ARCHIVÉ – Étude documentaire de la recherche sur l’opinion publique canadienne concernant le multiculturalisme et l’immigration pour la période 2006-2009

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2. Points de vue des Canadiens sur le multiculturalisme et l’immigration (suite)

2.2. Appui aux droits des minorités

2.2.1. Généralités

En règle générale, le solide appui observé envers la diversité et le multiculturalisme ne se vérifie pas dans les réponses aux questions axées précisément sur les « droits des minorités ». Alors qu’il y a lieu de s’attendre à ce que les opinions favorables à la mosaïque culturelle canadienne conduisent à une protection accrue des droits des minorités, la plupart des Canadiens rejettent, en réalité, l’idée d’accorder des droits particuliers aux groupes minoritaires, préférant un traitement égal pour tous.

Les enquêtes de l’Étude électorale canadienne (EEC) sont celles qui ont le mieux saisi les opinions sur les droits des minorités. Comme le montre la figure 25, plus de huit Canadiens sur dix (84 %) n’appuyaient pas en 2008 l’énoncé selon lequel « les groupes minoritaires doivent avoir des droits particuliers ». La même enquête révèle aussi que plus de sept Canadiens sur dix (72 %) croient que, dans une société démocratique, il est plus important de « laisser la majorité décider » que de « protéger les besoins et les droits des minorités » (figure 26). Un coup d’œil aux enquêtes de l’EEC de 2000 et 2004 permet de voir que les réponses aux deux questions sont stables au fil du temps, tout comme les réponses à l’énoncé selon lequel « nous avons trop encouragé l’égalité des droits dans ce pays » (figure 27). Aux enquêtes de l’EEC de 2000, 2004 et 2008, plus de six Canadiens sur dix soutenaient cet énoncé – témoignant de l’appui durable à l’égalité (plutôt qu’aux droits des minorités) au cours des dix dernières années. La préférence que la population canadienne accorde à l’égalité des droits individuels plutôt qu’aux droits des minorités n’insinue pas un mépris des droits et des besoins des nouveaux arrivants. La préférence donnée à l’égalité des droits de tous, y compris des nouveaux arrivants, constitue plutôt la position prédominante. En fait, les Canadiens qui ne sont pas d’accord pour dire que « nous devrions nous occuper d’abord des Canadiens nés dans ce pays et ensuite des autres » sont deux fois plus nombreux que ceux qui sont d’accord (67 % comparativement à 33 %, figure 28).

Font écho à ces tendances les réponses aux questions sur les droits des minorités posées dans d’autres enquêtes, dont trois sont incluses dans la figure 29. Un sondage de Strategic Counsel (2008) a révélé que plus de six Canadiens sur dix (61 %) sont d’accord pour dire que « nous prenons trop de mesures d’accommodement pour les minorités visibles au Canada » – cette opinion est moins courante, mais néanmoins majoritaire chez les jeunes Canadiens (53 % des personnes âgées de 18 à 34). En même temps, une enquête Ipsos-Reid réalisée en 2007 indique qu’une majorité (62 %) de Canadiens est d’accord pour dire que « les immigrants de fraîche date devraient pouvoir s’exprimer sur l’avenir du Canada autant que le reste de la population », et un pourcentage analogue (67 %) n’est pas d’accord pour dire que « ça me met en colère lorsque des immigrants de fraîche date exigent les mêmes droits que les Canadiens ».

L’appréhension manifeste dans les points de vue de la population canadienne sur les droits des minorités est généralement visible aussi dans les points de vue sur les écoles confessionnelles. Le pourcentage de personnes qui appuient l’attribution de deniers publics aux écoles enseignant le judaïsme, le bouddhisme, l’hindouisme, l’islam ou le sikhisme se situe entre 15 % et 21 %, et, dans tous les cas, une forte majorité n’est pas pour ce soutien financier (figure 30). Il y a une différence marquée dans l’appui accordé aux écoles chrétiennes, qui s’élève à 41 %, pourcentage encore inférieur, mais de peu, à celui des Canadiens qui ne sont pas favorables à ce soutien (51 %). Et, de toute évidence, l’appui à l’égard des écoles chrétiennes est beaucoup plus élevé que celui constaté à l’égard de toute autre école confessionnelle. Les résultats dans ce domaine peuvent être révélateurs – ils suggèrent un certain écart entre le soutien accordé aux droits des minorités, dans un sens général, et le soutien à des cas spécifiques d’accommodements et de droits des minorités.

Figure 25 : Les groupes minoritaires doivent avoir des droits particuliers. (Tout à fait d’accord à pas du tout d’accord, échelle de quatre points)


(Étude électorale canadienne, taille de l’échantillon [sondage renvoyé par la poste] : environ 1 500 par élection)

Version texte : Les groupes minoritaires doivent avoir des droits particuliers

Figure 26 : Qu’est-ce qui est plus important dans une société démocratique : 1) laisser la majorité décider ou 2) protéger les besoins et les droits des minorités?


(Étude électorale canadienne, taille de l’échantillon [sondage renvoyé par la poste] : environ 1 500 par élection)

Version texte : Société démocratique et protection des minorités

Figure 27 : Nous avons trop encouragé l’égalité des droits dans ce pays. (Tout à fait d’accord à pas du tout d’accord, échelle de quatre points)


(Étude électorale canadienne, taille de l’échantillon [sondage renvoyé par la poste] : environ 1 500 par élection)

Version texte : Égalité des droits dans ce pays

Figure 28 : Nous devrions nous occuper d’abord des Canadiens nés dans ce pays et ensuite des autres. (Tout à fait d’accord à pas du tout d’accord, échelle de quatre points)


(Étude électorale canadienne, taille de l’échantillon [sondage renvoyé par la poste] : environ 1 500 par élection)

Version texte : Canadiens nés dans ce pays versus les autres

Figure 29: Opinion sur l’égalité des droits
a) Nous prenons trop de mesures d’accommodement pour les minorités visibles au Canada. (Tout à fait d’accord à pas du tout d’accord, échelle de quatre points)
Options % (Pourcentage)
Tout à fait d’accord 28
Plutôt d’accord 33
Plutôt pas d’accord 22
Pas du tout d’accord 14
NSP / Sans objet 3

(2008, Strategic Counsel pour le Globe & Mail/CTV, taille de l’échantillon : 1 000)

b) Ça me met en colère lorsque des immigrants de fraîche date exigent les mêmes droits que les Canadiens.
Options % (Pourcentage)
Tout à fait d’accord 15
Plutôt d’accord 16
Plutôt pas d’accord 28
Pas du tout d’accord 39
NSP / Sans objet 2

(2007, Ipsos-Reid pour CanWest/Global News, taille de l’échantillon : 1 002)

c) Les immigrants de fraîche date devraient pouvoir s’exprimer sur l’avenir du Canada autant que le reste de la population.
Options % (Pourcentage)
Tout à fait d’accord 28
Plutôt d’accord 34
Plutôt pas d’accord 20
Pas du tout d’accord 15
NSP / Sans objet 2

(2007, Ipsos-Reid pour CanWest/Global News, taille de l’échantillon : 1 002)

Figure 30 : Comme vous le savez peut-être, il y a eu des débats ces dernières années sur l’attribution de deniers publics aux écoles confessionnelles. Concernant chacune des religions suivantes, seriez-vous d’accord ou non pour que les écoles qui l’enseignent reçoivent des deniers publics?


(2009, Angus-Reid Strategies, taille de l’échantillon : 1 007, en ligne)

Version texte : Débats sur l’attribution de deniers publics aux écoles confessionnelles

2.2.2. Multiculturalisme, accommodements raisonnables et bilinguisme

En dépit de la proéminence relative des débats sur le multiculturalisme et les accommodements raisonnables durant les années visées par la présente étude, il y a eu relativement peu de sondages accessibles au public qui portaient directement sur ces éléments de politiques. Même au Québec, après la Commission Bouchard-Taylor de 2007-2008, qui comprenait une vaste consultation publique sur les accommodements raisonnables, [Note 2] relativement peu de sondages accessibles au public ont abordé directement ces questions.

Une enquête en ligne menée par SES Research pour l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) a révélé que les Canadiens sont beaucoup plus susceptibles de s’opposer à des « accommodements » pour les minorités, que le contraire. Plus de la moitié (53 %) des Canadiens sondés en 2008 pensait que les immigrants devraient s’adapter complètement à la culture canadienne, tandis que deux personnes sur dix (18 %) ont dit qu’il était raisonnable de « consentir des accommodements » aux minorités religieuses et culturelles (figure 31). Le pourcentage de personnes favorables à l’adaptation s’est encore accru en 2006 (77 %).

Les enquêtes en ligne menées par Angus Reid Strategies en 2008 et 2009 signalent un degré d’opposition semblable, ou à tout le moins un manque d’appui, aux accommodements pour les minorités. En réponse à une question qui porte précisément sur les « accommodements raisonnables », une faible majorité (54 %) de Canadiens a dit, en 2008, qu’il ne faudrait pas modifier les lois et les normes pour répondre aux besoins des minorités; la proportion a augmenté à six personnes sur dix (62 %) en 2009 (figure 32). Les Québécois étaient plus susceptibles que les autres Canadiens de s’opposer aux accommodements raisonnables (62 % en 2008 et 74 % en 2009), ce qui correspond à ce que la Commission Bouchard-Taylor a observé, à savoir que, selon les sondages d’opinion publique réalisés à cette époque, le Québec était « moins réceptif aux accommodements que le reste du Canada ».

Un sondage CROP de 2008 fournit de l’information un peu plus détaillée sur les points de vue des résidents du Québec à propos de cas spécifiques d’accommodements (figure 33). Ce sondage (qui posait les mêmes questions qu’un sondage SOM mené plus tôt en 2007) a indiqué que la plupart des Québécois s’opposaient encore au port du kirpan à l’école (87 %), au port du hijab à l’école (58 %) ou à un match de soccer (66 %) ou à la présentation d’un menu différent à la cafétéria de l’école pour des motifs religieux (58 %). La seule baisse statistiquement significative enregistrée depuis 2007 réside dans une opposition moins marquée au port du hijab à l’école (en baisse de 7 points de pourcentage); sur les autres points, les partisans du recours à ces accommodements formaient une minorité, et les réponses étaient stables au fil du temps.

La population canadienne est plus divisée sur l’ampleur de la promotion du bilinguisme. Selon l’enquête de 2008 de l’Étude électorale canadienne, la moitié environ (48 %) est d’accord pour dire que nous sommes allés trop loin dans la promotion du bilinguisme au Canada, alors que l’autre moitié (52 %) n’est pas d’accord (figure 34). De plus, l’opinion selon laquelle nous sommes allés trop loin a perdu des adeptes depuis 2004 (en baisse de 6 points). La plupart des Canadiens (67 %) ne sont pas d’accord pour dire que les anglophones sont mieux traités au Québec que les francophones le sont dans le reste du Canada (figure 35), ni pour dire que les services gouvernementaux fédéraux devraient être fournis dans une seule langue : en français au Québec et en anglais dans le reste du Canada (73 %) – voir la figure 36.

Figure 31 : Lequel de ces deux énoncés correspond le plus à votre opinion personnelle?


(2007, SES Research pour IRPP, taille de l’échantillon : 1 083, en ligne)

Version texte : Votre opinion personnelle

Figure 32 : Au cours des derniers mois, il y a eu de nombreux débats partout au Canada sur la notion des « accommodements raisonnables », qui implique la modification de lois et de normes particulières lorsqu’elles peuvent avoir des conséquences pour les minorités. Lequel des énoncés suivants se rapproche le plus de votre point de vue?


(2008, Angus Reid Strategies, taille de l’échantillon de 2008 : 1 006 Canadiens et 800* résidents du Québec/taille de l’échantillon de 2009 : 1 007 Canadiens, en ligne)

Version texte : Les accommodements raisonnables

Figure 33 : Diriez-vous que vous êtes tout à fait d’accord ou d’accord ou que vous n’êtes pas du tout d’accord ou pas d’accord à propos des pratiques suivantes :


(2009, CROP, Québec seulement, taille de l’échantillon : 1 000)

Version texte : Les pratiques culturelles

Figure 34 : Nous sommes allés trop loin dans la promotion du bilinguisme au Canada. (Tout à fait d’accord à pas du tout d’accord, échelle de quatre points)


(Étude électorale canadienne, taille de l’échantillon [sondage renvoyé par la poste] : environ 1 500 par élection)

Version texte : Promotion du bilinguisme au Canada

Figure 35 : Les anglophones sont mieux traités au Québec que les francophones le sont dans le reste du Canada. (Tout à fait d’accord à pas du tout d’accord, échelle de quatre points)


(Étude électorale canadienne, taille de l’échantillon [sondage renvoyé par la poste] : environ 1 500 par élection)

Version texte : Anglophones au Québec et les francophones dans le reste du Canada

Figure 36 : Les services gouvernementaux fédéraux devraient être fournis dans une seule langue : en français au Québec et en anglais dans le reste du Canada. (Tout à fait d’accord à pas du tout d’accord, échelle de quatre points)


(Étude électorale canadienne, taille de l’échantillon [sondage renvoyé par la poste] : environ 1 500 par élection)

Version texte : Les services gouvernementaux fédéraux dans une seule langue

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