ARCHIVÉ – État de santé et capital social des nouveaux immigrants : données probantes issues de l’Enquête longitudinale auprès des immigrants du Canada

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Analyse descriptive

Les constatations tirées de l’ELIC et de l’ESCC montrent que, immédiatement après l’arrivée au pays, l’état de santé autodéclaré des immigrants est meilleur que celui des personnes nées au Canada. Cette tendance correspond à ce qu’il est convenu d’appeler « l’effet de la bonne santé des immigrants » qui s’explique probablement par les conditions imposées par le programme de sélection des immigrants dans le domaine sanitaire, et vérifiées au moyen d’un examen médical préalable à la migration. Aux termes de l’article 38 de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR) du Canada adoptée en 2002, « Emporte, sauf pour le résident permanent, interdiction de territoire pour motifs sanitaires l’état de santé de l’étranger a) constituant vraisemblablement un danger pour la santé ou la sécurité publiques; b) risquant d’entraîner un fardeau excessif pour les services sociaux ou de santé ». Toutefois, on constate que cet « effet de la bonne santé des immigrants » diminue graduellement au fil du temps passé au Canada.

Figure 1 :   Part des immigrants et des personnes nées au Canada se déclarant en bonne santé

Voir tableau ci-dessous

  Immigrants, ELIC Natifs du Canada, ESCC
2001 97 88.2
2003 95 88.9
2005 92 89

Les représentations graphiques de la figure 1 sont normalisées en fonction de l’âge en vue de représenter une personne d’âge moyen au sein de la population canadienne, telle qu’elle est mesurée dans le cadre de l’ESCC

Source : ELIC (2005), ESCC (2000-2005).

Comme le montre la figure 1, l’écart que les immigrants présentent par rapport aux personnes nées au Canada, sur le chapitre de la bonne santé, se rétrécit après les quatre premières années au pays. Nos résultats concordent avec ceux des études effectuées sur l’état de santé des immigrants (p. ex. McDonald et Kennedy 2004; Newbold et Danforth 2003; et Zhao 2007a).

Tableau 2 : État de santé des immigrants lors du premier cycle de l’enquête, par rapport aux résultats obtenus lors du deuxième et du troisième cycle (taille de l’échantillon non pondérée N=7716)

État de santé, premier cycle État de santé, deuxième cycle État de santé, troisième cycle
Mauvaise santé Bonne santé Mauvaise santé Bonne santé
Mauvaise santé (nombre) 4 706 1 590 3 116 1 533 3 174
(%) 100 34 66 33 67
Bonne santé (nombre) 152 908 6 959 145 927 11 121 141 787
(%) 100 5 95 7 93
Total (nombre) 157 615 8 550 149 043 12 654 144 961
(%) 100 5 95 8 92

Source : ELIC (2005).

Tableau 3 : État de santé des immigrants lors du deuxième cycle de l’enquête, par rapport aux résultats obtenus lors du troisième cycle (taille de l’échantillon non pondérée N=7714)

État de santé, deuxième cycle État de santé, troisième cycle
Mauvaise santé Bonne santé
Mauvaise santé (nombre) 8 550 3 644 4 906
(%) 100 43 57
Bonne santé (nombre) 149 043 9 010 140 033
(%) 100 6 94
Total (nombre) 157 593 12 654 144 939
(%) 100 8 92

Source : ELIC (2005).

Les changements dynamiques subis par l’état de santé des immigrants par rapport à la période suivant immédiatement l’établissement sont illustrés aux tableaux 2 et 3. Lors des entrevues du premier cycle de l’enquête, 97 p. 100 des immigrants (152 908) ont déclaré que leur santé était bonne, très bonne ou excellente. Parmi ces immigrants en bonne santé, 5 p. 100 et 7 p. 100 respectivement ont déclaré que leur santé était passable ou mauvaise lors du deuxième et du troisième cycle de l’enquête, tandis que 93 p. 100 sont demeurés en bonne santé au cours du troisième cycle. Par comparaison, chez les immigrants en moins bonne santé au cours du premier cycle de l’enquête, 67 p. 100 ont déclaré que leur santé était bonne, très bonne ou excellente quatre ans après leur établissement. Comme l’illustre le tableau 3, 95 p. 100 des immigrants (149 043) ont déclaré que leur santé était bonne, très bonne ou excellente au cours du deuxième cycle, tandis que 6 p. 100 des immigrants en bonne santé ont déclaré que leur santé était passable ou mauvaise au cours du troisième cycle. Chez les immigrants en moins bonne santé au cours du deuxième cycle de l’enquête, 57 p. 100 ont déclaré que leur santé était bonne au cours du troisième cycle. Compte tenu de tous ces changements, après quatre ans au Canada, 92 p. 100 des immigrants ayant participé à l’ELIC perçoivent leur état de santé comme bon, très bon ou excellent.

Figure 2 : Part des immigrants s’auto-déclarant « en bonne santé » selon la catégorie d’immigrants

Voir tableau ci-dessous

  Regroup. familial Travailleurs qualifiés Réfugiés
Cycle 1 95 98 94
Cycle 2 92 96 92
Cycle 3 89 94 87

Source : ELIC (2005).

Comme l’illustre la figure 2, lorsque l’on considère l’état de santé des immigrants selon la catégorie d’immigrants, on constate des disparités évidentes entre les sous-groupes. Au cours de chacun des cycles de l’enquête, ce sont les travailleurs qualifiés qui enregistrent la plus forte proportion d’immigrants en bonne santé, suivis par les immigrants de la catégorie du regroupement familial, et par les réfugiés. Les réfugiés sont ceux qui sont les plus susceptibles de déclarer que leur état de santé initial est passable ou mauvais parce qu’ils arrivent souvent de zones de conflit où l’infrastructure publique des soins de santé est déficiente et qu’ils sont les plus à risque de souffrir de malnutrition et de maladies infectieuses.

Beaucoup de réfugiés ont souffert de traumatismes physiques ou émotionnels et ont vécu dans des conditions malsaines avant leur migration. Après l’arrivée au Canada, la majorité des réfugiés sont admissibles à un soutien du revenu et à d’autres services immédiats et essentiels dispensés par le Programme d’aide au réétablissement (PAR), services qui sont offerts durant une période maximale d’un an. Dans le cadre, plus particulièrement, du Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI), les réfugiés réinstallés sont admissibles à des prestations de maladie jusqu’à ce que le régime provincial de soins de santé prenne la relève. Ceux qui bénéficient d’un régime d’assurance maladie provincial ou territorial reçoivent une protection additionnelle durant un an. La protection offerte par le PFSI peut être prolongée jusqu’à 24 mois pour les bénéficiaires ayant des besoins particuliers. Grâce au soutien du revenu offert par le PAR et aux autres mesures d’aide, les réfugiés ayant participé à l’ELIC ont pu dès le deuxième cycle de l’enquête rétrécir l’écart entre les proportions d’immigrants se déclarant en bonne santé par rapport aux autres catégories. Toutefois, après cette période initiale, il se peut que les réfugiés aient dû affronter d’autres obstacles sur le plan financier et culturel, ce qui a eu des répercussions négatives sur leur état de santé, situation qui pourrait expliquer l’accentuation de l’écart au bout de quatre ans après l’établissement. 

Les réseaux d’amis des nouveaux immigrants au Canada représentent une source extrêmement importante de soutien et d’assistance (van Kemenade et coll. 2006). La figure 3 montre l’état de santé des nouveaux immigrants en fonction de la présence de nouveaux amis. Les immigrants qui se sont fait de nouveaux amis après leur arrivée au Canada sont plus susceptibles de déclarer un meilleur état de santé au cours des trois cycles de l’enquête. Ce résultat pourrait très bien s’expliquer par le fait que l’amitié favorise le sentiment d’appartenance et apaise la solitude. Le sentiment d’appartenance peut être considéré comme un résultat possible sur le plan affectif (Ueno 2004). Les réseaux d’amis peuvent également avoir une incidence sur les résultats de l’établissement des immigrants et sur leur intégration dans la société canadienne, notamment sur le logement, l’emploi, l’éducation ainsi que sur l’utilisation des services de soins de santé (Xue 2008; Zhao 2007a; van Kemenade et coll. 2006), lesquels peuvent aussi influer sur la santé physique et affective.

Figure 3 :   Part des immigrants s’auto-déclarant en « bonne santé » selon le fait qu’ils ont des amis ou non

Voir tableau ci-dessous

  Pas de nouv. amis Nouveaux amis
Wave 1 94 97
Wave 2 89 95
Wave 3 86 93

Source : ELIC (2005).

Les réseaux organisationnels comme les organismes communautaires, les groupes religieux ainsi que les associations ethniques et d’immigrants sont d’importantes sources d’aide pour les nouveaux immigrants. Les constatations de l’ELIC montrent que le pourcentage d’immigrants qui participent à des activités de groupe ou organisées s’accroît au fil du temps passé au Canada (Zhao 2007a). Une bonne intégration sociale entraîne généralement un bon soutien social (Franke 2006); ce soutien social peut également se révéler bénéfique pour l’état de santé des immigrants. Comme le montre la figure 4, six mois après leur arrivée, il n’y a pratiquement aucune différence du point de vue de l’état de santé entre les immigrants qui participent à des activités de groupe ou organisées et ceux qui ne participent à aucune activité de ce genre. Par comparaison, deux ans après leur arrivée, la proportion des immigrants en bonne santé est plus forte parmi ceux qui participent à des activités de groupe ou organisées que parmi ceux qui n’y participent pas. Après quatre ans, l’écart se creuse jusqu’à atteindre trois pour cent.

Figure 4 :  Part des immigrants s’auto-déclarant « en bonne santé » en fonction de la participation à des organisations

Voir tableau ci-dessous

  Participent à des organismes Ne participent pas à des org.
Cycle 1 97 97
Cycle 2 95 94
Cycle 3 94 91

Source : ELIC (2005).

 

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