ARCHIVÉ – État de santé et capital social des nouveaux immigrants : données probantes issues de l’Enquête longitudinale auprès des immigrants du Canada

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Données et définition

Sources de données

La principale source de données utilisée dans la présente recherche est l’Enquête longitudinale auprès des immigrants du Canada (ELIC), qui a été conçue pour étudier comment les nouveaux immigrants s’adaptent à la vie au Canada au cours des quatre premières années suivant leur arrivée. La population cible de l’enquête était les immigrants qui sont arrivés au Canada entre octobre 2000 et septembre 2001, qui étaient âgés de 15 ans et plus au moment de l’établissement et qui avaient présenté leur demande à l’étranger [ note 1 ].

L’enquête porte sur un certain nombre de questions dont les caractéristiques démographiques et des ménages des répondants de l’enquête longitudinale, la santé, la citoyenneté, les interactions sociales, les groupes et les organismes, les compétences linguistiques, le logement, les études, l’emploi, les valeurs et les attitudes, le revenu et les perceptions entourant l’établissement.

L’ELIC est une enquête longitudinale – c’est-à-dire que les mêmes répondants ont été interrogés à des intervalles de six mois (premier cycle), deux ans (deuxième cycle) et quatre ans (troisième cycle) après leur établissement au Canada, en vue de présenter une image dynamique des expériences d’intégration de ces nouveaux immigrants. Au cours du premier cycle, environ 12 000 immigrants, représentant à peu près 164 200 personnes âgées de 15 ans et plus, ont été interrogés. Le troisième et dernier cycle de l’enquête a permis d’interviewer un échantillon de 7 700 immigrants représentant 157 600 membres de la population cible qui résidaient toujours au Canada au moment des dernières entrevues (Statistique Canada, 2007). Notre recherche se concentre plus particulièrement sur ces 7 700 immigrants ayant participé aux trois cycles de l’enquête. Les poids représentant l’aspect longitudinal de l’enquête, conçus par Statistique Canada, servent à tenir compte de l’érosion de l’échantillon.

La deuxième source de données est l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC), une enquête transversale auprès de la population canadienne. Nous nous servons de l’ESCC pour obtenir des données sur l’état de santé des personnes nées au Canada, selon le groupe d’âge, à des fins d’analyse comparative. La première année de collecte de données pour l’ESCC (Cycle 1.1) visait la période de septembre 2000 à novembre 2001, ce qui coïncide avec le premier cycle d’entrevues de l’ELIC. L’ESCC s’effectue durant un cycle de collecte de deux ans, et la population cible de l’enquête représente 98 p. 100 de la population canadienne résidant dans les 10 provinces (Statistique Canada 2006). Les trois premiers cycles – Cycle 1.1 (2000-2001), Cycle 2.1 (2002-2003), et Cycle 3.1 (2004-2005) – ont été utilisés dans le cadre de la présente recherche. Les poids d’échantillonnage conçus par Statistique Canada sont utilisés pour faire le calcul des estimations statistiques afin de produire l’inférence sur le niveau de population possible.

Définitions

Indicateur de l’état de santé

Dans la présente recherche, nous utilisons l’auto-évaluation de la santé en tant qu’indicateur de l’état de santé des immigrants [ note 2 ]. L’indicateur de l’auto-évaluation de la santé sert à mesurer l’opinion des personnes au sujet de leur état de santé général. Il peut refléter certains aspects de la santé qui ne sont pas saisis dans d'autres mesures tels que le premier stade d'une maladie, la gravité d'une maladie, certains aspects positifs de l'état de santé, les ressources physiologiques et psychologiques, ainsi que le fonctionnement social et mental. Les épidémiologistes ont montré que l’état de santé perçu est le reflet exact de la santé d’une personne et un prédicteur valide de la mortalité incidente et de la morbidité chronique (voir Bond 2006; Idler et Benyamini 1997; Huisman et coll. 2007).

Au cours des trois cycles de l’ELIC, on a posé la question suivante aux répondants : « En général, diriez-vous que votre santé est excellente, très bonne, bonne, passable ou mauvaise? » L’état de santé était ensuite regroupé dans deux catégories en fonction de deux réponses : état de santé excellent, très bon ou bon et état de santé passable ou mauvais. L’état de santé est la variable dépendante dans nos modèles de régression (panel) logit.

Indicateurs de capital social

Pour déterminer dans quelle mesure le capital social influe sur l’état de santé des nouveaux immigrants, nous avons eu recours aux renseignements recueillis dans le cadre de l’ELIC sur les interactions sociales et la participation à des groupes. Nous avons donc employé les indicateurs de capital social mis au point par Xue (2008), qui s’appuient sur une démarche fondée sur les réseaux pour mesurer le capital social. Contrairement à de nombreuses autres mesures des réseaux sociaux que l’on trouve dans la documentation et qui reposent sur des caractéristiques d’origine ethnique, linguistique ou de voisinage à titre d’indicateurs du capital social (p. ex. Deri 2005; Bertrand et coll. 2000; Chiswick et Miller 1996), cette démarche fondée sur les réseaux met l’accent à la fois sur la structure et sur le contenu des réseaux des individus, en utilisant des mesures directes des réseaux sociaux.

La structure des réseaux comprend divers niveaux de réseaux sociaux. Comme chez Xue (2008), dans la présente recherche, les réseaux sociaux sont classés selon trois types : réseaux de parents, réseaux d’amis et réseaux organisationnels. Le réseau de parents inclut les relations avec les membres de la famille et les proches qui vivent au Canada. Le réseau d’amis est constitué des liens avec des amis. Le réseau organisationnel est défini comme la participation des immigrants aux groupes et aux organismes tels que les organismes communautaires, les groupes religieux, les associations ethniques ou d’immigrants, etc. 

À l’intérieur de chaque type de réseau, le contenu des réseaux est défini en fonction de l’ampleur de la participation à la vie sociale et du soutien social comme la taille du réseau, la diversité, la fréquence des contacts et la réciprocité à l’intérieur du réseau. La taille du réseau social est définie par le nombre de personnes ou d’unités avec lesquelles les immigrants entretiennent divers types de relations (famille, amis, organismes). S’il est vrai que l’ELIC ne fournit pas de renseignements au sujet du nombre exact de personnes dans tous les réseaux, il reste que l’on dispose de bons substituts en ce qui concerne la taille de ces réseaux. Par exemple, à partir de renseignements fournis par l’ELIC, nous pouvons obtenir la taille approximative du réseau de parents en comptant le nombre de parents au Canada, en tenant compte de leur type, comme le conjoint, les enfants, les parents, les grands-parents, les frères et les sœurs, les oncles et les tantes, et les cousins. Pour les réseaux d’amis, les sources où les immigrants ont pu se faire de nouveaux amis comme les associations ou clubs ethniques, les activités religieuses, par l’entremise de parents ou d’autres amis, les sports, les passe-temps ou autres clubs, les collègues du conjoint, les cours d’anglais ou de français langue seconde, d’autres genres de cours, etc., sont additionnées en vue d’obtenir une idée approximative de la taille du réseau. Quant aux réseaux organisationnels, l’ELIC fournit une mesure directe du nombre absolu de groupes ou d’organismes auxquels les immigrants ont participé.

La diversité des réseaux sociaux représente l’hétérogénéité sociale et ethnique des membres du réseau, qui est mesurée en fonction du nombre relatif de membres qui appartiennent à la même ethnie ou à une autre ethnie dans les réseaux d’une personne donnée.

La densité des réseaux sociaux se définit comme la fréquence des contacts entre les membres du réseau. À partir de renseignements sur la fréquence des contacts avec les membres des réseaux et de renseignements sur le nombre relatif de membres appartenant à la même ethnie dans les réseaux d’amis et les réseaux organisationnels, nous sommes en mesure de créer des indices relatifs à la diversité et à la densité pour chaque type de réseau, indices qui varient de 0 à 1. Plus l’indice de diversité est élevé, plus le réseau social est diversifié. Plus l’indice de densité est élevé, plus les contacts avec les membres de la famille, les parents ou les amis sont fréquents, et/ou plus les répondants participent à des activités de groupes et d’organismes.

On peut mesurer la réciprocité au sein des réseaux sociaux en fonction de l’aide reçue de ces réseaux, de même que des contributions apportées aux mêmes réseaux. Nous créons plusieurs indicateurs visant à mesurer divers types d’aide qu’un immigrant a reçu d’un type particulier de réseau [ note 3 ]. Nous utilisons également une variable pour indiquer le nombre d’organismes ou de groupes auxquels un immigrant a contribué à titre de bénévole.

Les principales variables liées au capital social sont indiquées au tableau A1 en annexe.

Indicateur de revenu

Le revenu familial est un important facteur qui influe considérablement sur l’état de santé des individus (Zhao 2007a). Dans cette recherche, nous regroupons les immigrants dans quatre groupes selon les quartiles de revenu de la famille économique, par ordre croissant : 0‑25 p. 100, 25‑50 p. 100, 50‑75 p. 100 et 75‑100 p. 100. On entend par « famille économique » un groupe de deux personnes ou plus vivant ensemble et qui sont apparentées par le sang, par alliance ou par adoption (Statistique Canada 2007).

La situation d’emploi est aussi étroitement liée à l’état de santé des immigrants (Zhao 2007a). La situation d’emploi d’un répondant peut appartenir à l’une ou l’autre des deux catégories suivantes : employé et sans emploi. La situation d’emploi du conjoint d’un répondant peut se ranger sous l’une des trois catégories ci‑après : pas de conjoint, conjoint actuellement employé et conjoint actuellement sans emploi, ce qui permet aussi de saisir la situation de famille.

Autres variables sociodémographiques

Les autres variables sociodémographiques ayant potentiellement une incidence sur l’état de santé des nouveaux immigrants et faisant l’objet d’un contrôle dans notre analyse de régression sont notamment l’âge, le sexe, la catégorie d’immigrants, la région source, le niveau d’études au moment de l’établissement, la connaissance des langues officielles et l’incidence de problèmes liés à l’accès au système de soins de santé canadien.

Nous regroupons les immigrants dans cinq catégories : 1) catégorie du regroupement familial ; 2) catégorie des travailleurs qualifiés – demandeurs principaux ; 3) catégorie des travailleurs qualifiés – conjoint et personnes à charge ; 4) catégorie des demandeurs d’asile ; 5) autres immigrants [ note 4 ]. Les pays d’origine des immigrants sont regroupés en cinq grandes régions : Amérique du Nord, Royaume-Uni et Europe de l’Ouest ; Europe sauf le Royaume-Uni et l’Europe de l’Ouest ; Asie et Pacifique ; Afrique et Moyen-Orient ; Caraïbes et Guyane ; et Amérique du Sud et centrale. Le niveau d’instruction au moment de l’établissement est classé sous l’une des quatre catégories suivantes : études secondaires ou moins, certificat d’études professionnelles ou diplôme d’études collégiales/universitaires, baccalauréat, et maîtrise ou troisième cycle.

Afin d’analyser l’état de santé selon l’âge, nous avons réparti la population en cinq groupes d’âge : 15-19, 20-34, 35-44, 45-64 et 65 ans et plus. Six catégories de lieux de résidence ont été retenues selon que l’intéressé vit dans l’une des cinq principales RMR ou en dehors de celles-ci [ note 5 ]. La connaissance des langues officielles (auto-évaluée [ note 6 ]) est saisie au moyen de deux variables fictives pour l’anglais et le français : parle bien l’anglais (ou le français) (c.-à-d. parle assez bien, bien et très bien l’anglais ou le français en tant que langue maternelle) ou ne parle pas (c.-à-d. parle mal ou est incapable de parler en anglais ou en français).

L’accessibilité au système de soins de santé canadien se classe sous deux catégories, selon que l’intéressé éprouve ou n’éprouve pas de difficulté à avoir accès aux soins de santé. Les problèmes indiqués comprennent notamment : délais d’attente, discrimination, difficulté de trouver un médecin de famille, moyen de transport ou assurance-médicaments, etc. [ note 7 ] L’accès aux soins de santé est important parce qu’il influe sur l’état de santé et la qualité de la vie des immigrants. La difficulté d’accéder aux soins de santé peut entraîner une détérioration de l’état de santé puisque le problème risque davantage dans ce cas de devenir chronique (Rivers et Patino 2006).


1 Les personnes ayant présenté et obtenu le droit d’établissement au Canada même sont exclues de l’enquête. Les personnes ayant présenté une demande d’asile au Canada même sont également exclues de l’enquête. Pour obtenir de plus amples renseignements au sujet de la sélection de l’échantillon pour l’ELIC et de la conception et du cadre de l’enquête, veuillez consulter l’Enquête longitudinale auprès des immigrants du Canada, 3e cycle – Guide de l’utilisateur de micro-données, Statistique Canada, 2007.

2 L’auto-évaluation de la santé est un indicateur couramment utilisé pour mesurer l’état de santé, mais qui comporte néanmoins ses limites. Nous ignorons quelles données tirées de l’enquête sont le résultat de l’auto-évaluation et la mesure dans laquelle ces données pourraient être inexactes en raison d’une erreur de déclaration (Perez 2002). Un des sujets de préoccupation est que la notion de ce qui constitue une bonne santé peut varier non seulement en fonction de l’âge, mais aussi de la durée de résidence dans le nouveau pays. L’une des faiblesses de l’ELIC tient aux renseignements limités qu’elle contient sur la santé, de sorte que nous n’avons guère le choix d’utiliser l’auto-évaluation de la santé.

3 Dans les analyses de régression suivantes, ce ne sont pas tous les indicateurs de réciprocité au sein des réseaux qui sont inclus. En effet, en raison de la faible variabilité, les indicateurs correspondant au nombre de types d’aide reçue de la part d’un certain genre de réseau ne sont pas inclus.

4 Par autres immigrants, on entend majoritairement les immigrants de la catégorie des gens d’affaires et un très petit nombre d’immigrants qui sont arrivés au pays dans des catégories qui n’ont pas été mentionnées ci-dessus.

5 Les cinq principales RMR sont Toronto, Vancouver, Montréal, Ottawa et Calgary.

6 Il est important de mentionner qu’étant donné que nous avons affaire à des données d’enquête, comme pour la majorité des autres variables de l’ELIC, la connaissance des langues officielles est auto-évaluée.

7 L’incidence d’éprouver de la difficulté à avoir accès au système canadien de soins de santé pourrait être déterminée de manière endogène au moyen de variables liées aux réseaux sociaux, etc. Pour aborder cette question, nous comparons les estimations logit de l’ensemble de la population du modèle GEE avec les estimations à variables instrumentales, où l’incidence de la difficulté à avoir accès au système de soins de santé est traitée de manière endogène, et le niveau d’instruction au moment de l’établissement est utilisé à titre d’instrument. Nous faisons valoir que les variables de l’instruction sont corrélées avec l’incidence de déclarer la difficulté à avoir accès à des services de soins de santé, mais pas avec l’état de santé des immigrants. La statistique du test d’exogénéité de Wald tirée des résultats des variables instrumentales n’est pas significative, ce qui donne à penser que l’on ne dispose pas de renseignements suffisants pour rejeter l’hypothèse de différence nulle de l’absence d’endogénéité. Concients que les instruments n’étaient peut-être pas adéquats, nous avons également exécuté une régression simultanée probit à deux variables, soit que l’immigrant déclarait être en bonne santé et soit que l’immigrant déclarait éprouver de la difficulté à avoir accès aux services de soins de santé, en se fondant sur les autres covariables. Les résultats des effets du capital social sur la santé sont assez semblables à ceux que nous présentons au tableau 5. Pour obtenir les résultats obtenus tant avec la méthode des variables instrumentales que ceux de la régression probit à deux variables, il suffit d’en faire la demande aux auteurs.

 

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