La façon dont les nouveaux arrivants obtiennent un emploi n’a aucune incidence sur le salaire des hommes en général, mais le rendement associé à l’utilisation des relations familiales à cette fin est très positif pour les femmes. La taille du réseau a généralement un effet négatif sur le salaire; son importance varie, cependant, selon le type de réseau. Le nombre de membres de la famille au Canada a un effet négatif important sur le salaire des immigrants, et le nombre d’amis au Canada a aussi un effet négatif, quoique très faible, sur le salaire des femmes.

Afin de cerner les effets différentiels des indicateurs de capital social sur les salaires des différents groupes, nous avons intégré des termes d’interaction aux modèles d’estimation de HT. La variation des effets du capital social entre les groupes est beaucoup plus marquée pour les hommes que pour les femmes. Les immigrants moins scolarisés touchent un meilleur salaire des emplois obtenus grâce aux relations familiales, et la taille du réseau de parents leur assure un rendement plus élevé. Par rapport aux immigrants blancs, tous les nouveaux arrivants des minorités visibles semblent être plus avantagés (ou moins désavantagés) par la taille de leur réseau familial. En outre, des données significatives montrent que la taille du réseau familial produit un rendement plus élevé pour les travailleurs qualifiés demandeurs principaux et les immigrants chinois, arabes et de l’Asie occidentale.

Pour les femmes, les effets du capital social sont assez universels, sauf pour les groupes possédant un stock de capital humain différent en fait de scolarité et de connaissances linguistiques. Les emplois obtenus grâce aux relations familiales sont beaucoup mieux rémunérés que ceux obtenus par d’autres moyens pour les immigrantes qui ne connaissent pas l’anglais par rapport à celles qui le parlent couramment. Les immigrantes francophones qui ont obtenu des emplois grâce à des amis n’appartenant pas au même groupe ethnique qu’eux touchent un salaire beaucoup moins élevé que celles ne connaissant pas le français qui ont obtenu un emploi de la même façon. Fait intéressant, la diversité ethnique du réseau au travail n’a pas un effet bénéfique pour les femmes moins scolarisées. Celles-ci sont en fait plus désavantagées par cette caractéristique.

La plupart des résultats de l’analyse des effets d’interaction confirment les études antérieures selon lesquelles le capital social augmente le capital humain sur le marché du travail, mais seulement pour les relations proches ou les liens forts. Les immigrants qui ne peuvent compter sur un niveau élevé de scolarité ou une bonne connaissance des langues officielles tireront davantage profit des réseaux sociaux proches, qui regroupent les membres de la famille et les amis du même groupe ethnique, et obtiendront ainsi un meilleur salaire que leurs homologues qui ne bénéficient pas de liens forts. Même si les liens faibles, comme la participation au sein d’organisations, influent positivement sur le salaire des hommes, cet effet n’est pas toujours significatif. Et bien que la diversité ethnique du réseau en milieu de travail ait un effet très positif sur le salaire des immigrants en général, il est moins marqué pour les femmes qui n’ont pas de grade universitaire.

En résumé, le capital social aide considérablement les immigrants à intégrer le marché du travail canadien et à obtenir des emplois mieux rémunérés. Les membres de la famille, les amis et les collègues de travail aident les immigrants à réussir sur le marché du travail. Contrairement à l’argument classique conférant plus de poids aux liens faibles, les liens forts représentent les éléments les plus productifs du capital social d’un immigrant durant les premières années d’établissement. La taille du réseau de parents, l’utilisation des relations familiales pour obtenir un emploi et la fréquence de communication avec le répondant familial ont une grande influence sur le salaire des immigrants. Comme Calvó-Armengol et Jackson (2007) l’ont observé, à court terme, la taille du réseau a un effet négatif sur les résultats obtenus sur le marché du travail en raison de la concurrence au sein du réseau pour obtenir l’information sur les emplois; la taille du réseau de parents et du réseau d’amis influe négativement sur le salaire des immigrants, mais seul l’effet de la taille du réseau de parents est important et significatif. La diversité en milieu de travail joue un rôle important pour ce qui est d’assurer de meilleurs salaires aux immigrants. Comme le réseau en milieu de travail, qui comprend à la fois les collègues et les superviseurs, se situe à mi‑chemin entre les liens forts et les liens faibles, ce résultat tend à corroborer les études qui croient à l’efficacité des liens faibles.

Entre-temps, il ressort des résultats que les relations personnelles sont les plus utiles ou importantes sur le marché du travail pour ceux qui possèdent moins de capital humain. Le rendement du capital social est généralement beaucoup plus élevé pour ces groupes. Ces résultats confirment les études antérieures selon lesquelles le capital social peut servir, dans une certaine mesure, de substitut au capital humain et que ses effets sont également amplifiés pour ceux qui ont moins de compétences professionnelles.

L’étude révèle aussi des différences entre les sexes quant au rendement du capital social. Les femmes obtiendraient un meilleur rendement des relations familiales comme mode d’obtention d’un emploi et de la diversité ethnique au travail. La participation au sein d’organisations serait plus profitable aux hommes qu’aux femmes, celles-ci ne semblant pas tirer profit de ce réseau. Les résultats offrent un nouvel angle pour étudier les différences entre les sexes au titre des résultats sur le marché du travail.

Bien qu’on ait déterminé le rendement des indicateurs de capital social pour les immigrants récents sur le marché du travail, plusieurs questions persistent. Par exemple, comment le capital social continue‑t‑il d’influer sur les résultats des immigrants sur le marché du travail au fil du processus d’intégration? À long terme, y aura-t-il une relation positive entre la taille du réseau et l’emploi et le salaire? Les liens faibles seront-ils, un jour, plus efficaces que les liens forts pour aider les immigrants à gagner davantage? Pour répondre à ces questions, il faudrait que les données longitudinales couvrent une plus longue période. La présente étude offre un bon point de départ en vue de comprendre l’importance du capital social pour les immigrants durant les premières années sur un nouveau marché du travail, ainsi que pour comprendre les éléments essentiels des réseaux sociaux qui contribuent à l’établissement et à l’intégration des nouveaux immigrants.

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